APM-41033-EP · Introduction aux méthodes statistiques · École polytechnique

Semaine 1 — Modèles statistiques

Observations, modèle statistique, identifiabilité, modèle induit, n-échantillon, premiers estimateurs.

Aymeric Dieuleveut — Professeur, École polytechnique

Note d’Aymeric. Afin de rendre ce contenu aussi interactif que possible, j’ai ajouté des animations. Leur création prend un peu de temps ; vos retours m’intéressent donc. Vous pouvez indiquer après l’animation si vous l’avez trouvée utile et laisser un feedback.
Quel format préférez-vous pour le polycopié ?

Réponse modifiable depuis ce navigateur. Le nom n’est demandé que pour réserver un exemplaire imprimé.

Pour mémoire, aucun document n’est autorisé lors de l’examen (en particulier, pas de polycopié).

Que préférez-vous ?
L'objectif de ce chapitre est d'introduire la notion de modèle statistique. Concepts principaux : observations, modèle statistique, identifiabilité, statistique, modèle induit, modèle dominé, $n$-échantillon — et de premiers estimateurs élémentaires. Cet onglet reflète ce qui est couvert en amphi ; les prérequis sont dans l'onglet Bases de maths, le reste dans Compléments.

Qu'est-ce qu'un modèle ?

Moralement, un modèle statistique est une description mathématique simplifiée d'un phénomène aléatoire réel. Il sert de pont entre le monde des données, que l'on observe, et celui des lois de probabilité, qui représentent nos hypothèses sur la manière dont ces données sont produites. En choisissant un modèle, on fixe un cadre théorique dans lequel on pourra raisonner, estimer des grandeurs inconnues, prédire de nouvelles observations ou tester des hypothèses. Comme toute simplification, un modèle ne capture pas toute la réalité, mais en retient les aspects jugés essentiels pour répondre à une question précise.

Un modèle statistique est donc une hypothèse mathématiquement formalisée sur le mécanisme aléatoire ayant généré les données : un espace d'observations et une famille de lois de probabilité candidates, servant de cadre à l'inférence statistique.

1.Introduction : la démarche statistique

La statistique est l'étude de la collecte, de la modélisation et du traitement des données. Ses applications couvrent la médecine (épidémiologie, génomique), l'environnement (climat), l'assurance et la finance, l'apprentissage statistique (vision, traduction), le marketing (recommandation)… Dans tous ces exemples avancés, les données sont complexes. Pour dégager les idées fondamentales, commençons par des questions simples :

  1. Quelle est la probabilité qu'une pièce retombe sur « pile » ? Les pièces de 1 centime sont-elles biaisées ?
  2. Quelle est la taille moyenne d'une personne dans une salle de cours ?
  3. Quelle proportion des élèves a déjà utilisé un modèle d'IA pour faire un devoir ?

Y répondre demande de reformuler ces questions dans un langage mathématique, puis de collecter, modéliser et analyser des données. Le point de départ est un jeu de données $(x_1,\dots,x_n)$ : numériques — scalaires, vectorielles ($x_i \in \rset^d$), matricielles — ou symboliques ($x_i \in \{0,1\}$), voire plus structurées (graphes, séries temporelles, textes, images…).

2.Modélisation statistique

La démarche repose sur deux étapes :

  1. modéliser les observations comme des réalisations de variables aléatoires : \[ \text{Données} = \text{réalisation de } Z=(X_1,\ldots,X_n), \qquad Z(\omega)=(x_1,\dots,x_n), \] où les $X_i$ sont des variables aléatoires sur un espace probabilisé $(\Omega,\mathcal{A},\PP)$ (toujours omis), à valeurs dans un espace mesurable $(\Zset,\Zsigma)$, l'espace des observations ;
  2. modéliser la loi de ces variables : la loi de $Z$ est partiellement connue, élément d'une famille $\mathcal{C}$ de lois de probabilité.
Définition — Modèle statistique

Un modèle statistique est la donnée de :

  • un espace mesurable $(\Zset,\Zsigma)$, dit l'espace des observations ;
  • une famille de probabilités $\mathcal{C}$ sur $(\Zset,\Zsigma)$.

On note $\modelecanon$ le modèle statistique. Le modèle est dit paramétrique lorsque $\mathcal{C} = \{\loi_\param : \param \in \Param\}$ où $\Param \subseteq \rset^d$, $d \geq 1$. Le paramètre $\param$ est alors de dimension finie, pour une paramétrisation naturelle du modèle. Il est dit non paramétrique lorsqu'il ne se décrit pas par un nombre fini de paramètres réels (par exemple, l'ensemble de toutes les lois à densité continue sur $\rset$).

Remarque. Lorsque l'espace des observations $(\Zset,\Zsigma)$ est clair d'après le contexte, on pourra, par abus de langage, appeler « modèle statistique » la seule famille de lois $\mathcal{C}$ ; on parlera ainsi du modèle $\{\loi_\param : \param\in\Param\}$ sans rappeler l'espace mesurable sur lequel ces lois sont définies.

Exemple — Pile ou face

On observe le nombre de « piles » issus de $n$ lancers. L'observation est une réalisation d'une variable aléatoire à valeurs dans $\{0,\dots,n\}$, muni de la tribu des parties. En supposant les lancers indépendants de loi $\ber(\param)$, $\param \in [0,1]$, l'observation suit $\bin(n,\param)$ : \[ \big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big). \]

Exemple — Tailles

On observe la taille de $n$ personnes : observation dans $\rset^n$, tribu borélienne $\borel(\rset^n)$. On modélise par des gaussiennes indépendantes : \[ \big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) : \mu\in\rset,\ \sigma^2>0\}\big). \]

Exemple — Temps d'attente

On mesure $n$ temps d'attente, en minutes : l'observation est un vecteur de $\rset_+^n$, muni de sa tribu borélienne. Deux situations conduisent à deux modèles différents.

  1. Des bus à horaire régulier. Les bus partent toutes les $\param$ minutes et l'on arrive à l'arrêt à un instant sans lien avec l'horaire : on modélise le temps d'attente par une loi uniforme sur $[0,\param]$, et les $n$ attentes, observées des jours différents, par des variables aléatoires indépendantes. Le modèle est \[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\unif([0,\param])^{\otimes n} : \param > 0\}\Big). \]
  2. Des clients qui arrivent dans un café. Les arrivées sont dispersées et sans mémoire : le temps qui sépare deux arrivées successives ne dépend pas du temps déjà écoulé depuis la dernière. Cette propriété caractérise la loi exponentielle (lois usuelles) ; on modélise les $n$ temps entre arrivées successives par des variables aléatoires indépendantes de loi $\expo(\lambda)$, où $\lambda > 0$ est le nombre moyen d'arrivées par minute. Le modèle est \[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\expo(\lambda)^{\otimes n} : \lambda > 0\}\Big). \]

Dans les deux cas, l'espace des observations et la tribu sont les mêmes ; seule la famille de lois change, et avec elle l'hypothèse faite sur le mécanisme des arrivées. Le second modèle est le point de départ de l'exercice 1 (PC1).

Exemple — Modèle de sondage (tirage avec remise)

Élection entre $A$ et $B$ ; on interroge $n$ votants, $x_i = 1$ si le $i$-ème vote $A$. Pour un tirage uniforme avec replacement, le modèle est \[ \big(\{0,1\}^n,\ \mathcal{P}(\{0,1\}^n),\ \{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in\Param\}\big), \qquad \ber^{\otimes n}_\param(\{x_1,\dots,x_n\}) = \param^{\sum_i x_i}(1-\param)^{n-\sum_i x_i}. \] Ce choix exprime des tirages indépendants, chacun de Bernoulli $\param$. Le tirage sans remise (loi hypergéométrique) est traité dans l'onglet Compléments.

Intuition Construire un modèle, c'est répondre à trois questions : qu'est-ce que j'observe ? (l'espace $(\Zset,\Zsigma)$), quels mécanismes aléatoires ai-je envisagés ? (la famille $\mathcal{C}$), et que veux-je apprendre ? (la problématique). Plus $\mathcal{C}$ est grande, moins le modèle fait d'hypothèses — mais plus il sera difficile d'en extraire une réponse précise.
Simulateur de modèles interactif
Cette petite animation vous permet de visualiser le type de données que l'on peut observer, en fonction des paramètres du modèle.
lancer l'animation →

La plupart des modèles du cours s'écrivent sous la forme « $p_\param \cdot \mu$ » (une densité par rapport à une mesure de référence) :

Définition — Modèle dominé

Soient $(\Zset,\Zsigma)$ un espace mesurable et $\mu$ une mesure $\sigma$-finie. Une famille de lois $\mathcal{C}$ est dominée par $\mu$ si toute loi $\loi \in \mathcal{C}$ admet une densité par rapport à $\mu$, i.e. $\loi = \loidens\cdot\mu$. Le modèle $\modelecanon$ est dit dominé lorsque la famille $\mathcal{C}$ est dominée.

Exemple — Modèles dominés : quelques densités

Une loi et sa densité sont deux objets différents : la densité est une fonction, la loi est la mesure obtenue en l'intégrant contre la mesure de référence, $\loi(A) = \int_A \loidens\,\rmd\mu$. Il faut d'ailleurs toujours préciser par rapport à quelle mesure une loi admet une densité : une densité est définie pour une loi par rapport à une mesure ($\sigma$-finie) qui la domine.

Le modèle gaussien à $n$ observations (mesure de Lebesgue)

Le modèle gaussien à $n$ observations est dominé par la mesure de Lebesgue $\lleb^{\otimes n}$, avec la densité \[ \begin{aligned} \loidens_{\mu,\sigma^2}(x_1,\dots,x_n) &= (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n (x_i-\mu)^2\Big) \\ &= \prod_{i=1}^n (2\pi\sigma^2)^{-1/2}\exp\Big(-\frac{(x_i-\mu)^2}{2\sigma^2}\Big), \end{aligned} \] et $\gauss(\mu,\sigma^2)^{\otimes n}(A) = \int_A \loidens_{\mu,\sigma^2}\,\rmd\lleb^{\otimes n}$ pour $A\in\borel(\rset^n)$ ; ici $\loidens_{\mu,\sigma^2}(x)$ n'est pas une probabilité (la loi d'un singleton est nulle). Les densités des autres lois usuelles du cours (exponentielle, Gamma, uniforme) sont rappelées dans les Bases de maths.

Une observation de Poisson (mesure de comptage sur $\nset$)

On observe un comptage $X$ à valeurs dans $\nset$ (nombre de clients arrivés en une heure, par exemple), modélisé par $\big(\nset,\mathcal{P}(\nset),\{\poisson(\lambda) : \lambda > 0\}\big)$ (voir l'exercice 1 (PC1)). Le modèle est dominé par la mesure de comptage $\mu$ sur $\nset$, avec la densité \[ \loidens_\lambda(k) = \rme^{-\lambda}\frac{\lambda^k}{k!}, \qquad\text{de sorte que}\qquad \poisson(\lambda)(A) = \sum_{k\in A}\loidens_\lambda(k)\quad\text{pour } A\subset\nset. \] Ici $\loidens_\lambda(k)$ coïncide avec la probabilité du singleton $\{k\}$ : c'est propre à la mesure de comptage, et cela ne dispense pas de distinguer la fonction $\loidens_\lambda$ de la loi $\poisson(\lambda)$.

Le modèle de Bernoulli à $n$ observations (mesure de comptage sur $\{0,1\}^n$)

Le modèle de Bernoulli à $n$ observations est dominé par la mesure de comptage sur $\{0,1\}^n$, avec la densité \[ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = \param^{\sum_i x_i}(1-\param)^{n-\sum_i x_i}, \qquad \ber(\param)^{\otimes n}(A) = \sum_{x\in A}\loidens_\param(x)\quad\text{pour } A\subset\{0,1\}^n. \]

La mesure de domination n'est jamais unique : si $\mu$ domine le modèle, toute mesure $\sigma$-finie $\mu'$ telle que $\mu\ll\mu'$ le domine aussi. Ce choix est sans conséquence pour la statistique, car deux densités relatives à deux mesures dominantes diffèrent d'un facteur multiplicatif qui ne dépend pas de $\param$ ; ce point, ainsi que des exemples de modèles non dominés, sont dans les Compléments. La modélisation d'arrivées successives (temps exponentiels, comptages poissoniens) est l'objet de l'Exercice 1 (PC1).

3.Objectifs de la statistique

À partir des observations, on cherche à affiner notre connaissance de la loi de l'observation. On distingue plusieurs tâches :

  • estimation ponctuelle : donner une valeur plausible du paramètre $\param$ ;
  • estimation par région : déterminer $\Param_0(Z)\subset\Param$ contenant plausiblement $\param$ ;
  • test : décider si $\param \in \Param_0$, et évaluer la plausibilité de la décision ;
  • prédiction : donner une valeur plausible d'une quantité non observée (cf. Exercice 4 (PC1), régression linéaire gaussienne).

Nous étudierons ces différentes tâches au fur et à mesure du cours : l'estimation aux cours 2 et 3, les régions de confiance au cours 3, les tests aux cours 4 et 5, et les problèmes de régression, que l'on rencontrera aussi bien en statistique qu'en apprentissage.

Statistique et probabilités. En probabilités, la loi $\PP$ est connue et l'on évalue $\PP(f(Z)\geq c)$, $\PE[f(Z)]$, etc. En statistique, on résout un problème inverse : d'une réalisation $z = (x_1,\dots,x_n)$ de $Z$, on cherche à inférer des caractéristiques de la loi de $Z$.

Le modèle comme point de départ. Dans ce cours de statistique mathématique, « on considère le modèle $\modelecanon$ » signifie : « on suppose observer une réalisation d'une variable aléatoire $Z$ à valeurs dans $\Zset$ dont la loi est un élément de $\mathcal{C}$ ». On souligne l'hypothèse et la dépendance en $\param$ par les notations $\PE_\param[\cdot]$, $\PP_\param(\cdot)$. Par exemple, considérer $(\rset_+,\borel(\rset_+),\{q_\lambda\cdot\lleb,\ \lambda>0\})$ avec $q_\lambda(x) = \lambda\rme^{-\lambda x}\indi{\rset_+}(x)$, c'est supposer $X \sim \expo(\lambda)$ pour un certain $\lambda>0$.

Un modèle est une hypothèse. C'est même précisément notre hypothèse de départ pour toute la partie mathématique de la statistique. « Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles ! » (George Box). La pertinence d'une modélisation dépend du contexte : Bernoulli pour un pile ou face, gaussienne pour des tailles, Bernoulli i.i.d. pour un sondage téléphonique, exponentielle pour un temps d'attente — simplifications utiles mais discutables.

Intuition Deux niveaux à distinguer : à l'intérieur du modèle, tous les énoncés sont rigoureux ; le choix du modèle, lui, est une hypothèse de modélisation, qui peut être inexacte. La conclusion statistique sur le monde réel se prend avec la même précaution que celle de tout modèle physique.

4.Identifiabilité

Définition — Identifiabilité

Soit un modèle paramétrique $(\Zset,\Zsigma,\{\loi_\param:\param\in\Param\})$. Le modèle est identifiable si $\param \mapsto \loi_\param$ est injective, i.e. si $\loi_\param = \loi_{\param'}$ implique $\param = \param'$.

L'identifiabilité signifie que la connaissance complète de $\loi_\param$ détermine $\param$ de façon unique : propriété minimale pour espérer retrouver $\param$ à partir des observations.

Exemple — Les modèles rencontrés jusqu'ici sont identifiables

Les modèles paramétriques rencontrés jusqu'ici sont tous identifiables, à savoir :

  1. le modèle du pile ou face $\big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big)$, le nombre de lancers $n\geq 1$ étant fixé ;
  2. le modèle des tailles $\big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) : (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+\}\big)$, où l'on autorise $\sigma^2 = 0$ avec la convention $\gauss(\mu\bigone_n,0) = \delta_{\mu\bigone_n}$, masse de Dirac au point $\mu\bigone_n$ (toutes les tailles sont alors égales à $\mu$) ;
  3. le modèle de sondage avec remise $\big(\{0,1\}^n,\ \mathcal{P}(\{0,1\}^n),\ \{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\}\big)$ ;
  4. le modèle exponentiel du temps d'attente $\big(\rset_+,\ \borel(\rset_+),\ \{\altloidens_\lambda\cdot\lleb : \lambda>0\}\big)$, où $\altloidens_\lambda(x) = \lambda\rme^{-\lambda x}\indi{\rset_+}(x)$.

Dans chaque cas, il s'agit de vérifier que la connaissance de la loi $\loi_\param$ détermine la valeur du paramètre, autrement dit que deux valeurs distinctes du paramètre donnent deux lois distinctes.

Démonstration

On montre dans chaque cas que le paramètre s'exprime en fonction de la loi $\loi_\param$, ce qui entraîne l'injectivité de $\param\mapsto\loi_\param$.

  1. Pile ou face. Pour $\param\in[0,1]$, la formule $\bin(n,\param)(\{k\}) = \binom{n}{k}\param^k(1-\param)^{n-k}$ donne, pour $k = n$, la probabilité d'obtenir $n$ piles : $\bin(n,\param)(\{n\}) = \param^n$. Si $\bin(n,\param) = \bin(n,\param')$, alors $\param^n = \param'^n$, donc $\param = \param'$, l'application $t\mapsto t^n$ étant strictement croissante, donc injective, sur $[0,1]$.
  2. Tailles. Une loi de probabilité sur $\rset^n$ admettant un moment d'ordre deux détermine son vecteur espérance et sa matrice de covariance. Pour $(\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+$, la loi $\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$ a pour vecteur espérance $\mu\bigone_n$ et pour matrice de covariance $\sigma^2\Id_n$ : ce sont les paramètres qui la définissent, et c'est encore vrai pour $\sigma^2 = 0$, la masse de Dirac $\delta_{\mu\bigone_n}$ ayant pour espérance $\mu\bigone_n$ et pour matrice de covariance la matrice nulle. Si $\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) = \gauss(\mu'\bigone_n,{\sigma'}^2\Id_n)$, alors $\mu\bigone_n = \mu'\bigone_n$ et $\sigma^2\Id_n = {\sigma'}^2\Id_n$, d'où $\mu = \mu'$ et $\sigma^2 = {\sigma'}^2$. L'application $(\mu,\sigma^2)\mapsto\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$ est donc injective sur $\rset\times\rset_+$, et a fortiori sur $\rset\times\rset_+^*$.
  3. Sondage avec remise. D'après l'expression de $\ber^{\otimes n}_\param$, la probabilité que les $n$ personnes interrogées votent toutes pour $A$ vaut $\ber^{\otimes n}_\param(\{(1,\dots,1)\}) = \param^n$. Si $\ber^{\otimes n}_\param = \ber^{\otimes n}_{\param'}$, alors $\param^n = \param'^n$, et l'on conclut comme au premier point.
  4. Temps d'attente. Pour $\lambda>0$, la loi $\loi_\lambda = \altloidens_\lambda\cdot\lleb$ vérifie $\loi_\lambda([1,+\infty[) = \int_1^{+\infty}\lambda\rme^{-\lambda x}\,\rmd x = \rme^{-\lambda}$. Si $\loi_\lambda = \loi_{\lambda'}$, alors $\rme^{-\lambda} = \rme^{-\lambda'}$, donc $\lambda = \lambda'$ par injectivité de l'exponentielle.
Exemple — Mélange gaussien

Les modèles de l'exemple précédent sont identifiables ; voici un exemple qui ne l'est pas. Soit $\sigma^2>0$ connu. Le modèle de mélange sur $\rset$, de densités \[ p_{\pi,\mu_1,\mu_2} = \pi\, p_{\gauss(\mu_1,\sigma^2)} + (1-\pi)\, p_{\gauss(\mu_2,\sigma^2)}, \qquad (\pi,\mu_1,\mu_2)\in[0,1]\times\rset^2, \] n'est pas identifiable : en échangeant les composantes, $p_{\pi,\mu_1,\mu_2} = p_{1-\pi,\mu_2,\mu_1}$. On le rend identifiable en restreignant l'espace des paramètres, par exemple en imposant $\mu_1 < \mu_2$. L'identifiabilité des mélanges gaussiens et poissoniens, une fois cette restriction faite, est démontrée dans l'Exercice 7 (PC1).

Mélange gaussien & identifiabilité interactif
Sliders $(\pi,\mu_1,\mu_2)$ : constater que $(\pi,\mu_1,\mu_2)$ et $(1-\pi,\mu_2,\mu_1)$ produisent exactement la même densité.
lancer l'animation →

5.Statistiques

Étant données des observations, il est possible d'en effectuer des transformations : calculer leur moyenne, ne retenir que la plus grande, les compter, etc. Une statistique est une telle transformation, c'est-à-dire une fonction des observations seules, dans laquelle n'interviennent ni le paramètre ni la loi inconnue.

Définition — Statistique

Soient $\modelecanon$ un modèle statistique et $(\Tset,\Tsigma)$ un espace mesurable. On appelle statistique sur $\modelecanon$ une application mesurable $T$ de $(\Zset,\Zsigma)$ dans $(\Tset,\Tsigma)$.

Remarquons, et cela est très important, que $T$ ne dépend pas de la loi $\loi\in\mathcal{C}$ — donc pas du paramètre si le modèle est paramétrique.

Exemples

Si $\modelecanon = (\rset^n,\borel(\rset^n),\{\loi_\param\})$, en notant $Z=(X_1,\dots,X_n)$ :

  1. la $i$-ème observation $X_i(z) = x_i$ ;
  2. $S_1(Z) = \frac{X_1+\cdots+X_n}{n}$, la moyenne empirique $\bar X_n$ ;
  3. $S_2(Z) = \min\{X_i\}$, et plus généralement les statistiques d'ordre $(X_{(i)})$ ;
  4. $S_3(Z) = \med(X_1,\ldots,X_n)$, la médiane empirique.

Remarque. Une statistique est, d'après la définition ci-dessus, une application mesurable $S : (\Zset,\Zsigma)\to(\Tset,\Tsigma)$ : c'est une fonction définie sur l'espace des observations, dans laquelle n'intervient aucun aléa. En la composant avec l'observation canonique $Z : (\Omega,\mathcal{A},\PP)\to(\Zset,\Zsigma)$, on obtient la variable aléatoire $S\circ Z$, que l'on note $S(Z)$, à valeurs dans $(\Tset,\Tsigma)$ ; sa loi est la loi image de celle de $Z$ par $S$ (voir la section 6). Les deux points de vue, fonction mesurable sur l'espace des observations d'une part, variable aléatoire dérivée de $(X_1,\dots,X_n)$ d'autre part, décrivent le même objet, et l'on emploiera le terme de statistique pour l'un comme pour l'autre. La notation, elle, les distingue : $S_1$ désigne l'application $z = (x_1,\dots,x_n)\mapsto\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n x_i$, tandis que $\bar X_n = S_1(Z) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i$ désigne la variable aléatoire, et non l'application.

Il reste à vérifier que les exemples ci-dessus sont bien des statistiques, c'est-à-dire des applications mesurables de $(\rset^n,\borel(\rset^n))$ dans $(\rset,\borel(\rset))$. Toute application continue de $\rset^n$ dans $\rset$ étant borélienne, il suffit de montrer qu'elles sont continues.

  • La $i$-ème observation $z\mapsto x_i$ et la moyenne empirique $z\mapsto\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n x_i$ sont des applications linéaires sur $\rset^n$, donc continues.
  • Pour $k\in\{1,\dots,n\}$, notons $x_{(1)}\leq\dots\leq x_{(n)}$ le réarrangement croissant de $(x_1,\dots,x_n)$ ; la $k$-ième statistique d'ordre est l'application $z\mapsto x_{(k)}$. Elle est $1$-lipschitzienne pour la norme $\|z\|_\infty = \max_{1\leq i\leq n}|x_i|$. En effet, soient $z,z'\in\rset^n$ et $\varepsilon = \|z-z'\|_\infty$. Par définition du réarrangement croissant, au moins $k$ coordonnées de $z$ sont inférieures ou égales à $x_{(k)}$ ; comme $x'_i\leq x_i+\varepsilon$ pour tout $i$, au moins $k$ coordonnées de $z'$ sont inférieures ou égales à $x_{(k)}+\varepsilon$, ce qui donne $x'_{(k)}\leq x_{(k)}+\varepsilon$. En échangeant les rôles de $z$ et $z'$, on obtient $|x'_{(k)}-x_{(k)}|\leq\|z-z'\|_\infty$. Les statistiques d'ordre sont donc continues, en particulier le minimum $x_{(1)}$ et le maximum $x_{(n)}$.
  • La médiane empirique est une fonction continue des statistiques d'ordre : avec la convention usuelle, elle vaut $x_{(m+1)}$ si $n = 2m+1$ est impair et $\frac{1}{2}\big(x_{(m)}+x_{(m+1)}\big)$ si $n = 2m$ est pair. Elle est donc continue.

Toutes ces applications sont continues, donc boréliennes : ce sont bien des statistiques.

Définition — Statistiques indépendantes

Les statistiques $X$ et $Y$ sur $\modelecanon$ sont indépendantes si pour toute loi $\loi\in\mathcal{C}$, les éléments aléatoires $X$ et $Y$ sont indépendants sous $\loi$ : $\loi(X\in A,\ Y\in B) = \loi(X\in A)\,\loi(Y\in B)$.

Plus généralement, des statistiques $X_1,\dots,X_n$ sont indépendantes si, pour toute loi $\loi\in\mathcal{C}$ et tous $A_1,\dots,A_n$ mesurables, $\loi(X_1\in A_1,\dots,X_n\in A_n) = \prod_{i=1}^n \loi(X_i\in A_i)$. Reprenons les modèles de Bernoulli et gaussien à $n$ observations rencontrés plus haut (exemples du sondage et des tailles).

Exemple — Modèle de Bernoulli à $n$ observations

Dans le modèle $\big(\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber(\param)^{\otimes n} : \param\in[0,1]\}\big)$, les coordonnées $X_1,\dots,X_n$ sont des statistiques indépendantes, chacune de loi $\ber(\param)$ sous $\loi_\param$ : c'est la définition même de la loi produit $\ber(\param)^{\otimes n}$. On dira communément que les observations sont indépendantes et identiquement distribuées (i.i.d.) de loi $\ber(\param)$.

Exemple — Modèle gaussien à $n$ observations

Dans le modèle $\modelecanon = (\rset^n,\borel(\rset^n),\{\loi_\param : \param = (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+^*\})$, avec $\loi_\param = \loidens_\param\cdot\lleb^{\otimes n}$ et \[ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n (x_i-\mu)^2\Big), \] les coordonnées $X_1,\dots,X_n$ sont des statistiques indépendantes, chacune de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$ sous $\loi_\param$. On dira communément que les observations $(X_1,\dots,X_n)$ sont i.i.d. de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$.

Démonstration

La densité se factorise, $\loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = \prod_{i=1}^n \loidens^{X_i}_\param(x_i)$ avec $\loidens^{X_i}_\param(x) = (2\pi\sigma^2)^{-1/2}\exp(-(x-\mu)^2/2\sigma^2)$, densité de $\gauss(\mu,\sigma^2)$. Par le théorème de Fubini, pour $A_1,\dots,A_n\in\borel(\rset)$, \[ \begin{aligned} \loi_\param(X_1\in A_1,\dots,X_n\in A_n) &= \int_{A_1\times\cdots\times A_n}\prod_{i=1}^n \loidens^{X_i}_\param(x_i)\,\rmd x_1\cdots\rmd x_n \\ &= \prod_{i=1}^n \int_{A_i}\loidens^{X_i}_\param(x)\,\rmd x = \prod_{i=1}^n \loi_\param(X_i\in A_i), \end{aligned} \] c'est-à-dire $\loi_\param = \gauss(\mu,\sigma^2)^{\otimes n}$.

Exemple — Moyenne et variance empiriques du modèle gaussien : théorème de Gosset

Dans le modèle gaussien à $n$ observations, avec $n\geq 2$, la moyenne empirique et la variance empirique \[ \bar X_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i, \qquad S_n^2 = \frac{1}{n-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2 \] sont des statistiques indépendantes ; de plus, sous $\loi_{(\mu,\sigma^2)}$, $\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ et $(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$. C'est le théorème de Gosset. On dira communément que, dans un échantillon gaussien, la moyenne et la variance empiriques sont indépendantes.

Démonstration

Le théorème de Gosset est énoncé et démontré plus loin dans le cours à partir du théorème de Cochran, appliqué à la décomposition $\rset^n = \rset\bigone_n\oplus(\rset\bigone_n)^\perp$ : la projection de $(X_1,\dots,X_n)$ sur $\rset\bigone_n$ est $\bar X_n\bigone_n$ et le carré de la norme de la projection sur l'orthogonal est $(n-1)S_n^2$. L'exercice 3 (PC1) reprend ce calcul avec la somme des observations et la somme de leurs carrés. Cette indépendance est propre au modèle gaussien : pour $n$ observations i.i.d. d'une loi à variance finie, l'indépendance de $\bar X_n$ et de $S_n^2$ caractérise la loi gaussienne (théorème de Lukacs, 1942).

Les statistiques canoniques d'un modèle ne sont pas toujours indépendantes. Dans le même modèle gaussien, la somme des observations $\sum_i X_i = n\bar X_n$ et la somme de leurs carrés $\sum_i X_i^2 = (n-1)S_n^2 + n\bar X_n^2$ ne sont pas indépendantes, alors que $\bar X_n$ et $S_n^2$ le sont : c'est l'objet de l'exercice 3 (PC1). Dans le modèle de régression de l'exercice 4 (PC1), les observations sont indépendantes mais pas identiquement distribuées.

6.Loi image et modèle induit

À partir d'un modèle de référence et d'une statistique, c'est-à-dire d'une transformation des observations, on obtient un nouveau modèle statistique, celui de l'observation transformée : c'est le modèle induit.

Intuition Un modèle induit est le modèle obtenu en transformant nos observations : si j'observe $(X_1,\dots,X_n)$, je peux ne regarder que $\sum_i X_i$, ou $X_1$ seule, ou le maximum. Chaque transformation produit un nouveau modèle, en général plus « pauvre » — on a le droit de jeter de l'information, pas d'en créer.

Transformer les observations par une statistique $T$ transporte chaque loi du modèle sur l'espace d'arrivée de $T$ ; les lois ainsi obtenues forment un nouveau modèle statistique.

Définition — Modèle induit

Soient $\modelecanon$ un modèle statistique et $T$ une statistique sur ce modèle, à valeurs dans l'espace mesurable $(\Tset,\Tsigma)$. Pour toute loi $\loi\in\mathcal{C}$, on appelle loi image de $\loi$ par $T$, et l'on note $\loi^T$, la loi de probabilité sur $(\Tset,\Tsigma)$ définie par \[ \loi^T(A) \eqdef \loi(T\in A) = \loi\big(\{z\in\Zset : T(z)\in A\}\big), \qquad A\in\Tsigma. \] On pose $\mathcal{C}^T \eqdef \{\loi^T : \loi\in\mathcal{C}\}$. Le modèle statistique $(\Tset,\Tsigma,\mathcal{C}^T)$ est appelé modèle induit par la statistique $T$.

Sous $\loi$, l'application $T$ est un élément aléatoire défini sur $(\Zset,\Zsigma,\loi)$, dont $\loi^T$ est la loi. Le calcul pratique de la loi image repose sur la méthode de la fonction muette et le changement de variables (Bases de maths §4) ; c'est l'objet de l'Exercice 2 (PC1).

Exemple — Modèle induit : Bernoulli

Pour $\big(\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\}\big)$ et $S_n = \sum_{i=1}^n X_i$, le modèle induit est \[ \big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big). \]

Exemple — Modèle induit : loi uniforme

Pour $\big(\rset^n,\borel(\rset^n),\{\unif([0,\param])^{\otimes n} : \param>0\}\big)$ et la statistique $X_{(n)} = \max_i X_i$, le modèle induit est \[ \big(\rset,\ \borel(\rset),\ \{q_{n,\param}\cdot\lleb : \param>0\}\big), \qquad q_{n,\param}(t) = \frac{n\,t^{n-1}}{\param^n}\,\indi{[0,\param]}(t). \] Ce calcul sera repris en PC 4.

Exemple — Modèle induit : moyenne et variance empiriques du modèle gaussien

Reprenons l'exemple (moyenne et variance empiriques du modèle gaussien) : dans le modèle gaussien à $n$ observations, $n\geq 2$, la statistique $T = (\bar X_n, S_n^2)$ est à valeurs dans $\rset\times\rset_+$. D'après le théorème de Gosset, sous $\loi_{(\mu,\sigma^2)}$, $\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ et $(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$, ces deux variables étant indépendantes. Le modèle induit par $T$ est donc \[ \Big(\rset\times\rset_+,\ \borel(\rset\times\rset_+),\ \big\{\gauss(\mu,\sigma^2/n)\otimes\tfrac{\sigma^2}{n-1}\,\chi^2(n-1) : (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+^*\big\}\Big), \] où, par un léger abus de notation, $\frac{\sigma^2}{n-1}\,\chi^2(n-1)$ désigne la loi de $\frac{\sigma^2}{n-1}\,Y$ avec $Y\sim\chi^2(n-1)$, c'est-à-dire la loi image de $\chi^2(n-1)$ par $y\mapsto\sigma^2 y/(n-1)$.

Exemple — Modèle de sondage (suite) : indépendance des observations

Pour $\modelecanon = (\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\})$, notons $X_i(\mathbf{x}) = x_i$. La loi image $\loi^{X_i}_\param$ est $\ber(\param)$, et \[ \loi_\param(X_1=x_1,\dots,X_n=x_n) = \prod_{i=1}^n \param^{x_i}(1-\param)^{1-x_i} = \prod_{i=1}^n \loi_\param(X_i = x_i) : \] les statistiques $(X_1,\dots,X_n)$ sont indépendantes et identiquement distribuées (i.i.d.), chacune de Bernoulli $\param$.

7.Modèle statistique du n-échantillon

L'exemple précédent est générique : étudier des observations indépendantes et de même loi correspond à la notion de $n$-échantillon.

Définition — n-échantillon

Soient $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ un modèle statistique et $n\in\nset^*$. On appelle $n$-échantillon de $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ le modèle statistique \[ (\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^n \eqdef \big(\Xset^n,\ \Xsigma^{\otimes n},\ \{\altloi^{\otimes n} : \altloi\in\mathcal{C}\}\big). \] On appelle $i$-ème observation (canonique) la statistique $X_i(z) = x_i$.

Intuition $\altloi^{\otimes n}$ est la mesure produit de $\altloi$, $n$ fois : la formalisation de « répéter $n$ fois la même expérience, de façon indépendante ». Propriété clé : $(X_1,\dots,X_n)\sim\altloi^{\otimes n}$ si et seulement si les $X_i$ sont i.i.d. de loi $\altloi$.
Lemme

Soit $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^n$ un $n$-échantillon du modèle $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$.

  1. Les observations $Z=(X_1,\dots,X_n)$ sont indépendantes.
  2. Pour tout $i$, le modèle induit par $X_i$ est $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$.
Démonstration

Pour tout $\PP = \altloi^{\otimes n}$ et $(A_1,\dots,A_n)\in\Xsigma^n$, \[ \begin{aligned} \loi^{Z}(A_1\times\cdots\times A_n) &= \PP(X_1\in A_1,\dots,X_n\in A_n) \\ &= \altloi^{\otimes n}(A_1\times\cdots\times A_n) = \prod_{i=1}^n \altloi(A_i) = \prod_{i=1}^n \PP(X_i\in A_i). \qquad\square \end{aligned} \]

Terminologie : « $(X_1,\dots,X_n)$ est un $n$-échantillon du modèle $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ ». Si la famille $\{\altloi_\param\}$ est dominée par $\mu$ avec $\altloi_\param = \altloidens_\param\cdot\mu$, alors $\altloi^{\otimes n}_\param$ est dominée par $\mu^{\otimes n}$ et admet pour densité \[ (x_1,\dots,x_n)\ \mapsto\ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) \eqdef \prod_{i=1}^n \altloidens_\param(x_i). \] Les modèles de translation et d'échelle, archétypes de $n$-échantillons dominés, sont étudiés dans l'Exercice 3 (PC1).

8.Exemples et premiers estimateurs

L'exploration systématique des méthodes d'estimation (moments, maximum de vraisemblance) est l'objet du chapitre suivant. On peut néanmoins dès maintenant « proposer » des estimateurs : un estimateur est une statistique destinée à approcher le paramètre inconnu.

Estimation du paramètre d'une Bernoulli

Pour un $n$-échantillon du modèle $\big(\{0,1\},\mathcal{P}(\{0,1\}),\{\ber(\param):\param\in[0,1]\}\big)$ (la pièce est-elle biaisée ?), on a $\PE_\param[X_1] = \param$ ; on considère donc \[ \hat\param_n \eqdef \bar X_n = \frac1n\sum_{i=1}^n X_i, \] et $\PE_\param[\hat\param_n] = \param$ : l'estimateur est sans biais. La qualité de l'approximation (concentration, intervalles de confiance) sera quantifiée plus tard.

Question sensible et réponses randomisées

Quelle proportion d'élèves a utilisé un modèle d'IA alors que c'était interdit ? Posée directement, la question produit des réponses biaisées : on ne peut pas espérer observer $(X_1,\dots,X_n)$. Le protocole des réponses randomisées contourne la difficulté :

  1. on pose la question sensible ;
  2. chaque participant tire secrètement $U_i\sim\ber(q)$, avec $q$ connu (par ex. $q = 0{,}75$), indépendant de $X_i$ ;
  3. si $U_i=1$, il dit la vérité ; si $U_i=0$, il répond l'opposé.

On observe $\mathrm{RR}_i = U_iX_i + (1-U_i)(1-X_i)$. Le modèle induit par $(\mathrm{RR}_1,\dots,\mathrm{RR}_n)$ est un $n$-échantillon de $\{\ber(\param q + (1-\param)(1-q)) : \param\in[0,1]\}$.

Intuition Chaque répondant est protégé : un « oui » ne révèle pas sa vraie réponse, puisqu'il peut provenir du retournement aléatoire. Mais en moyenne le signal survit : la proportion de « oui » reste une fonction connue et inversible de $\param$ (dès que $q\neq 1/2$).

Sous le modèle induit, $\PE_\param[\mathrm{RR}_i] = \param(2q-1)+1-q$, d'où l'estimateur (méthode des moments) \[ \hat\param_n \eqdef \frac{\overline{\mathrm{RR}}_n - (1-q)}{2q-1}, \] que l'on peut contraindre à $[0,1]$. Pour $q=0{,}75$ : $\hat\param_n = 2(\overline{\mathrm{RR}}_n - 0{,}25)$. On vérifie $\PE_\param[\hat\param_n] = \param$ et \[ \Var_\param(\hat\param_n) = \frac{\Var_\param(\mathrm{RR}_1)}{n(2q-1)^2} \geq \frac{q(1-q)}{n(2q-1)^2} : \] la confidentialité augmente la variance. En notant $r = \param q + (1-\param)(1-q)$, on a $\Var_\param(\hat\param_n) = r(1-r)/(n(2q-1)^2)$, et le rapport avec $\Var_\param(\bar X_n) = \param(1-\param)/n$, la variance que l'on aurait en observant directement les $X_i$, vaut au moins $(2q-1)^{-2}$, avec égalité pour $\param = 1/2$ : pour $q = 0{,}75$, un facteur $4$ au moins. Le facteur $(2q-1)^{-2}$ explose quand $q\to 1/2$.

Calculez l'estimateur sur vos propres comptages. Indiquez le nombre de réponses « 1 » et de réponses « 0 » obtenues, ainsi que la probabilité $q$ du protocole ; la taille $n$ de l'échantillon est la somme des deux comptages.

Réponses randomisées interactif
Simulateur du protocole : sliders $q$ et $n$ — biais nul, variance qui explose quand $q \to 1/2$.
lancer l'animation →
Énigme Deux protocoles de réponses randomisées

Le protocole ci-dessus protège chaque participant en le faisant mentir avec probabilité $1-q$. Voici deux façons concrètes de le mettre en œuvre, à comparer.

Protocole A (celui du cours, avec $q = 3/4$). Chaque participant tire $U_i \sim \ber(3/4)$ : s'il obtient $1$, il dit la vérité ; s'il obtient $0$, il répond l'opposé de la vérité.

Protocole B. Chaque participant tire à pile ou face avec une pièce équilibrée : si la pièce tombe sur pile, il dit la vérité ; si elle tombe sur face, il tire sa réponse au hasard, avec probabilité $1/2$ pour chaque valeur, indépendamment de sa vraie réponse.

Lequel des deux protocoles est le meilleur, et en quel sens ? Une ou deux phrases suffisent ; le raisonnement compte autant que la conclusion.

9.Deux théorèmes fondamentaux — Théorèmes de Cochran et de Gosset

Les deux théorèmes suivants sont extrêmement utiles, voire fondamentaux, pour tous les exercices portant sur des modèles gaussiens. Ce sont surtout des résultats de probabilité, et ils pourraient donc à ce titre être placés dans les Bases de maths ; mais comme ils sont très importants, j'ai finalement choisi de les placer dans le cours principal.

Les deux théorèmes de cette partie décrivent la loi des projections orthogonales d'un vecteur gaussien de loi $\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$. Ils sont l'outil des questions gaussiennes de l'Exercice 3 (PC1) (loi du couple $(S_n,K_n)$, par le théorème de Gosset) et de l'Exercice 4 (PC1) (régression linéaire gaussienne, par le théorème de Cochran), et ils seront réutilisés tout au long du cours pour le modèle linéaire gaussien. Les vecteurs gaussiens en dimension $n$, la loi du $\chi^2$ et la loi de Student, qui interviennent dans les énoncés et les preuves, sont présentés dans les bases de maths.

Théorème — Théorème de Cochran

Soient $X$ un vecteur aléatoire gaussien de $\rset^n$ de loi $\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$, où $\mu\in\rset^n$, $\sigma > 0$ et $\Id_n$ est la matrice identité de taille $n$, ainsi que $F_1,\dots,F_m$ des sous-espaces vectoriels de $\rset^n$, orthogonaux deux à deux et de somme $\rset^n$, de sorte que $\rset^n = F_1\oplus\cdots\oplus F_m$, la somme étant orthogonale. Pour $1\leq i\leq m$, on note $P_{F_i}$ la matrice de la projection orthogonale sur $F_i$ et $d_i$ la dimension de $F_i$, avec $d_1+\cdots+d_m = n$. Alors :

  1. les vecteurs aléatoires $P_{F_1}X,\dots,P_{F_m}X$ sont indépendants et de lois respectives $\gauss(P_{F_1}\mu,\sigma^2P_{F_1}),\dots,\gauss(P_{F_m}\mu,\sigma^2P_{F_m})$ ;
  2. les variables aléatoires réelles $\|P_{F_1}(X-\mu)\|^2/\sigma^2,\dots,\|P_{F_m}(X-\mu)\|^2/\sigma^2$ sont indépendantes et de lois respectives $\chi^2(d_1),\dots,\chi^2(d_m)$.

Si l'un des $F_i$ est réduit à $\{0\}$, on convient que $\chi^2(0)$ désigne la masse de Dirac en $0$.

Théorème — Théorème de Cochran (version simplifiée)

Soient $X\sim\gauss(0_{\rset^n},\Id_n)$, $F$ un sous-espace vectoriel de $\rset^n$ de dimension $d$, $F^\perp$ son orthogonal, et $P_F$, $P_{F^\perp}$ les matrices des projections orthogonales sur $F$ et sur $F^\perp$. Alors $P_FX$ et $P_{F^\perp}X$ sont indépendants, de lois respectives $\gauss(0,P_F)$ et $\gauss(0,P_{F^\perp})$, et $\|P_FX\|^2$ et $\|P_{F^\perp}X\|^2$ sont indépendantes, de lois respectives $\chi^2(d)$ et $\chi^2(n-d)$.

Cette version est le cas particulier $m = 2$, $\mu = 0$, $\sigma = 1$ du théorème précédent. Elle lui est en fait équivalente : on passe d'un vecteur $X\sim\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$ au vecteur $(X-\mu)/\sigma\sim\gauss(0,\Id_n)$ par la proposition de transformation affine, et l'on traite $m$ sous-espaces en appliquant la version simplifiée à $F_1$ et $F_1^\perp = F_2\oplus\cdots\oplus F_m$, puis en raisonnant par récurrence dans $F_1^\perp$.

Remarque.

  1. L'indépendance affirmée par le théorème est l'indépendance mutuelle de la famille $(P_{F_1}X,\dots,P_{F_m}X)$, et de même pour les normes, et pas seulement l'indépendance deux à deux : la loi du $m$-uplet est la loi produit.
  2. Dès que $d_i \lt n$, la matrice $\sigma^2P_{F_i}$ est de rang $d_i \lt n$ : la loi $\gauss(P_{F_i}\mu,\sigma^2P_{F_i})$ est dégénérée, portée par le sous-espace affine $P_{F_i}\mu+F_i = F_i$, et n'a pas de densité sur $\rset^n$. C'est ici que la définition générale des vecteurs gaussiens (§7), qui n'exige pas l'existence d'une densité, montre son utilité.
  3. Si $P_{F_i}\mu = 0$, c'est-à-dire si $\mu\in F_i^\perp$, alors $\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2 = \|P_{F_i}X\|^2$ : c'est sous cette forme que le point (ii) est utilisé dans la démonstration du théorème de Gosset.
Intuition Si $F_1$ est engendré par les $d_1$ premiers vecteurs de la base canonique, $F_2$ par les $d_2$ suivants, et ainsi de suite, alors $P_{F_1}Z = (Z_1,\dots,Z_{d_1},0,\dots,0)$, $P_{F_2}Z = (0,\dots,0,Z_{d_1+1},\dots,Z_{d_1+d_2},0,\dots,0)$, etc., et le théorème dit seulement que des paquets disjoints de coordonnées indépendantes sont indépendants. Le cas général s'y ramène parce que la loi $\gauss(0,\Id_n)$ ne change pas quand on tourne les axes : dans une base orthonormée adaptée à la décomposition, les nouvelles coordonnées de $Z$ sont encore indépendantes de loi $\gauss(0,1)$.
Démonstration du théorème de Cochran

Nous démontrons la version générale du théorème de Cochran.

Base orthonormée adaptée. Les sous-espaces $F_1,\dots,F_m$ étant deux à deux orthogonaux et de somme $\rset^n$, la réunion de bases orthonormées de $F_1,\dots,F_m$ forme une base orthonormée $(u_1,\dots,u_n)$ de $\rset^n$, avec $n = d_1+\cdots+d_m$. Notons $I_i\subset\{1,\dots,n\}$ l'ensemble des indices des vecteurs de cette base qui appartiennent à $F_i$, de cardinal $d_i$, et $U = [u_1,\dots,u_n]$ la matrice orthogonale ayant ces vecteurs pour colonnes : $U^\top U = UU^\top = \Id_n$. La projection orthogonale sur $F_i$ s'écrit $P_{F_i} = \sum_{j\in I_i}u_ju_j^\top$, c'est-à-dire $P_{F_i}x = \sum_{j\in I_i}(u_j^\top x)\,u_j$ pour tout $x\in\rset^n$.

Réduction au cas $\gauss(0,\Id_n)$. Posons $Z\eqdef(X-\mu)/\sigma$ : d'après la proposition de transformation affine, $Z\sim\gauss(0,\Id_n)$. Posons ensuite $Y\eqdef U^\top Z$, de coordonnées $Y_j = u_j^\top Z$. Toujours d'après cette proposition, $Y\sim\gauss(0,U^\top U) = \gauss(0,\Id_n)$ : par la proposition « Indépendance et décorrélation », les variables $Y_1,\dots,Y_n$ sont indépendantes, de loi $\gauss(0,1)$.

Indépendance. Pour tout $i$, $P_{F_i}Z = \sum_{j\in I_i}Y_j\,u_j$ est une fonction du bloc $(Y_j)_{j\in I_i}$. Les ensembles d'indices $I_1,\dots,I_m$ étant disjoints, les blocs $(Y_j)_{j\in I_1},\dots,(Y_j)_{j\in I_m}$ sont mutuellement indépendants (regroupement par paquets de variables indépendantes), et il en est donc de même des vecteurs $P_{F_1}Z,\dots,P_{F_m}Z$, puis des vecteurs $P_{F_i}X = P_{F_i}\mu+\sigma P_{F_i}Z$, $1\leq i\leq m$, qui en sont des fonctions mesurables. Ceci prouve l'indépendance dans (i), et celle de (ii) puisque $\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2/\sigma^2 = \|P_{F_i}Z\|^2$ est une fonction de $P_{F_i}Z$.

Lois. Le vecteur $P_{F_i}X$ est l'image de $X$ par l'application linéaire $P_{F_i}$ : d'après la proposition de transformation affine, $P_{F_i}X\sim\gauss(P_{F_i}\mu,\ \sigma^2P_{F_i}\Id_nP_{F_i}^\top) = \gauss(P_{F_i}\mu,\ \sigma^2P_{F_i})$, car $P_{F_i}$ est symétrique et idempotente. Enfin, la famille $(u_j)_{j\in I_i}$ étant orthonormée, le théorème de Pythagore donne \[ \frac{\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2}{\sigma^2} = \|P_{F_i}Z\|^2 = \Big\|\sum_{j\in I_i}Y_j\,u_j\Big\|^2 = \sum_{j\in I_i}Y_j^2, \] somme des carrés de $d_i$ variables indépendantes de loi $\gauss(0,1)$ : sa loi est $\chi^2(d_i)$ par définition, et la masse de Dirac en $0$ si $d_i = 0$. $\square$

Théorème — Théorème de Gosset

Soient $n\geq 2$, $\mu\in\rset$, $\sigma^2 > 0$, et $X_1,\dots,X_n$ des variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$. On note \[ \bar X_n\eqdef\frac1n\sum_{i=1}^nX_i, \qquad S_n^2\eqdef\frac{1}{n-1}\sum_{i=1}^n\big(X_i-\bar X_n\big)^2, \] la moyenne empirique et la variance empirique corrigée de l'échantillon, et $S_n = \sqrt{S_n^2}$. Alors :

  1. $\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ ;
  2. $(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$ ;
  3. les variables aléatoires $\bar X_n$ et $S_n^2$ sont indépendantes ;
  4. la variable aléatoire $T_n\eqdef\sqrt n\,\dfrac{\bar X_n-\mu}{S_n}$ suit la loi de Student $\operatorname{t}(n-1)$.
Démonstration du théorème de Gosset

Posons $X = (X_1,\dots,X_n)^\top$. D'après le lemme de stabilité (ii), un vecteur à coordonnées gaussiennes indépendantes est gaussien : $X\sim\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$, où $\bigone_n = (1,\dots,1)^\top$. Appliquons le théorème de Cochran à la décomposition orthogonale $\rset^n = F\oplus F^\perp$ avec $F\eqdef\rset\bigone_n$, de dimension $1$, et $F^\perp = \{x\in\rset^n : x_1+\cdots+x_n = 0\}$, de dimension $n-1$. La projection orthogonale sur $F$ est $P_F = \frac1n\bigone_n\bigone_n^\top$, puisque $\bigone_n/\sqrt n$ est un vecteur unitaire de $F$, de sorte que \[ \begin{aligned} &P_FX = \bar X_n\,\bigone_n, \qquad P_{F^\perp}X = X-\bar X_n\bigone_n = \big(X_1-\bar X_n,\dots,X_n-\bar X_n\big)^\top, \\ &\|P_{F^\perp}X\|^2 = (n-1)S_n^2. \end{aligned} \] Comme $\mu\bigone_n\in F$, on a $P_{F^\perp}(\mu\bigone_n) = 0$, donc $P_{F^\perp}(X-\mu\bigone_n) = P_{F^\perp}X$.

(iii) Le théorème de Cochran affirme que $P_FX$ et $P_{F^\perp}X$ sont indépendants ; or $\bar X_n = \frac1n\bigone_n^\top P_FX$ est une fonction de $P_FX$ et $S_n^2 = \|P_{F^\perp}X\|^2/(n-1)$ une fonction de $P_{F^\perp}X$ : elles sont indépendantes.

(ii) Toujours par le théorème de Cochran, $\|P_{F^\perp}(X-\mu\bigone_n)\|^2/\sigma^2 = (n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$.

(i) $\bar X_n = \frac1n\bigone_n^\top X$ est l'image de $X$ par une application linéaire : d'après la proposition de transformation affine, $\bar X_n\sim\gauss\big(\frac1n\bigone_n^\top\mu\bigone_n,\ \frac{\sigma^2}{n^2}\bigone_n^\top\Id_n\bigone_n\big) = \gauss(\mu,\sigma^2/n)$.

(iv) Posons $G\eqdef\sqrt n(\bar X_n-\mu)/\sigma$ et $Y\eqdef(n-1)S_n^2/\sigma^2$. D'après (i), $G\sim\gauss(0,1)$ ; d'après (ii), $Y\sim\chi^2(n-1)$ ; d'après (iii), $G$ et $Y$ sont indépendantes, comme fonctions de $\bar X_n$ et de $S_n^2$. Or \[ T_n = \sqrt n\,\frac{\bar X_n-\mu}{S_n} = \frac{\sqrt n(\bar X_n-\mu)/\sigma}{\sqrt{S_n^2/\sigma^2}} = \frac{G}{\sqrt{Y/(n-1)}}, \] qui suit la loi $\operatorname{t}(n-1)$ par définition de la loi de Student. $\square$

Dans l'Exercice 3 (PC1), les statistiques $S_n = \sum_{i=1}^nX_i$ et $K_n = \sum_{i=1}^n(X_i-n^{-1}S_n)^2$ s'écrivent $S_n = n\bar X_n$ et $K_n = (n-1)S_n^2$ avec les notations du théorème de Gosset (attention, dans l'exercice, la lettre $S_n$ désigne la somme des observations et non l'écart-type empirique) : le théorème donne directement la loi du couple $(S_n,K_n)$, donc le modèle induit. Dans l'Exercice 4 (PC1), le théorème de Cochran s'applique à la décomposition de $\rset^n$ en l'image de la matrice des variables explicatives et son orthogonal.

Projeter une gaussienne sur deux directions orthogonales interactif
Un nuage gaussien, de covariance $\Id_2$, diagonale ou non, est projeté sur une base orthonormée $(u_\theta, u_\theta^\perp)$ que vous faites tourner à la souris ; à côté, le couple des coordonnées avec les densités de ses marginales et sa matrice de covariance $R_\theta^\top\Sigma R_\theta$. Pour $\Sigma = \Id_2$ les coordonnées restent indépendantes quelle que soit l'orientation (théorème de Cochran) ; sinon, elles ne le sont que si la base est formée de vecteurs propres de $\Sigma$.
lancer l'animation →
Théorème de Gosset et loi de Student interactif
Sur trois mille échantillons de taille $n$, vous voyez que $\bar X_n$ et $S_n^2$ sont indépendants pour des observations gaussiennes, et que $\sqrt{n}(\bar X_n-\mu)/S_n$ suit la loi de Student à $n-1$ degrés de liberté, aux queues plus lourdes que la loi normale ; avec d'autres lois, l'indépendance et la loi de Student sont perdues.
lancer l'animation →

10.En pratique : programme des exercices

ExerciceNotions du coursRappels de probabilités
Exo 1 — Un café pour commencerModélisation, estimationLois exponentielle et de Poisson
Exo 2 — Transformation de v.a.Modèle induitFonction muette, changement de variable
Exo 3 — Translation et échelleModèle induit, th. de GossetManipulation de lois, gaussiennes
Exo 4 — Régression gaussienneTh. de CochranManipulation de lois, gaussiennes

L'exercice 4 sera poursuivi en PC 2. Les exercices bonus sont dans l'onglet Exercices, avec un guide de lecture. Notions de probabilités à revoir cette semaine : variable aléatoire, mesure produit, indépendance, densité, transfert et fonction muette (onglet Bases de maths).

Télécharger cette partie

APM41033-Week1-Cours.pdf15 pages · 205 Ko

Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent à l'onglet Cours, ouverture du chapitre comprise : mêmes énoncés, mêmes démonstrations et même numérotation des définitions et des exemples que sur cette page.