APM-41033-EP · Introduction aux méthodes statistiques · École polytechnique
Semaine 2 — Estimation ponctuelle
Deux méthodes pour construire un estimateur : la méthode des moments et le maximum de vraisemblance, avec leurs généralisations aux $M$- et $Z$-estimateurs.
Le premier objectif est d'introduire les outils de statistique mathématique et d'apprentissage
statistique (« machine learning »). Nous décrirons le choix d'un modèle statistique, l'estimation
des paramètres et l'inférence et le choix de modèles. Nous apprendrons à construire des estimateurs,
des tests, des règles de classification, à évaluer les performances de ces règles. Nous introduirons
un certain nombre d'outils théoriques – théorie de la décision, processus empiriques. Les trois
derniers cours seront consacrés à une introduction à l'apprentissage statistique.
Le deuxième objectif est de décrire, dans le cours et dans les petites classes, des exemples
concrets de modélisation dans divers domaines (traitement du signal et des images, économétrie,
sciences de l'environnement, classification de formes, etc.).
Le troisième objectif est de développer un savoir-faire pratique permettant de comprendre la
façon dont les outils théoriques peuvent être mis en œuvre dans des applications concrètes
(utilisation de Python).
Contenu du site
Vous trouverez sur ce site toutes les ressources pédagogiques mises à disposition pour ce cours.
Les diapositives des leçons, les énoncés des exercices traités en PC et leurs corrigés sont mis à
jour régulièrement. Les énoncés des devoirs maison (DM) et des explorations numériques (EN) sont déposés sur
Moodle ; leur calendrier est donné dans la rubrique Devoirs. Le
polycopié est publié ici, semaine après semaine, et les corrigés de chaque petite classe sont mis en
ligne après la séance.
Évaluation
Recherches maison notées
Deux types d'activités maison sont proposés :
deux devoirs maison contenant une partie « problème » et une partie numérique à résoudre en Python ;
trois explorations numériques, à réaliser en Python, afin de mettre en œuvre numériquement les
notions vues en cours sur des exemples simples.
Ces travaux sont effectués par groupes de trois, obtenus par tirage au sort et visibles sur
Moodle. Une première composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1 ; une nouvelle
composition sera tirée au sort pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. Le calendrier des mises en ligne et des rendus est dans la rubrique
Devoirs.
L'usage de l'IA pour les DM et les EN n'est pas autorisé.
Validation du cours
La note littérale est calculée de la façon suivante :
Aucun document autorisé lors de l'examen (en particulier, pas de polycopié).
Ce choix est délibéré : un examen sans document teste la compréhension des concepts et peut donc
poser des questions fondamentalement plus simples, alors qu'un examen avec polycopié interdit de
poser des questions simples.
Les résultats importants (par exemple le théorème de Gosset, les définitions de l'EMV, de l'EMM,
de la vraisemblance, le théorème de Cramér-Rao, la définition du score et de l'information de
Fisher, etc.) sont à connaître.
Les définitions techniques (par exemple la définition du modèle régulier) seront en général rappelées.
L'esprit du cours
Tel qu'il est présenté en amphi, en quatre points :
une introduction avancée à la statistique ;
pour ceux qui poursuivront en mathématiques appliquées, et pour les autres ;
notre approche : ne pas reculer devant un peu de formalisme pour gagner un peu de généralité ;
aller en profondeur pour prouver de très beaux résultats.
Comment travailler ce cours
Quelques conseils, les mêmes que ceux donnés en amphi.
Construisez sur vos forces : vous êtes plus solides en mathématiques que vous ne le pensez, et
c'est cela qu'il faut cultiver.
Rien n'est difficile, mais il y a du formalisme et du vocabulaire : accrochez-vous les premières
semaines.
Ne prenez pas de retard ; le tutorat est là pour cela.
Ce cours est connu pour demander du travail ; il vous donnera d'excellentes bases.
Crédits
Ce cours est issu d'un travail d'équipe auquel ont notamment contribué Éric Moulines, Gersende Fort,
Sébastien Gadat, Matthieu Lerasle et Aymeric Dieuleveut, ainsi que d'autres collègues intervenus plus
ponctuellement. Ces contributions ont permis, au fil des années, la création et l'amélioration des
feuilles de PC et du polycopié. Ce site a été réalisé par Aymeric Dieuleveut avec
l'aide d'outils d'intelligence artificielle, à partir de ces sources et sous une spécification précise
des modifications à apporter.
Nous décrirons le choix d'un modèle statistique, l'estimation des paramètres et l'inférence et le
choix de modèles. Nous apprendrons à construire des estimateurs, des tests, des règles de
classification, à évaluer les performances de ces règles. Nous introduirons un certain nombre
d'outils théoriques – théorie de la décision, processus empiriques. Les trois derniers cours seront
consacrés à une introduction à l'apprentissage statistique.
Statistiques asymptotiques — cours en amphi assurés par Gersende Fort
8 – 10
Introduction à l'apprentissage statistique
Rendus notés
Deux devoirs maison (partie « problème » et partie numérique en Python) et trois explorations
numériques en Python, réalisés par groupes de trois tirés au sort (groupes visibles sur Moodle).
Une première composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1, puis une nouvelle
composition pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. Le
calendrier des mises en ligne et des rendus est dans la rubrique Devoirs.
Ce chapitre est consacré à l'estimation ponctuelle : un modèle statistique étant fixé, comment proposer, à partir des observations, une valeur plausible du paramètre inconnu ? Deux méthodes générales de construction sont étudiées, la méthode des moments et le maximum de vraisemblance. Pour chacune, on suit le même canevas : l'intuition, la définition, des exemples, quelques propriétés, puis une généralisation – les $Z$-estimateurs pour la première, les $M$-estimateurs pour la seconde. L'étude du maximum de vraisemblance conduit à la divergence de Kullback-Leibler, qui décrit la limite de la log-vraisemblance normalisée et le point où cette limite atteint son maximum.
La partie principale du chapitre suit le déroulé du cours. Les prérequis utilisés (inégalités de Jensen et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombres, fonctions convexes) sont rassemblés dans les Bases de maths, qui rappellent aussi où sont démontrés les résultats empruntés au chapitre précédent ; la feuille d'exercices se trouve sous Exercices ; les Compléments, hors programme d'examen, traitent de modèles moins standards (Cauchy, translation et échelle, censure, régression générale) et donnent l'énoncé complet du théorème sur la divergence de Kullback-Leibler.
Comment construire un estimateur ?
Au chapitre précédent, nous avons proposé quelques estimateurs sans méthode générale : la proportion empirique de réponses positives pour le paramètre d'une loi de Bernoulli, une correction affine de cette proportion pour le protocole des réponses randomisées, une droite ajustée par moindres carrés pour une tendance de température (premiers estimateurs du chapitre 1). Dans chaque cas, l'estimateur a été trouvé au cas par cas, en remarquant que le paramètre s'exprimait à l'aide d'une moyenne que les observations permettaient d'approcher.
Ce chapitre présente deux procédés systématiques, applicables dès que le modèle est écrit. Le premier, la méthode des moments, prolonge le raisonnement précédent : on égale des moyennes théoriques, fonctions du paramètre, à leurs contreparties empiriques. Le second, le maximum de vraisemblance, retient la valeur du paramètre qui rend les observations les plus vraisemblables, c'est-à-dire qui maximise la densité des observations vue comme une fonction du paramètre. Les deux méthodes ne coïncident pas en général, et aucune des deux ne garantit à elle seule que l'estimateur obtenu est bon : la mesure de la qualité d'un estimateur fait l'objet des chapitres suivants.
1.Estimation ponctuelle
Le chapitre précédent a distingué quatre tâches de l'inférence statistique (section « Objectifs de la statistique » du chapitre 1) : l'estimation ponctuelle, l'estimation par région, le test et la prédiction. Ce chapitre est consacré à la première. Estimer ponctuellement, c'est répondre par une seule valeur : on calcule un nombre, ou un vecteur, à partir des observations, et on le propose comme valeur plausible de la quantité inconnue. Cette quantité n'est pas nécessairement le paramètre lui-même ; ce peut être une fonction du paramètre, par exemple la variance $1/\param^2$ d'une loi exponentielle d'intensité $\param$.
Définition — Estimateur ponctuel
Soient $\modc$ un modèle statistique paramétrique et $g: \Param \to \rset^q$
une fonction. Un estimateur ponctuel $T$ de $g(\param)$ est une
statistique à valeurs dans un espace mesurable contenant $g(\Param)$,
typiquement $(\rset^q,\borel(\rset^q))$ : une application mesurable
$T : (\Zset,\Zsigma) \to (\rset^q,\borel(\rset^q))$.
Remarque. On impose parfois à un estimateur de $g(\param)$ de prendre ses valeurs dans $g(\Param)$ lui-même. Cette restriction apporte peu sur le plan conceptuel et exclut des estimateurs pourtant parfaitement admissibles dans la théorie classique ; nous ne la retenons pas.
Comme toute statistique (définition du chapitre 1), un estimateur ne dépend que des observations : le paramètre inconnu n'intervient pas dans son expression. C'est la seule contrainte imposée par la définition.
Exemple — Qu'est-ce qui est un estimateur ?
Considérons un $n$-échantillon $(X_1,\dots,X_n)$ du modèle exponentiel
$\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\setv{\expo(\param)}{\param \in \rset_+^*}\big)$,
et cherchons à estimer $\param$. Parmi les cinq quantités
\[ X_1 \eqsp, \qquad \bar X_n \eqsp, \qquad \param \eqsp, \qquad 1 \eqsp, \qquad -1 \eqsp, \]
quatre sont des estimateurs de $\param$ : $X_1$, $\bar X_n$, la constante $1$ et la constante $-1$ sont des fonctions mesurables des observations. La cinquième, $\param$, n'en est pas un : c'est la quantité inconnue que l'on cherche à estimer, et elle n'est pas calculable à partir des données. En revanche, rien dans la définition n'interdit à $-1$ d'être un estimateur d'un paramètre strictement positif : c'est un très mauvais estimateur, mais c'en est un.
Pour départager des estimateurs, il faut donc mesurer leur qualité. Trois mesures seront introduites dans la suite du cours : le biais $\PE_\param[T(Z)] - g(\param)$, qui compare l'estimateur à sa cible en moyenne ; l'erreur quadratique moyenne $\PE_\param\big[\|T(Z)-g(\param)\|^2\big]$ ; et, pour une suite d'estimateurs indexée par le nombre d'observations, la consistance, c'est-à-dire la convergence de $T_n(Z)$ vers $g(\param)$ lorsque $n$ tend vers l'infini. Les deux premières sont étudiées avec la théorie de la décision, aux cours 3 et 4, la troisième avec le comportement asymptotique des estimateurs, aux cours 6 et 7. Nous les rencontrerons néanmoins dès ce chapitre, en particulier dans l'Exercice 2 (PC2), où le biais de deux estimateurs concurrents est calculé et comparé.
Intuition
Un estimateur n'est pas nécessairement « bon ». La définition ne demande qu'une chose, qu'il soit calculable à partir des données, et c'est ce qui la rend utile : elle sépare la question de la construction, objet de ce chapitre, de celle de l'évaluation, objet des chapitres suivants. Une méthode de construction fournit un candidat ; c'est ensuite l'étude de son biais, de son erreur quadratique et de son comportement quand $n$ grandit qui dit s'il faut le retenir.
2.Méthode des moments
La méthode des moments part d'une remarque élémentaire : dans beaucoup de modèles, le paramètre s'exprime à l'aide d'une espérance, et une espérance s'approche par une moyenne empirique. L'exemple qui suit, calculé avant toute définition, en montre le principe.
Exemple — Modèle de Bernoulli : un premier estimateur des moments
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\big(\{0,1\},\mathcal{P}(\{0,1\}),\setv{\ber(p)}{p \in \ccint{0,1}}\big)$, où l'on note $p$ le paramètre. Le candidat naturel pour estimer $p$ est la proportion empirique de $1$, c'est-à-dire la moyenne empirique $\bar X_n = n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i$. La raison en est que $\PE_p[X_1] = p$ : le paramètre est une espérance, et l'on estime une espérance par sa version empirique, $\hat p_n \eqdef \bar X_n$. C'est l'estimateur proposé au chapitre 1 (premiers estimateurs du chapitre 1).
On a choisi une fonction $T$ des observations (ici $T(x) = x$), calculé son espérance $e(\param) = \PE_\param[T(X_1)]$ en fonction du paramètre, puis résolu l'équation $e(\hat\param_n) = n^{-1}\sum_{i=1}^n T(X_i)$. Le cas d'un paramètre réel et d'une seule fonction $T$ se formule ainsi.
Définition — Méthode des moments, cas simple
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon d'un modèle paramétrique $\modcX$ avec $\Param \subseteq \rset$, et soit $T : \Xset \to \rset$ une fonction mesurable telle que $\PE_\param[|T(X_1)|] \lt \infty$ pour tout $\param \in \Param$. On appelle moment exact associé à $T$ la fonction $\class{mk-exact}{e : \param \mapsto e(\param) \eqdef \PE_\param[T(X_1)]}$, et moment empirique associé à $T$ la statistique $\class{mk-emp}{n^{-1}\sum_{i=1}^n T(X_i)}$. L'estimateur des moments associé à $T$ est la valeur $\hat\param_n$ du paramètre qui égale le moment exact et le moment empirique,
\[ \class{mk-exact}{e(\hat\param_n)} = \class{mk-emp}{\frac1n \sum_{i=1}^n T(X_i)} \eqsp, \]
lorsque cette équation, d'inconnue $\paramcur \in \Param$, admet une solution unique.
Les deux exemples qui suivent appliquent cette définition à des modèles où le paramètre n'est pas lui-même une espérance.
Exemple — Modèles exponentiel et de Poisson : deux applications
Modèle exponentiel. Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\setv{\expo(\param)}{\param \in \rset_+^*}\big)$. Ici $\PE_\param[X_1] = 1/\param$ : le paramètre n'est pas lui-même une espérance, mais s'en déduit par une fonction inversible. On retient la valeur $\hat\param_n$ telle que $1/\hat\param_n = \bar X_n$, soit $\hat\param_n = 1/\bar X_n$, définie dès que $\bar X_n \gt 0$, ce qui est le cas $\PP_\param$-presque sûrement.
Modèle de Poisson, moment d'ordre $2$. Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\big(\nset,\mathcal{P}(\nset),\setv{\poisson(\lambda)}{\lambda \in \rset_+^*}\big)$. Rien n'oblige à utiliser le moment d'ordre $1$ : comme $\PE_\lambda[X_1^2] = \operatorname{Var}_\lambda(X_1) + \PE_\lambda[X_1]^2 = \lambda + \lambda^2$, on peut retenir la valeur $\hat\lambda_n$ telle que $\hat\lambda_n^2 + \hat\lambda_n = n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i^2$, c'est-à-dire l'unique racine dans $\rset_+$ de cette équation du second degré,
\[ \hat\lambda_n = \frac{1}{2}\Big(-1 + \sqrt{1 + 4\,n^{-1}\textstyle\sum_{i=1}^n X_i^2}\Big) \eqsp. \]
Cette racine vaut $0$ exactement lorsque toutes les observations sont nulles, événement de probabilité $\rme^{-n\lambda} \gt 0$. L'espace des paramètres ayant été pris égal à $\rset_+^*$, l'estimateur n'est alors pas défini ; il le serait si l'on adjoignait à $\Param$ la valeur $\lambda = 0$, à laquelle correspond la masse de Dirac en $0$. Le premier estimateur des moments, $\bar X_n$, rencontre exactement la même limite.
Lorsque le paramètre est de dimension $d$, une seule équation ne suffit plus : il en faut autant que d'inconnues, donc autant de fonctions de moment.
Méthode — Méthode des moments
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon d'un modèle paramétrique $\modcX$, où $\Param \subseteq \rset^d$. Pour tout $\param \in \Param$, on note $\loi_\param \eqdef \altloi_\param^{\otimes n}$ la loi des observations.
Calculer les moments exacts : pour tout $\param \in \Param$ et tout $j \in \{1,\dots,d\}$,
\[ \class{mk-exact}{e_j(\param) \eqdef \PE_\param[ T_j(X_1) ]}\eqsp. \]
Les moments exacts $\class{mk-exact}{e_j(\param)}$ ne sont pas connus, puisque $\param$ ne l'est pas ; on les estime par les moments empiriques $\class{mk-emp}{n^{-1} \sum_{i=1}^n T_j(X_i)}$.
Résoudre, par rapport à la variable $\paramcur$, le système de $d$ équations à $d$ inconnues
\[ \forall j \in \{1,\dots,d\} \qquad \class{mk-emp}{\frac1n \sum_{i=1}^n T_j(X_i)} = \class{mk-exact}{e_j(\paramcur)} \eqsp. \]
En supposant que ce système admette une solution unique $\hat{\param}_n$ dans $\Param$, on appelle $\hat{\param}_n$ l'estimateur des moments de $\param$ associé aux fonctions $T_j$, $j=1,\dots,d$.
L'estimateur des moments est donc égal à la valeur du paramètre $\paramcur$ pour laquelle les moments exacts et les moments empiriques sont égaux. Deux points méritent d'être soulignés dès maintenant. D'une part, la méthode ne produit un estimateur que si le système admet une solution unique : ni l'existence ni l'unicité ne sont automatiques, et la solution peut exister sans appartenir à l'espace des paramètres, comme dans le modèle de Poisson lorsque toutes les observations sont nulles. D'autre part, le résultat dépend des fonctions $T_j$ choisies ; un même modèle admet donc en général plusieurs estimateurs des moments, comme le montre l'exemple qui suit.
Exemple — Modèle exponentiel : deux estimateurs des moments
Le modèle exponentiel est le modèle de base des systèmes à événements discrets : arrivées à un service, occurrences de panne, durées de survie. Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle
\[ \left( \rset_+, \borel(\rset_+),\setv{\expo(\param)}{\param \in \Param \eqdef \rset_+^*}\right) \eqsp, \]
où la loi exponentielle d'intensité $\param \gt 0$ admet, par rapport à la mesure de Lebesgue $\lleb$ sur $\rset$, la densité
\[ \altloidens_\param(x) \eqdef \param \rme^{- \param x} \indi{\rset_+}(x) \eqsp. \tag{1} \]
Cette loi est sans mémoire : pour tous $a,b\gt 0$ et tout $\param \in \Param$,
\[ \CPP[\param]{X_1 \geq a + b}{X_1 \geq a} = \frac{\rme^{-(a+b)\param }}{\rme^{-a\param}} = \PP_\param(X_1 \geq b) \eqsp, \]
et ses moments se calculent par intégrations par parties successives, ou par la fonction génératrice des moments (lemme des moments de la loi exponentielle, chapitre 1) :
\[ \PE_\param[X_1^k] = \frac{k!}{\param^k} \eqsp, \qquad k \in \nset^* \eqsp. \]
Considérons les deux fonctions $T(x) = x$ et $\tilde{T}(x)=x^2$. Les moments exacts associés sont
\[ \begin{aligned} e(\param) &= \PE_\param \left[T(X_1)\right] = \int_0^{+\infty} x\, \param \exp(-\param x)\, \rmd x = \frac{1}{\param} \eqsp, \\
\tilde{e}(\param) &= \PE_\param \left[\tilde{T}(X_1)\right] = \int_0^{+\infty}x^2\,\param \exp(-\param x)\, \rmd x = \frac{2}{\param^2} \eqsp. \end{aligned} \]
Les estimateurs des moments associés sont les solutions respectives des équations
\[ e(\paramcur) = \frac{1}{\paramcur} = \frac{1}{n}\sum_{i = 1}^n X_i \quad \text{ et } \quad
\tilde e(\paramcur) = \frac{2}{\paramcur^2} = \frac{1}{n}\sum_{i = 1}^n X_i^2 \eqsp. \]
Sous la contrainte $\paramcur \gt 0$, et dès que les observations ne sont pas toutes nulles – ce qui est vrai $\loi_\param$-presque sûrement –, chacune de ces équations a une solution unique :
\[ \hat{\param}_{n,1} \eqdef \frac{1}{n^{-1}\sum_{i = 1}^nX_i} \eqsp, \qquad \text{et} \qquad \hat{\param}_{n,2} \eqdef \left(\frac{2}{n^{-1} \sum_{i = 1}^nX_i^2}\right)^{1/2} \eqsp. \tag{2} \]
Remarque. Il y a donc, ici, deux estimateurs des moments, et il y en aurait autant que de fonctions $T$ admissibles. On ne dit pas « l'estimateur des moments » du modèle exponentiel, mais un estimateur des moments, ou l'estimateur des moments associé au moment $T$. Les deux estimateurs de (2) ne se valent pas : la figure ci-dessous compare leurs lois sur des échantillons simulés. Le biais et l'erreur quadratique moyenne de $\hat\param_{n,1}$ sont calculés au chapitre 1 à l'aide des lois Gamma (compléments du chapitre 1) : $\PE_\param[\hat\param_{n,1}] = n\param/(n-1)$ pour $n \geq 2$ et $\PE_\param[(\hat\param_{n,1}-\param)^2] = (n+2)\param^2/((n-1)(n-2))$ pour $n \geq 3$.
Comparaison des estimateurs $\hat{\param}_{n,1}= 1/ (n^{-1} \sum_{i=1}^n X_i)$ et $\hat{\param}_{n,2}= \big(2 / (n^{-1} \sum_{i=1}^n X_i^2)\big)^{1/2}$ : boîtes à moustaches des valeurs prises par chacun des deux estimateurs sur un grand nombre d'échantillons simulés de taille $n$ sous $\loi_\param$, pour $\param = 1$. Les deux estimateurs se concentrent autour de la vraie valeur du paramètre, mais $\hat\param_{n,2}$ est nettement plus dispersé que $\hat\param_{n,1}$.Comment se lit une boîte à moustaches
Une boîte à moustaches résume une série de valeurs par cinq nombres calculés sur la série ordonnée. La boîte s'étend du premier quartile $q_1$ au troisième quartile $q_3$, et le trait qui la coupe marque la médiane $q_2$ : la boîte contient donc la moitié centrale des valeurs, et sa hauteur est l'écart interquartile $\mathrm{IQR} = q_3 - q_1$, une mesure de dispersion insensible aux valeurs extrêmes.
Les moustaches ne vont pas jusqu'au minimum et au maximum. Suivant la convention de Tukey, celle qu'emploient matplotlib et R, la moustache supérieure s'arrête à la plus grande valeur inférieure à $q_3 + 1{,}5\,\mathrm{IQR}$, la moustache inférieure à la plus petite valeur supérieure à $q_1 - 1{,}5\,\mathrm{IQR}$, et les valeurs situées au-delà sont tracées une à une. Pour des observations gaussiennes, la boîte couvre environ $50\,\%$ des valeurs et les moustaches environ $99{,}3\,\%$ ; il reste donc, en moyenne, sept points sur mille dessinés séparément, sans que cela signale quoi que ce soit d'anormal.
Sur la figure ci-dessus, chaque boîte résume les valeurs prises par un estimateur sur un grand nombre d'échantillons simulés sous la même loi. La position de la médiane par rapport à la vraie valeur du paramètre renseigne sur le biais, la hauteur de la boîte et la longueur des moustaches sur la dispersion : c'est exactement ce que comparent le biais et l'erreur quadratique moyenne, calculés au chapitre 1 pour $\hat\param_{n,1}$.
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Comparer les deux estimateurs des moments interactif
Un échantillon, puis les deux estimateurs, puis la même expérience répétée : boîtes à moustaches, histogrammes et erreur quadratique moyenne, jusqu'au tracé de celle-ci en fonction de \(n\).
Le modèle uniforme sur un intervalle inconnu demande, lui, deux fonctions de moment, puisque le paramètre est de dimension $2$.
Exemple — Loi uniforme sur $[a,b]$ : deux moments nécessaires
La loi uniforme est le modèle simple d'une variable aléatoire bornée dans un intervalle. Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon de la loi uniforme sur $\ccint{a,b}$, où le paramètre est
$\param = (a,b) \in \Param \eqdef \setv{(a,b) \in \rset^2}{a\lt b}$, de densité par rapport à la mesure de Lebesgue $\lleb$
\[ \altloidens_\param(x) = \frac{1}{b-a}\,\indi{\ccint{a,b}}(x) \eqsp. \]
Avec $T(x) = x$ et $\tilde T(x) = x^2$, les moments exacts valent
\[ e(\param) = \PE_\param[X_1] = \frac{a+b}{2} \eqsp, \qquad
\tilde e(\param) = \PE_\param[X_1^2] = \frac{b^3-a^3}{3(b-a)} = \frac{a^2+ab+b^2}{3} \eqsp. \]
L'estimateur des moments est la solution du système
\[ \frac{a+b}{2} = \bar X_n \eqsp, \qquad \frac{a^2+ab+b^2}{3} = \overline{X^2}_n \eqdef \frac1n \sum_{i=1}^n X_i^2 \eqsp. \]
Le système n'est pas linéaire, mais le changement d'inconnues $s = a+b$ et $p = ab$ le résout : comme $a^2+ab+b^2 = s^2-p$, il vient
\[ \hat s_n = 2\bar X_n \eqsp, \qquad \hat p_n = \hat s_n^2 - 3\, \overline{X^2}_n \eqsp, \]
et $\hat a_n$, $\hat b_n$ sont les racines de $t^2 - \hat s_n t + \hat p_n = 0$. Ces racines sont réelles : en notant $V_n \eqdef \overline{X^2}_n - \bar X_n^2 = n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2 \geq 0$ la variance empirique non corrigée, le discriminant vaut
\[ \hat s_n^2 - 4 \hat p_n = 4\bar X_n^2 - 4\big(4 \bar X_n^2 - 3\overline{X^2}_n\big) = 12\big(\overline{X^2}_n - \bar X_n^2\big) = 12\, V_n \geq 0 \eqsp, \]
de sorte que
\[ \hat a_n = \bar X_n - \sqrt{3 V_n} \eqsp, \qquad \hat b_n = \bar X_n + \sqrt{3 V_n} \eqsp. \]
Pour $n \geq 2$, les observations ne sont pas toutes égales $\loi_\param$-presque sûrement, donc $V_n \gt 0$, $\hat a_n \lt \hat b_n$ et $(\hat a_n,\hat b_n) \in \Param$ : le système admet une solution unique dans $\Param$, la contrainte $a\lt b$ imposant l'ordre des deux racines. Ici, plusieurs moments sont nécessaires pour identifier les deux paramètres $a$ et $b$ : le nombre d'équations doit être au moins égal au nombre d'inconnues.
Remarque. L'intervalle $[\hat a_n,\hat b_n]$ ne contient pas nécessairement toutes les observations : cela se produit dès que $X_{n:n} - \bar X_n \gt \sqrt{3V_n}$, où $X_{n:n}$ est la plus grande observation. Par exemple, pour un échantillon de taille $10$ dont neuf observations sont proches de $0$ et la dixième proche de $1$, on trouve $\bar X_n \simeq 0{,}1$, $V_n \simeq 0{,}09$ et $\hat b_n \simeq 0{,}1 + \sqrt{0{,}27} \simeq 0{,}62$, alors que la plus grande observation vaut environ $1$. La méthode des moments n'utilise que les deux premiers moments empiriques, et ne tient pas compte de la contrainte $a \leq X_i \leq b$ imposée par chaque observation. Le maximum de vraisemblance, lui, retiendra $[X_{1:n},X_{n:n}]$ (Exemple).
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Loi uniforme sur $[a,b]$ : moments contre maximum de vraisemblance interactif
L'intervalle des moments $[\hat a_n,\hat b_n]$ laisse parfois des observations dehors ; l'intervalle $[X_{1:n},X_{n:n}]$ du maximum de vraisemblance, jamais.
Une fois l'estimateur construit, la première question est de savoir s'il se rapproche du paramètre lorsque le nombre d'observations augmente. Pour la méthode des moments, la réponse repose sur un fait de probabilités : une moyenne empirique se concentre autour de l'espérance qu'elle estime.
Proposition — Convergence des moments empiriques
Soient $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\modcX$ et $T : \Xset \to \rset$ une fonction mesurable telle que $\PE_\param[|T(X_1)|] \lt \infty$ pour tout $\param \in \Param$ ; on note $e(\param) = \PE_\param[T(X_1)]$.
Si de plus $\PE_\param[T(X_1)^2] \lt \infty$, alors, en notant $\sigma^2(\param) \eqdef \operatorname{Var}_\param(T(X_1)) = \int_\Xset \{T(x) - e(\param)\}^2\,\altloi_\param(\rmd x)$, pour tout $\epsilon \gt 0$,
\[ \PP_\param\left( \Big| \frac1n\sum_{i=1}^n T(X_i) - e(\param) \Big| \geq \epsilon \right) \leq \frac{\sigma^2(\param)}{n\,\epsilon^2} \eqsp. \]
Dans tous les cas, $n^{-1}\sum_{i=1}^n T(X_i) \plim[\PP_\param] e(\param)$ (loi faible des grands nombres).
En particulier, si pour tout $n$ l'estimateur des moments $\hat\param_n$ associé à $T$ est défini $\PP_\param$-presque sûrement, alors $e(\hat\param_n) = n^{-1}\sum_{i=1}^n T(X_i)$ presque sûrement, de sorte que $\PP_\param(|e(\hat\param_n) - e(\param)| \geq \epsilon) \leq \sigma^2(\param)/(n\epsilon^2)$ sous l'hypothèse de (i), et $e(\hat\param_n) \plim[\PP_\param] e(\param)$.
Démonstration
Sous $\PP_\param$, les variables $T(X_1),\dots,T(X_n)$ sont indépendantes, de même loi, d'espérance $e(\param)$. Le point (i) est l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev (Proposition) appliquée à la moyenne empirique, dont la variance vaut $\sigma^2(\param)/n$ par indépendance. Le point (ii) est la loi faible des grands nombres pour des variables i.i.d. intégrables (Théorème) ; sous l'hypothèse de (i), il découle aussi directement de la borne de (i). La dernière affirmation résulte de la définition de $\hat\param_n$.
Remarque. La proposition porte sur $e(\hat\param_n)$ et non sur $\hat\param_n$. Pour conclure sur l'estimateur lui-même, il faut pouvoir inverser $e$ : si $e$ est injective et si son inverse $e^{-1} : e(\Param) \to \Param$ est continue au point $e(\param)$, alors $\hat\param_n = e^{-1}\big(n^{-1}\sum_{i=1}^n T(X_i)\big)$ converge en probabilité vers $\param$ (Lemme). C'est le cas, par exemple, lorsque $\Param$ est un intervalle et que $e$ est continue et strictement monotone : dans le modèle exponentiel, $e(\param) = 1/\param$ et $\hat\param_{n,1} = 1/\bar X_n \plim[\PP_\param] \param$. La consistance et la vitesse de convergence des estimateurs des moments, qui découlent de la loi des grands nombres et du théorème central limite, sont étudiées dans la suite du cours.
Généralisation : les $Z$-estimateurs
Résumons. L'estimateur des moments associé aux fonctions $\vvec T = (T_1,\dots,T_d)$ est la solution du système de $d$ équations à $d$ inconnues
\[ \frac1n\sum_{i=1}^n \vveg\psi(\paramcur, X_i) = 0 \eqsp, \qquad \text{avec} \qquad \vveg\psi(\paramcur,x) \eqdef \vvec T(x) - \PE_{\paramcur}[\vvec T(X_1)] \eqsp. \tag{3} \]
Très souvent, pour un paramètre réel, une seule fonction de moment suffit. Il est cependant intéressant de considérer des estimateurs définis comme solutions de systèmes d'équations de la forme (3) pour des fonctions d'estimation $\vveg\psi$ plus générales, qui ne s'écrivent pas comme la différence entre une statistique et son espérance. La seule propriété de $\vveg\psi$ utilisée est que son espérance s'annule au vrai paramètre.
Définition — $Z$-estimateur
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\modcX$, avec $\Param \subseteq \rset^d$. Soient $\psi_j : \Param \times \Xset \to \rset$, $j \in \{1,\dots,d\}$, des fonctions mesurables telles que, pour tout $\param \in \Param$ et tout $j$, $\PE_\param[|\psi_j(\param,X_1)|] \lt \infty$ et
\[ \PE_\param\big[\vveg\psi(\param,X_1)\big] = \vvec 0_{d\times 1} \eqsp, \qquad \vveg\psi \eqdef (\psi_1,\dots,\psi_d)^\top \eqsp. \]
On appelle $Z$-estimateur associé à $\vveg\psi$ tout estimateur $\est$ vérifiant
\[ \Psi_n(\est) = 0 \eqsp, \qquad \text{où} \qquad \Psi_n(\paramcur) \eqdef \frac1n\sum_{i=1}^n \vveg\psi(\paramcur,X_i) \eqsp. \]
Un estimateur des moments est un $Z$-estimateur, associé à la fonction d'estimation (3). La lettre $Z$ rappelle que l'estimateur est un zéro de la fonction aléatoire $\Psi_n$. Une partie des propriétés de convergence des estimateurs des moments se démontre directement pour les $Z$-estimateurs, avec les mêmes outils (loi des grands nombres et théorème central limite) ; ce sera l'objet de la suite du cours. L'exemple qui suit montre un $Z$-estimateur qui n'est pas un estimateur des moments.
Exemple — Modèle de translation : moyenne empirique et médiane empirique
Soit $f$ une densité de probabilité sur $\rset$, par rapport à la mesure de Lebesgue $\lleb$, paire : $f(x) = f(-x)$ pour tout $x \in \rset$. Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle de translation
\[ \big(\rset,\borel(\rset),\setv{\altloidens_\param \cdot \lleb}{\param \in \Param = \rset}\big) \eqsp, \qquad \altloidens_\param(x) \eqdef f(x-\param) \eqsp, \]
par exemple la loi gaussienne centrée réduite translatée de $\param$, pour $f(x) = (2\pi)^{-1/2}\rme^{-x^2/2}$. Deux choix de fonction d'estimation sont possibles.
Moyenne empirique. Supposons $\int_\rset |x| f(x)\,\rmd x \lt \infty$ et posons $\psi(\param,x) = x - \param$. Par le changement de variable $z = x - \param$ et la parité de $f$,
\[ \PE_\param[X_1 - \param] = \int_\rset (x-\param) f(x-\param)\,\rmd x = \int_\rset z f(z)\,\rmd z = 0 \eqsp. \]
L'équation $n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i - \paramcur) = 0$ a pour unique solution $\est = \bar X_n$ : la moyenne empirique est le $Z$-estimateur associé à $\psi$. C'est aussi l'estimateur des moments associé à $T(x) = x$, puisque $\PE_\param[X_1] = \param$.
Médiane empirique. Posons $\psi(\param,x) = \sign(x-\param)$, où $\sign(z) = -1$ si $z\lt 0$, $\sign(0) = 0$ et $\sign(z) = 1$ si $z \gt 0$. Aucune hypothèse de moment n'est nécessaire, la fonction $\sign$ étant bornée, et
\[ \PE_\param[\sign(X_1 - \param)] = \int_\rset \sign(z) f(z)\,\rmd z = \int_0^{+\infty} f(z)\,\rmd z - \int_{-\infty}^0 f(z)\,\rmd z = 0 \eqsp, \]
toujours par parité de $f$. Notons $X_{1:n} \leq \dots \leq X_{n:n}$ les statistiques d'ordre de l'échantillon, notées $X_{(1)} \leq \dots \leq X_{(n)}$ au chapitre 1 (section « Statistiques » du chapitre 1). Pour $\paramcur$ distinct de toutes les observations, $\sum_{i=1}^n \sign(X_i - \paramcur)$ est la différence entre le nombre d'observations strictement supérieures à $\paramcur$ et le nombre d'observations strictement inférieures à $\paramcur$. Supposons les observations deux à deux distinctes, ce qui est $\PP_\param$-presque sûr puisque leur loi a une densité. Si $n = 2m+1$ est impair, l'équation $\sum_{i=1}^n \sign(X_i - \paramcur) = 0$ a pour unique solution $\paramcur = X_{m+1:n}$, la médiane empirique ; si $n = 2m$ est pair, ses solutions sont tous les points de l'intervalle ouvert $\ooint{X_{m:n},X_{m+1:n}}$, parmi lesquels la médiane empirique $\frac12(X_{m:n}+X_{m+1:n})$. Dans les deux cas, la médiane empirique $\operatorname{med}(X_1,\dots,X_n)$ est un $Z$-estimateur associé à $\psi$.
Ainsi, la moyenne empirique est un estimateur des moments, tandis que la médiane empirique est un $Z$-estimateur qui n'est pas un estimateur des moments : on vérifie que la fonction $(\param,x) \mapsto \sign(x - \param)$ ne s'écrit pas sous la forme $T(x) - \PE_\param[T(X_1)]$.
3.Maximum de vraisemblance
La seconde méthode retient la valeur du paramètre pour laquelle les observations obtenues avaient la plus grande probabilité, ou, pour un modèle à densité, la plus grande densité. Le terme de vraisemblance est transparent : on se demande quelle valeur du paramètre rendrait nos observations les plus vraisemblables. Avant la définition, deux exemples fixent l'idée.
Intuition
Considérons le modèle gaussien $\setv{\gauss(\mu,1)^{\otimes n}}{\mu \in \rset}$ pour des tailles, en centimètres, et les observations $180$, $170$, $155$, $172$, $183$, $194$, $164$, … Est-il vraisemblable que $\mu = 10$ ? que $\mu = 200$ ? Sous $\gauss(10,1)$, une taille de $170$ est à $160$ écarts-types de la moyenne, et la densité y vaut $(2\pi)^{-1/2}\rme^{-12\,800}$. Ces valeurs de $\mu$ sont possibles au sens strict, la densité gaussienne ne s'annulant jamais, mais si peu vraisemblables qu'on ne les retiendrait pas. Avec une seule observation $X_1$, la densité $\mu \mapsto (2\pi)^{-1/2}\exp(-(X_1-\mu)^2/2)$ est maximale en $\mu = X_1$ : la valeur la plus vraisemblable est l'observation elle-même. Avec plusieurs observations indépendantes, la densité du vecteur est le produit des densités, $\prod_{i=1}^n (2\pi)^{-1/2}\exp(-(X_i-\mu)^2/2)$, maximal lorsque $\sum_{i=1}^n (X_i-\mu)^2$ est minimal, c'est-à-dire en $\mu = \bar X_n$ : c'est le calcul de l'Exemple.
Intuition
Considérons maintenant le modèle uniforme $\setv{\unif(\ccint{0,\param})^{\otimes n}}{\param \in \rset_+^*}$ et les observations $8$, $7$, $11$, $17$, $2$, $5$, $14$, … La valeur $\param = 5$ est impossible : une observation vaut $17 \gt 5$, et la densité $\param^{-1}\indi{\ccint{0,\param}}(17)$ est nulle. La valeur $\param = 100$ est possible, mais chaque observation a alors la densité $1/100$, et le vecteur des $n$ observations la densité $100^{-n}$. La valeur $\param = 17$, la plus grande observation, est possible et donne la densité $17^{-n}$, la plus grande de toutes : toute valeur inférieure à $17$ annule la densité, toute valeur supérieure la diminue. Ici, une seule observation renseigne déjà, puisque $\param$ est au moins égal à cette observation. Dans les deux exemples, le raisonnement ne fait intervenir que la densité des observations, vue comme une fonction du paramètre : c'est cette fonction que l'on appelle vraisemblance.
Définitions
Le modèle est supposé dominé : chaque loi $\altloi_\param$ admet une densité $\altloidens_\param$ par rapport à une même mesure $\sigma$-finie $\mu$ (définition du chapitre 1). La vraisemblance est la densité du $n$-échantillon, produit des densités individuelles (chapitre 1, modèle du $n$-échantillon), évaluée aux observations et considérée comme une fonction du paramètre.
Définition — Vraisemblance et estimateur du maximum de vraisemblance
Soient $(\Xset,\Xsigma)$ un espace mesurable, $\mu$ une mesure $\sigma$-finie sur $(\Xset,\Xsigma)$ et $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle dominé $\modcXdens$, où, pour tout $\param \in \Param$, $\altloidens_\param$ est la densité de $\altloi_\param$ par rapport à $\mu$. On appelle fonction de vraisemblance (ou vraisemblance) associée au $n$-échantillon $(X_1,\dots,X_n)$ l'application
\[ \paramcur \in \Param \mapsto \Lhood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) \eqdef \prod_{i=1}^n \altloidens_{\paramcur}(X_i) \eqsp. \]
On appelle estimateur du maximum de vraisemblance tout estimateur $\estMV$ vérifiant
\[ \Lhood(\estMV, X_1,\dots,X_n) = \max_{\paramcur \in \Param} \Lhood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) \eqsp, \]
c'est-à-dire
\[ \estMV \in \argmax_{\paramcur \in \Param} \Lhood(\paramcur,X_1,\dots,X_n) \eqsp. \]
Quand il n'y a pas de risque de confusion, on note $\Lhood(\paramcur)$ pour $\Lhood(\paramcur,X_1,\dots,X_n)$.
La variable $\paramcur$ de la vraisemblance parcourt $\Param$ : c'est un paramètre libre, distinct de la valeur inconnue du paramètre sous laquelle les observations ont été tirées. Cette distinction sera rendue explicite par la notation à la section « Comprendre le maximum de vraisemblance ». La vraisemblance dépend du choix de la mesure dominante $\mu$, mais deux mesures dominantes conduisent à des densités qui diffèrent d'un facteur multiplicatif indépendant du paramètre (bases de maths du chapitre 1) : les points de maximum, donc l'estimateur, n'en dépendent pas.
Remarque. Cette invariance vaut pour des versions fixées des densités : en
modifiant les densités sur un ensemble négligeable qui dépend du paramètre, on peut déplacer les
points de maximum, au point de faire perdre sa consistance à l'estimateur du maximum de vraisemblance
dans un modèle gaussien (Y. Baraud et L. Birgé, Annals of Statistics, 2018,
proposition 1). Le point est précisé dans les
compléments du chapitre 1 ; les
versions continues utilisées dans ce cours écartent la difficulté. Merci à Matthieu Lerasle de
l'avoir signalé.
Définition — Log-vraisemblance normalisée
Sous les hypothèses de la Définition, la log-vraisemblance normalisée est l'application
\[ \paramcur \in \Param \mapsto \loghood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) \eqdef \frac1n \log \Lhood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) = \frac1n\sum_{i=1}^n \log \altloidens_{\paramcur}(X_i) \eqsp, \]
avec la convention $\log 0 = -\infty$.
Remarque. Dans tout ce cours, $\log$ désigne le logarithme népérien, de base $\rme$, et non le logarithme décimal. On écrit $\log$ plutôt que $\ln$ parce que cette dernière notation se confond à la lecture avec celles de la vraisemblance $\Lhood$ et de la log-vraisemblance normalisée $\loghood$.
Le logarithme étant strictement croissant sur $\rset_+^*$, et la convention $\log 0 = -\infty$ prolongeant cette monotonie à $\rset_+$, les fonctions $\Lhood$ et $\loghood$ ont les mêmes points de maximum :
\[ \estMV \in \argmax_{\paramcur \in \Param} \loghood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) \eqsp. \]
Le passage au logarithme transforme le produit en somme, ce qui simplifie les calculs ; la normalisation par $n$ fait de $\loghood$ une moyenne empirique, ce qui servira à comprendre le comportement de l'estimateur lorsque $n$ augmente (section « Comprendre le maximum de vraisemblance »).
Exemples
Exemple — Modèle exponentiel
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle exponentiel $\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\setv{\expo(\param)}{\param \in \Param = \rset_+^*}\big)$, dont la densité par rapport à la mesure de Lebesgue est $\altloidens_\param(x) = \param\rme^{-\param x}\indi{\rset_+}(x)$. Les observations étant positives, la vraisemblance s'écrit, pour tout $\paramcur \gt 0$,
\[ \Lhood(\paramcur) = \prod_{i=1}^n \paramcur\,\rme^{-\paramcur X_i} = \paramcur^n \exp\Big(-\paramcur \sum_{i=1}^n X_i\Big) \gt 0 \eqsp, \qquad \loghood(\paramcur) = \log \paramcur - \paramcur\,\bar X_n \eqsp. \]
La fonction $\loghood$ est dérivable sur $\rset_+^*$, de dérivée $\loghood'(\paramcur) = 1/\paramcur - \bar X_n$ et de dérivée seconde $-1/\paramcur^2 \lt 0$ : elle est strictement concave. Dès que $\bar X_n \gt 0$, ce qui est $\PP_\param$-presque sûr, elle admet un unique point critique, $\paramcur = 1/\bar X_n$, qui est son maximum global : la dérivée $\loghood'$ étant strictement décroissante et nulle en ce point, elle est strictement positive avant et strictement négative après, de sorte que $\loghood$ croît puis décroît. Ainsi
\[ \estMV = \frac{1}{\bar X_n} = \hat\param_{n,1} \eqsp: \]
l'estimateur du maximum de vraisemblance coïncide avec le premier estimateur des moments de l'Exemple.
Exemple — Modèle de Bernoulli
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\big(\{0,1\},\mathcal{P}(\{0,1\}),\setv{\ber(p)}{p \in \Param = \ccint{0,1}}\big)$, où l'on note $p$ le paramètre ; ce modèle est dominé par la mesure de comptage sur $\{0,1\}$, avec la densité $\altloidens_p(x) = p^x(1-p)^{1-x}$, en convenant que $0^0 = 1$. En notant $S_n \eqdef \sum_{i=1}^n X_i = n\bar X_n$ le nombre de $1$ observés, la vraisemblance s'écrit, pour $\paramcur \in \ccint{0,1}$,
\[ \Lhood(\paramcur) = \prod_{i=1}^n \paramcur^{X_i}(1-\paramcur)^{1-X_i} = \paramcur^{S_n}(1-\paramcur)^{n-S_n} \eqsp. \]
Trois cas se présentent. Si $S_n = 0$, alors $\Lhood(\paramcur) = (1-\paramcur)^n$ est strictement décroissante et atteint son maximum en $\paramcur = 0$ seulement. Si $S_n = n$, $\Lhood(\paramcur) = \paramcur^n$ atteint son maximum en $\paramcur = 1$ seulement. Si $0 \lt S_n \lt n$, alors $\Lhood(0) = \Lhood(1) = 0$ et $\Lhood \gt 0$ sur $\ooint{0,1}$, où la log-vraisemblance normalisée vaut
\[ \begin{aligned} \loghood(\paramcur) &= \bar X_n \log \paramcur + (1-\bar X_n)\log(1-\paramcur) \eqsp, \\
\loghood'(\paramcur) &= \frac{\bar X_n}{\paramcur} - \frac{1-\bar X_n}{1-\paramcur} \eqsp, \qquad
\loghood''(\paramcur) = -\frac{\bar X_n}{\paramcur^2} - \frac{1-\bar X_n}{(1-\paramcur)^2} \lt 0 \eqsp. \end{aligned} \]
La fonction $\loghood$ est strictement concave sur $\ooint{0,1}$, et son unique point critique $\paramcur = \bar X_n$ est son maximum global. Dans les trois cas, l'estimateur du maximum de vraisemblance existe, est unique, et vaut
\[ \estMV = \bar X_n \eqsp, \]
qui est aussi l'estimateur des moments associé à $T(x) = x$. Le comportement de la log-vraisemblance lorsque $n$ augmente est étudié en détail sur cet exemple dans les compléments (« Le modèle de Bernoulli au microscope »).
Exemple — Loi de Poisson : à vous
Avant de lire la suite, reprenez sur ce modèle la démarche des deux exemples précédents : écrire la vraisemblance, passer à la log-vraisemblance normalisée, isoler les termes qui dépendent du paramètre, puis étudier la fonction obtenue. L'exercice ci-dessous propose cette démarche à trois niveaux de difficulté, sur les modèles de Poisson, uniforme et de Pareto ; la solution complète du modèle choisi s'affiche une fois l'exercice terminé.
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À vous : trouver un estimateur du maximum de vraisemblance interactif
Trois modèles au choix, de la loi de Poisson à la loi de Pareto, en quatre étapes : écrire la vraisemblance, passer au logarithme, résoudre, puis conclure sur l'existence du maximum.
Pour $\param \in \Param = \rset_+^*$, la loi de Poisson de paramètre $\param$ est la loi sur $\nset$ de densité, par rapport à la mesure de comptage $\mu$ sur $\nset$,
\[ \altloidens_\param(x) = \rme^{-\param}\frac{\param^x}{x!} \eqsp, \qquad x \in \nset \eqsp. \]
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon de cette loi. La vraisemblance s'écrit, pour tout $\paramcur \gt 0$,
\[ \begin{aligned} \Lhood(\paramcur) &= \prod_{i=1}^n \rme^{-\paramcur}\frac{\paramcur^{X_i}}{X_i!} = \frac{1}{\prod_{i=1}^n X_i!}\exp\big(-n\paramcur + n\bar X_n \log \paramcur\big) \eqsp, \\
\loghood(\paramcur) &= -\frac{1}{n}\log\Big(\prod_{i=1}^n X_i!\Big) - \paramcur + \bar X_n \log \paramcur \eqsp. \end{aligned} \]
En isolant ce qui ne dépend pas de $\paramcur$, et en considérant $\loghood$ plutôt que $\Lhood$, on constate que la fonction à maximiser est $\paramcur \mapsto -\paramcur + \bar X_n\log\paramcur$. Si $\bar X_n \gt 0$, elle est strictement concave sur $\rset_+^*$, de dérivée $-1 + \bar X_n/\paramcur$, qui s'annule en $\paramcur = \bar X_n$ seulement : l'estimateur du maximum de vraisemblance est
\[ \estMV = \bar X_n = n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i \eqsp. \]
Si $\bar X_n = 0$, c'est-à-dire si toutes les observations sont nulles, événement de probabilité $\rme^{-n\param} \gt 0$, la fonction $\paramcur \mapsto -\paramcur$ n'a pas de maximum sur $\rset_+^*$ et l'estimateur du maximum de vraisemblance n'est pas défini.
Remarque. Sur les modèles de Bernoulli et de Poisson, l'estimateur du maximum de vraisemblance coïncide, lorsqu'il est défini, avec l'estimateur des moments associé à $T(x) = x$, puisque le paramètre y est l'espérance d'une observation. C'est un phénomène typique des familles exponentielles, étudié dans l'Exercice 3 (PC2).
Équations de vraisemblance
Dans les trois exemples précédents, l'estimateur a été obtenu en annulant la dérivée de la log-vraisemblance. Cette démarche a une portée générale, sous deux conditions : que le maximum soit atteint en un point intérieur de $\Param$, et que la log-vraisemblance y soit différentiable.
Définition — Équations de vraisemblance
Soit $\Param \subseteq \rset^d$. On suppose que la fonction $\paramcur \mapsto \loghood(\paramcur,X_1,\dots,X_n)$ est différentiable sur l'intérieur de $\Param$. Le système de $d$ équations
\[ \nabla_{\paramcur}\, \loghood(\paramcur,X_1,\dots,X_n) = 0 \eqsp, \qquad \paramcur \in \mathring{\Param} \eqsp, \]
est appelé équation de vraisemblance si $d = 1$ et système d'équations de vraisemblance si $d \gt 1$. Tout estimateur $\hat\param_n^{\,\mathrm{rv}}$ solution de ce système est appelé racine de l'équation de vraisemblance.
Si le maximum de $\loghood$, ou ce qui revient au même celui de $\Lhood$, est atteint en un point intérieur de $\Param$ où $\loghood$ est différentiable, alors l'estimateur du maximum de vraisemblance est une racine de l'équation de vraisemblance : en un point de maximum intérieur, le gradient s'annule. Là où $\Lhood \gt 0$, les fonctions $\Lhood$ et $\loghood = n^{-1}\log \Lhood$ ont d'ailleurs les mêmes points critiques, puisque $\nabla \loghood = \nabla \Lhood/(n\Lhood)$. La réciproque est fausse : résoudre le système fournit tous les points critiques de $\loghood$, c'est-à-dire ses maxima et minima locaux, et une racine de l'équation de vraisemblance n'est pas nécessairement un maximum global. L'estimateur du maximum de vraisemblance est donc obtenu soit en résolvant un problème d'optimisation, soit en résolvant un système d'équations, le plus souvent non linéaires, puis en vérifiant que la solution retenue est bien un maximum. Sauf dans les modèles simples, comme le modèle de Poisson, ces estimateurs ne sont pas explicites (voir le modèle de Cauchy dans les compléments).
Exemple — Moyenne et variance d'une gaussienne
Soit $(X_1,\dots,X_n)$, avec $n \geq 2$, un $n$-échantillon du modèle gaussien $\big(\rset,\borel(\rset),\setv{\gauss(\mu,\sigma^2)}{(\mu,\sigma^2) \in \Param = \rset \times \rset_+^*}\big)$, de densité par rapport à la mesure de Lebesgue
\[ \altloidens_{(\mu,\sigma^2)}(x) = (2\pi\sigma^2)^{-1/2}\exp\Big(-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}\Big) \eqsp. \]
La log-vraisemblance normalisée s'écrit, pour $\paramcur = (m,v) \in \rset \times \rset_+^*$,
\[ \loghood\big((m,v),X_1,\dots,X_n\big) = -\frac12\log(2\pi v) - \frac{1}{2nv}\sum_{i=1}^n (X_i - m)^2 \eqsp, \]
et les équations de vraisemblance sont
\[ \left\{
\begin{array}{lll}
\dfrac{\partial \loghood}{\partial m}\big((m,v),X_1,\dots,X_n\big) & = & \dfrac{1}{nv}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i - m) = 0 \eqsp, \\[1.2em]
\dfrac{\partial \loghood}{\partial v}\big((m,v),X_1,\dots,X_n\big) & = & -\dfrac{1}{2v} + \dfrac{1}{2nv^2}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i - m)^2 = 0 \eqsp.
\end{array}
\right. \]
Elles admettent une unique solution, $m = \bar X_n$ et $v = n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2$, dès que les observations ne sont pas toutes égales, ce qui est $\PP_\param$-presque sûr pour $n \geq 2$. Il reste à vérifier que ce point critique est le maximum global. À $v$ fixé, $m \mapsto \loghood((m,v))$ est une fonction quadratique strictement concave de $m$, maximale en $m = \bar X_n$. En reportant, $v \mapsto \loghood((\bar X_n,v)) = -\frac12\log(2\pi v) - \frac{S}{2v}$, avec $S \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2 \gt 0$, a pour dérivée $(S - v)/(2v^2)$, strictement positive pour $v \lt S$ et strictement négative pour $v \gt S$ : elle atteint son maximum en $v = S$ seulement. Comme $\loghood((m,v)) \leq \loghood((\bar X_n,v)) \leq \loghood((\bar X_n,S))$ pour tout $(m,v)$, avec égalité si et seulement si $(m,v) = (\bar X_n,S)$, l'estimateur du maximum de vraisemblance existe, est unique et vaut
\[ \estMV = \Big(\bar X_n,\ \frac1n\sum_{i=1}^n (X_i - \bar X_n)^2\Big) \eqsp. \]
Remarque. L'estimateur du maximum de vraisemblance de $\sigma^2$ est la variance empirique non corrigée $n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2 = \frac{n-1}{n}S_n^2$, et non la variance empirique corrigée $S_n^2$ du théorème de Gosset (exemple du chapitre 1) ; d'après ce théorème, $\PE_\param[\hat\sigma^2_{\mathrm{MV}}] = \frac{n-1}{n}\sigma^2$, de sorte que l'estimateur du maximum de vraisemblance est biaisé. Le modèle de régression linéaire gaussienne de l'Exercice 1 (PC2) conduit au même calcul, avec $n-2$ à la place de $n-1$.
Exemple — Modèle uniforme : une vraisemblance non dérivable
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle uniforme $\big(\rset,\borel(\rset),\setv{\unif(\ccint{0,\param})}{\param \in \Param = \rset_+^*}\big)$, de densité par rapport à la mesure de Lebesgue
\[ \altloidens_\param(x) = \frac1\param\,\indi{\ccint{0,\param}}(x) \eqsp. \]
Les observations sont positives $\PP_\param$-presque sûrement, de sorte que la condition « $X_i \in \ccint{0,\paramcur}$ pour tout $i$ » équivaut à $X_{n:n} \leq \paramcur$, où $X_{n:n} = \max_{1 \leq i \leq n} X_i$. La vraisemblance s'écrit donc
\[ \Lhood(\paramcur) = \frac{1}{\paramcur^n}\prod_{i=1}^n \indi{\ccint{0,\paramcur}}(X_i) = \paramcur^{-n}\,\indi{\ccint{0,\paramcur}}(X_{n:n}) = \paramcur^{-n}\,\indi{\coint{X_{n:n},+\infty}}(\paramcur) \eqsp. \]
Elle est nulle pour $\paramcur \lt X_{n:n}$, et strictement décroissante sur $\coint{X_{n:n},+\infty}$ : sa valeur maximale, $X_{n:n}^{-n}$, est atteinte en $\paramcur = X_{n:n}$ seulement, et
\[ \estMV = X_{n:n} \eqsp. \]
La fonction $\Lhood$ n'est pas dérivable en $X_{n:n}$, et la log-vraisemblance vaut $-\infty$ sur $\ooint{0,X_{n:n}}$ : l'équation de vraisemblance n'a pas de sens ici, et le maximum se détermine directement. Pour $n = 5$ et $n = 10$ observations, la figure ci-dessous montre le saut de la vraisemblance en $X_{n:n}$, puis sa décroissance en $\paramcur^{-n}$, d'autant plus rapide que $n$ est grand.
Vraisemblance $\paramcur \mapsto \Lhood(\paramcur)$ du modèle uniforme $\unif(\ccint{0,\param})$ pour un échantillon de taille $n = 5$ (à gauche) et $n = 10$ (à droite) : la fonction est nulle à gauche de la plus grande observation $X_{n:n}$, puis décroît comme $\paramcur^{-n}$. Le maximum est atteint au point de saut.
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Vraisemblance du modèle uniforme interactif
La vraisemblance du modèle uniforme saute en $X_{n:n}$ et se raidit quand $n$ augmente, à côté de celle d'un modèle régulier calculée sur les mêmes tirages.
Méthode — Explicitation de l'estimateur du maximum de vraisemblance
Lorsque c'est possible, l'estimateur s'explicite en suivant les étapes ci-dessous.
Écrire la densité $\altloidens_{\paramcur}$ par rapport à la mesure dominante, puis la vraisemblance $\Lhood(\paramcur) = \prod_{i=1}^n \altloidens_{\paramcur}(X_i)$.
Cas 1, modèles « réguliers » (gaussien, Poisson, exponentiel, Gamma, Bernoulli) : la vraisemblance est strictement positive et dérivable sur l'intérieur de $\Param$.
Écrire la log-vraisemblance $\loghood(\paramcur) = n^{-1}\log \Lhood(\paramcur)$.
Trouver les points critiques, c'est-à-dire résoudre les équations de vraisemblance, un système si $d \gt 1$.
Vérifier que le point critique retenu est un maximum global (par concavité, ou par une étude directe), et traiter les valeurs des observations pour lesquelles il n'y a pas de point critique.
Cas 2, modèles non réguliers (uniforme, par exemple) : la vraisemblance n'est pas dérivable, ou s'annule sur une partie de $\Param$. Déterminer le maximum directement, par une étude de la fonction ; ne pas essayer de différencier.
Les exemples précédents illustrent chacun des deux cas : les modèles exponentiel, de Bernoulli, de Poisson et gaussien (Exemples à exemple) relèvent du cas 1, le modèle uniforme (Exemple) du cas 2. Les deux exemples qui suivent montrent que l'estimateur du maximum de vraisemblance peut ne pas exister, ou ne pas être unique.
Propriétés : existence, unicité, invariance
Exemple — L'estimateur du maximum de vraisemblance n'est pas toujours défini
Soit $\altloidens_0$ la densité, par rapport à la mesure de Lebesgue, définie par
\[ \altloidens_0(x) = \frac{\rme^{-|x|/2}}{2\sqrt{2\pi|x|}} \eqsp, \qquad x \in \rset\setminus\{0\} \eqsp, \]
et prolongée par $0$ en $x = 0$ ; c'est une densité de probabilité, puisque $\int_\rset \altloidens_0\,\rmd\lleb = \int_0^{+\infty} (2\pi x)^{-1/2}\rme^{-x/2}\,\rmd x = 1$ (c'est l'intégrale de la densité de la loi $\chi^2(1)$, chapitre 1). Considérons un $n$-échantillon $(X_1,\dots,X_n)$ du modèle de translation $\big(\rset,\borel(\rset),\setv{\altloidens_0(\cdot-\param)\cdot\lleb}{\param \in \Param = \rset}\big)$. La vraisemblance s'écrit
\[ \Lhood(\paramcur) = \prod_{i=1}^n \altloidens_0(X_i - \paramcur) \eqsp. \]
Les observations sont $\PP_\param$-presque sûrement deux à deux distinctes. Pour tout $i$, lorsque $\paramcur$ tend vers $X_i$, le facteur $\altloidens_0(X_i - \paramcur)$ tend vers $+\infty$, tandis que les autres facteurs $\altloidens_0(X_j - \paramcur)$, $j \neq i$, tendent vers $\altloidens_0(X_j - X_i) \in \ooint{0,+\infty}$ : ainsi $\lim_{\paramcur \to X_i} \Lhood(\paramcur) = +\infty$. La vraisemblance n'est pas majorée, l'ensemble $\argmax_{\paramcur \in \Param}\Lhood(\paramcur)$ est vide, et l'estimateur du maximum de vraisemblance n'est pas défini pour ce modèle.
Exemple — Modèle de Laplace : non-unicité du maximum de vraisemblance
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle de Laplace $\big(\rset,\borel(\rset),\setv{\altloidens_\param\cdot\lleb}{\param \in \Param = \rset}\big)$, de densité par rapport à la mesure de Lebesgue
\[ \altloidens_\param(x) = \frac12\exp\big(-|x-\param|\big) \eqsp, \qquad x \in \rset \eqsp. \]
La log-vraisemblance normalisée s'écrit
\[ \loghood(\paramcur) = -\log 2 - \frac1n\sum_{i=1}^n |X_i - \paramcur| \eqsp, \]
et maximiser $\loghood$ revient à minimiser la fonction $\varphi : \paramcur \mapsto \sum_{i=1}^n |X_i - \paramcur|$. Cette fonction est continue, convexe et affine par morceaux ; elle est dérivable en tout point distinct des observations, de dérivée
\[ \varphi'(\paramcur) = -\sum_{i=1}^n \sign(X_i - \paramcur) \eqsp, \]
constante par morceaux. Avec les notations de l'Exemple, pour $\paramcur \in \ooint{X_{k:n},X_{k+1:n}}$, la dérivée vaut $k - (n-k) = 2k - n$ : elle est strictement négative tant que $k \lt n/2$ et strictement positive dès que $k \gt n/2$.
Si $n = 2m+1$ est impair, $\varphi$ décroît strictement sur $\ocint{-\infty,X_{m+1:n}}$ et croît strictement sur $\coint{X_{m+1:n},+\infty}$ : son minimum est atteint en un point unique, $\estMV = X_{m+1:n}$, la médiane empirique.
Si $n = 2m$ est pair, $\varphi$ décroît strictement sur $\ocint{-\infty,X_{m:n}}$, est constante sur $\ccint{X_{m:n},X_{m+1:n}}$ (la dérivée y vaut $2m - n = 0$) et croît strictement sur $\coint{X_{m+1:n},+\infty}$ : il y a une infinité de solutions, tout point de l'intervalle fermé $\ccint{X_{m:n},X_{m+1:n}}$ est un estimateur du maximum de vraisemblance, et la médiane empirique $\frac12(X_{m:n}+X_{m+1:n})$ en est un parmi d'autres.
Fonction $\paramcur \mapsto \sum_{i=1}^n |X_i - \paramcur|$, dont les minimiseurs sont les estimateurs du maximum de vraisemblance, pour un échantillon du modèle de Laplace de paramètre $\param = 1$ de taille $n = 50$ (à gauche) et $n = 51$ (à droite). Pour $n$ pair, la fonction présente un plateau de minimiseurs ; pour $n$ impair, le minimiseur est unique.
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Modèle de Laplace : non-unicité du maximum de vraisemblance interactif
Deux échantillons, l'un de taille paire et l'autre de taille impaire, montrent le plateau de minimiseurs de $\sum_i |X_i - \vartheta|$ pour $n$ pair.
Reparamétrer un modèle, c'est décrire la même famille de lois avec un autre paramètre, image du premier par une bijection : le modèle gaussien peut être paramétré par la variance ou par l'écart-type. L'estimateur du maximum de vraisemblance suit ce changement de paramètre.
Proposition — Invariance par reparamétrisation
Soient $\setv{\loi_\param}{\param \in \Param}$ un modèle paramétrique dominé, $G : \Param \to \Xi \eqdef G(\Param)$ une bijection de $\Param$ sur son image, et $\setv{\QQ_\xi}{\xi \in \Xi}$ le modèle reparamétré, défini par $\QQ_\xi \eqdef \loi_{G^{-1}(\xi)}$ pour tout $\xi \in \Xi$. Si $\estMV$ est un estimateur du maximum de vraisemblance pour le modèle $\setv{\loi_\param}{\param \in \Param}$, alors $\hat\xi_n \eqdef G(\estMV)$ est un estimateur du maximum de vraisemblance pour le modèle $\setv{\QQ_\xi}{\xi \in \Xi}$. De plus, l'ensemble des estimateurs du maximum de vraisemblance du modèle reparamétré est l'image par $G$ de celui du modèle initial.
Démonstration
Notons $\widetilde{\Lhood}$ la vraisemblance du modèle reparamétré. Pour tout $\xi \in \Xi$, la loi $\QQ_\xi$ a pour densité celle de $\loi_{G^{-1}(\xi)}$, donc $\widetilde{\Lhood}(\xi,X_1,\dots,X_n) = \Lhood(G^{-1}(\xi),X_1,\dots,X_n)$. Ainsi, pour tout $\xi \in \Xi$, en posant $\paramcur = G^{-1}(\xi) \in \Param$,
\[ \widetilde{\Lhood}(\xi,X_1,\dots,X_n) = \Lhood(\paramcur,X_1,\dots,X_n) \leq \Lhood(\estMV,X_1,\dots,X_n) = \widetilde{\Lhood}\big(G(\estMV),X_1,\dots,X_n\big) \eqsp, \]
ce qui montre que $G(\estMV)$ maximise $\widetilde{\Lhood}$. La même chaîne d'inégalités, lue dans l'autre sens à l'aide de $G^{-1}$, montre que tout maximum de $\widetilde{\Lhood}$ est l'image par $G$ d'un maximum de $\Lhood$.
Exemple — Reparamétrisations des modèles gaussien et exponentiel
Considérons le modèle gaussien paramétré en moyenne et variance, $\param = (\mu,\sigma^2) \in \Param = \rset\times\rset_+^*$, dont l'estimateur du maximum de vraisemblance est, pour $n \geq 2$, $(\hat\mu_n,\hat\sigma^2_n) = \big(\bar X_n, n^{-1}\sum_{i=1}^n(X_i-\bar X_n)^2\big)$ (Exemple). Le même modèle paramétré en moyenne et écart-type, $\xi = (\mu,\sigma) \in \Xi = \rset \times \rset_+^*$, est l'image du premier par la bijection $G : (\mu,\sigma^2) \mapsto (\mu,\sqrt{\sigma^2})$ de $\Param$ sur $\Xi$. Sans nouveau calcul, son estimateur du maximum de vraisemblance est
\[ \hat\mu_n = \bar X_n \eqsp, \qquad \hat\sigma_n = \Big(\frac1n\sum_{i=1}^n (X_i - \bar X_n)^2\Big)^{1/2} \eqsp. \]
Dans le modèle exponentiel, l'estimateur du maximum de vraisemblance de l'intensité $\param$ est $1/\bar X_n$ (Exemple). Le modèle paramétré par l'espérance $\tau = 1/\param \in \rset_+^*$ est l'image du premier par la bijection $G : \param \mapsto 1/\param$ ; l'estimateur du maximum de vraisemblance de $\tau$ est donc $\hat\tau_n = \bar X_n$.
4.Comprendre le maximum de vraisemblance
Pourquoi maximiser la vraisemblance conduit-il vers la vraie valeur du paramètre ? La réponse tient en deux faits : la log-vraisemblance normalisée est une moyenne empirique, donc elle converge vers une fonction limite ; et cette fonction limite atteint son maximum au vrai paramètre, ce qui s'exprime à l'aide de la divergence de Kullback-Leibler.
Deux paramètres à ne pas confondre
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle dominé $\modcXdens$. Dans la suite, pour ne pas se perdre, on distingue deux rôles :
$\sparam \in \Param$ est le paramètre « hypothèse », la valeur du paramètre sous laquelle les observations sont tirées : on travaille sous $\PP_{\sparam}$ ;
$\paramcur \in \Param$ est le paramètre libre, la variable par rapport à laquelle on exprime $\Lhood(\paramcur)$ et on maximise.
Les espérances sont prises sous la loi des observations, c'est-à-dire sous $\PP_{\sparam}$, dont la densité est $\altloidens_{\sparam}$.
La log-vraisemblance normalisée converge
Pour $\paramcur$ fixé, $\loghood(\paramcur) = n^{-1}\sum_{i=1}^n \log \altloidens_{\paramcur}(X_i)$ est la moyenne empirique des variables aléatoires $\log \altloidens_{\paramcur}(X_i)$, qui sont indépendantes et de même loi sous $\PP_{\sparam}$. La loi faible des grands nombres s'applique dès qu'elles sont intégrables, et donne la limite $\PE_{\sparam}[\log \altloidens_{\paramcur}(X_1)]$. Il reste à comprendre où cette limite, vue comme fonction de $\paramcur$, atteint son maximum. En écrivant $\log \altloidens_{\paramcur} = \log(\altloidens_{\paramcur}/\altloidens_{\sparam}) + \log \altloidens_{\sparam}$, on fait apparaître l'espérance sous $\PP_{\sparam}$ du logarithme d'un rapport de densités : c'est, au signe près, la divergence de Kullback-Leibler entre $\altloi_{\sparam}$ et $\altloi_{\paramcur}$.
Définition — Divergence de Kullback-Leibler
Soient $\loi_0$ et $\loi_1$ deux probabilités sur un espace mesurable $(\Xset,\Xsigma)$, admettant des densités $f_0$ et $f_1$ par rapport à une mesure $\sigma$-finie $\mu$ sur $(\Xset,\Xsigma)$. On appelle divergence de Kullback-Leibler entre les lois $\loi_0$ et $\loi_1$ la quantité
\[ \KL(\loi_0,\loi_1) \eqdef \int_{\set{x \in \Xset}{f_0(x) \gt 0}} f_0(x) \log\frac{f_0(x)}{f_1(x)}\,\mu(\rmd x) \eqsp, \]
avec la convention $\log(1/0) = +\infty$.
Cette intégrale est toujours bien définie, à valeurs dans $\ocint{-\infty,+\infty}$ : la partie négative de l'intégrande est $\mu$-intégrable, ce qui est démontré dans les compléments (« La divergence de Kullback-Leibler : énoncé complet »), où l'on montre aussi que $\KL(\loi_0,\loi_1)$ ne dépend pas du choix de la mesure dominante $\mu$. Si $X$ est une variable aléatoire de loi $\loi_0$, alors $f_0(X) \gt 0$ presque sûrement et la divergence s'écrit comme une espérance,
\[ \KL(\loi_0,\loi_1) = \PE\Big[\log\frac{f_0(X)}{f_1(X)}\Big] \eqsp. \]
La divergence n'est pas une distance : elle n'est pas symétrique en $(\loi_0,\loi_1)$ et ne vérifie pas l'inégalité triangulaire. Elle en a cependant la propriété essentielle.
Théorème — Positivité de la divergence de Kullback-Leibler
Soient $\loi_0$ et $\loi_1$ deux probabilités sur $(\Xset,\Xsigma)$, de densités $f_0$ et $f_1$ par rapport à une mesure $\sigma$-finie $\mu$. Alors $\KL(\loi_0,\loi_1) \in \ccint{0,+\infty}$, et $\KL(\loi_0,\loi_1) = 0$ si et seulement si $\loi_0 = \loi_1$, c'est-à-dire si et seulement si $f_0 = f_1$ $\mu$-presque partout.
Démonstration
Notons $A \eqdef \set{x \in \Xset}{f_0(x) \gt 0}$ ; on a $\loi_0(A) = \int_A f_0\,\rmd\mu = 1$. Soit $X$ une variable aléatoire de loi $\loi_0$ : presque sûrement $X \in A$, et l'on peut poser $Y \eqdef f_1(X)/f_0(X) \in \coint{0,+\infty}$. Par le théorème de transfert, $\PE[Y] = \int_A f_1\,\rmd\mu = \loi_1(A) \leq 1$, de sorte que $Y$ est intégrable, et, par définition, $\KL(\loi_0,\loi_1) = \int_A f_0\log(f_0/f_1)\,\rmd\mu = \PE[-\log Y]$, avec $-\log 0 = +\infty$.
Premier cas : $\PP(Y = 0) \gt 0$. L'intégrande de la définition vaut $+\infty$ sur l'ensemble $\{f_0 \gt 0, f_1 = 0\}$, qui est de $\loi_0$-probabilité $\PP(Y = 0) \gt 0$, donc de $\mu$-mesure strictement positive. Sa partie négative étant $\mu$-intégrable, $\KL(\loi_0,\loi_1) = +\infty$, et l'inégalité est vraie.
Second cas : $\PP(Y = 0) = 0$. Alors $Y$ est presque sûrement à valeurs dans l'intervalle ouvert $\ooint{0,+\infty}$, sur lequel la fonction $-\log$ est strictement convexe, et $Y$ est intégrable. L'inégalité de Jensen (Théorème) donne
\[ \KL(\loi_0,\loi_1) = \PE[-\log Y] \geq -\log \PE[Y] = -\log \loi_1(A) \geq 0 \eqsp, \]
la dernière inégalité venant de $\loi_1(A) \leq 1$.
Cas d'égalité. Si $\loi_0 = \loi_1$, alors $f_0 = f_1$ $\mu$-presque partout, et $\KL(\loi_0,\loi_1) = \int_A f_0 \log 1\,\rmd\mu = 0$. Réciproquement, supposons $\KL(\loi_0,\loi_1) = 0$. On est nécessairement dans le second cas, et les deux inégalités ci-dessus sont des égalités : d'une part $\loi_1(A) = 1$, donc $\PE[Y] = 1$ ; d'autre part l'inégalité de Jensen est une égalité, ce qui, la fonction $-\log$ étant strictement convexe, impose que $Y$ soit presque sûrement constante, égale à $\PE[Y] = 1$. Ainsi $f_1 = f_0$ $\loi_0$-presque sûrement, c'est-à-dire $\mu$-presque partout sur $A$. Il en résulte $\int_{A^c} f_1\,\rmd\mu = 1 - \int_A f_1\,\rmd\mu = 1 - \int_A f_0\,\rmd\mu = 0$, donc $f_1 = 0 = f_0$ $\mu$-presque partout sur $A^c$. Finalement $f_0 = f_1$ $\mu$-presque partout, et $\loi_0 = \loi_1$.
Proposition — Limite de la log-vraisemblance normalisée
Soient $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle dominé $\modcXdens$ et $\sparam \in \Param$. On suppose que, pour tout $\paramcur \in \Param$, $\PE_{\sparam}\big[|\log \altloidens_{\paramcur}(X_1)|\big] \lt \infty$, et l'on pose
\[ M_{\sparam} : \Param \to \rset \eqsp, \qquad M_{\sparam}(\paramcur) \eqdef \PE_{\sparam}\big[\log \altloidens_{\paramcur}(X_1)\big] \eqsp. \]
Pour tout $\paramcur \in \Param$, $\loghood(\paramcur, X_1,\dots,X_n) \plim[\PP_{\sparam}] M_{\sparam}(\paramcur)$.
Pour tout $\paramcur \in \Param$, la divergence $\KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\paramcur})$ est finie et
\[ M_{\sparam}(\paramcur) = M_{\sparam}(\sparam) - \KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\paramcur}) \leq M_{\sparam}(\sparam) \eqsp. \]
Si le modèle $\modcXdens$ est identifiable (définition du chapitre 1), alors $M_{\sparam}(\paramcur) \lt M_{\sparam}(\sparam)$ pour tout $\paramcur \neq \sparam$ : la fonction $M_{\sparam}$ admet un maximum unique, atteint en $\sparam$.
Démonstration
(i) Sous $\PP_{\sparam}$, les variables aléatoires $\log \altloidens_{\paramcur}(X_i)$, $i = 1,\dots,n$, sont indépendantes, de même loi et intégrables par hypothèse ; la loi faible des grands nombres (Théorème) donne la convergence de leur moyenne empirique $\loghood(\paramcur)$ vers leur espérance commune $M_{\sparam}(\paramcur)$.
(ii) Sous $\PP_{\sparam}$, on a $\altloidens_{\sparam}(X_1) \gt 0$ presque sûrement, car $\PP_{\sparam}(\altloidens_{\sparam}(X_1) = 0) = \int_{\{\altloidens_{\sparam} = 0\}}\altloidens_{\sparam}\,\rmd\mu = 0$, et de même $\altloidens_{\paramcur}(X_1) \gt 0$ presque sûrement, sans quoi $|\log \altloidens_{\paramcur}(X_1)|$ vaudrait $+\infty$ avec probabilité strictement positive, contredisant l'intégrabilité. La variable $\log\big(\altloidens_{\sparam}(X_1)/\altloidens_{\paramcur}(X_1)\big) = \log \altloidens_{\sparam}(X_1) - \log \altloidens_{\paramcur}(X_1)$ est donc presque sûrement finie et intégrable, d'espérance $M_{\sparam}(\sparam) - M_{\sparam}(\paramcur)$. Or, par le théorème de transfert, cette espérance est $\int_{\{\altloidens_{\sparam} \gt 0\}} \altloidens_{\sparam}\log(\altloidens_{\sparam}/\altloidens_{\paramcur})\,\rmd\mu = \KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\paramcur})$, qui est donc finie, et positive d'après le Théorème.
(iii) Si le modèle est identifiable et $\paramcur \neq \sparam$, alors $\altloi_{\paramcur} \neq \altloi_{\sparam}$, donc $\KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\paramcur}) \gt 0$ d'après le cas d'égalité du Théorème, et (ii) donne $M_{\sparam}(\paramcur) \lt M_{\sparam}(\sparam)$.
La quantité $M_{\sparam}(\sparam) = \int_\Xset \altloidens_{\sparam}\log\altloidens_{\sparam}\,\rmd\mu$ est notée $\Ent(\altloi_{\sparam})$ dans le chapitre d'origine du polycopié, qui l'appelle entropie de la loi $\altloi_{\sparam}$ ; c'est l'opposé de l'entropie de Shannon, et, contrairement à la divergence, elle dépend de la mesure dominante. La décomposition du point (ii) s'écrit alors $M_{\sparam} = -\KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\cdot}) + \Ent(\altloi_{\sparam})$ : la fonction limite de la log-vraisemblance est, à une constante près, l'opposé de la divergence de Kullback-Leibler entre la vraie loi et la loi candidate.
Intuition
La suite des estimateurs du maximum de vraisemblance $\estMV$ maximise $\loghood$, qui converge vers $M_{\sparam}$, dont le maximum est atteint en $\sparam$ et en $\sparam$ seulement. On s'attend donc à ce que $\estMV$ converge vers $\sparam$ : c'est la consistance de l'estimateur du maximum de vraisemblance. Ce raisonnement est heuristique : la proposition donne la convergence de $\loghood(\paramcur)$ pour chaque $\paramcur$ fixé, alors que la convergence du point de maximum demande que l'approximation soit uniforme en $\paramcur$, au moins au voisinage de $\sparam$, ce qui requiert des hypothèses supplémentaires (loi uniforme des grands nombres). Ces hypothèses et la démonstration font l'objet des cours 6 et 7. Le modèle de Bernoulli, pour lequel $M_{\sparam}$ et la divergence sont explicites, est traité en détail dans les compléments (« Le modèle de Bernoulli au microscope »), avec une figure qui montre $\loghood$ se rapprocher de $M_{\sparam}$ lorsque $n$ augmente.
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Log-vraisemblance et divergence de Kullback-Leibler interactif
Au choix dans les modèles de Bernoulli, exponentiel ou uniforme, la log-vraisemblance normalisée se rapproche de sa limite $M_{\theta^\star}$, dont l'écart en chaque $\vartheta$ est la divergence de Kullback-Leibler — infinie sous $\theta^\star$ dans le cas uniforme, non régulier.
L'estimateur du maximum de vraisemblance est défini comme la solution d'un problème de maximisation : on maximise la moyenne empirique $\loghood(\paramcur) = n^{-1}\sum_{i=1}^n \log\altloidens_{\paramcur}(X_i)$, qui converge vers une fonction limite $M_{\sparam}$ dont le maximum est atteint en $\sparam$. Rien, dans ce mécanisme, n'est propre au logarithme de la densité : on peut remplacer $\log\altloidens_{\paramcur}(x)$ par une autre fonction $m(\paramcur,x)$, pourvu que la fonction limite correspondante atteigne son maximum au vrai paramètre. C'est une très vaste classe de méthodes, celle des $M$-estimateurs.
Définition — $M$-estimateur
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\modcX$. Soit $m : \Param \times \Xset \to \rset$, $(\paramcur,x) \mapsto m(\paramcur,x)$, une fonction mesurable en $x$ telle que $\PE_{\sparam}[|m(\paramcur,X_1)|] \lt \infty$ pour tous $\paramcur,\sparam \in \Param$. Pour tout $\sparam \in \Param$, on pose
\[ M_{\sparam} : \Param \to \rset \eqsp, \qquad M_{\sparam}(\paramcur) \eqdef \PE_{\sparam}[m(\paramcur,X_1)] \eqsp, \]
et l'on suppose que, pour tout $\sparam \in \Param$, la fonction $M_{\sparam}$ atteint son maximum au point $\sparam$. La fonction $M_{\sparam}$ n'est pas connue, mais on peut l'estimer par la moyenne empirique
\[ M_n(\paramcur) \eqdef \frac1n\sum_{i=1}^n m(\paramcur,X_i) \eqsp, \qquad \paramcur \in \Param \eqsp, \]
qui vérifie $M_n(\paramcur) \plim[\PP_{\sparam}] M_{\sparam}(\paramcur)$ pour tous $\paramcur,\sparam \in \Param$, par la loi faible des grands nombres. On appelle $M$-estimateur associé à $m$ toute solution du problème d'optimisation
\[ \est \in \argmax_{\paramcur \in \Param} M_n(\paramcur) \eqsp. \]
Sous l'hypothèse d'intégrabilité de la Proposition, l'estimateur du maximum de vraisemblance est le $M$-estimateur associé à $m(\paramcur,x) = \log\altloidens_{\paramcur}(x)$, la fonction limite étant $M_{\sparam} = M_{\sparam}(\sparam) - \KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\cdot})$, dont le maximum est atteint en $\sparam$ par positivité de la divergence. Dans de très nombreux cas, le problème d'optimisation n'admet pas de solution explicite, et un $M$-estimateur s'obtient en pratique par une procédure numérique. Dans certains cas, il est plus naturel de considérer un problème de minimisation, ce qui revient à changer $m$ en $-m$. Enfin, si $\Param$ est ouvert et si $\paramcur \mapsto m(\paramcur,x)$ est différentiable pour tout $x$, un $M$-estimateur vérifie $n^{-1}\sum_{i=1}^n \nabla_{\paramcur} m(\est,X_i) = 0$ : c'est un $Z$-estimateur associé à la fonction d'estimation $\vveg\psi = \nabla_{\paramcur} m$, sous réserve que $\PE_{\sparam}[\nabla_{\paramcur} m(\sparam,X_1)] = 0$, ce qui est le cas lorsque l'on peut dériver sous l'espérance, puisque $M_{\sparam}$ est maximale en $\sparam$. Il existe des $Z$-estimateurs qui ne dérivent d'aucun problème d'optimisation, et des $M$-estimateurs associés à des fonctions $m$ non différentiables, qui ne sont donc pas des $Z$-estimateurs au sens ci-dessus.
Exemple — Moindres carrés et médiane pour le paramètre de translation
Reprenons le modèle de translation de l'Exemple : $f$ est une densité paire sur $\rset$ et $\altloidens_\param(x) = f(x-\param)$, $\param \in \Param = \rset$. Sous $\PP_{\sparam}$, la variable $X_1 - \sparam$ a pour densité $f$, donc a une loi symétrique.
Moindres carrés. Supposons $\sigma^2 \eqdef \int_\rset x^2 f(x)\,\rmd x \lt \infty$ et posons $m(\paramcur,x) \eqdef -(x-\paramcur)^2$. Pour tous $\paramcur,\sparam \in \rset$, comme $\PE_{\sparam}[X_1] = \sparam$ et $\operatorname{Var}_{\sparam}(X_1) = \sigma^2$,
\[ M_{\sparam}(\paramcur) = -\PE_{\sparam}\big[(X_1 - \paramcur)^2\big] = -(\sparam-\paramcur)^2 - \sigma^2 \eqsp, \]
fonction qui admet un maximum unique au point $\sparam$. Le $M$-estimateur associé à $m$ maximise $M_n(\paramcur) = -n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i - \paramcur)^2$, fonction quadratique strictement concave, dont l'unique maximum est $\est = \bar X_n$. Il est plus naturel ici de parler de minimisation de $n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\paramcur)^2$ : l'estimateur obtenu est appelé estimateur des moindres carrés. La fonction $\paramcur \mapsto m(\paramcur,x)$ est dérivable, de dérivée $2(x-\paramcur)$, et la moyenne empirique est aussi le $Z$-estimateur associé à $\psi(\paramcur,x) = x - \paramcur$ : elle est à la fois un estimateur des moments, un $Z$-estimateur et un $M$-estimateur.
Médiane. Supposons $\int_\rset |x| f(x)\,\rmd x \lt \infty$ et posons $m(\paramcur,x) \eqdef -|x-\paramcur|$. La fonction $g : \paramcur \mapsto \PE_{\sparam}|X_1 - \paramcur|$ vérifie $g(\paramcur) = g(2\sparam - \paramcur)$, par symétrie de la loi de $X_1 - \sparam$, et, pour $\sparam \leq \paramcur$,
\[ g(\paramcur) - g(\sparam) = \PE_{\sparam}\Big[\int_{\sparam}^{\paramcur}\big(\indiacc{X_1 \lt t} - \indiacc{X_1 \gt t}\big)\,\rmd t\Big] = \int_{\sparam}^{\paramcur}\big(2F_{\sparam}(t) - 1\big)\,\rmd t \geq 0 \eqsp, \]
où $F_{\sparam}(t) = \PP_{\sparam}(X_1 \leq t)$ est la fonction de répartition de $X_1$, continue puisque $X_1$ a une densité, et vérifie $F_{\sparam}(t) \geq F_{\sparam}(\sparam) = 1/2$ pour $t \geq \sparam$ ; on a utilisé l'identité $|x - \paramcur| - |x - \sparam| = \int_{\sparam}^{\paramcur}(\indiacc{x\lt t} - \indiacc{x\gt t})\,\rmd t$, valable pour tout réel $x$, puis le théorème de Fubini. Ainsi $M_{\sparam} = -g$ atteint son maximum en $\sparam$. Le $M$-estimateur associé à $m$ maximise $M_n(\paramcur) = -n^{-1}\sum_{i=1}^n |X_i - \paramcur|$, dont les points de maximum ont été déterminés à l'Exemple : la médiane empirique est un $M$-estimateur, unique si $n$ est impair. La fonction $\paramcur \mapsto |x - \paramcur|$ n'étant pas dérivable en $x$, ce $M$-estimateur ne s'obtient pas en annulant un gradient ; c'est cependant un $Z$-estimateur, associé à $\psi(\paramcur,x) = \sign(x-\paramcur)$, comme on l'a vu à l'Exemple.
5.En pratique : programme des exercices
Les notions de ce chapitre sont mises en œuvre dans la feuille d'exercices (PC 2). Les exercices traités en petite classe sont les suivants.
L'Exercice 1 (PC2) poursuit l'Exercice 4 (PC1) sur le modèle de régression linéaire gaussienne, sujet récurrent du cours : on y calcule l'estimateur du maximum de vraisemblance des coefficients et de la variance, puis la loi de ces estimateurs. Pour les questions 5 et 6, la loi de $\hat\sigma^2$ et son indépendance avec $(\hat\beta_1,\hat\beta_2)$ résultent du théorème de Cochran, énoncé et démontré au chapitre 1 : le vecteur $\mathbf{Y} - \mathbf{X}\beta$ suit la loi $\gauss(0,\sigma^2\Id_n)$, l'estimateur $\hat\beta$ est une fonction de la projection orthogonale de $\mathbf{Y}$ sur l'image de $\mathbf{X}$, sous-espace de dimension $2$, tandis que $n\hat\sigma^2 = \|\mathbf{Y} - \mathbf{X}\hat\beta\|^2$ est le carré de la norme de la projection sur l'orthogonal de ce sous-espace, de dimension $n-2$ ; le théorème donne l'indépendance des deux projections et la loi $\chi^2(n-2)$ de $n\hat\sigma^2/\sigma^2$. La question 7 demande un intervalle de confiance pour $\sigma^2$, notion définie a minima dans les Bases de maths et développée au chapitre suivant.
L'Exercice 2 (PC2) compare, sur un modèle de mélange de deux lois uniformes, l'estimateur du maximum de vraisemblance et un estimateur des moments : les deux méthodes donnent des estimateurs différents, dont le biais et la dispersion sont comparés sur des simulations ; une animation, placée après l'énoncé de cet exercice, permet de refaire ces comparaisons sur de nouveaux tirages. L'Exercice 3 (PC2) étudie les familles exponentielles, pour lesquelles l'estimateur du maximum de vraisemblance est un estimateur des moments, comme on l'a observé pour les lois de Bernoulli et de Poisson.
Notions de probabilités clés utilisées cette semaine, à revoir : espérance et variance, indépendance, loi des grands nombres, inégalité de Bienaymé-Tchebychev, fonctions convexes et inégalité de Jensen, vecteurs gaussiens et théorème de Cochran (voir les Bases de maths).
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent à l'onglet Cours, ouverture du chapitre comprise : mêmes énoncés, mêmes démonstrations et même numérotation des définitions et des exemples que sur cette page.
Vous retrouverez ci-dessous les éléments techniques, mathématiques ou probabilistes qui sont nécessaires pour comprendre cette partie du cours.
Deux inégalités, la loi faible des grands nombres et quelques faits sur les fonctions convexes interviennent dans la propriété de convergence des moments empiriques, dans l'étude de la limite de la log-vraisemblance et dans la positivité de la divergence de Kullback-Leibler. La fin de cette partie rappelle où trouver, au chapitre 1, les résultats qui sont utilisés sans être redémontrés, et donne la définition d'un intervalle de confiance utilisée dans l'Exercice 1 (PC2).
1.Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
Ces deux inégalités bornent la probabilité qu'une variable aléatoire s'écarte de son espérance, à l'aide de ses moments.
Proposition — Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
(Markov) Soit $Y$ une variable aléatoire réelle positive. Pour tout $\delta \gt 0$, $\PP(Y \geq \delta) \leq \PE[Y]/\delta$.
(Bienaymé-Tchebychev) Soit $Z$ une variable aléatoire réelle telle que $\PE[Z^2] \lt \infty$, et notons $\mu = \PE[Z]$. Pour tout $\delta \gt 0$,
\[ \PP(|Z - \mu| \geq \delta) \leq \frac{\operatorname{Var}(Z)}{\delta^2} \eqsp. \]
Démonstration
(i) On a $\delta\,\indiacc{Y \geq \delta} \leq Y$ en tout point ; en prenant l'espérance, $\delta\,\PP(Y \geq \delta) \leq \PE[Y]$. (ii) On applique (i) à la variable positive $Y = (Z-\mu)^2$ et au seuil $\delta^2$ : $\PP(|Z-\mu| \geq \delta) = \PP\big((Z-\mu)^2 \geq \delta^2\big) \leq \PE[(Z-\mu)^2]/\delta^2$.
Appliquée à une moyenne empirique $\bar Y_n = n^{-1}\sum_{i=1}^n Y_i$ de variables i.i.d. de variance $\sigma^2$, dont la variance vaut $\sigma^2/n$, l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne $\PP(|\bar Y_n - \PE[Y_1]| \geq \delta) \leq \sigma^2/(n\delta^2)$ : c'est la forme utilisée dans la Proposition. La borne n'est pas précise, elle peut même dépasser $1$, mais elle a l'avantage d'être explicite et de ne demander aucune hypothèse sur la loi, hormis l'existence d'un moment d'ordre $2$.
2.Convergence en probabilité et loi faible des grands nombres
La convergence en probabilité est le mode de convergence dans lequel s'expriment les résultats de ce chapitre ; elle sera reprise et comparée aux autres modes de convergence dans la suite du cours.
Définition — Convergence en probabilité
Soient $(Y_n)_{n \in \nset}$ une suite de vecteurs aléatoires à valeurs dans $\rset^k$ et $y \in \rset^k$. On dit que $Y_n$ converge en probabilité vers $y$, et l'on note $Y_n \plim y$, si, pour tout $\epsilon \gt 0$, $\lim_{n\to\infty}\PP(\|Y_n - y\| \geq \epsilon) = 0$. Lorsque la probabilité est $\PP_\param$, on écrit $Y_n \plim[\PP_\param] y$.
Théorème — Loi faible des grands nombres
Soit $(Y_n)_{n \in \nset^*}$ une suite de variables aléatoires réelles indépendantes, de même loi et intégrables. Alors
\[ \frac1n\sum_{i=1}^n Y_i \plim \PE[Y_1] \eqsp. \]
Démonstration
Lorsque $\PE[Y_1^2] \lt \infty$, c'est une conséquence directe de l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev : la moyenne empirique a pour espérance $\PE[Y_1]$ et, par indépendance, pour variance $\operatorname{Var}(Y_1)/n$, de sorte que $\PP\big(|n^{-1}\sum_{i=1}^n Y_i - \PE[Y_1]| \geq \epsilon\big) \leq \operatorname{Var}(Y_1)/(n\epsilon^2)$, qui tend vers $0$. Le cas d'une variable seulement intégrable demande un argument de troncature, ou le théorème de continuité de Lévy ; il est démontré dans l'annexe du polycopié, au chapitre sur les convergences (théorème « loi faible des grands nombres pour des variables i.i.d. intégrables »).
Le lemme suivant permet de transporter une convergence en probabilité par une fonction continue ; il sert à passer de la convergence de $e(\hat\param_n)$ à celle de $\hat\param_n$.
Lemme — Convergence en probabilité et fonction continue
Soient $D \subseteq \rset^k$, $h : D \to \rset^m$ une fonction, $y \in D$ un point où $h$ est continue, et $(Y_n)$ une suite de vecteurs aléatoires presque sûrement à valeurs dans $D$. Si $Y_n \plim y$, alors $h(Y_n) \plim h(y)$.
Démonstration
Soit $\epsilon \gt 0$. Par continuité de $h$ en $y$, il existe $\eta \gt 0$ tel que, pour tout $z \in D$ vérifiant $\|z - y\| \lt \eta$, on ait $\|h(z) - h(y)\| \lt \epsilon$. Ainsi, à un événement négligeable près, $\{\|h(Y_n) - h(y)\| \geq \epsilon\} \subseteq \{\|Y_n - y\| \geq \eta\}$, et $\PP(\|h(Y_n)-h(y)\| \geq \epsilon) \leq \PP(\|Y_n - y\| \geq \eta)$, qui tend vers $0$.
3.Fonctions convexes et inégalité de Jensen
L'inégalité de Jensen compare l'image de l'espérance et l'espérance de l'image par une fonction convexe ; c'est l'ingrédient de la positivité de la divergence de Kullback-Leibler. Elle repose sur l'existence, en tout point du graphe d'une fonction convexe, d'une droite d'appui.
Lemme — Droite d'appui d'une fonction convexe
Soient $\Iset$ un intervalle ouvert de $\rset$ et $\phi : \Iset \to \rset$ une fonction convexe. Pour tout $t \in \Iset$, il existe une constante $c_t \in \rset$ telle que
\[ \phi(t) + c_t(y - t) \leq \phi(y) \eqsp, \qquad \text{pour tout } y \in \Iset \eqsp. \]
Si $\phi$ est strictement convexe, l'inégalité est stricte pour tout $y \neq t$. Si $\phi$ est dérivable en $t$, on peut prendre $c_t = \phi'(t)$.
Démonstration
Pour $s \lt t \lt u$ dans $\Iset$, écrivons $t = \lambda s + (1-\lambda)u$ avec $\lambda = (u-t)/(u-s) \in \ooint{0,1}$. La convexité donne $\phi(t) \leq \lambda\phi(s) + (1-\lambda)\phi(u)$, ce qui se réécrit, après réarrangement,
\[ \frac{\phi(t) - \phi(s)}{t - s} \leq \frac{\phi(u) - \phi(t)}{u - t} \eqsp. \]
Toute pente de corde issue de $t$ vers la gauche est donc inférieure à toute pente de corde issue de $t$ vers la droite ; le même argument montre que la pente à droite $u \mapsto (\phi(u)-\phi(t))/(u-t)$ est croissante sur $\Iset \cap \ooint{t,+\infty}$ et que la pente à gauche $s \mapsto (\phi(t)-\phi(s))/(t-s)$ est croissante sur $\Iset \cap \ooint{-\infty,t}$. Posons $c_t \eqdef \inf\set{(\phi(u) - \phi(t))/(u - t)}{u \in \Iset,\ u \gt t}$, qui est un réel, puisque cet ensemble est non vide, $\Iset$ étant ouvert, et minoré par n'importe quelle pente à gauche. Pour $u \gt t$, la définition de $c_t$ donne $\phi(u) \geq \phi(t) + c_t(u-t)$ ; pour $s \lt t$, la pente $(\phi(t)-\phi(s))/(t-s)$ minore toutes les pentes à droite, donc leur borne inférieure $c_t$, ce qui donne $\phi(s) \geq \phi(t) + c_t(s - t)$. Si $\phi$ est dérivable en $t$, la borne inférieure $c_t$ de la fonction croissante $u \mapsto (\phi(u)-\phi(t))/(u-t)$ est sa limite en $t$, c'est-à-dire $\phi'(t)$. Enfin, si $\phi$ est strictement convexe, les inégalités entre pentes sont strictes : pour $u \gt t$, la pente en $u$ est strictement supérieure à la pente en tout point de $\ooint{t,u}$, elle-même supérieure ou égale à $c_t$ ; pour $s \lt t$, la pente en $s$ est strictement inférieure à la pente en tout point de $\ooint{s,t}$, elle-même inférieure ou égale à $c_t$. Les inégalités sont donc strictes pour $y \neq t$.
Théorème — Inégalité de Jensen
Soient $\Iset$ un intervalle ouvert de $\rset$, $\phi : \Iset \to \rset$ une fonction convexe et $Y$ une variable aléatoire réelle telle que $\PP(Y \in \Iset) = 1$ et $\PE[|Y|] \lt \infty$. Alors $\PE[Y] \in \Iset$, l'espérance $\PE[\phi(Y)]$ est bien définie dans $\ocint{-\infty,+\infty}$, et
\[ \phi(\PE[Y]) \leq \PE[\phi(Y)] \eqsp. \]
Si la fonction $\phi$ est strictement convexe, l'inégalité est stricte dès que la variable aléatoire $Y$ n'est pas presque sûrement constante, c'est-à-dire dès que $\PP(Y \neq \PE[Y]) \gt 0$.
Démonstration
Notons $t \eqdef \PE[Y]$. Si $a$ est l'extrémité gauche de $\Iset$, avec $a \gt -\infty$, la variable $Y - a$ est strictement positive presque sûrement, donc $\PE[Y - a] \gt 0$ (une variable aléatoire positive d'espérance nulle est nulle presque sûrement) : $t \gt a$. De même pour l'extrémité droite, et $t \in \Iset$. Le Lemme fournit une constante $c$ telle que $\phi(t) + c(y - t) \leq \phi(y)$ pour tout $y \in \Iset$, donc
\[ \phi(t) + c\,(Y - t) \leq \phi(Y) \qquad \text{presque sûrement.} \]
Le membre de gauche est une variable aléatoire intégrable : la partie négative de $\phi(Y)$ est donc intégrable, ce qui donne un sens à $\PE[\phi(Y)] \in \ocint{-\infty,+\infty}$, et, l'espérance étant croissante, $\phi(t) = \PE[\phi(t) + c(Y-t)] \leq \PE[\phi(Y)]$. Si $\phi$ est strictement convexe, l'inégalité du lemme est stricte sur l'événement $\{Y \neq t\}$ : la variable aléatoire positive $\phi(Y) - \phi(t) - c(Y-t)$ est strictement positive sur cet événement, qui est de probabilité strictement positive, donc son espérance $\PE[\phi(Y)] - \phi(t)$ est strictement positive.
Le lemme suivant justifie, dans les exemples du chapitre, le passage d'un point critique de la log-vraisemblance à son maximum global.
Lemme — Maximum d'une fonction strictement concave
Soient $\Iset$ un intervalle ouvert de $\rset$ et $\psi : \Iset \to \rset$ une fonction strictement concave, c'est-à-dire telle que $-\psi$ soit strictement convexe. Alors $\psi$ admet au plus un point de maximum sur $\Iset$. Si $\psi$ est dérivable en un point $t$ avec $\psi'(t) = 0$, alors $t$ est l'unique point de maximum global de $\psi$. Enfin, si $\psi$ est deux fois dérivable avec $\psi'' \lt 0$ sur $\Iset$, elle est strictement concave.
Démonstration
Si $t_1 \neq t_2$ étaient deux points de maximum, la stricte concavité donnerait $\psi\big(\frac{t_1+t_2}{2}\big) \gt \frac12\psi(t_1) + \frac12\psi(t_2) = \max\psi$, ce qui est absurde. Si $\psi$ est dérivable en $t$ avec $\psi'(t) = 0$, le Lemme appliqué à $-\psi$, avec $c_t = -\psi'(t) = 0$, donne $-\psi(y) \gt -\psi(t)$ pour tout $y \neq t$, c'est-à-dire $\psi(y) \lt \psi(t)$. Enfin, si $\psi'' \lt 0$ sur $\Iset$, alors $\psi'$ est strictement décroissante ; pour $s \lt u$ dans $\Iset$, $\lambda \in \ooint{0,1}$ et $t = \lambda s + (1-\lambda)u$, l'inégalité des accroissements finis donne $\psi(t) - \psi(s) \gt \psi'(t)(t-s)$ et $\psi(u) - \psi(t) \lt \psi'(t)(u-t)$ ; comme $\lambda(t-s) = (1-\lambda)(u-t)$, en multipliant la première inégalité par $\lambda$ et la seconde par $1-\lambda$ puis en soustrayant, on obtient $\psi(t) \gt \lambda\psi(s) + (1-\lambda)\psi(u)$.
4.Résultats du chapitre 1 utilisés dans ce chapitre
Les résultats suivants sont utilisés sans être redémontrés ; ils sont énoncés et démontrés dans les outils mathématiques ou les compléments du chapitre 1.
Densité d'un $n$-échantillon. Si le modèle d'une observation est dominé par $\mu$ avec les densités $\altloidens_\param$, le $n$-échantillon est dominé par $\mu^{\otimes n}$, avec la densité produit $\prod_{i=1}^n \altloidens_\param(x_i)$ (chapitre 1, modèle du $n$-échantillon) : c'est la fonction dont la vraisemblance est l'évaluation aux observations.
Modèle dominé, densités et théorème de Radon-Nikodym (bases de maths du chapitre 1 et mesures et tribus, chapitre 1) : la mesure dominante n'est pas unique, et deux densités relatives à deux mesures dominantes diffèrent d'un facteur qui ne dépend pas du paramètre (compléments du chapitre 1), ce qui rend l'estimateur du maximum de vraisemblance indépendant de ce choix.
Statistiques d'ordre et médiane empirique (section « Statistiques » du chapitre 1), utilisées pour les modèles uniforme et de Laplace et pour le $Z$-estimateur de la médiane.
Théorème de transfert, fonction muette et changement de variables (bases de maths du chapitre 1), pour le calcul des moments exacts et l'écriture de la divergence de Kullback-Leibler comme une espérance.
Un estimateur ponctuel propose une valeur ; un intervalle de confiance propose un ensemble de valeurs, construit à partir des observations, qui contient la quantité inconnue avec une probabilité garantie. La notion est l'objet du chapitre suivant ; la définition ci-dessous suffit à la question 7 de l'Exercice 1 (PC2).
Définition — Intervalle de confiance
Soient $\modc$ un modèle statistique paramétrique, $g : \Param \to \rset$ une fonction et $\alpha \in \ooint{0,1}$. Un intervalle de confiance de niveau $1-\alpha$ pour $g(\param)$ est un intervalle aléatoire $\ccint{A(Z),B(Z)}$, dont les bornes $A$ et $B$ sont des statistiques à valeurs dans $\rset \cup \{-\infty,+\infty\}$, tel que
\[ \PP_\param\big(A(Z) \leq g(\param) \leq B(Z)\big) \geq 1 - \alpha \qquad \text{pour tout } \param \in \Param \eqsp. \]
La probabilité porte sur l'intervalle, qui est aléatoire, et non sur $g(\param)$, qui est un nombre inconnu mais fixé : l'énoncé garantit que, quelle que soit la valeur du paramètre, la procédure qui produit l'intervalle capture $g(\param)$ avec une probabilité au moins égale à $1-\alpha$. Le procédé le plus courant consiste à trouver une variable aléatoire, fonction des observations et de $g(\param)$, dont la loi sous $\PP_\param$ ne dépend pas de $\param$ ; les quantiles d'ordre $\alpha/2$ et $1-\alpha/2$ de cette loi l'encadrent avec probabilité $1-\alpha$, et l'on obtient l'intervalle en résolvant cet encadrement par rapport à $g(\param)$. Dans l'Exercice 1 (PC2), la variable $n\hat\sigma^2/\sigma^2$, de loi $\chi^2(n-2)$ sous $\PP_\param$ quelle que soit la valeur du paramètre, joue ce rôle pour $g(\param) = \sigma^2$.
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent aux outils mathématiques du chapitre, avec les démonstrations que la page replie.
Les contenus de cette partie ne sont pas exigibles à l'examen. Ils prolongent les fondamentaux sur des modèles moins standards et donnent les énoncés complets de résultats dont seule une partie a été utilisée dans le cours. Je recommande à ceux qui veulent approfondir leur culture statistique de les parcourir, un peu comme les exercices non traités en cours.
1.Méthode des moments sans moments : le modèle de Cauchy
La méthode des moments n'exige pas que les observations aient des moments : il suffit de trouver une fonction $T$ bornée dont l'espérance dépende du paramètre de façon inversible. Le modèle de Cauchy, qui n'a pas d'espérance, en est l'exemple.
Exemple — Estimateur des moments du modèle de Cauchy
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle de Cauchy $\big(\rset,\borel(\rset),\setv{\cauchy(\param)}{\param \in \Param = \rset}\big)$, où la loi de Cauchy de paramètre de translation $\param$ et d'échelle $1$ a pour densité par rapport à la mesure de Lebesgue
\[ \altloidens_\param(x) = \frac{1}{\pi\big(1+(x-\param)^2\big)} \eqsp, \qquad x \in \rset \eqsp. \]
Cette loi n'a pas de moment d'ordre $k \geq 1$, puisque $\int_\rset |x|^k \altloidens_\param(x)\,\rmd x = +\infty$ : le choix $T(x) = x^k$ est exclu. Prenons $T(x) = \sign(x)$, fonction bornée, avec la convention $\sign(0) = 0$, sans incidence puisque la loi a une densité. Notons $F(t) = \frac1\pi\int_{-\infty}^t \frac{\rmd x}{1+x^2} = \frac1\pi\arctan(t) + \frac12$ la fonction de répartition de la loi de Cauchy de paramètre $0$ ; celle de $X_1$ sous $\PP_\param$ est $t \mapsto F(t-\param)$, et
\[ \begin{aligned} e(\param) = \PE_\param[\sign(X_1)] &= \PP_\param(X_1 \gt 0) - \PP_\param(X_1 \lt 0) \\
&= \big(1 - F(-\param)\big) - F(-\param) = 1 - 2F(-\param) = \frac2\pi\arctan(\param) \eqsp, \end{aligned} \]
où l'on a utilisé $\arctan(-\param) = -\arctan(\param)$. La fonction $e$ est une bijection continue et strictement croissante de $\rset$ sur $\ooint{-1,1}$, d'inverse $y \mapsto \tan(\pi y/2)$. En posant $Y_i \eqdef \sign(X_i)$, l'équation $e(\paramcur) = \bar Y_n$ admet une solution unique dès que $\bar Y_n \in \ooint{-1,1}$, c'est-à-dire dès que les observations ne sont pas toutes de même signe,
\[ \hat\param_n \eqdef \tan\Big(\frac{\pi}{2}\,\bar Y_n\Big) = \tan\Big(\frac{\pi}{2n}\sum_{i=1}^n \sign(X_i)\Big) \eqsp. \]
D'après la Proposition, $\bar Y_n \plim[\PP_\param] e(\param)$ ; l'événement $\{|\bar Y_n| = 1\}$, de probabilité $F(-\param)^n + (1-F(-\param))^n$, devient négligeable lorsque $n$ croît, et l'argument du Lemme, la fonction $e^{-1}$ étant continue sur $\ooint{-1,1}$, montre que $\hat\param_n \plim[\PP_\param] \param$, quelle que soit la valeur, arbitraire, donnée à $\hat\param_n$ sur cet événement.
2.Modèle de translation et d'échelle : estimateur des moments
Le modèle de translation et d'échelle décrit une observation obtenue à partir d'une loi de référence connue par un décalage et un changement d'unité inconnus ; les modèles gaussien et de Laplace en sont des cas particuliers. Il demande deux fonctions de moment, et le système obtenu se résout explicitement.
Exemple — Estimateur des moments du modèle de translation et d'échelle
Soit $q$ une densité de probabilité sur $\rset$, par rapport à la mesure de Lebesgue, vérifiant
\[ \int_\rset x\,q(x)\,\rmd x = 0 \eqsp, \qquad m_2 \eqdef \int_\rset x^2 q(x)\,\rmd x \in \ooint{0,+\infty} \eqsp. \]
On peut prendre pour $q$ la densité gaussienne centrée réduite, $q(x) = (2\pi)^{-1/2}\exp(-x^2/2)$, auquel cas $m_2 = 1$, ou la densité de Laplace $q(x) = \frac12\exp(-|x|)$, auquel cas $m_2 = 2$. Considérons un $n$-échantillon $(X_1,\dots,X_n)$ du modèle $\modcXdens$ avec
\[ \altloidens_\param(x) \eqdef \frac1\sigma\,q\Big(\frac{x-m}{\sigma}\Big) \eqsp, \qquad \param = (m,\sigma^2) \in \Param \eqdef \rset \times \rset_+^* \eqsp, \]
où $\sigma = \sqrt{\sigma^2}$. Par la formule de changement de variable (bases de maths du chapitre 1), sous $\PP_\param$, $X_1$ a même loi que $m + \sigma Z$ où $Z$ a pour densité $q$ ; donc
\[ \PE_\param[X_1] = m \eqsp, \qquad \operatorname{Var}_\param(X_1) = \sigma^2 m_2 \eqsp, \qquad \PE_\param[X_1^2] = \sigma^2 m_2 + m^2 \eqsp. \]
Avec $T_1(x) = x$ et $T_2(x) = x^2$, l'estimateur des moments est solution du système
\[ \begin{cases}
e_1(m,\sigma^2) = m = \dfrac1n\displaystyle\sum_{i=1}^n X_i \eqsp, \\[1em]
e_2(m,\sigma^2) = \sigma^2 m_2 + m^2 = \dfrac1n\displaystyle\sum_{i=1}^n X_i^2 \eqsp.
\end{cases} \]
L'application $\vvec e : (m,\sigma^2) \mapsto (m,\ \sigma^2 m_2 + m^2)$ est injective sur $\rset \times \rset_+^*$, d'inverse explicite $(e_1,e_2) \mapsto \big(e_1, (e_2 - e_1^2)/m_2\big)$ ; sa matrice jacobienne
\[ \begin{bmatrix} 1 & 0 \\ 2m & m_2 \end{bmatrix} \]
est inversible en tout point, de déterminant $m_2 \gt 0$. Le système admet donc une solution unique, qui appartient à $\Param$ dès que $V_n \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i - \bar X_n)^2 \gt 0$, ce qui est $\PP_\param$-presque sûr pour $n \geq 2$ :
\[ \hat m_n = \frac1n\sum_{i=1}^n X_i \eqsp, \qquad \hat\sigma_n^2 = \frac{1}{n\,m_2}\sum_{i=1}^n (X_i - \hat m_n)^2 \eqsp. \]
Dans le cas gaussien ($m_2 = 1$), cet estimateur des moments coïncide avec l'estimateur du maximum de vraisemblance de l'Exemple. L'hypothèse supplémentaire $\int_\rset x^4 q(x)\,\rmd x \lt \infty$, faite dans le chapitre d'origine et dans les slides, n'intervient pas dans la construction ; elle sert à l'étude de la loi limite de $\hat\sigma^2_n$, par le théorème central limite appliqué aux $X_i^2$.
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Le modèle de translation et la loi du bruit interactif
La densité se déplace sous les observations et la log-vraisemblance suit : moyenne pour un bruit gaussien, médiane pour un bruit de Laplace, plateau de solutions pour un bruit uniforme, plusieurs maxima locaux pour un bruit de Cauchy.
3.Estimateurs robustes de translation et d'échelle : médiane et MAD
Les fonctions d'estimation d'un $Z$-estimateur ne sont pas tenues d'être des différences de moments : on peut les choisir bornées, ce qui rend l'estimateur peu sensible aux observations aberrantes. La médiane et l'écart absolu médian en sont l'exemple de base.
Exemple — Médiane et écart absolu médian comme $Z$-estimateurs
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle $\modcXdens$ avec
\[ \altloidens_\param(x) = \frac1\sigma\,q\Big(\frac{x-m}{\sigma}\Big) \eqsp, \qquad \param = (m,\sigma) \in \Param = \rset \times \rset_+^* \eqsp, \]
où $q$ est une densité de probabilité paire sur $\rset$, de fonction de répartition $Q(x) = \int_{-\infty}^x q(z)\,\rmd z$, continue, avec $Q(0) = 1/2$ par parité. Soit $a \gt 0$ un réel tel que $Q(a) = 3/4$ ; si $q$ est la densité gaussienne centrée réduite, $a \simeq 0{,}6745$. Considérons les fonctions d'estimation
\[ \psi_1(\param,x) \eqdef \sign(x - m) \qquad \text{et} \qquad \psi_2(\param,x) \eqdef \sign\Big(\frac{|x-m|}{\sigma} - a\Big) \eqsp, \]
avec $\sign(0) = 0$. Sous $\PP_\param$, la variable $Z \eqdef (X_1 - m)/\sigma$ a pour densité $q$, et
\[ \PE_\param[\psi_1(\param,X_1)] = \int_\rset \sign(z)\,q(z)\,\rmd z = 0 \eqsp, \]
par parité de $q$ ; de même,
\[ \begin{aligned} \PE_\param[\psi_2(\param,X_1)] &= \int_\rset \sign(|z| - a)\,q(z)\,\rmd z = 2\int_0^{+\infty}\sign(z-a)\,q(z)\,\rmd z \\
&= 2\Big(-\int_0^a q(z)\,\rmd z + \int_a^{+\infty} q(z)\,\rmd z\Big) \\
&= 2\big(-(Q(a) - \tfrac12) + (1 - Q(a))\big) = 3 - 4Q(a) = 0 \eqsp. \end{aligned} \]
Les $Z$-estimateurs associés à $\vveg\psi = (\psi_1,\psi_2)^\top$ sont les solutions du système
\[ \frac1n\sum_{i=1}^n \sign(X_i - m) = 0 \eqsp, \qquad \frac1n\sum_{i=1}^n \sign\Big(\frac{|X_i - m|}{\sigma} - a\Big) = 0 \eqsp. \]
Supposons, pour simplifier, $n$ impair et les observations deux à deux distinctes. La première équation ne fait intervenir que $m$ et a pour unique solution la médiane empirique, $\hat m_n = \operatorname{med}(X_1,\dots,X_n)$ (Exemple). La seconde exprime que le nombre d'indices $i$ tels que $|X_i - \hat m_n| \gt a\sigma$ égale le nombre d'indices tels que $|X_i - \hat m_n| \lt a\sigma$ ; si les écarts $|X_i - \hat m_n|$ sont deux à deux distincts, ce qui est presque sûr, elle a pour unique solution
\[ \hat\sigma_n = \frac1a\operatorname{med}\big(|X_1 - \hat m_n|,\dots,|X_n - \hat m_n|\big) \eqsp. \]
L'estimateur $\hat\sigma_n$ est appelé estimateur MAD (median absolute deviation, écart absolu médian) ; il est très utilisé en statistique robuste, car remplacer une observation par une valeur arbitrairement grande ne le modifie que de façon bornée, contrairement à l'écart-type empirique.
4.Le modèle de Bernoulli au microscope
Le modèle de Bernoulli permet de suivre en détail, avec des formules explicites, ce que la Proposition affirme en général : la log-vraisemblance normalisée converge vers une fonction limite, strictement concave, dont le maximum est atteint au vrai paramètre, et l'écart entre les deux se contrôle par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
Exemple — Log-vraisemblance et divergence dans le modèle de Bernoulli
Reprenons le modèle de l'Exemple, et fixons $\sparam \in \ooint{0,1}$. Pour $\paramcur \in \ooint{0,1}$, la log-vraisemblance normalisée s'écrit
\[ \loghood(\paramcur) = \frac1n\sum_{i=1}^n \big\{X_i\log\paramcur + (1-X_i)\log(1-\paramcur)\big\} = \bar X_n\log\paramcur + (1-\bar X_n)\log(1-\paramcur) \eqsp. \]
La variable $\log\altloidens_{\paramcur}(X_1) = X_1\log\paramcur + (1-X_1)\log(1-\paramcur)$ est bornée, donc intégrable, et comme $\PE_{\sparam}[X_1] = \sparam$,
\[ M_{\sparam}(\paramcur) = \PE_{\sparam}[\log\altloidens_{\paramcur}(X_1)] = \sparam\log\paramcur + (1-\sparam)\log(1-\paramcur) \eqsp. \]
Cette fonction est deux fois dérivable sur $\ooint{0,1}$, de dérivée $\sparam/\paramcur - (1-\sparam)/(1-\paramcur)$, nulle en $\paramcur = \sparam$, et de dérivée seconde $-\sparam/\paramcur^2 - (1-\sparam)/(1-\paramcur)^2 \lt 0$ : elle est strictement concave et atteint son maximum unique en $\sparam$ (Lemme). La divergence de Kullback-Leibler est ici explicite,
\[ \KL\big(\ber(\sparam),\ber(\paramcur)\big) = M_{\sparam}(\sparam) - M_{\sparam}(\paramcur) = \sparam\log\frac{\sparam}{\paramcur} + (1-\sparam)\log\frac{1-\sparam}{1-\paramcur} \eqsp, \]
strictement positive pour $\paramcur \neq \sparam$. L'écart entre $\loghood(\paramcur)$ et $M_{\sparam}(\paramcur)$ se contrôle quantitativement : la variable $\log\altloidens_{\paramcur}(X_1)$ s'écrit $X_1\log\frac{\paramcur}{1-\paramcur} + \log(1-\paramcur)$, de variance $\sparam(1-\sparam)\big(\log\frac{\paramcur}{1-\paramcur}\big)^2$, et l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne, pour tout $\delta \gt 0$,
\[ \PP_{\sparam}\big(|\loghood(\paramcur) - M_{\sparam}(\paramcur)| \geq \delta\big) \leq \frac{\sparam(1-\sparam)\big(\log\frac{\paramcur}{1-\paramcur}\big)^2}{n\,\delta^2} \eqsp. \]
Pour $\paramcur$ fixé, cette probabilité tend vers $0$ ; la borne se dégrade lorsque $\paramcur$ s'approche de $0$ ou de $1$, et l'on verra dans la suite du cours que la convergence est en fait uniforme en $\paramcur$ sur tout intervalle $\ccint{a,b}$ avec $0 \lt a \lt b \lt 1$.
On dispose de $50$ mesures binaires $(x_1,\dots,x_{50})$, obtenues comme la réalisation de variables de Bernoulli indépendantes de paramètre $\sparam = 1/3$, telles que la moyenne empirique $\bar x_n$ vaut $0{,}4$ pour $n = 5$, $0{,}3$ pour $n = 10$ et $0{,}32$ pour $n = 50$. On trace les fonctions $\paramcur \mapsto \bar x_n\log\paramcur + (1-\bar x_n)\log(1-\paramcur)$ sur $\ooint{0,1}$ pour $n = 5$, $n = 10$ et $n = 50$, ainsi que la fonction limite $M_{\sparam} : \paramcur \mapsto \sparam\log\paramcur + (1-\sparam)\log(1-\paramcur)$, en trait plein noir. Les traits verticaux sont placés en $\sparam$, $0{,}3$, $0{,}32$ et $0{,}4$ : le maximum de chaque log-vraisemblance est atteint en $\bar x_n$, et se rapproche de $\sparam$ lorsque $n$ augmente.
5.Vraisemblance d'un modèle censuré
Lorsque les observations sont censurées, la loi d'une observation n'a pas de densité par rapport à la mesure de Lebesgue, mais le modèle reste dominé par une mesure bien choisie, et la vraisemblance s'écrit sans difficulté. Cet exemple poursuit celui du contrôle de qualité du chapitre 1.
Exemple — Estimateur du maximum de vraisemblance pour des durées de vie censurées
Reprenons l'exemple du modèle exponentiel censuré du chapitre 1 : les observations sont des durées de vie censurées à droite,
\[ X_i^* \eqdef \min(X_i,\tau) \eqsp, \qquad i = 1,\dots,n \eqsp, \]
où $\tau \gt 0$ est un instant de censure connu et $(X_1,\dots,X_n)$ est un $n$-échantillon du modèle exponentiel $\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\setv{\expo(\param)}{\param \in \Param = \rset_+^*}\big)$. Les mesures dont on dispose sont modélisées par le modèle induit par $(X_1^*,\dots,X_n^*)$, et non par celui des $X_i$. On a vu au chapitre 1 que $(X_1^*,\dots,X_n^*)$ est un $n$-échantillon du modèle $\big(\ccint{0,\tau},\borel(\ccint{0,\tau}),\setv{\altloidens^*_\param \cdot \mu}{\param \in \Param}\big)$, dominé par la mesure $\mu \eqdef \lleb + \delta_\tau$, somme de la mesure de Lebesgue et de la masse de Dirac en $\tau$, avec la densité
\[ \altloidens^*_\param(x) \eqdef \param\rme^{-\param x}\indiacc{x \lt \tau} + \rme^{-\param\tau}\indiacc{x = \tau} \eqsp. \]
Notons $N_n^- \eqdef \set{i \leq n}{X_i^* \lt \tau}$ l'ensemble des indices des pannes observées avant l'instant de censure et $N_n^+ \eqdef \set{i \leq n}{X_i^* = \tau}$ celui des observations censurées. La vraisemblance s'écrit, pour $\paramcur \gt 0$,
\[ \begin{aligned} \Lhood(\paramcur, X_1^*,\dots,X_n^*) &= \paramcur^{\,\operatorname{card}N_n^-}\exp\Big(-\paramcur\sum_{i \in N_n^-}X_i^*\Big)\,\rme^{-\paramcur\tau\operatorname{card}N_n^+} \\
&= \paramcur^{\,\operatorname{card}N_n^-}\exp\Big(-\paramcur\sum_{i=1}^n X_i^*\Big) \eqsp, \end{aligned} \]
puisque $X_i^* = \tau$ pour $i \in N_n^+$. Elle est à comparer avec la vraisemblance du modèle sans censure, $\paramcur^n\exp(-\paramcur\sum_{i=1}^n X_i)$. Si $\operatorname{card}N_n^- \geq 1$, la log-vraisemblance $\paramcur \mapsto \frac{\operatorname{card}N_n^-}{n}\log\paramcur - \paramcur\,\bar X_n^*$ est strictement concave et son unique point critique est le maximum global :
\[ \estMV = \frac{\operatorname{card}N_n^-}{\sum_{i=1}^n X_i^*} \eqsp, \]
le nombre de pannes observées divisé par la durée totale de fonctionnement observée, censurée ou non. Si $\operatorname{card}N_n^- = 0$, c'est-à-dire si toutes les observations sont censurées, événement de probabilité $\rme^{-n\param\tau} \gt 0$, la vraisemblance $\paramcur \mapsto \rme^{-n\paramcur\tau}$ est strictement décroissante sur $\rset_+^*$ et l'estimateur du maximum de vraisemblance n'est pas défini.
6.Estimateur du maximum de vraisemblance du modèle de Cauchy
Dans la plupart des modèles, l'équation de vraisemblance n'a pas de solution explicite, et l'estimateur du maximum de vraisemblance s'obtient par une procédure numérique. Le modèle de Cauchy en donne un exemple simple à écrire.
Exemple — Équation de vraisemblance du modèle de Cauchy et méthode de gradient
Reprenons le modèle de Cauchy de l'Exemple. La vraisemblance et la log-vraisemblance normalisée s'écrivent
\[ \Lhood(\paramcur) = \frac{1}{\pi^n}\prod_{i=1}^n\frac{1}{1+(X_i-\paramcur)^2} \eqsp, \qquad
\loghood(\paramcur) = -\log\pi - \frac1n\sum_{i=1}^n\log\big(1+(X_i-\paramcur)^2\big) \eqsp. \]
La fonction $\loghood$ est continue sur $\rset$ et tend vers $-\infty$ lorsque $|\paramcur| \to +\infty$ : elle atteint son maximum, de sorte qu'un estimateur du maximum de vraisemblance existe. L'équation de vraisemblance,
\[ \loghood'(\paramcur) = \frac2n\sum_{i=1}^n\frac{X_i - \paramcur}{1 + (X_i - \paramcur)^2} = 0 \eqsp, \]
n'admet pas de solution explicite et peut admettre plusieurs solutions, qui ne sont pas toutes des maxima. Pour maximiser la vraisemblance, on a recours à une procédure numérique, par exemple une méthode de gradient : en notant $\paramcur^{(k)}$ la valeur du paramètre à la $k$-ième itération, on pose
\[ \paramcur^{(k+1)} = \paramcur^{(k)} + \gamma\,\loghood'\big(\paramcur^{(k)}\big) \eqsp, \]
où $\gamma \gt 0$ est un pas. La suite $\loghood(\paramcur^{(k)})$ croît pour un pas assez petit, mais la limite peut n'être qu'un maximum local ; le choix du point de départ, par exemple la médiane empirique, qui est un $Z$-estimateur consistant de $\param$, est déterminant.
On dispose de $n = 25$ mesures réelles $x_1,\dots,x_n$, obtenues comme la réalisation de $n$ variables aléatoires i.i.d. de loi de Cauchy de paramètre $\sparam = 2$. À gauche, une réalisation de la log-vraisemblance normalisée $\paramcur \mapsto -\log\pi - \frac1n\sum_{i=1}^n\log(1+(x_i-\paramcur)^2)$ ; à droite, une réalisation de la fonction $\paramcur \mapsto \sum_{i=1}^n (x_i-\paramcur)/(1+(x_i-\paramcur)^2)$, proportionnelle à sa dérivée, dont les zéros sont les racines de l'équation de vraisemblance. Le trait vertical en pointillé est la droite d'équation $\paramcur = \sparam$ : le maximum de vraisemblance n'est pas $\sparam$.
7.Régression linéaire gaussienne à $p+1$ coefficients
La vraisemblance a été définie pour un $n$-échantillon, mais sa définition s'étend à tout modèle dominé : c'est la densité de l'observation, évaluée aux données et vue comme fonction du paramètre. Le modèle de régression linéaire gaussienne, dont les observations sont indépendantes mais pas identiquement distribuées, en est l'exemple le plus important.
Exemple — Régression linéaire gaussienne et moindres carrés
Soient $\vvec x_1,\dots,\vvec x_n \in \rset^d$ des variables explicatives connues et $\varphi_0,\dots,\varphi_p : \rset^d \to \rset$ des fonctions connues. On considère le modèle
\[ \big(\rset^n,\borel(\rset^n),\setv{\loidens_\param\cdot\lleb^{\otimes n}}{\param \in \Param}\big) \eqsp, \]
où
\[ \loidens_\param(y_1,\dots,y_n) \eqdef \frac{1}{(2\pi\sigma^2)^{n/2}}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{k=1}^n\Big\{y_k - \sum_{\ell=0}^p\beta_\ell\varphi_\ell(\vvec x_k)\Big\}^2\Big) \eqsp, \]
de paramètre $\param = (\beta_0,\dots,\beta_p,\sigma^2) \in \Param \eqdef \rset^{p+1}\times\rset_+^*$ : sous $\PP_\param$, les observations $Y_1,\dots,Y_n$ sont indépendantes, $Y_k \sim \gauss\big(\sum_{\ell=0}^p\beta_\ell\varphi_\ell(\vvec x_k),\sigma^2\big)$. Notons $\vvec Y = (Y_1,\dots,Y_n)^\top$, $\vveg\beta = (\beta_0,\dots,\beta_p)^\top$ et $\Phi$ la matrice de régression, de taille $n \times (p+1)$, de coefficients $\Phi_{k,\ell} = \varphi_\ell(\vvec x_k)$. La log-vraisemblance normalisée s'écrit, pour $(\vveg b,v) \in \rset^{p+1}\times\rset_+^*$,
\[ \loghood(\vveg b,v) = -\frac12\log(2\pi v) - \frac{1}{2nv}\,\|\vvec Y - \Phi\vveg b\|^2 \eqsp. \]
À $v$ fixé, maximiser $\loghood$ en $\vveg b$ revient à minimiser
\[ J_n(\vveg b) \eqdef \|\vvec Y - \Phi\vveg b\|^2 = \sum_{k=1}^n\Big\{Y_k - \sum_{\ell=0}^p b_\ell\varphi_\ell(\vvec x_k)\Big\}^2 \eqsp, \]
quelle que soit la valeur de $v$ : pour le paramètre de régression, l'estimateur du maximum de vraisemblance coïncide avec l'estimateur des moindres carrés. La fonction $J_n$ est convexe et différentiable, de gradient $\nabla J_n(\vveg b) = -2\Phi^\top(\vvec Y - \Phi\vveg b)$ ; ses minima sont les solutions des équations normales
\[ \Phi^\top\Phi\,\vveg b = \Phi^\top\vvec Y \eqsp. \]
Si la matrice $\Phi^\top\Phi$ est inversible, ce qui équivaut à ce que $\Phi$ soit de rang $p+1$ et impose $n \geq p+1$, la fonction $J_n$ est strictement convexe et l'estimateur des moindres carrés est unique,
\[ \hat{\vveg\beta}_n \eqdef (\Phi^\top\Phi)^{-1}\Phi^\top\vvec Y \eqsp. \]
Le vecteur $\Phi\hat{\vveg\beta}_n$ est la projection orthogonale de $\vvec Y$ sur l'image de $\Phi$. En reportant, $v \mapsto \loghood(\hat{\vveg\beta}_n,v)$ atteint son maximum, par le même argument que dans l'Exemple, en
\[ \hat\sigma^2_n \eqdef \frac1n\sum_{k=1}^n\Big\{Y_k - \sum_{\ell=0}^p\hat\beta_{n,\ell}\varphi_\ell(\vvec x_k)\Big\}^2 = \frac1n\,\|\vvec Y - \Phi\hat{\vveg\beta}_n\|^2 \eqsp, \]
pourvu que cette quantité soit strictement positive, ce qui est $\PP_\param$-presque sûr dès que $n \gt p+1$, puisque $\vvec Y - \Phi\hat{\vveg\beta}_n$ est la projection orthogonale de $\vvec Y$ sur l'orthogonal de l'image de $\Phi$, sous-espace de dimension $n - p - 1 \geq 1$. Le théorème de Cochran donne alors les lois : $\hat{\vveg\beta}_n \sim \gauss\big(\vveg\beta,\sigma^2(\Phi^\top\Phi)^{-1}\big)$, $n\hat\sigma^2_n/\sigma^2 \sim \chi^2(n-p-1)$, et ces deux estimateurs sont indépendants. Le cas $p = 1$, $\varphi_0 = 1$, $\varphi_1(x) = x$ est celui de la tendance linéaire du chapitre 1 (compléments du chapitre 1) et de l'Exercice 1 (PC2).
8.La divergence de Kullback-Leibler : énoncé complet
Les fondamentaux n'ont utilisé que la positivité de la divergence et son cas d'égalité. On établit ici que l'intégrale qui la définit a toujours un sens, que sa finitude force l'absolue continuité, et que sa valeur ne dépend pas de la mesure dominante choisie.
L'intégrale est bien définie
Reprenons les notations de la Définition : $\loi_0 = f_0\cdot\mu$ et $\loi_1 = f_1\cdot\mu$. La partie négative de l'intégrande, $\big(f_0\log(f_0/f_1)\big)_- \eqdef \max\big(-f_0\log(f_0/f_1),0\big)$, est $\mu$-intégrable sur $\{f_0 \gt 0\}$. En effet, elle est nulle sauf lorsque $0 \lt f_0 \lt f_1$, et, en utilisant $\log y \leq y$ pour $y \geq 1$,
\[ \begin{aligned} \int_{\{f_0 \gt 0\}}\big(f_0\log(f_0/f_1)\big)_-\,\rmd\mu
&= \int f_0\log\frac{f_1}{f_0}\,\indiacc{0 \lt f_0 \lt f_1}\,\rmd\mu \\
&\leq \int f_0\,\frac{f_1}{f_0}\,\indiacc{0 \lt f_0 \lt f_1}\,\rmd\mu \leq \int f_1\,\rmd\mu = 1 \eqsp. \end{aligned} \]
L'intégrale $\KL(\loi_0,\loi_1)$ est donc toujours définie, et $\KL(\loi_0,\loi_1) \gt -\infty$ ; le Théorème montre qu'elle est en fait positive.
Théorème — Propriétés de la divergence de Kullback-Leibler
Soient $(\Xset,\Xsigma)$ un espace mesurable, $\loi_0$ et $\loi_1$ deux probabilités sur $(\Xset,\Xsigma)$, et $\mu$ une mesure $\sigma$-finie dominant $\loi_0$ et $\loi_1$, de densités respectives $f_0$ et $f_1$ (on peut toujours prendre $\mu = \loi_0 + \loi_1$).
Si $\KL(\loi_0,\loi_1) \lt +\infty$, alors $\loi_0 \ll \loi_1$.
$\KL(\loi_0,\loi_1) \in \ccint{0,+\infty}$, et $\KL(\loi_0,\loi_1) = 0$ si et seulement si $\loi_0 = \loi_1$.
$\KL(\loi_0,\loi_1)$ ne dépend pas du choix de la mesure dominante $\mu$.
Démonstration
(i) Supposons qu'il existe $A \in \Xsigma$ tel que $\loi_1(A) = 0$ et $\loi_0(A) \gt 0$. Alors $f_1 = 0$ $\mu$-presque partout sur $A$, tandis que $\mu(A \cap \{f_0 \gt 0\}) \gt 0$, puisque $\loi_0(A) = \int_A f_0\,\rmd\mu \gt 0$. Sur $A \cap \{f_0 \gt 0\}$, l'intégrande $f_0\log(f_0/f_1)$ vaut $+\infty$ $\mu$-presque partout, par la convention $\log(1/0) = +\infty$ : sa partie positive est d'intégrale infinie, et, la partie négative étant intégrable, $\KL(\loi_0,\loi_1) = +\infty$. Par contraposée, $\KL(\loi_0,\loi_1) \lt +\infty$ entraîne que $\loi_1(A) = 0$ implique $\loi_0(A) = 0$, c'est-à-dire $\loi_0 \ll \loi_1$.
(iii) Si $\KL(\loi_0,\loi_1) = +\infty$ pour une mesure dominante, alors, d'après (i), $\loi_0$ n'est pas absolument continue par rapport à $\loi_1$, propriété qui ne fait pas intervenir $\mu$ ; pour toute autre mesure dominante, la divergence est donc encore infinie, par (i) à nouveau. Supposons maintenant $\loi_0 \ll \loi_1$. Par le théorème de Radon-Nikodym (théorème de Radon-Nikodym du chapitre 1), $\loi_0$ admet une densité $\tilde f_0$ par rapport à $\loi_1$, unique à un ensemble $\loi_1$-négligeable près. Comme $\loi_1 = f_1\cdot\mu$ et $\loi_0 = \tilde f_0\cdot\loi_1$, on a $\loi_0 = \tilde f_0 f_1\cdot\mu$, et l'unicité de la densité par rapport à $\mu$ donne $f_0 = \tilde f_0 f_1$ $\mu$-presque partout. Sur l'ensemble $\{f_0 \gt 0\} = \{\tilde f_0 f_1 \gt 0\}$ (à un ensemble $\mu$-négligeable près), on a $f_1 \gt 0$ et $f_0/f_1 = \tilde f_0$, donc
\[ \begin{aligned} \KL(\loi_0,\loi_1)
&= \int_{\{\tilde f_0 f_1 \gt 0\}}\tilde f_0 f_1\log\tilde f_0\,\rmd\mu
= \int_{\{\tilde f_0 \gt 0\}}\tilde f_0\log\tilde f_0\,f_1\,\rmd\mu
= \int_{\{\tilde f_0 \gt 0\}}\tilde f_0\log\tilde f_0\,\loi_1(\rmd x) \eqsp, \end{aligned} \]
la deuxième égalité venant de ce que l'ensemble $\{f_1 = 0\}$ ne contribue pas à l'intégrale contre $f_1\,\rmd\mu$. Le membre de droite ne fait plus intervenir $\mu$ : avec la convention $0\log 0 = 0$,
\[ \KL(\loi_0,\loi_1) = \int_\Xset \tilde f_0\log\tilde f_0\,\rmd\loi_1 \eqsp, \qquad \tilde f_0 = \frac{\rmd\loi_0}{\rmd\loi_1} \eqsp, \]
ce qui montre que la divergence ne dépend pas de la mesure dominante.
Remarque. Le point (i) éclaire le cas « $\PP(Y = 0) \gt 0$ » de la démonstration du Théorème : la divergence vaut $+\infty$ dès que la loi $\loi_1$ attribue une probabilité nulle à un événement de $\loi_0$-probabilité strictement positive. Dans un modèle statistique, $\KL(\altloi_{\sparam},\altloi_{\paramcur}) = +\infty$ signifie que certaines observations possibles sous $\sparam$ sont impossibles sous $\paramcur$ : la vraisemblance en $\paramcur$ est alors nulle avec une probabilité qui tend vers $1$ lorsque $n$ croît, et une telle valeur $\paramcur$ est éliminée par le maximum de vraisemblance. C'est le cas du modèle uniforme $\unif(\ccint{0,\param})$ pour $\paramcur \lt \sparam$, où l'hypothèse d'intégrabilité de la Proposition n'est pas satisfaite.
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent aux compléments. Elles ne sont pas exigibles à l'examen.
Vous trouverez ici la feuille d'exercices de la deuxième petite classe, ainsi que quelques questions courtes qui permettent de vérifier la compréhension du chapitre au préalable. Dans toute la feuille, $\lleb$ et $\lleb^{\otimes n}$ désignent respectivement la mesure de Lebesgue sur $\rset$ et celle sur $\rset^n$ ; $\gauss(\mu,\sigma^2)$ désigne la loi gaussienne de moyenne $\mu$ et de variance $\sigma^2$ ; par convention, les vecteurs sont des vecteurs colonne et $a^T$ désigne la transposée de $a$.
Questions courtes : avez-vous assimilé le chapitre ?
Avant d'aborder les exercices, vérifiez votre compréhension du chapitre en répondant, de tête et sans revenir au texte, aux questions suivantes. En cas d'hésitation, dépliez le renvoi vers le passage concerné.
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle exponentiel
$\setv{\expo(\param)}{\param \in \rset_+^*}$. Parmi $X_1$, $\bar X_n$, $\param$
et la constante $1$, lesquels sont des estimateurs de $\param$ ? Lesquels
sont de bons estimateurs ?
renvoi
Pour le modèle uniforme sur $\ccint{a,b}$ avec $a\lt b$ inconnus, combien de
fonctions de moment faut-il, et pourquoi ? L'intervalle $[\hat a_n,\hat b_n]$
obtenu contient-il toujours toutes les observations ?
renvoi
Pour le modèle uniforme $\unif(\ccint{0,\param})$, comment détermine-t-on
l'estimateur du maximum de vraisemblance ? Pourquoi ne faut-il pas écrire
l'équation de vraisemblance ?
renvoi
Dans le modèle gaussien, l'estimateur du maximum de vraisemblance de
$\sigma^2$ est la variance empirique non corrigée. Quel est celui de
$\sigma$ ? Quel résultat invoque-t-on ?
renvoi
Pourquoi $\KL(\loi_0,\loi_1) \geq 0$ ? Vers quoi converge la
log-vraisemblance normalisée $\loghood(\paramcur)$ sous $\PP_{\sparam}$, et
pourquoi la limite atteint-elle son maximum en $\sparam$ seulement lorsque le
modèle est identifiable ?
renvoi
Les trois exercices de ce groupe sont traités en petite classe ; ils mettent en
œuvre les deux méthodes de construction du chapitre, sur le modèle de
régression linéaire gaussienne, sur un modèle de mélange et sur les familles
exponentielles (programme des exercices).
Cet exercice poursuit l'Exercice 4 (PC1), où le modèle de
régression linéaire gaussienne a été construit et où un estimateur des
coefficients a été proposé par moindres carrés : on établit ici que cet
estimateur est celui du maximum de vraisemblance, on détermine sa loi et celle
de l'estimateur de la variance. Les questions 5 et 6 reposent sur le théorème de Cochran, énoncé et démontré au chapitre 1 ; la question 7
utilise la notion d'intervalle de confiance, définie dans les outils de ce
chapitre (Définition).
Soient $x_1,\dots,x_n$ des réels. On considère le modèle statistique
\[ \left(\rset^n, \borel(\rset^n),
\set{ p_\theta \, \cdot \, \rmd \lleb^{\otimes n} \eqdef \bigotimes_{i=1}^n \gauss(\beta_1 + \beta_2 x_i,\sigma^2)}{ \theta \eqdef (\beta_1,\beta_2,\sigma^2) \in \rset^2 \times \rset_+^*}
\right) \eqsp. \]
On note $\bigone$ et $\mathbf{\underline{x}}$ les vecteurs de
$\rset^n$ définis par $\bigone \eqdef (1,\dots,1)^T$ et
$\mathbf{\underline{x}} \eqdef (x_1,\dots,x_n)^T$. Dans la suite, on
suppose qu'il existe au moins deux indices $i\ne j$ tels que $x_i \ne
x_j$. Nous utiliserons les notations matricielles suivantes
\[ \mathbf{Y} \eqdef \left[ \begin{matrix} Y_1 \\ \vdots \\
Y_n \end{matrix} \right] \in \rset^n \eqsp, \qquad \mathbf{X} \eqdef \left[ \begin{matrix}
\bigone & \mathbf{\underline{x}} \end{matrix} \right] \in \rset^{n \times 2} \eqsp, \qquad \boldsymbol{\beta} \eqdef \left[ \begin{matrix} \beta_1 \\ \beta_2 \end{matrix} \right] \in \rset^2 \eqsp. \]
Montrer que la matrice $\mathbf{X^T \, X}$ est inversible. Remarque: Puisque $u^T \mathbf{X^T \, X} u \geq 0$ pour tout $u \in \rset^2$, on en déduit que la matrice est définie positive.
Déterminer les estimateurs du maximum de vraisemblance $(\hat{\beta}_1,\hat{\beta}_2,\hat{\sigma}^2)$ de $(\beta_1,\beta_2, \sigma^2)$.
Déterminer la loi de $(\hat{\beta}_1,\hat{\beta}_2)$ sous $p_\theta \cdot \rmd \lleb^{\otimes n}$.
Montrer que, sous $p_\theta \cdot \rmd \lleb^{\otimes n}$, $\hat{\beta}_1$ et $\hat{\beta}_2$ sont indépendants si et seulement si $n^{-1} \sum_{i=1}^n x_i =0$. Remarque : le modèle dépend de $x_1, \cdots, x_n$ via les
quantités $\beta_1+ \beta_2 x_i$ pour tout $1 \leq i \leq n$ soit
encore, les lignes de $\mathbf{X} \beta$. Sans « pré-traitement », il n'y a
pas de raisons que $n^{-1} \sum_{i=1}^n x_i = 0$. Néanmoins, en
écrivant
\[ \begin{aligned} \beta_1 \bigone + \beta_2 \mathbf{\underline{x}} & = \left( \beta_1 + \beta_2 n^{-1} \sum_{i=1}^n x_i \right) \bigone + \beta_2 (\mathbf{\underline{x}} - n^{-1} \sum_{i=1}^n x_i \bigone) \\
& = \tilde \beta_1 \bigone
+ \beta_2 \tilde{\mathbf{\underline{x}}} = \left[ \begin{matrix}
\bigone & \tilde{\mathbf{\underline{x}}} \end{matrix} \right] \left[ \begin{matrix} \tilde \beta_1 \\ \beta_2 \end{matrix} \right] \qquad \tilde{\mathbf{\underline{x}}} = \mathbf{\underline{x}} - n^{-1} \sum_{i=1}^n x_i \bigone = \mathbf{\underline{x}} - \frac{\bigone^T \, \mathbf{\underline{x}}}{\bigone^T \bigone} \bigone \end{aligned} \]
on peut paramétrer le modèle de façon équivalente par
$(\tilde \beta_1, \beta_2, \sigma^2)$, tout en introduisant une
matrice d'expérience $ \left[ \begin{matrix}
\bigone & \tilde{\mathbf{\underline{x}}} \end{matrix} \right]$ dont les colonnes sont orthogonales (c'est le sens de $n^{-1} \sum_{i=1}^n \tilde x_i = 0$).
Déterminer la loi de $\hat{\sigma}^2$ sous $p_\theta \cdot \rmd \lleb^{\otimes n}$.
Montrer que sous $p_\theta \cdot \rmd \lleb^{\otimes n}$, $\hat{\sigma}^2$ et $(\hat{\beta}_1,\hat{\beta}_2)$ sont indépendants.
Soit $\alpha \in \ooint{0,1}$. Proposer un intervalle de confiance de niveau $(1-\alpha)$ pour $\sigma^2$.
(La notion d'intervalle de confiance est définie a minima dans les outils de ce chapitre, Définition ; elle est développée au chapitre suivant.)
EXO 2Estimation d'un coefficient de mélange★Objectif : modèles de mélanges uniformes, estimation
Cet exercice compare, sur un modèle de mélange de deux lois uniformes, un
estimateur du maximum de vraisemblance et un estimateur des moments
(Méthode et
Méthode) : les deux méthodes conduisent à
des estimateurs différents, dont les analyses numériques de l'énoncé
comparent le biais et la dispersion.
Soit un $n$-échantillon $(X_1,\ldots,X_n)$ du modèle
$(\rset, \mathcal{B}(\rset), \{f_\theta \cdot \lleb, \theta \in \ooint{0,1}\})$
où
\[ f_\theta(x) = \frac{\theta}{a} \ \indiacc{\ccint{0,a}}(x)
+ \frac{(1-\theta)}{b} \ \indiacc{\ccint{0,b}}(x). \]
On suppose que $a$ et $b$ sont connus et que $0\lt a\lt b$. La fonction de répartition associée à la densité $f_\theta$ vaut
\[ x \mapsto \left\{ \begin{array}{cc}
0 & x \leq 0 \\
\left(\frac{\theta}{a}+ \frac{(1-\theta)}{b} \right) x & 0 \leq x \leq a \\
\theta + \frac{(1-\theta)}{b} x & a \leq x \leq b \\
1 & x \geq b
\end{array} \right. \]
Exprimer la fonction de vraisemblance à l'aide de $N_a \eqdef \sum_{i=1}^n \mathbf{1}_{X_i \in [0,a]}$ le nombre d'observations à valeur dans $[0,a]$.
En déduire l'estimateur du maximum de vraisemblance de $\theta$, noté $\hat{\theta}_n^{(1)}$.
En utilisant la méthode des moments (d'ordre 1), proposer un estimateur $\hat{\theta}_n^{(2)}$ de $\theta$.
$\blacktriangleright$ Analyses numériques. Pour les analyses
numériques ci-dessous, on se donne des mesures $x_1$, …, $x_n$
obtenues comme la réalisation de tirages indépendants sous la loi
$f_{0.2}$ dans le cas $a=1$ et $b=3$.
[gauche] Tracé de deux réalisations de la fonction de vraisemblance $\theta \mapsto L(\theta,X_1, \cdots, X_n)$: une pour $n=10$ puis une pour $n=200$. [centre] Tracé de deux réalisations de la fonction (aléatoire) dont l'estimateur des moments est un zero : une dans le cas $n=10$ et l'autre dans le cas $n=200$. [droite] Evolution du biais de l'estimateur $\hat{\theta}_n^{(1)}$ en fonction de $\theta$. Dans le cas $n=10$ et $n=200$.
Sur la figure ci-dessous, on visualise la loi de différents
estimateurs : $\hat{\theta}^{(1)}_n$, $\hat{\theta}^{(2)}_n$ et
\[ \hat{\theta}_n \eqdef \frac{b (N_a/n)-a}{b-a}, \qquad \tilde{\theta}_n \eqdef \frac{b- 2 n^{-1} \sum_{i=1}^n X_i}{b-a} \eqsp. \]
Boxplot de la réalisation de $N=5000$ estimateurs dans le cas $n=10$ (gauche) et $n=200$ (droite). Les boxplots MV-1 et MV-2 correspondent resp. à $\hat{\theta}_n $ et $\hat{\theta}^{(1)}_n$; ceux de Mom-1 et Mom-2 correspondent à $\tilde{\theta}_n$ et $\hat{\theta}^{(2)}_n$. On fera attention aux échelles en ordonnées pour comparer les schémas de gauche et de droite.
▶
Coefficient de mélange : deux estimateurs et leur seuillage interactif
Boîtes à moustaches des estimateurs du maximum de vraisemblance et des moments pour $n = 10$ et $n = 200$, avec le seuillage en $0$ mis en évidence.
Cet exercice définit les familles exponentielles, qui contiennent la plupart
des modèles usuels, et établit pour elles la propriété observée sur les
modèles de Bernoulli et de Poisson
(Exemples
et exemple) : l'estimateur du maximum de vraisemblance
est un estimateur des moments. La dernière question fait jouer l'invariance
par reparamétrisation
(Proposition).
Les questions 2(b) et 2(c) demandent des outils d'intégration (inégalité de
Hölder, dérivation sous le signe intégral par convergence dominée).
Beaucoup de lois (dont des usuelles) ont une structure particulière
pour lesquelles elles sont dites dans la famille
exponentielle. Soit $(\Xset,\Xsigma)$ un espace mesurable (nous
prendrons $\Xset= \rset^k$ ou $\Xset=\nset^k$) et $\mu$ une mesure
$\sigma$-finie sur $(\Xset,\Xsigma)$. Soit $T:\Xset \to \rset$ et
$h: \Xset \to \rset^+$ deux fonctions mesurables.
On appelle modèle exponentiel canonique associé au couple
$(T,h)$, une famille de lois ayant une densité par rapport à $\mu$ de
la forme
\[ x\mapsto q_\paramnat(x)= h(x) \exp \left(\paramnat T(x) - A(\paramnat) \right) \eqsp, \quad x \in \Xset \eqsp, \tag{1} \]
où $A(\paramnat)$ est défini par:
\[ A(\paramnat) \eqdef \log \int h(x) \exp \left( \paramnat T(x) \right) \mu(\rmd x) \eqsp. \tag{2} \]
L'espace des paramètres naturels de la famille canonique associée à $(T,h)$
est l'ensemble
\[ \Xi \eqdef \set{ \paramnat \in \rset}{ |A(\paramnat)| \lt \infty}\eqsp. \]
Plus généralement on appelle famille exponentielle toute famille de loi de densité
\[ x \mapsto p_\param(x)=h(x) \exp(\varphi(\param)T(x)-B(\param)) \]
par rapport à une mesure $\mu$ $\sigma$-finie sur $\rset$ ou $\nset$. Les valeurs admissibles de $\theta$ sont les éléments de
\[ \Theta \eqdef \{\theta \in \rset: \int h(x) \ \exp(\varphi(\param) T(x)) \, \mu(\rmd x) \lt \infty \}. \]
Les lois suivantes sont-elles dans la famille exponentielle, et si
oui, sont-elles canoniques ?
La loi exponentielle de densité
\[ x \mapsto p_\paramnat(x)= \paramnat \exp(- \paramnat
x) \indi{\rset^+}(x) \]
sur $\Xset= \rset$ ? Si oui, précisez l'espace des paramètres
naturels.
La loi gaussienne $\gauss(\paramnat,1)$ sur $\rset$. Si oui, précisez l'espace des paramètres naturels.
Soit $\alpha \gt 0$ fixé. La loi de Weibull sur $]0, \infty[$ de paramètre d'échelle $\lambda \gt 0$ et de densité
\[ x \mapsto q_\lambda(x)
= \frac{\alpha}{\lambda} \left(\frac{x}{\lambda} \right)^{\alpha-1} \ \exp(-(x/\lambda)^\alpha) \qquad
x \gt 0. \]
Si oui, précisez
l'espace des paramètres naturels.
Montrer que la loi de
Poisson définit un modèle exponentiel avec \[ \varphi(\param)= \log(\param), \quad B(\param)= \param, \quad T(x) = x, \quad h(x) = 1/ x!. \]
Préciser le modèle exponentiel canonique associé.
Montrer que la loi binomiale définit un modèle exponentiel avec
\[ \varphi(\param)= \log \left( \frac{\param}{1-\param}\right), \quad
B(\param)= -n \log(1-\param), \quad T(x)= x, \quad h(x)= \binom{n}{x}. \]
Préciser le modèle exponentiel canonique associé.
Nous allons tout d'abord établir certaines propriétés des modèles
exponentiels canoniques.
Supposons que l'espace des paramètres est ouvert, que $A$ est régulière et que l'on peut permuter dérivée et intégrale. Quelle relation a-t-on entre $A'(\eta)$, $A''(\eta)$ et l'espérance et la variance de $T(X)$ sous $q_\eta$ ?
Montrer que la fonction $\paramnat \mapsto A(\paramnat)$ est convexe et que l'espace des paramètres naturels est un sous-ensemble convexe de $\rset$.
On suppose dans la suite que $\Xi$ est un intervalle ouvert. Pour $\paramnat \in \Xi$, on pose
\[ G(\paramnat) \eqdef \int h(x) \exp\left(\paramnat T(x)\right) \mu(\rmd
x)\eqsp. \]
Montrer que $G$ est infiniment différentiable sur $\Xi$ et que, pour tout $k
\in \nset^*$ et $\eta \in \Xi$,
\[ G^{(k)}(\paramnat) = \int h(x) \, T^k(x) \, \exp\left( \paramnat T(x)\right) \mu(\rmd
x) \eqsp. \]
Soit $(X_1,\dots,X_n)$ un $n$-échantillon du modèle exponentiel
canonique associé à $(T,h)$.
Déterminer l'estimateur des moments associé à la fonction $T$.
Déterminer l'estimateur du maximum de vraisemblance. Que remarque-t-on ?
Considérons dorénavant le modèle exponentiel général. On supposera que $\Theta$ est un intervalle ouvert de
$\rset$. On suppose que la fonction $\varphi$ définit un difféomorphisme de $\Param$ sur $\Xi$ l'espace des paramètres naturels associé.
On dispose d'un $n$-échantillon $(X_{1},\ldots,X_{n})$ du modèle
\[ (\Xset, \Xsigma, \set{p_{\theta} \cdot \mu}{\param \in \Param})\eqsp. \]
Déterminer l'estimateur du paramètre $\param$, solution des équations de vraisemblance [on pensera à utiliser la paramétrisation canonique].
En conclusion de l'exercice précédent : (i) les modèles
exponentiels s'écrivent sous forme de facteurs séparables en la
variable $x$ et le paramètre de la famille $\varphi(\theta)$ (ou
$\paramnat$ dans le modèle canonique). (ii) Il n'y a pas unicité de
la représentation, y compris du paramètre canonique : on a en effet
$\eta T(x) = \left(\lambda \eta \right) \, \left(
T(x)/\lambda \right)$ pour tout $\lambda \in \rset$ par exemple. (iii)
On a ici présenté une version simplifiée de la définition de ces
modèles, mais en toute généralité le paramètre du modèle peut être
vectoriel, et le produit $\varphi(\theta) T(x)$ peut être un produit
scalaire entre des fonctions $\varphi, T$ à valeur dans $\rset^q$
i.e. $\sum_{j=1}^q \varphi_j(\theta) T_j(x)$. Par exemple, la loi
gaussienne $\mathcal{N}_d(\mu, \Sigma)$ pour une matrice de covariance
$\Sigma$ inversible, a une densité proportionnelle à
\[ \begin{aligned} \exp\left( -\frac{1}{2}(x-\mu)^T \Sigma^{-1} (x-\mu)\right) & \propto \exp\left( -\frac{1}{2}(x^T \Sigma^{-1} x - 2 \mu^T \Sigma^{-1} x) \right) \\
& = \exp\left( -\frac{1}{2} \mathrm{Tr}\left( \Sigma^{-1} xx^T \right)
+ \mu^T \Sigma^{-1} x \right) \\ & = \exp\left(
-\frac{1}{2} \left\langle \Sigma^{-1}, x x^T\right\rangle
+ \left\langle \Sigma^{-1} \mu,x \right\rangle \right) \end{aligned} \]
et est donc un exemple de famille exponentielle canonique de
dimension $q\gt 1$. (iv) Une grande partie des modèles utilisés en
pratique sont des modèles exponentiels (modèle gaussien,
log-normal, exponentiel, gamma, Bernoulli, Poisson, etc). Ils sont
traités dans le chapitre « Famille exponentielle » du polycopié.
Groupe 2 — Exercices bonus
Guide de lecture. Les deux exercices qui suivent ne sont pas traités en petite classe.
L'exercice Durée de vie (★★)
ne demande que les notions du chapitre 1 (modèle statistique,
identifiabilité, définition du chapitre 1) et des calculs sur la loi
exponentielle : il montre comment l'observation supplémentaire de la cause de
chaque panne rend identifiable un modèle qui ne l'était pas, et son corrigé
se termine par le calcul de l'estimateur du maximum de vraisemblance dans le
modèle ainsi enrichi. Vous pouvez l'aborder avant même d'avoir lu le
chapitre 2. L'exercice Modèle
auto-régressif (★★) demande d'écrire la densité d'observations qui
ne sont ni indépendantes ni de même loi, à partir des lois conditionnelles
successives, puis de maximiser la vraisemblance obtenue ; il suppose acquis
le calcul de l'estimateur du maximum de vraisemblance du modèle gaussien
(Exemple) et
les propriétés des vecteurs gaussiens du chapitre 1
(vecteurs gaussiens, chapitre 1). Il est préférable de le traiter après
l'Exercice 1, dont il reprend la démarche de
maximisation en deux temps.
EXO 4Durée de vie★★Objectif : modélisation de durées de vie exponentielles
On considère un système ne fonctionnant que si deux machines sont
toutes les deux en état de marche. On observe les durées de vie des
deux machines, que l'on modélise comme des lois exponentielles de
paramètres $\lambda_0$ et $\lambda_1$, $\lambda_i \gt 0$; et des lois
indépendantes.
Montrer qu'une variable aléatoire $X$ suit la loi exponentielle
$\mathcal{E}(\lambda)$ si et seulement si
\[ \forall x\gt 0: \ \PP(X \gt x)=\text{exp}(-\lambda x). \]
Le modèle statistique associé à cette expérience est
\[ \left( \rset_+^2, \mathcal{B}(\rset_+^2), \{\PP_\theta = \mathcal{E}(\lambda_0) \otimes \mathcal{E}(\lambda_1), \theta = (\lambda_0, \lambda_1) \in (\rset_+^\star)^2\} \right). \]
Calculer la probabilité pour que le système ne tombe pas en panne
avant la date $t$. En déduire la loi de la durée de vie $Z$ du
système. Le système tombe en panne; calculer la probabilité pour
que la panne soit due à une défaillance de la machine $1$.
Soit $I = 1$ si la
panne du système est due à une défaillance de la machine $1$,
$I = 0$ sinon. Calculer $\PP_\theta(Z \gt t; I = \delta)$ pour tout $t\geq 0$
et $\delta\in\{0,1\}$. En déduire que $Z$ et $I$ sont
indépendantes.
On dispose de $n$ systèmes identiques et fonctionnant
indépendamment les uns des autres dont on observe les durées de
vie
$Z_1,\ldots,Z_n$.
Écrire le modèle statistique correspondant. Les paramètres
$\lambda_0$ et $\lambda_1$ sont-ils identifiables?
Supposons maintenant que l'on observe à la fois les durées de vie des systèmes $Z_1,\ldots,Z_n$ et
les causes de la défaillance correspondantes $I_1,\dots,I_n$, $I_i\in\{0,1\}$. Écrire le modèle statistique dans ce cas. Les paramètres
$\lambda_0$ et $\lambda_1$ sont-ils identifiables?
EXO 5Modèle auto-régressif★★Objectif : série temporelle
Soit $\theta \eqdef
(\phi, \sigma^2) \in \Theta \eqdef \rset \times \rset_+^\star$. On
considère l'observation $Z=(X_1,\dots,X_n)$, qui sous le modèle
statistique $p_\theta \, \cdot \, \rmd \lleb^{\otimes n}$, a la loi suivante:
pour tout $1 \leq k \leq n$, la loi conditionnelle de $X_k$ sachant
$(X_1, \cdots, X_{k-1})$ est une loi $\gauss(\phi \,
X_{k-1}, \sigma^2)$. Par convention, $X_0 = 0$.
Écrire le modèle statistique engendré par l'observation $Z$.
Déterminer l'estimateur du maximum de vraisemblance de $\theta=(\phi,\sigma^2)$.
Les corrigés de la deuxième petite classe sont mis en ligne après la séance. Avant de déplier une solution, cherchez la question par vous-même et rédigez votre réponse ; comparez ensuite votre rédaction à celle qui est proposée ici. Les corrigés reprennent, en les complétant, ceux distribués avec la feuille de petite classe. Les résultats du chapitre 1 (vecteurs gaussiens, théorème de Cochran, loi du $\chi^2$, méthode de la fonction muette) sont appelés par un renvoi et ne sont pas redémontrés ; la variable de la vraisemblance est notée $\paramcur$, conformément à la convention du chapitre.
NOTES MANUSCRITESPetite classe 2Notes manuscrites prises pendant les séances de travaux dirigés
EXO 1Modèle linéaire gaussien★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
On note $Y_1,\dots,Y_n$ les statistiques canoniques, $\mathbf{Y} = (Y_1,\dots,Y_n)^T$, $\bar Y \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n Y_i$ et $\bar x \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n x_i$. Le paramètre est $\param = (\beta_1,\beta_2,\sigma^2)$ ; la variable de la vraisemblance est notée $\paramcur = (b_1,b_2,v) \in \Param = \rset^2\times\rset_+^*$, avec $b \eqdef (b_1,b_2)^T$. On suppose $n \geq 3$ : cette hypothèse, implicite dans l'énoncé, est nécessaire pour que l'estimateur de la variance soit presque sûrement défini (questions 2 et 5).
Préliminaire. Sous $p_\param\cdot\lleb^{\otimes n}$, les $Y_i$ sont indépendantes, de lois $\gauss(\beta_1+\beta_2x_i,\sigma^2)$. La densité de leur loi jointe par rapport à $\lleb^{\otimes n}$ est le produit des densités (chapitre 1, modèle du $n$-échantillon) : pour $y = (y_1,\dots,y_n)^T$,
\[ \begin{aligned} p_\param(y_1,\dots,y_n) &= \prod_{i=1}^n \frac{1}{\sqrt{2\pi\sigma^2}}\exp\Big(-\frac{(y_i-\beta_1-\beta_2x_i)^2}{2\sigma^2}\Big) \\
&= \frac{1}{(2\pi\sigma^2)^{n/2}}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\,\|y - \mathbf{X}\beta\|^2\Big) \eqsp. \end{aligned} \]
Un vecteur dont les coordonnées sont des variables gaussiennes indépendantes est un vecteur gaussien (lemme de stabilité de la famille gaussienne du chapitre 1) : sous $\PP_\param$, $\mathbf{Y} \sim \gauss(\mathbf{X}\beta,\sigma^2\Id_n)$.
Question 1
On a
\[ \begin{aligned} \mathbf{X}^T\mathbf{X} &= \begin{bmatrix} n & \sum_{i=1}^n x_i \\[2pt] \sum_{i=1}^n x_i & \sum_{i=1}^n x_i^2\end{bmatrix} \eqsp, \\
\det(\mathbf{X}^T\mathbf{X}) &= n\sum_{i=1}^n x_i^2 - \Big(\sum_{i=1}^n x_i\Big)^2 = n\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2 \eqsp, \end{aligned} \]
la dernière égalité venant de $\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2 = \sum_{i=1}^n x_i^2 - n\bar x^2$. Ce déterminant est positif, et nul si et seulement si $x_i = \bar x$ pour tout $i$, ce qui est exclu puisque deux des $x_i$ sont distincts : il est strictement positif et la matrice est inversible. Comme $u^T\mathbf{X}^T\mathbf{X}u = \|\mathbf{X}u\|^2 \geq 0$ pour tout $u \in \rset^2$, la matrice $\mathbf{X}^T\mathbf{X}$ est symétrique positive ; étant inversible, elle est définie positive. Explicitement,
\[ (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1} = \frac{1}{n\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2}\begin{bmatrix} \sum_{i=1}^n x_i^2 & -\sum_{i=1}^n x_i \\[2pt] -\sum_{i=1}^n x_i & n \end{bmatrix} \eqsp. \]
La condition « deux $x_i$ distincts » signifie que les colonnes $\bigone$ et $\mathbf{\underline{x}}$ de $\mathbf{X}$ sont linéairement indépendantes : le sous-espace $F \eqdef \operatorname{Im}(\mathbf{X}) = \operatorname{Vect}(\bigone,\mathbf{\underline{x}})$ de $\rset^n$ est de dimension $2$.
Question 2
La vraisemblance est $\Lhood(\paramcur) = p_{\paramcur}(Y_1,\dots,Y_n) \gt 0$, et la log-vraisemblance normalisée s'écrit
\[ \loghood(\paramcur) = -\frac12\log(2\pi v) - \frac{1}{2nv}\,\|\mathbf{Y} - \mathbf{X}b\|^2 \eqsp, \qquad \paramcur = (b,v) \in \rset^2\times\rset_+^* \eqsp. \]
Elle est différentiable sur $\Param$, qui est ouvert : on est dans le cas régulier de la Méthode, et les équations de vraisemblance s'écrivent
\[ \nabla_b\loghood(\paramcur) = \frac{1}{nv}\,\mathbf{X}^T(\mathbf{Y}-\mathbf{X}b) = 0 \eqsp, \qquad \frac{\partial\loghood}{\partial v}(\paramcur) = -\frac{1}{2v} + \frac{1}{2nv^2}\,\|\mathbf{Y}-\mathbf{X}b\|^2 = 0 \eqsp. \]
Plutôt que de résoudre ce système directement, on maximise en deux temps, comme pour le modèle gaussien (Exemple).
Maximisation en $b$ à $v$ fixé. Maximiser $\loghood$ en $b$ revient à minimiser $J(b) \eqdef \|\mathbf{Y}-\mathbf{X}b\|^2$ sur $\rset^2$. Cette fonction est quadratique, de gradient $\nabla J(b) = -2\mathbf{X}^T(\mathbf{Y}-\mathbf{X}b)$ et de matrice hessienne $2\mathbf{X}^T\mathbf{X}$, définie positive d'après la question 1 : elle est strictement convexe et admet un unique minimum, caractérisé par les équations normales $\mathbf{X}^T\mathbf{X}\,b = \mathbf{X}^T\mathbf{Y}$, soit
\[ \hat\beta \eqdef \begin{bmatrix}\hat\beta_1\\ \hat\beta_2\end{bmatrix} = (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^T\mathbf{Y} \eqsp. \]
Les équations normales s'écrivent $nb_1 + b_2\sum_i x_i = \sum_i Y_i$ et $b_1\sum_i x_i + b_2\sum_i x_i^2 = \sum_i x_iY_i$ ; la première donne $b_1 = \bar Y - b_2\bar x$ et, en reportant dans la seconde,
\[ \hat\beta_2 = \frac{\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)(Y_i-\bar Y)}{\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2} \eqsp, \qquad \hat\beta_1 = \bar Y - \hat\beta_2\,\bar x \eqsp. \]
Posons $P \eqdef \mathbf{X}(\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^T$. Cette matrice est symétrique, vérifie $P^2 = P$ et $P\mathbf{X} = \mathbf{X}$, et son image est $F$ : c'est la matrice de la projection orthogonale sur $F$, et $\Id_n - P$ celle de la projection orthogonale sur $F^\perp$, de dimension $n-2$. Ainsi $\mathbf{X}\hat\beta = P\mathbf{Y}$ est la projection orthogonale de $\mathbf{Y}$ sur $F$, $\mathbf{Y}-\mathbf{X}\hat\beta = (\Id_n-P)\mathbf{Y}$ et $J(\hat\beta) = \|(\Id_n-P)\mathbf{Y}\|^2$.
Maximisation en $v$. Posons $S \eqdef n^{-1}\|(\Id_n-P)\mathbf{Y}\|^2$. La fonction $v \mapsto \loghood(\hat\beta,v) = -\frac12\log(2\pi v) - S/(2v)$ a pour dérivée $(S-v)/(2v^2)$. Si $S \gt 0$, cette dérivée est strictement positive pour $v \lt S$ et strictement négative pour $v \gt S$ : le maximum est atteint en $v = S$ seulement. Pour tout $(b,v) \in \Param$, on a alors $\loghood(b,v) \leq \loghood(\hat\beta,v) \leq \loghood(\hat\beta,S)$, avec égalité si et seulement si $(b,v) = (\hat\beta,S)$. L'estimateur du maximum de vraisemblance existe donc, est unique, et vaut
\[ \begin{aligned} (\hat\beta_1,\hat\beta_2,\hat\sigma^2) \qquad \text{avec} \qquad \hat\sigma^2 &\eqdef \frac1n\sum_{i=1}^n (Y_i-\hat\beta_1-\hat\beta_2x_i)^2 \\
&= \frac1n\,\|\mathbf{Y}-\mathbf{X}\hat\beta\|^2 = \frac1n\,\|(\Id_n-P)\mathbf{Y}\|^2 \eqsp. \end{aligned} \]
Si $S = 0$, la fonction $v \mapsto \loghood(\hat\beta,v)$ tend vers $+\infty$ en $0$ et la vraisemblance n'a pas de maximum. On verra à la question 5 que $S \gt 0$ $\PP_\param$-presque sûrement dès que $n \geq 3$ ; pour $n = 2$, en revanche, $F = \rset^2$, $P = \Id_2$ et $S = 0$ toujours : l'estimateur du maximum de vraisemblance n'est pas défini.
L'estimateur $(\hat\beta_1,\hat\beta_2)$ est l'estimateur des moindres carrés proposé dans l'Exercice 4 (PC1) : dans le modèle gaussien, moindres carrés et maximum de vraisemblance coïncident pour les coefficients de régression (cas général dans les compléments, Exemple). L'estimateur du maximum de vraisemblance de $\sigma^2$ divise la somme des carrés des résidus par $n$, et non par $n-2$.
Question 3
On a $\hat\beta = A\mathbf{Y}$ avec $A \eqdef (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^T \in \rset^{2\times n}$. Sous $\PP_\param$, $\mathbf{Y} \sim \gauss(\mathbf{X}\beta,\sigma^2\Id_n)$, et l'image d'un vecteur gaussien par une application linéaire est un vecteur gaussien (proposition « transformation affine » du chapitre 1) :
\[ \hat\beta \sim \gauss\big(A\mathbf{X}\beta,\ \sigma^2AA^T\big) = \gauss\big(\beta,\ \sigma^2(\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\big) \eqsp, \]
puisque $A\mathbf{X} = \Id_2$ et $AA^T = (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^T\mathbf{X}(\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1} = (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}$. En particulier $\PE_\param[\hat\beta] = \beta$ : l'estimateur est sans biais. Avec l'expression de $(\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}$ obtenue à la question 1,
\[ \begin{aligned} \operatorname{Var}_\param(\hat\beta_1) &= \frac{\sigma^2\sum_{i=1}^n x_i^2}{n\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2} \eqsp, \qquad \operatorname{Var}_\param(\hat\beta_2) = \frac{\sigma^2}{\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2} \eqsp, \\
\operatorname{Cov}_\param(\hat\beta_1,\hat\beta_2) &= -\frac{\sigma^2\sum_{i=1}^n x_i}{n\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2} = -\frac{\sigma^2\,\bar x}{\sum_{i=1}^n (x_i-\bar x)^2} \eqsp. \end{aligned} \]
Question 4
Sous $\PP_\param$, $(\hat\beta_1,\hat\beta_2)$ est un vecteur gaussien ; ses deux coordonnées sont indépendantes si et seulement si elles sont décorrélées (proposition « indépendance et décorrélation » du chapitre 1), c'est-à-dire si et seulement si $\operatorname{Cov}_\param(\hat\beta_1,\hat\beta_2) = 0$. D'après la question 3, et puisque $\sigma^2 \gt 0$ et $\sum_i (x_i-\bar x)^2 \gt 0$, cette covariance est nulle si et seulement si $\bar x = n^{-1}\sum_{i=1}^n x_i = 0$. Avec la paramétrisation centrée de la remarque de l'énoncé, l'estimateur de $\tilde\beta_1 = \beta_1 + \beta_2\bar x$ est $\hat\beta_1 + \hat\beta_2\bar x = \bar Y$, et il est indépendant de $\hat\beta_2$.
Question 5
Sous $\PP_\param$, $\mathbf{Y} \sim \gauss(\mathbf{X}\beta,\sigma^2\Id_n)$, et $\rset^n = F \oplus F^\perp$ est une somme orthogonale de sous-espaces de dimensions $2$ et $n-2$. Le théorème de Cochran du chapitre 1 affirme que $\|P_{F^\perp}(\mathbf{Y}-\mathbf{X}\beta)\|^2/\sigma^2 \sim \chi^2(n-2)$. Or $\mathbf{X}\beta \in F$, donc $P_{F^\perp}(\mathbf{X}\beta) = 0$ et $P_{F^\perp}(\mathbf{Y}-\mathbf{X}\beta) = (\Id_n-P)\mathbf{Y}$. Ainsi
\[ \frac{n\hat\sigma^2}{\sigma^2} = \frac{\|(\Id_n-P)\mathbf{Y}\|^2}{\sigma^2} \sim \chi^2(n-2) \eqsp, \]
autrement dit $\hat\sigma^2$ a la loi de $\frac{\sigma^2}{n}U$ avec $U \sim \chi^2(n-2) = \gammadist\big(\frac{n-2}{2},\frac12\big)$, c'est-à-dire la loi $\gammadist\big(\frac{n-2}{2},\frac{n}{2\sigma^2}\big)$ (bases de maths du chapitre 1). Comme $\PE[U] = n-2$, on obtient $\PE_\param[\hat\sigma^2] = \frac{n-2}{n}\sigma^2$ : l'estimateur du maximum de vraisemblance de $\sigma^2$ est biaisé, et $\frac{n}{n-2}\hat\sigma^2 = \frac{1}{n-2}\|\mathbf{Y}-\mathbf{X}\hat\beta\|^2$ est sans biais. Enfin, la loi $\chi^2(n-2)$ ayant une densité par rapport à la mesure de Lebesgue dès que $n \geq 3$, $\PP_\param(\hat\sigma^2 = 0) = 0$, ce qui achève la question 2.
Question 6
Le théorème de Cochran affirme aussi que les projections $P_F\mathbf{Y} = P\mathbf{Y}$ et $P_{F^\perp}\mathbf{Y} = (\Id_n-P)\mathbf{Y}$ sont indépendantes sous $\PP_\param$. Or $\hat\sigma^2 = n^{-1}\|(\Id_n-P)\mathbf{Y}\|^2$ est une fonction mesurable de $(\Id_n-P)\mathbf{Y}$, et $\hat\beta$ une fonction mesurable de $P\mathbf{Y}$, puisque $\mathbf{X}^TP = (P\mathbf{X})^T = \mathbf{X}^T$ donne
\[ \hat\beta = (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^T\mathbf{Y} = (\mathbf{X}^T\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}^TP\mathbf{Y} \eqsp. \]
Des fonctions mesurables de variables aléatoires indépendantes sont indépendantes : $\hat\sigma^2$ et $(\hat\beta_1,\hat\beta_2)$ sont indépendants. On peut aussi appliquer directement le corollaire « transformations linéaires indépendantes » du chapitre 1 au vecteur centré $\mathbf{Y}-\mathbf{X}\beta \sim \gauss(0,\sigma^2\Id_n)$ et aux projecteurs $P$ et $\Id_n-P$, dont le produit est nul.
Question 7
Sous $\PP_\param$, la variable aléatoire $n\hat\sigma^2/\sigma^2$ suit la loi $\chi^2(n-2)$ quelle que soit la valeur de $\param$ : c'est la situation décrite après la Définition. Notons $q_{\alpha/2}^{n-2}$ et $q_{1-\alpha/2}^{n-2}$ les quantiles d'ordre $\alpha/2$ et $1-\alpha/2$ de la loi $\chi^2(n-2)$. Cette loi a une densité strictement positive sur $\rset_+^*$, donc une fonction de répartition continue et strictement croissante sur $\rset_+^*$ : ces quantiles sont bien définis, $0 \lt q_{\alpha/2}^{n-2} \lt q_{1-\alpha/2}^{n-2}$, et
\[ \PP_\param\Big(q_{\alpha/2}^{n-2} \leq \frac{n\hat\sigma^2}{\sigma^2} \leq q_{1-\alpha/2}^{n-2}\Big) = \Big(1-\frac\alpha2\Big) - \frac\alpha2 = 1-\alpha \eqsp. \]
Comme $\sigma^2 \gt 0$ et $\hat\sigma^2 \gt 0$ presque sûrement, l'encadrement se résout par rapport à $\sigma^2$ :
\[ \PP_\param\Big(\frac{n\hat\sigma^2}{q_{1-\alpha/2}^{n-2}} \leq \sigma^2 \leq \frac{n\hat\sigma^2}{q_{\alpha/2}^{n-2}}\Big) = 1-\alpha \eqsp. \]
L'intervalle aléatoire $\big[n\hat\sigma^2/q_{1-\alpha/2}^{n-2},\ n\hat\sigma^2/q_{\alpha/2}^{n-2}\big]$, dont les bornes sont des statistiques, est donc un intervalle de confiance de niveau $1-\alpha$ pour $\sigma^2$ au sens de la Définition, et son niveau est égal à $1-\alpha$. D'autres choix de quantiles, par exemple $0$ et $q_{1-\alpha}^{n-2}$, donnent d'autres intervalles de même niveau ; leur comparaison est l'objet du chapitre suivant.
EXO 2Estimation d'un coefficient de mélange★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Le paramètre est noté $\param \in \ooint{0,1}$ et la variable de la vraisemblance $\paramcur$. Le modèle est dominé par la mesure de Lebesgue $\lleb$ sur $\rset$.
Préliminaire : la fonction de répartition. Pour $t \in \rset$, $F_\param(t) \eqdef \PP_\param(X_1 \leq t) = \int_{-\infty}^t f_\param\,\rmd\lleb$. Comme $f_\param$ est nulle hors de $\ccint{0,b}$, on a $F_\param(t) = 0$ pour $t \leq 0$ et $F_\param(t) = 1$ pour $t \geq b$ ; pour $0 \leq t \leq a$, $F_\param(t) = \int_0^t\big(\frac\param a + \frac{1-\param}{b}\big)\rmd x = \big(\frac\param a + \frac{1-\param}b\big)t$, et pour $a \leq t \leq b$, $F_\param(t) = F_\param(a) + \int_a^t\frac{1-\param}{b}\,\rmd x = \param + \frac{1-\param}{b}\,t$. C'est la fonction donnée dans l'énoncé. On lit sur cette expression que $f_\param\cdot\lleb$ est le mélange, de poids $\param$ et $1-\param$, des lois uniformes sur $\ccint{0,a}$ et sur $\ccint{0,b}$.
Question 1
Pour tout $x \in \rset$, en séparant les cas $x \in \ccint{0,a}$ et $x \in \ocint{a,b}$,
\[ f_\paramcur(x) = \Big(\frac{\paramcur}{a} + \frac{1-\paramcur}{b}\Big)\indi{\ccint{0,a}}(x) + \frac{1-\paramcur}{b}\,\indi{\ocint{a,b}}(x) \eqsp. \]
Sous $\PP_\param$, les observations sont dans $\ccint{0,b}$ presque sûrement ; $N_a$ d'entre elles sont dans $\ccint{0,a}$ et les $n - N_a$ autres dans $\ocint{a,b}$. La vraisemblance vaut donc
\[ \Lhood(\paramcur) = \prod_{i=1}^n f_\paramcur(X_i) = \Big(\frac{\paramcur}{a} + \frac{1-\paramcur}{b}\Big)^{N_a}\Big(\frac{1-\paramcur}{b}\Big)^{n-N_a} \eqsp, \qquad \paramcur \in \ooint{0,1} \eqsp. \]
Elle ne dépend des observations que par la statistique $N_a$.
Question 2
Sur $\ooint{0,1}$, $\Lhood \gt 0$ et la log-vraisemblance normalisée s'écrit
\[ \loghood(\paramcur) = \frac{N_a}{n}\log\Big(\frac{\paramcur}{a} + \frac{1-\paramcur}{b}\Big) + \Big(1-\frac{N_a}{n}\Big)\log\frac{1-\paramcur}{b} \eqsp. \]
Comme $\frac{\paramcur}{a} + \frac{1-\paramcur}{b} = \frac{a + \paramcur(b-a)}{ab}$, la fonction $\loghood$ est dérivable sur $\ooint{0,1}$, de dérivée
\[ \loghood'(\paramcur) = \frac{N_a}{n}\,\frac{b-a}{a+\paramcur(b-a)} - \frac{n-N_a}{n}\,\frac{1}{1-\paramcur} = \frac{bN_a - na - n\paramcur(b-a)}{n(1-\paramcur)\big(a+\paramcur(b-a)\big)} \eqsp. \]
Le dénominateur est strictement positif sur $\ooint{0,1}$. Le numérateur est une fonction affine strictement décroissante de $\paramcur$, qui s'annule en
\[ \hat\param_n \eqdef \frac{bN_a - na}{n(b-a)} = \frac{b\,(N_a/n) - a}{b-a} \eqsp. \]
Comme $0 \leq N_a/n \leq 1$, on a toujours $\hat\param_n \leq 1$, avec égalité si et seulement si $N_a = n$, et $\hat\param_n \gt 0$ si et seulement si $N_a/n \gt a/b$. Trois cas se présentent.
Si $0 \lt \hat\param_n \lt 1$, c'est-à-dire si $a/b \lt N_a/n \lt 1$ : $\loghood' \gt 0$ sur $\ooint{0,\hat\param_n}$ et $\loghood' \lt 0$ sur $\ooint{\hat\param_n,1}$. La log-vraisemblance atteint son maximum en $\hat\param_n$ seulement : l'estimateur du maximum de vraisemblance existe, est unique et vaut $\hat\param_n$.
Si $\hat\param_n \leq 0$, c'est-à-dire si $N_a/n \leq a/b$ : $\loghood' \lt 0$ sur $\ooint{0,1}$, la log-vraisemblance est strictement décroissante, et sa borne supérieure sur l'intervalle ouvert $\ooint{0,1}$, qui est sa limite en $0$, n'est pas atteinte. Il n'y a pas d'estimateur du maximum de vraisemblance dans $\Param = \ooint{0,1}$.
Si $\hat\param_n = 1$, c'est-à-dire si $N_a = n$ : $\loghood' \gt 0$ sur $\ooint{0,1}$, la log-vraisemblance est strictement croissante et sa borne supérieure n'est pas atteinte. Là encore, il n'y a pas d'estimateur du maximum de vraisemblance.
Les densités $f_0$ et $f_1$ sont celles des lois uniformes sur $\ccint{0,b}$ et sur $\ccint{0,a}$ : le modèle se prolonge sans difficulté à $\ccint{0,1}$, sur lequel $\Lhood$ est continue, et l'étude de signe ci-dessus montre que, sur $\ccint{0,1}$, le maximum de la vraisemblance est atteint en un point unique, $\hat\param_n \vee 0 = \max(\hat\param_n,0)$, qui vaut $1$ lorsque $N_a = n$. C'est l'estimateur retenu par la feuille,
\[ \hat\param_n^{(1)} \eqdef \hat\param_n \vee 0 \eqsp, \]
estimateur du maximum de vraisemblance du modèle prolongé à $\ccint{0,1}$, qui coïncide avec celui du modèle initial sur l'événement $\{0 \lt \hat\param_n \lt 1\}$. Cet événement est de probabilité tendant vers $1$ : sous $\PP_\param$, $N_a = \sum_{i=1}^n \indiacc{X_i \in \ccint{0,a}}$ est une somme de $n$ variables de Bernoulli indépendantes, de paramètre
\[ p_\param \eqdef \PP_\param(X_1 \in \ccint{0,a}) = F_\param(a) = \param + (1-\param)\frac ab \in \ooint{a/b,1} \eqsp, \]
donc $N_a \sim \operatorname{Bin}(n,p_\param)$, et la loi faible des grands nombres (Théorème) donne $N_a/n \plim[\PP_\param] p_\param$. Comme $a/b \lt p_\param \lt 1$, il vient $\PP_\param(N_a/n \leq a/b) \to 0$ et $\PP_\param(N_a = n) = p_\param^n \to 0$.
Remarque sur le biais. Comme $\PE_\param[N_a] = np_\param$,
\[ \PE_\param[\hat\param_n] = \frac{b\,p_\param - a}{b-a} = \frac{b\param + (1-\param)a - a}{b-a} = \param \eqsp: \]
l'estimateur non seuillé $\hat\param_n$ est sans biais. En revanche, $\hat\param_n^{(1)} \geq \hat\param_n$, avec inégalité stricte sur l'événement $\{\hat\param_n \lt 0\}$, qui est de probabilité strictement positive (il contient $\{N_a = 0\}$, de probabilité $(1-p_\param)^n \gt 0$) : $\PE_\param[\hat\param_n^{(1)}] \gt \param$, et le biais de $\hat\param_n^{(1)}$ vaut $\PE_\param[-\hat\param_n\,\indiacc{\hat\param_n\lt 0}] \gt 0$. Il se calcule à partir de la loi binomiale de $N_a$,
\[ \PE_\param\big[\hat\param_n^{(1)}\big] = \frac{1}{b-a}\sum_{k \gt na/b}\Big(\frac{bk}{n} - a\Big)\binom nk p_\param^k(1-p_\param)^{n-k} \eqsp, \]
et c'est cette formule qui est tracée sur la première figure de l'énoncé (à droite).
Question 3
Le moment exact associé à $T(x) = x$ vaut
\[ \begin{aligned} e(\param) \eqdef \PE_\param[X_1] = \int_\rset x f_\param(x)\,\rmd x &= \param\int_0^a \frac xa\,\rmd x + (1-\param)\int_0^b \frac xb\,\rmd x \\
&= \param\,\frac a2 + (1-\param)\,\frac b2 \eqsp, \end{aligned} \]
soit $e(\param) = \frac b2 - \param\,\frac{b-a}{2}$. L'équation des moments $e(\paramcur) = \bar X_n$, où $\bar X_n \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i$, admet une unique solution réelle,
\[ \tilde\param_n \eqdef \frac{b - 2\bar X_n}{b-a} \eqsp, \]
qui n'appartient pas nécessairement à $\Param = \ooint{0,1}$ : on a $\tilde\param_n \in \ooint{0,1}$ si et seulement si $a/2 \lt \bar X_n \lt b/2$. Sous $\PP_\param$, les observations sont dans $\ccint{0,b}$, donc $\bar X_n \in \ccint{0,b}$, et rien n'impose $\bar X_n \in \ooint{a/2,b/2}$ à $n$ fixé : par exemple, si toutes les observations sont inférieures à $a/2$, événement de probabilité $F_\param(a/2)^n \gt 0$, alors $\tilde\param_n \geq 1$. L'estimateur des moments au sens de la Définition n'est donc défini que sur l'événement $\{a/2 \lt \bar X_n \lt b/2\}$, où il vaut $\tilde\param_n$. Cet événement est de probabilité tendant vers $1$, puisque $\bar X_n \plim[\PP_\param] e(\param) \in \ooint{a/2,b/2}$ (Proposition). Comme pour le maximum de vraisemblance, on retient l'estimateur seuillé
\[ \hat\param_n^{(2)} \eqdef \left\{\begin{array}{ll} 0 & \text{si } \tilde\param_n \leq 0 \eqsp, \\ 1 & \text{si } \tilde\param_n \geq 1 \eqsp, \\ \tilde\param_n & \text{sinon.}\end{array}\right. \]
Remarque sur le biais. Comme $\PE_\param[\bar X_n] = e(\param)$, on a $\PE_\param[\tilde\param_n] = (b - 2e(\param))/(b-a) = \param$ : l'estimateur non seuillé $\tilde\param_n$ est sans biais, tandis que $\hat\param_n^{(2)}$ ne l'est pas en général.
Analyses numériques
On prend $a = 1$ et $b = 3$.
La figure ci-dessous représente la densité $f_\param$ et la fonction de répartition $F_\param$ pour plusieurs valeurs de $\param$. À $\param$ fixé, la densité est constante par morceaux ; à $x$ fixé, c'est une fonction croissante de $\param$ sur $\ccint{0,a}$ et décroissante sur $\ocint{a,b}$.
Densité (à gauche) et fonction de répartition (à droite) de la loi de mélange, pour $a = 1$, $b = 3$ et différentes valeurs de $\param$ dans $\ooint{0,1}$.
On simule $n_{\max} = 200$ réalisations de la loi de mélange de paramètre $\param_{\mathrm{true}} = 0{,}2$. La première figure de l'énoncé (à gauche) représente la vraisemblance calculée à partir des $n = 10$ premières observations, puis des $n = 200$ observations. Sur le jeu de taille $n = 10$, on observe $N_a/n = 0{,}30 \leq a/b$, donc $\hat\param_n = (3\times0{,}30 - 1)/2 = -0{,}05 \lt 0$ : la vraisemblance est décroissante sur $\ooint{0,1}$ et son maximum sur $\ccint{0,1}$ est atteint au bord, en $\param = 0$. Sur le jeu de taille $n = 200$, on observe $N_a/n = 0{,}525$ et $\hat\param_n = (3\times0{,}525 - 1)/2 = 0{,}2875$ : le maximum est atteint à l'intérieur de $\ooint{0,1}$, et l'estimateur diffère de $\param_{\mathrm{true}}$.
Sur le même jeu de données, la première figure de l'énoncé (au centre) représente la fonction $\paramcur \mapsto e(\paramcur) - \bar X_n = \paramcur\,a/2 + (1-\paramcur)\,b/2 - \bar X_n$ pour $n = 10$ puis $n = 200$ ; cette fonction dépend des observations par $\bar X_n$, elle est donc aléatoire. L'estimateur des moments existe si cette fonction s'annule dans $\ooint{0,1}$. Pour $n = 10$, le zéro est négatif ; pour $n = 200$, l'estimateur existe et est unique, et il diffère lui aussi de $\param_{\mathrm{true}}$.
La première figure de l'énoncé (à droite) représente le biais $\param \mapsto \PE_\param[\hat\param_n^{(1)}] - \param$, calculé par la formule binomiale de la question 2, pour $n = 10$ et $n = 200$. Il est positif, conformément à la remarque de la question 2, et d'autant plus faible que $n$ est grand.
On répète enfin l'expérience $N = 5000$ fois : on produit $N$ jeux de données de taille $n = 200$ sous $\param_{\mathrm{true}} = 0{,}2$ et l'on calcule, pour chacun, $\hat\param_n$, $\hat\param_n^{(1)}$, $\tilde\param_n$ et $\hat\param_n^{(2)}$ sur les $n = 10$ premières observations, puis sur les $n = 200$ observations ; la seconde figure de l'énoncé représente les boîtes à moustaches de ces $N$ réalisations indépendantes. Les échelles des ordonnées diffèrent entre les deux graphiques. Les estimateurs seuillés MV-2 et Mom-2 prennent leurs valeurs dans $\ccint{0,1}$. La comparaison de MV-1 et MV-2 d'une part, de Mom-1 et Mom-2 d'autre part, montre que le seuillage intervient fréquemment pour $n = 10$, et que, pour $n = 200$, il n'intervient plus, sur ces $N$ réalisations, que pour l'estimateur des moments.
EXO 3Famille exponentielle de densités★★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Dans tout le corrigé, on note $G(\paramnat) \eqdef \int h(x)\exp(\paramnat T(x))\,\mu(\rmd x) \in \ccint{0,+\infty}$ pour $\paramnat \in \rset$, de sorte que $A = \log G$, avec les conventions $\log 0 = -\infty$ et $\log(+\infty) = +\infty$.
Question 1
Prenons $\Xset = \rset$, $\mu = \lleb$, $h = \indi{\rset^+}$ et $T(x) = -x$. Pour $\paramnat \in \rset$, $G(\paramnat) = \int_0^{+\infty}\rme^{-\paramnat x}\,\rmd x$ vaut $1/\paramnat$ si $\paramnat \gt 0$ et $+\infty$ sinon : l'espace des paramètres naturels est $\Xi = \ooint{0,+\infty}$, $A(\paramnat) = -\log\paramnat$, et $h(x)\exp(\paramnat T(x) - A(\paramnat)) = \paramnat\rme^{-\paramnat x}\indi{\rset^+}(x) = p_\paramnat(x)$. La famille des lois exponentielles est le modèle exponentiel canonique associé à $(T,h)$.
La densité de $\gauss(\paramnat,1)$ s'écrit
\[ \frac{1}{\sqrt{2\pi}}\exp\Big(-\frac{(x-\paramnat)^2}{2}\Big) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}}\rme^{-x^2/2}\,\exp\Big(\paramnat x - \frac{\paramnat^2}{2}\Big) \eqsp. \]
Prenons $\mu = \lleb$, $h(x) = (2\pi)^{-1/2}\rme^{-x^2/2}$ et $T(x) = x$. Pour tout $\paramnat \in \rset$, en écrivant $x^2 - 2\paramnat x = (x-\paramnat)^2 - \paramnat^2$, $G(\paramnat) = (2\pi)^{-1/2}\int_\rset\exp(-(x^2-2\paramnat x)/2)\,\rmd x = \rme^{\paramnat^2/2}$. Ainsi $\Xi = \rset$, $A(\paramnat) = \paramnat^2/2$, et la famille $\setv{\gauss(\paramnat,1)}{\paramnat \in \rset}$ est le modèle exponentiel canonique associé à $(T,h)$.
La densité de Weibull s'écrit, pour $x \gt 0$,
\[ q_\lambda(x) = \alpha x^{\alpha-1}\,\lambda^{-\alpha}\exp\big(-\lambda^{-\alpha}x^\alpha\big) = h(x)\exp\big(\varphi(\lambda)T(x) - B(\lambda)\big) \]
avec $h(x) = \alpha x^{\alpha-1}\indi{\ooint{0,+\infty}}(x)$, $T(x) = -x^\alpha$, $\varphi(\lambda) = \lambda^{-\alpha}$ et $B(\lambda) = \alpha\log\lambda$. C'est une famille exponentielle au sens général : le paramètre $\lambda$ n'intervient que par $\varphi(\lambda) = \lambda^{-\alpha}$, et le modèle n'est pas canonique en $\lambda$, sauf si $\alpha = 1$, où l'on retrouve les lois exponentielles. Le modèle canonique associé est obtenu par la reparamétrisation $\paramnat = \lambda^{-\alpha}$ : le changement de variable $u = x^\alpha$ donne $G(\paramnat) = \int_0^{+\infty}\alpha x^{\alpha-1}\rme^{-\paramnat x^\alpha}\,\rmd x = \int_0^{+\infty}\rme^{-\paramnat u}\,\rmd u$, qui vaut $1/\paramnat$ si $\paramnat \gt 0$ et $+\infty$ sinon : $\Xi = \ooint{0,+\infty}$ et $A(\paramnat) = -\log\paramnat$.
La loi de Poisson de paramètre $\param \gt 0$ a pour densité, par rapport à la mesure de comptage $\mu$ sur $\nset$,
\[ p_\param(k) = \rme^{-\param}\frac{\param^k}{k!} = \frac{1}{k!}\exp\big(k\log\param - \param\big) \eqsp, \qquad k \in \nset \eqsp, \]
ce qui est la forme $h(k)\exp(\varphi(\param)T(k) - B(\param))$ avec $h(k) = 1/k!$, $T(k) = k$, $\varphi(\param) = \log\param$, $B(\param) = \param$ et $\Param = \ooint{0,+\infty}$. Le modèle canonique associé s'obtient en posant $\paramnat = \log\param \in \rset$ : pour tout $\paramnat \in \rset$, $G(\paramnat) = \sum_{k\in\nset}\rme^{\paramnat k}/k! = \exp(\rme^{\paramnat}) \lt \infty$, donc $\Xi = \rset$, $A(\paramnat) = \rme^{\paramnat} = B(\rme^{\paramnat})$, et $q_\paramnat(k) = \frac{1}{k!}\exp(\paramnat k - \rme^{\paramnat})$.
Pour $k \in \{0,\dots,n\}$,
\[ p_\param(k) = \binom nk\param^k(1-\param)^{n-k} = \binom nk\exp\Big(k\log\frac{\param}{1-\param} + n\log(1-\param)\Big) \eqsp, \]
ce qui est la forme annoncée avec $h(k) = \binom nk$, $T(k) = k$, $\varphi(\param) = \log(\param/(1-\param))$, $B(\param) = -n\log(1-\param)$, $\Param = \ooint{0,1}$, et $\mu$ la mesure de comptage sur $\{0,\dots,n\}$. Le modèle canonique associé s'obtient en posant $\paramnat = \log(\param/(1-\param)) \in \rset$, c'est-à-dire $\param = \rme^{\paramnat}/(1+\rme^{\paramnat})$ : pour tout $\paramnat \in \rset$, $G(\paramnat) = \sum_{k=0}^n\binom nk\rme^{\paramnat k} = (1+\rme^{\paramnat})^n \lt \infty$, donc $\Xi = \rset$ et $A(\paramnat) = n\log(1+\rme^{\paramnat}) = B\big(\rme^{\paramnat}/(1+\rme^{\paramnat})\big)$.
Question 2
Si l'on peut dériver deux fois sous le signe intégral, $G'(\paramnat) = \int hT\rme^{\paramnat T}\,\rmd\mu$ et $G''(\paramnat) = \int hT^2\rme^{\paramnat T}\,\rmd\mu$, de sorte que, $q_\paramnat$ étant égale à $h\rme^{\paramnat T}/G(\paramnat)$,
\[ \begin{aligned} A'(\paramnat) &= \frac{G'(\paramnat)}{G(\paramnat)} = \int Tq_\paramnat\,\rmd\mu = \PE_\paramnat[T(X)] \eqsp, \\
A''(\paramnat) &= \frac{G''(\paramnat)}{G(\paramnat)} - \Big(\frac{G'(\paramnat)}{G(\paramnat)}\Big)^2 = \PE_\paramnat[T(X)^2] - \PE_\paramnat[T(X)]^2 = \operatorname{Var}_\paramnat(T(X)) \eqsp. \end{aligned} \]
La question (c) justifie ces dérivations sous l'intégrale lorsque $\Xi$ est un intervalle ouvert.
Si $\Xi$ est vide, il n'y a rien à démontrer. Sinon, soit $\paramnat_0 \in \Xi$ : $0 \lt G(\paramnat_0) \lt \infty$, ce qui impose $\mu(\{h \gt 0\}) \gt 0$. Pour tout $\paramnat \in \rset$, la fonction $h\rme^{\paramnat T}$ est alors strictement positive sur l'ensemble $\{h \gt 0\}$, de mesure strictement positive, donc $G(\paramnat) \gt 0$ et $A(\paramnat) \gt -\infty$ : ainsi $\Xi = \set{\paramnat \in \rset}{A(\paramnat) \lt +\infty}$. Soient $\paramnat_1,\paramnat_2 \in \Xi$ et $\lambda \in \ooint{0,1}$. L'inégalité de Hölder, pour les exposants conjugués $1/\lambda$ et $1/(1-\lambda)$, appliquée aux fonctions positives $(h\rme^{\paramnat_1T})^\lambda$ et $(h\rme^{\paramnat_2T})^{1-\lambda}$, donne
\[ \begin{aligned} G(\lambda\paramnat_1 + (1-\lambda)\paramnat_2) &= \int\big(h\rme^{\paramnat_1T}\big)^\lambda\big(h\rme^{\paramnat_2T}\big)^{1-\lambda}\,\rmd\mu \\
&\leq \Big(\int h\rme^{\paramnat_1T}\,\rmd\mu\Big)^\lambda\Big(\int h\rme^{\paramnat_2T}\,\rmd\mu\Big)^{1-\lambda} \\
&= G(\paramnat_1)^\lambda\,G(\paramnat_2)^{1-\lambda} \lt \infty \eqsp, \end{aligned} \]
soit, en passant au logarithme, $A(\lambda\paramnat_1 + (1-\lambda)\paramnat_2) \leq \lambda A(\paramnat_1) + (1-\lambda)A(\paramnat_2) \lt +\infty$. Ainsi $\lambda\paramnat_1 + (1-\lambda)\paramnat_2 \in \Xi$, ce qui montre que $\Xi$ est convexe, et l'inégalité obtenue est la convexité de $A$ sur $\Xi$.
Soit $\paramnat \in \Xi$. Comme $\Xi$ est ouvert, il existe $\epsilon \gt 0$ tel que $\paramnat \pm \epsilon \in \Xi$. De $\rme^{\epsilon|T|} \leq \rme^{\epsilon T} + \rme^{-\epsilon T}$, on tire
\[ \int h\,\rme^{\epsilon|T|}\rme^{\paramnat T}\,\rmd\mu \leq G(\paramnat+\epsilon) + G(\paramnat-\epsilon) \lt \infty \eqsp. \tag{3} \]
Pour tout entier $m \geq 0$, la constante $C_m \eqdef \sup_{u \geq 0}u^m\rme^{-\epsilon u/2}$ est finie et $|T|^m\rme^{\epsilon|T|/2} \leq C_m\rme^{\epsilon|T|}$ ; avec (3), il vient
\[ \int h\,|T|^m\rme^{\epsilon|T|/2}\rme^{\paramnat T}\,\rmd\mu \lt \infty \eqsp, \qquad m \in \nset \eqsp. \tag{4} \]
En particulier, $h|T|^m\rme^{\paramnat T}$ est $\mu$-intégrable pour tout $m \in \nset$ et tout $\paramnat \in \Xi$, et l'on peut poser $G_m(\paramnat) \eqdef \int hT^m\rme^{\paramnat T}\,\rmd\mu$, avec $G_0 = G$. Montrons que $G_m$ est dérivable sur $\Xi$, de dérivée $G_{m+1}$. Pour $\paramnat \in \Xi$, $\epsilon$ comme ci-dessus et $0 \lt |s| \leq \epsilon/2$,
\[ \frac{G_m(\paramnat+s) - G_m(\paramnat)}{s} = \int h\,T^m\rme^{\paramnat T}\,\frac{\rme^{sT}-1}{s}\,\rmd\mu \eqsp. \]
Quand $s \to 0$, l'intégrande converge en tout point vers $hT^{m+1}\rme^{\paramnat T}$. L'inégalité des accroissements finis appliquée à $u \mapsto \rme^u$ entre $0$ et $sT(x)$ donne $|\rme^{sT(x)} - 1| \leq |s|\,|T(x)|\,\rme^{|s|\,|T(x)|}$, donc
\[ \Big|h\,T^m\rme^{\paramnat T}\,\frac{\rme^{sT}-1}{s}\Big| \leq h\,|T|^{m+1}\rme^{\epsilon|T|/2}\rme^{\paramnat T} \eqsp, \]
fonction $\mu$-intégrable d'après (4) et indépendante de $s$. Le théorème de convergence dominée, appliqué le long de toute suite $s_j \to 0$, donne $G_m'(\paramnat) = G_{m+1}(\paramnat)$. Par récurrence sur $k$, $G$ est infiniment dérivable sur $\Xi$ et $G^{(k)} = G_k$, ce qui est la formule demandée. Comme $G \gt 0$ sur $\Xi$, la fonction $A = \log G$ est elle aussi infiniment dérivable sur $\Xi$, et les formules de la question (a) sont établies : $A' = G'/G$ et $A'' = G''/G - (G'/G)^2$.
Le moment exact associé à $T$ est $e(\paramnat) = \PE_\paramnat[T(X_1)] = \int Tq_\paramnat\,\rmd\mu = G'(\paramnat)/G(\paramnat) = A'(\paramnat)$, bien défini d'après (4). L'estimateur des moments associé à $T$ est donc la solution $\paramnat \in \Xi$, lorsqu'elle existe et est unique, de l'équation
\[ A'(\paramnat) = \bar T_n \eqsp, \qquad \bar T_n \eqdef \frac1n\sum_{k=1}^n T(X_k) \eqsp. \]
Sous $q_\paramnat\cdot\mu$, les variables $X_1,\dots,X_n$ sont i.i.d. de densité $q_\paramnat$ ; la densité du $n$-échantillon par rapport à $\mu^{\otimes n}$ est
\[ (x_1,\dots,x_n) \mapsto \Big(\prod_{k=1}^n h(x_k)\Big)\exp\Big(\paramnat\sum_{k=1}^n T(x_k) - nA(\paramnat)\Big) \eqsp, \]
et la log-vraisemblance normalisée s'écrit, sur $\Xi$,
\[ \loghood(\paramnat) = \frac1n\sum_{k=1}^n\log h(X_k) + \paramnat\,\bar T_n - A(\paramnat) \eqsp, \]
où $\log h(X_k)$ est fini presque sûrement, puisque $\PP_\paramnat(h(X_1) = 0) = \int_{\{h=0\}}q_\paramnat\,\rmd\mu = 0$. D'après la question (c), $\loghood$ est infiniment dérivable sur $\Xi$, avec $\loghood'(\paramnat) = \bar T_n - A'(\paramnat)$ et $\loghood''(\paramnat) = -A''(\paramnat) = -\operatorname{Var}_\paramnat(T(X_1)) \leq 0$. Cette variance est nulle si et seulement si $T$ est constante $q_\paramnat\cdot\mu$-presque sûrement, c'est-à-dire $\mu$-presque partout sur $\{h \gt 0\}$, propriété qui ne dépend pas de $\paramnat$ ; dans ce cas dégénéré, $A$ est affine, $q_\paramnat$ ne dépend pas de $\paramnat$, le modèle n'est pas identifiable et tout point de $\Xi$ maximise la vraisemblance. Supposons donc $\operatorname{Var}_\paramnat(T(X_1)) \gt 0$ pour un, donc pour tout, $\paramnat \in \Xi$. Alors $\loghood'' \lt 0$ : la log-vraisemblance est strictement concave sur l'intervalle ouvert $\Xi$, et $A'$ est continue et strictement croissante. D'après le Lemme, l'équation de vraisemblance $A'(\paramnat) = \bar T_n$ a au plus une solution, et cette solution, lorsqu'elle existe, est l'unique estimateur du maximum de vraisemblance ; elle existe si et seulement si $\bar T_n$ appartient à l'intervalle ouvert $A'(\Xi)$, et, dans le cas contraire, la log-vraisemblance n'a pas de maximum sur $\Xi$, un maximum intérieur étant nécessairement un point critique. On remarque que l'équation de vraisemblance est l'équation des moments de la question précédente : dans un modèle exponentiel canonique, l'estimateur du maximum de vraisemblance et l'estimateur des moments associé à la statistique $T$ existent simultanément et coïncident. C'est ce que l'on a observé pour les modèles de Bernoulli (Exemple), de Poisson (Exemple) et gaussien (Exemple).
Question 3
Dans le modèle exponentiel général, la normalisation $\int p_\param\,\rmd\mu = 1$ impose $\rme^{B(\param)} = \int h\rme^{\varphi(\param)T}\,\rmd\mu = G(\varphi(\param))$, c'est-à-dire $B = A\circ\varphi$ sur $\Param$. Puisque $\varphi$ est un difféomorphisme de $\Param$ sur $\Xi$, elle est dérivable, de dérivée ne s'annulant pas, et $B$ est dérivable avec $B' = (A'\circ\varphi)\,\varphi'$. Sous $p_\param\cdot\mu$, la densité du $n$-échantillon par rapport à $\mu^{\otimes n}$ est $\big(\prod_{k=1}^n h(x_k)\big)\exp\big(\varphi(\param)\sum_{k=1}^n T(x_k) - nB(\param)\big)$, et la log-vraisemblance normalisée vaut
\[ \tilde\loghood(\param) = \frac1n\sum_{k=1}^n\log h(X_k) + \varphi(\param)\,\bar T_n - B(\param) = \loghood(\varphi(\param)) \eqsp, \]
où $\loghood$ est la log-vraisemblance du modèle canonique de la question 2(d). L'équation de vraisemblance $\tilde\loghood'(\param) = \varphi'(\param)\bar T_n - B'(\param) = 0$ s'écrit, en divisant par $\varphi'(\param) \neq 0$,
\[ \frac{B'(\param)}{\varphi'(\param)} = \bar T_n \qquad \text{soit} \qquad A'(\varphi(\param)) = \bar T_n \eqsp. \]
Sa solution est donc $\hat\param_n = \varphi^{-1}(\hat\paramnat_n)$, où $\hat\paramnat_n$ est la solution dans $\Xi$ de l'équation $A'(\paramnat) = \bar T_n$ : l'existence et l'unicité de $\hat\param_n$ équivalent à celles de $\hat\paramnat_n$. Comme $\tilde\loghood = \loghood\circ\varphi$ avec $\varphi$ bijective, les points de maximum de $\tilde\loghood$ sont les images réciproques par $\varphi$ de ceux de $\loghood$ : c'est l'invariance de l'estimateur du maximum de vraisemblance par reparamétrisation (Proposition). Pour la loi de Poisson, $A'(\paramnat) = \rme^{\paramnat}$ et l'on retrouve $\hat\param_n = \rme^{\hat\paramnat_n} = \bar X_n$ (Exemple) ; pour la loi binomiale à $m$ essais (le nombre noté $n$ à la question 1(e)), $A'(\paramnat) = m\rme^{\paramnat}/(1+\rme^{\paramnat})$ et $\hat\param_n = \bar X_n/m$.
Groupe 2 — Exercices bonus
EXO 4Durée de vie★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
On note $\param = (\lambda_0,\lambda_1) \in \Param = (\rset_+^*)^2$, et $X_0$, $X_1$ les durées de vie des deux machines, indépendantes sous $\PP_\param$, de lois $\mathcal{E}(\lambda_0)$ et $\mathcal{E}(\lambda_1)$.
Question 1
Si $X \sim \mathcal{E}(\lambda)$, alors, pour tout $x \gt 0$, $\PP(X \gt x) = \int_x^{+\infty}\lambda\rme^{-\lambda t}\,\rmd t = \rme^{-\lambda x}$. Réciproquement, supposons $\PP(X \gt x) = \rme^{-\lambda x}$ pour tout $x \gt 0$. La fonction de répartition $F_X$ de $X$ vérifie alors $F_X(x) = 1 - \rme^{-\lambda x}$ pour $x \gt 0$ ; par continuité à droite, $F_X(0) = \lim_{x\downarrow0}F_X(x) = 0$, et, $F_X$ étant croissante et positive, $F_X(x) = 0$ pour tout $x \leq 0$. Ainsi $F_X$ coïncide sur $\rset$ avec la fonction de répartition de la loi $\mathcal{E}(\lambda)$ ; la fonction de répartition caractérisant la loi, $X \sim \mathcal{E}(\lambda)$.
Question 2
Le système fonctionne tant que les deux machines fonctionnent : sa durée de vie est $Z = X_0 \wedge X_1 = \min(X_0,X_1)$. Pour $t \gt 0$, par indépendance et d'après la question 1,
\[ \PP_\param(Z \gt t) = \PP_\param(X_0 \gt t,\ X_1 \gt t) = \PP_\param(X_0 \gt t)\,\PP_\param(X_1 \gt t) = \rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)t} \eqsp, \]
et la question 1 donne $Z \sim \mathcal{E}(\lambda_0+\lambda_1)$ sous $\PP_\param$. Le couple $(X_0,X_1)$ a une densité par rapport à $\lleb^{\otimes 2}$ et la diagonale $\{x_0 = x_1\}$ est de mesure de Lebesgue nulle dans $\rset^2$ : $\PP_\param(X_0 = X_1) = 0$, et la panne est presque sûrement due à une seule machine. Elle est due à la machine $1$ sur l'événement $\{X_1 \lt X_0\}$, de probabilité
\[ \begin{aligned} \PP_\param(X_1 \lt X_0) &= \int_0^{+\infty}\lambda_1\rme^{-\lambda_1x_1}\Big(\int_{x_1}^{+\infty}\lambda_0\rme^{-\lambda_0x_0}\,\rmd x_0\Big)\rmd x_1 \\
&= \int_0^{+\infty}\lambda_1\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)x_1}\,\rmd x_1 = \frac{\lambda_1}{\lambda_0+\lambda_1} \eqsp, \end{aligned} \]
par le théorème de Fubini appliqué à la densité produit.
Question 3
Posons $I = \indiacc{X_1 \lt X_0}$. Pour $t \geq 0$, le même calcul donne
\[ \begin{aligned} \PP_\param(Z \gt t,\ I = 1) = \PP_\param(t \lt X_1 \lt X_0) &= \int_t^{+\infty}\lambda_1\rme^{-\lambda_1x_1}\rme^{-\lambda_0x_1}\,\rmd x_1 \\
&= \frac{\lambda_1}{\lambda_0+\lambda_1}\,\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)t} = \PP_\param(I = 1)\,\PP_\param(Z \gt t) \eqsp, \end{aligned} \]
et, en échangeant les rôles des deux machines, $\PP_\param(Z \gt t,\ I = 0) = \PP_\param(t \lt X_0 \lt X_1) = \frac{\lambda_0}{\lambda_0+\lambda_1}\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)t} = \PP_\param(I = 0)\,\PP_\param(Z \gt t)$. Par passage au complémentaire, $\PP_\param(Z \leq t,\ I = \delta) = \PP_\param(I = \delta) - \PP_\param(Z \gt t,\ I = \delta) = \PP_\param(I = \delta)\,\PP_\param(Z \leq t)$ pour tout $t \geq 0$ et tout $\delta \in \{0,1\}$, et cette égalité est immédiate pour $t \lt 0$, les deux membres étant nuls. Les classes $\setv{\{Z \leq t\}}{t \in \rset}$ et $\{\{I = 0\},\{I = 1\}\}$ sont stables par intersection finie et engendrent respectivement $\sigma(Z)$ et $\sigma(I)$ ; l'indépendance de deux classes stables par intersection s'étend aux tribus qu'elles engendrent (lemme de classe monotone) : $Z$ et $I$ sont indépendantes sous $\PP_\param$.
Question 4
Les durées de vie $Z_1,\dots,Z_n$ des $n$ systèmes sont indépendantes et de même loi $\mathcal{E}(\lambda_0+\lambda_1)$ sous $\PP_\param$ : l'observation est un $n$-échantillon du modèle $\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\setv{\mathcal{E}(\lambda_0+\lambda_1)}{\param \in \Param}\big)$, c'est-à-dire le modèle
\[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \setv{\mathcal{E}(\lambda_0+\lambda_1)^{\otimes n}}{\param = (\lambda_0,\lambda_1) \in (\rset_+^*)^2}\Big) \eqsp, \]
dominé par $\lleb^{\otimes n}$, de densité $(z_1,\dots,z_n) \mapsto \prod_{i=1}^n(\lambda_0+\lambda_1)\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)z_i}\indi{\rset_+}(z_i)$. La loi des observations ne dépend de $\param$ que par la somme $\lambda_0+\lambda_1$ : pour $0 \lt \tau \lt \lambda_1$, les paramètres $(\lambda_0,\lambda_1)$ et $(\lambda_0+\tau,\lambda_1-\tau)$ sont distincts et définissent la même loi. Le modèle n'est pas identifiable (définition du chapitre 1) ; seule la somme $\lambda_0+\lambda_1$ l'est.
On observe maintenant les couples $(Z_1,I_1),\dots,(Z_n,I_n)$, indépendants et de même loi que $(Z,I)$. Déterminons cette loi. Pour $A \in \borel(\rset_+)$ et $\delta \in \{0,1\}$, par indépendance de $Z$ et $I$ (question 3), et en notant $\lambda_\delta$ le paramètre de la machine $\delta$,
\[ \begin{aligned} \PP_\param(Z \in A,\ I = \delta) &= \PP_\param(Z \in A)\,\PP_\param(I = \delta) \\
&= \int_A(\lambda_0+\lambda_1)\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)z}\,\rmd z\times\frac{\lambda_\delta}{\lambda_0+\lambda_1} = \int_A\lambda_\delta\,\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)z}\,\rmd z \eqsp. \end{aligned} \]
La loi de $(Z,I)$ sur $\rset_+\times\{0,1\}$ admet donc, par rapport à la mesure $\mu \eqdef \lleb\otimes\nu$, où $\nu$ est la mesure de comptage sur $\{0,1\}$, la densité
\[ q_\param(z,\delta) = \lambda_\delta\,\rme^{-(\lambda_0+\lambda_1)z}\indi{\rset_+}(z) \eqsp, \qquad (z,\delta) \in \rset_+\times\{0,1\} \eqsp. \]
L'observation est un $n$-échantillon du modèle
\[ \big(\rset_+\times\{0,1\},\ \borel(\rset_+)\otimes\mathcal{P}(\{0,1\}),\ \setv{q_\param\cdot\mu}{\param \in \Param}\big) \eqsp, \]
c'est-à-dire le modèle
\[ \Big((\rset_+\times\{0,1\})^n,\ \big(\borel(\rset_+)\otimes\mathcal{P}(\{0,1\})\big)^{\otimes n},\ \setv{(q_\param\cdot\mu)^{\otimes n}}{\param \in \Param}\Big) \eqsp. \]
Ce modèle est identifiable : si $\param = (\lambda_0,\lambda_1)$ et $\param' = (\lambda_0',\lambda_1')$ définissent la même loi des observations, ils définissent la même loi de $(Z_1,I_1)$, donc la même loi de $I_1$ et la même loi de $Z_1$, soit
\[ \frac{\lambda_1}{\lambda_0+\lambda_1} = \frac{\lambda_1'}{\lambda_0'+\lambda_1'} \qquad \text{et} \qquad \mathcal{E}(\lambda_0+\lambda_1) = \mathcal{E}(\lambda_0'+\lambda_1') \eqsp, \]
la seconde égalité entraînant $\lambda_0+\lambda_1 = \lambda_0'+\lambda_1'$, puisque la loi $\mathcal{E}(\lambda)$ a pour espérance $1/\lambda$. On en déduit $\lambda_1 = \lambda_1'$, puis $\lambda_0 = \lambda_0'$ : $\param = \param'$. L'observation supplémentaire de la cause de chaque panne rend le modèle identifiable.
Complément : estimation dans le second modèle
Notons $N_\delta \eqdef \sum_{i=1}^n\indiacc{I_i = \delta}$ le nombre de pannes dues à la machine $\delta$, avec $N_0 + N_1 = n$, et $\bar Z_n \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n Z_i$, qui est strictement positive presque sûrement. Pour $\paramcur = (l_0,l_1) \in \Param$, la vraisemblance et la log-vraisemblance normalisée du second modèle s'écrivent
\[ \begin{aligned} \Lhood(\paramcur) &= \prod_{i=1}^n l_{I_i}\,\rme^{-(l_0+l_1)Z_i} = l_0^{N_0}\,l_1^{N_1}\,\rme^{-(l_0+l_1)n\bar Z_n} \eqsp, \\
\loghood(\paramcur) &= \frac{N_0}{n}\log l_0 + \frac{N_1}{n}\log l_1 - (l_0+l_1)\bar Z_n \eqsp. \end{aligned} \]
La log-vraisemblance est la somme de deux fonctions d'une seule variable, $l_\delta \mapsto \frac{N_\delta}{n}\log l_\delta - l_\delta\bar Z_n$. Si $N_\delta \gt 0$, cette fonction est strictement concave sur $\rset_+^*$, de dérivée $N_\delta/(nl_\delta) - \bar Z_n$, nulle en $l_\delta = N_\delta/(n\bar Z_n)$ seulement, qui est donc son unique point de maximum (Lemme). Si $N_\delta = 0$, elle se réduit à $l_\delta \mapsto -l_\delta\bar Z_n$, strictement décroissante, et n'a pas de maximum sur $\rset_+^*$. Ainsi, sur l'événement $\{N_0 \gt 0,\ N_1 \gt 0\}$, dont la probabilité tend vers $1$ puisque $\PP_\param(N_\delta = 0) = (1 - \PP_\param(I = \delta))^n \to 0$, l'estimateur du maximum de vraisemblance existe, est unique, et vaut
\[ \hat\lambda_\delta = \frac{N_\delta}{\sum_{i=1}^n Z_i} \eqsp, \qquad \delta \in \{0,1\} \eqsp: \]
le nombre de pannes imputables à la machine $\delta$, rapporté à la durée totale de fonctionnement observée.
EXO 5Modèle auto-régressif★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Les observations ne sont ni indépendantes ni de même loi : la vraisemblance n'est pas celle d'un $n$-échantillon, mais sa définition s'étend à tout modèle dominé, comme densité de l'observation vue comme fonction du paramètre (voir le modèle de régression dans les compléments). Pour $v \gt 0$, on note $g_v(u) \eqdef (2\pi v)^{-1/2}\exp(-u^2/(2v))$ la densité de $\gauss(0,v)$. On suppose $n \geq 2$ : avec une seule observation $X_1 \sim \gauss(0,\sigma^2)$, le paramètre $\phi$ n'intervient pas dans la loi de l'observation et ne peut être estimé.
Question 1
Fixons $\param = (\phi,\sigma^2) \in \Param$. Montrons que, sous $\PP_\param$, la loi de $Z = (X_1,\dots,X_n)$ admet, par rapport à $\lleb^{\otimes n}$, la densité, avec la convention $x_0 \eqdef 0$,
\[ p_\param(x_1,\dots,x_n) \eqdef \prod_{k=1}^n g_{\sigma^2}(x_k - \phi x_{k-1}) = \frac{1}{(2\pi\sigma^2)^{n/2}}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{k=1}^n(x_k-\phi x_{k-1})^2\Big) \eqsp. \tag{5} \]
Méthode de la fonction muette (bases de maths du chapitre 1). Soient $f_1,\dots,f_n : \rset \to \rset$ mesurables bornées. La loi conditionnelle de $X_n$ sachant $(X_1,\dots,X_{n-1})$ étant $\gauss(\phi X_{n-1},\sigma^2)$, on a $\PE_\param[f_n(X_n)\,|\,X_1,\dots,X_{n-1}] = \int_\rset f_n(x_n)\,g_{\sigma^2}(x_n - \phi X_{n-1})\,\rmd x_n$ presque sûrement, et cette quantité est une fonction mesurable bornée $\tilde f_{n-1}(X_{n-1})$ de $X_{n-1}$. Par la propriété de conditionnement successif,
\[ \begin{aligned} \PE_\param\Big[\prod_{k=1}^n f_k(X_k)\Big] &= \PE_\param\Big[\prod_{k=1}^{n-1}f_k(X_k)\,\PE_\param\big[f_n(X_n)\,|\,X_1,\dots,X_{n-1}\big]\Big] \\
&= \PE_\param\Big[\prod_{k=1}^{n-2}f_k(X_k)\,\big(f_{n-1}\tilde f_{n-1}\big)(X_{n-1})\Big] \eqsp, \end{aligned} \]
expression de la même forme avec $n-1$ facteurs. En répétant l'opération, et puisque $X_1 \sim \gauss(\phi X_0,\sigma^2) = \gauss(0,\sigma^2)$, on obtient
\[ \begin{aligned} \PE_\param\Big[\prod_{k=1}^n f_k(X_k)\Big] &= \int_{\rset^n}\prod_{k=1}^n f_k(x_k)\,\prod_{k=1}^n g_{\sigma^2}(x_k - \phi x_{k-1})\,\rmd x_1\cdots\rmd x_n \\
&= \int_{\rset^n}\prod_{k=1}^n f_k(x_k)\,p_\param(x)\,\rmd x \eqsp. \end{aligned} \]
Appliquée à $f_k = \indi{A_k}$, $A_k \in \borel(\rset)$, cette égalité donne $\PP_\param(Z \in A_1\times\cdots\times A_n) = \int_{A_1\times\cdots\times A_n}p_\param\,\rmd\lleb^{\otimes n}$ ; avec $A_k = \rset$ pour tout $k$, elle montre que $p_\param$, positive, est d'intégrale $1$. La loi de $Z$ et la probabilité $p_\param\cdot\lleb^{\otimes n}$ coïncident donc sur la classe des pavés mesurables, stable par intersection finie et engendrant $\borel(\rset^n)$ : elles sont égales (lemme de classe monotone). Le modèle engendré par l'observation $Z$ est
\[ \Big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \setv{p_\param\cdot\lleb^{\otimes n}}{\param = (\phi,\sigma^2) \in \rset\times\rset_+^*}\Big) \eqsp. \]
Lecture matricielle. Notons $M \eqdef \Id_n - \phi J$, où $J$ est la matrice de décalage, $(Jx)_k = x_{k-1}$ avec $x_0 = 0$ : $M$ est triangulaire inférieure, avec des $1$ sur la diagonale et $-\phi$ sur la sous-diagonale, et $(Mx)_k = x_k - \phi x_{k-1}$. Ainsi $\sum_{k=1}^n(x_k - \phi x_{k-1})^2 = \|Mx\|^2 = x^TM^TMx$, avec
\[ M^TM = \begin{bmatrix}
1+\phi^2 & -\phi & 0 & \cdots & 0 \\
-\phi & 1+\phi^2 & -\phi & \ddots & \vdots \\
0 & -\phi & \ddots & \ddots & 0 \\
\vdots & \ddots & \ddots & 1+\phi^2 & -\phi \\
0 & \cdots & 0 & -\phi & 1
\end{bmatrix} \eqsp. \]
Comme $\det M = 1$, la matrice $\Sigma \eqdef (M^TM)^{-1} = M^{-1}(M^{-1})^T$ est symétrique définie positive, de déterminant $1$, et $p_\param(x) = (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp(-x^T(\sigma^2\Sigma)^{-1}x/2)$ est la densité de la loi $\gauss(0,\sigma^2\Sigma)$ (proposition « densité d'un vecteur gaussien » du chapitre 1) : sous $\PP_\param$, $Z$ est un vecteur gaussien centré, de matrice de covariance $\sigma^2\Sigma$. La matrice $A \eqdef M^{-1}$ se calcule explicitement : $J$ est nilpotente ($J^n = 0$), donc $A = (\Id_n - \phi J)^{-1} = \sum_{j=0}^{n-1}\phi^jJ^j$, matrice triangulaire inférieure de coefficients $A_{kj} = \phi^{k-j}$ pour $k \geq j$.
Seconde lecture : représentation par un bruit gaussien. Soient $\xi_1,\dots,\xi_n$ i.i.d. de loi $\gauss(0,1)$, et définissons par récurrence $X_0 = 0$ et $X_k = \phi X_{k-1} + \sigma\xi_k$ pour $k \geq 1$. Comme $(X_1,\dots,X_{k-1})$ est une fonction de $(\xi_1,\dots,\xi_{k-1})$, indépendante de $\xi_k$, la loi conditionnelle de $X_k$ sachant $(X_1,\dots,X_{k-1})$ est $\gauss(\phi X_{k-1},\sigma^2)$ : cette récurrence réalise le modèle. En itérant, $X_k = \sigma\sum_{j=1}^k\phi^{k-j}\xi_j$, soit $Z = \sigma A\,\xi$ avec $\xi = (\xi_1,\dots,\xi_n)^T \sim \gauss(0,\Id_n)$, et la proposition « transformation affine » du chapitre 1 redonne $Z \sim \gauss(0,\sigma^2AA^T) = \gauss(0,\sigma^2\Sigma)$.
Question 2
Pour $\paramcur = (a,v) \in \Param$, la log-vraisemblance normalisée s'écrit, d'après (5),
\[ \begin{aligned} \loghood(\paramcur) &= -\frac12\log(2\pi v) - \frac{1}{2nv}\,Q(a) \eqsp, \\
Q(a) &\eqdef \sum_{k=1}^n(X_k - aX_{k-1})^2 = \sum_{k=1}^nX_k^2 - 2a\sum_{k=1}^nX_kX_{k-1} + a^2\sum_{k=1}^nX_{k-1}^2 \eqsp. \end{aligned} \]
On procède comme à l'exercice 1. Posons $D \eqdef \sum_{k=1}^nX_{k-1}^2 = \sum_{k=1}^{n-1}X_k^2$. Comme $X_1 \sim \gauss(0,\sigma^2)$ a une densité, $X_1 \neq 0$ presque sûrement, et $D \gt 0$ presque sûrement dès que $n \geq 2$. Sur cet événement, à $v$ fixé, maximiser $\loghood$ en $a$ revient à minimiser le trinôme $Q$, de coefficient dominant $D \gt 0$, dont l'unique minimum est atteint en
\[ \hat\phi_n \eqdef \frac{\sum_{k=1}^nX_kX_{k-1}}{\sum_{k=1}^nX_{k-1}^2} = \frac{\sum_{k=2}^nX_kX_{k-1}}{\sum_{k=1}^{n-1}X_k^2} \eqsp. \]
Posons $S \eqdef Q(\hat\phi_n)/n$. On a $Q(\hat\phi_n) = 0$ si et seulement si $X_k = \hat\phi_nX_{k-1}$ pour tout $k$, ce qui impose $X_1 = \hat\phi_nX_0 = 0$ : $S \gt 0$ presque sûrement. La fonction $v \mapsto \loghood(\hat\phi_n,v) = -\frac12\log(2\pi v) - S/(2v)$ a pour dérivée $(S-v)/(2v^2)$, strictement positive pour $v \lt S$ et strictement négative pour $v \gt S$ : elle atteint son maximum en $v = S$ seulement. Pour tout $(a,v) \in \Param$, $\loghood(a,v) \leq \loghood(\hat\phi_n,v) \leq \loghood(\hat\phi_n,S)$, avec égalité si et seulement si $(a,v) = (\hat\phi_n,S)$. Presque sûrement, l'estimateur du maximum de vraisemblance existe donc, est unique, et vaut
\[ \big(\hat\phi_n,\hat\sigma_n^2\big) \qquad \text{avec} \qquad \hat\sigma_n^2 \eqdef \frac1n\sum_{k=1}^n\big(X_k - \hat\phi_nX_{k-1}\big)^2 \eqsp. \]
L'estimateur $\hat\phi_n$ est le coefficient des moindres carrés de la régression, sans terme constant, de $X_k$ sur $X_{k-1}$ : c'est la formule de l'exercice 1, dans laquelle la variable explicative $x_i$ est remplacée par l'observation précédente $X_{k-1}$, qui est ici aléatoire. Cette dépendance entre variable explicative et observations distingue les séries temporelles du modèle de régression : la loi de $\hat\phi_n$ ne s'obtient plus par le théorème de Cochran, et son étude sort du cadre de ce chapitre.
Note. Le corrigé distribué en 2025 donnait l'estimateur $\hat\phi_n$ avec le dénominateur $\sum_{k=1}^nX_k^2$ ; l'annulation de la dérivée de $Q$ conduit à $\sum_{k=1}^nX_{k-1}^2$. La représentation par un bruit gaussien y était écrite avec des $\xi_k$ de loi $\gauss(0,1)$ puis $\gauss(0,\sigma^2)$ ; on a pris ici $\xi_k \sim \gauss(0,1)$ et fait apparaître le facteur $\sigma$.
Devoirs maison (DM) et explorations numériques (EN) : modalités, calendrier des mises en
ligne et des rendus, et tutorat. Les énoncés sont déposés sur Moodle, les rendus s'y font aussi.
Modalités
Deux types d'activités maison sont proposés :
deux devoirs maison contenant une partie « problème » et une partie numérique à résoudre en Python ;
trois explorations numériques, à réaliser en Python, afin de mettre en œuvre numériquement les
notions vues en cours sur des exemples simples.
Ces travaux sont réalisés par groupes de trois constitués par tirage au sort. Une première
composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1 ; une nouvelle composition sera tirée
au sort pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. La composition des premiers groupes et le DM 1 sont
mis en ligne lundi 31 août. Le contrôle continu (DM, explorations numériques)
compte pour 1/4 de la note du cours. L'usage de l'IA pour les DM et les EN n'est pas autorisé
(voir pourquoi).
Calendrier des mises en ligne et des rendus
Les mises en ligne se font le lundi, les rendus le mercredi (le dimanche pour le dernier), sur Moodle.
Semaine
Mise en ligne
À rendre
1
—
—
2
DM 1 (lundi 31 août)
—
3
—
—
4
EN 1 (lundi 14 septembre)
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5
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EN 1 et DM 1 (mercredi 23 septembre)
6
EN 2 (lundi 28 septembre)
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7
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8
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EN 2 (mercredi 14 octobre)
9
EN 3 et DM 2 (lundi 19 octobre)
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10
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EN 3 et DM 2 (dimanche 8 novembre)
ConsignesConsignes pour les DM et ENOrganisation du travail en groupe et modalités de rendu
DM 1Régression linéaire multiplePartie « problème » et partie numérique (Python)
Mis en ligne le lundi 31 août ; à rendre le mercredi 23 septembre, sur Moodle.
Télécharger l'énoncé (PDF).
DM 2Second devoir maisonPartie « problème » et partie numérique (Python)
Mis en ligne le lundi 19 octobre ; à rendre le dimanche 8 novembre.
Explorations numériques
EN 1Première exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 14 septembre ; à rendre le mercredi 23 septembre.
EN 2Deuxième exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 28 septembre ; à rendre le mercredi 14 octobre.
EN 3Troisième exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 19 octobre ; à rendre le dimanche 8 novembre.
Pourquoi des groupes tirés au sort ?
J'ai plusieurs raisons de préférer cette solution. D'abord, elle est par nature plus juste et plus
inclusive : les équipes formées par affinité peuvent laisser des élèves de côté. Par ailleurs, apprendre
à travailler en groupe, avec des personnes que vous n'avez pas toujours choisies, est une compétence
importante, qu'il faut acquérir tout au long de votre parcours.
Travailler en groupe peut se faire de plusieurs façons ; l'essentiel est que chacun maîtrise la
totalité de ce qui est rendu. Une partie du DM portera d'ailleurs sur une auto-évaluation de votre
travail de groupe.
L'usage de l'IA dans ce cours
Apprendre à maîtriser les outils d'IA est évidemment quelque chose à quoi nous accordons de
l'importance dans votre parcours. Mais plusieurs études récentes soulignent qu'un usage trop rapide
de l'IA ne permet ni l'assimilation en profondeur des connaissances, ni la construction d'une véritable
compréhension et d'une abstraction sur les objets. Cette construction est indispensable : il ne s'agit
pas de retenir, mais d'ancrer vos connaissances. L'IA peut vous aider ; il faut aussi apprendre à
apprendre « malgré l'IA ».
En mathématiques, les notions de friction et de construction de l'abstraction sont bien connues ;
je vous recommande l'excellent livre de David Bessis sur l'apprentissage des mathématiques,
Mathematica. Une aventure au cœur de nous-mêmes (Seuil, 2022).
Pour moi, l'un des objectifs de votre parcours, en tant qu'élèves polytechniciens, est d'acquérir un
haut niveau de compétences techniques et scientifiques, qui vous permette de maîtriser des objets
complexes, pour pouvoir éventuellement travailler de façon hybride avec l'IA : spécifier des demandes,
itérer avec des retours techniques et précis, communiquer sur les sorties des modèles. Ces étapes, par
nature hybrides (spécification, itération, communication), ne peuvent se faire que si vous maîtrisez
totalement un large spectre de notions techniques fondamentales.
Ce n'est donc pas parce que l'IA peut vous donner une réponse que vous n'avez pas à maîtriser un
outil, tout comme ce n'est pas parce que Wikipédia contient une définition de « fonction » que vous
n'avez pas besoin de comprendre parfaitement, conceptuellement et mathématiquement, ce qu'est une
fonction. En bref, pour toutes ces raisons, je vous recommande et vous demande de ne pas utiliser l'IA
pour les devoirs maison.
Des études : H. Bastani, O. Bastani, A. Sungu,
H. Ge, Ö. Kabakcı et R. Mariman, « Generative AI without guardrails can harm learning », PNAS
122 (26), 2025 ; N. Kosmyna et al., « Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using
an AI Assistant for Essay Writing Task », prépublication, 2025 ; H.-P. Lee et al., « The Impact of
Generative AI on Critical Thinking », CHI 2025.
Tutorat
Les séances de tutorat sont faites pour répondre à vos questions sur le cours, les PC, les EN, les DM.
Il y aura en général une séance de tutorat d'une heure par semaine (et peut-être quelques séances
supplémentaires avant l'examen). La séance a lieu le mercredi de 16 h à 17 h
(salle et détails sur Moodle). Vous pouvez
assister à une séance entière, ou simplement rester le temps d'obtenir une réponse à vos propres
questions.
La personne assurant le tutorat, Lucas Versini (X21,
lucas.versini@polytechnique.edu), est en charge de la
conception et de la correction de plusieurs DM et EN : il est donc en mesure de répondre à vos questions
sur le sujet.
Le tutorat est vivement recommandé pour toutes celles et ceux qui trouvent le cours ardu. Ne pas
décrocher est la clé pour suivre le cours jusqu'au bout.
Horaire. Le tutorat a lieu le mercredi de 16 h à 17 h ;
la salle et les détails sont indiqués sur Moodle. Venir ne vous engage à rien : vous pouvez ne venir
qu'à certaines séances et ne rester que le temps d'obtenir une réponse à vos questions.
Trois versions : les slides préparées pour la séance, le handout (une page par frame, sans les
animations), et les slides annotées pendant le cours.
L'équipe pédagogique est composée de sept chercheurs et enseignants-chercheurs,
et de doctorants en charge des explorations numériques, du tutorat et de la correction des copies de DM.
À qui s'adresser ?
Une question sur les DM, les EN ou le tutorat : contactez Lucas.
Une question sur l'organisation du cours : contactez-moi (Aymeric).
Une question sur les PC : votre chargé de PC est là pour ça !
Responsable du cours
Aymeric Dieuleveut
Professeur à l'École polytechnique
Spécialiste d'apprentissage statistique et optimisation stochastique
Explorations numériques, tutorat et correction des DM
Des doctorants et doctorantes complètent l'équipe : ils encadrent les explorations numériques,
assurent le tutorat et la correction des copies de devoirs maison.
Lucas Versini
Doctorant, École polytechnique
Explorations numériques, tutorat, correction des DM