Le premier objectif est d'introduire les outils de statistique mathématique et d'apprentissage
statistique (« machine learning »). Nous décrirons le choix d'un modèle statistique, l'estimation
des paramètres et l'inférence et le choix de modèles. Nous apprendrons à construire des estimateurs,
des tests, des règles de classification, à évaluer les performances de ces règles. Nous introduirons
un certain nombre d'outils théoriques – théorie de la décision, processus empiriques. Les trois
derniers cours seront consacrés à une introduction à l'apprentissage statistique.
Le deuxième objectif est de décrire, dans le cours et dans les petites classes, des exemples
concrets de modélisation dans divers domaines (traitement du signal et des images, économétrie,
sciences de l'environnement, classification de formes, etc.).
Le troisième objectif est de développer un savoir-faire pratique permettant de comprendre la
façon dont les outils théoriques peuvent être mis en œuvre dans des applications concrètes
(utilisation de Python).
Contenu du site
Vous trouverez sur ce site toutes les ressources pédagogiques mises à disposition pour ce cours.
Les diapositives des leçons, les énoncés des exercices traités en PC et leurs corrigés sont mis à
jour régulièrement. Les énoncés des devoirs maison (DM) et des explorations numériques (EN) sont déposés sur
Moodle ; leur calendrier est donné dans la rubrique Devoirs. Le
polycopié est publié ici, semaine après semaine, et les corrigés de chaque petite classe sont mis en
ligne après la séance.
Évaluation
Recherches maison notées
Deux types d'activités maison sont proposés :
deux devoirs maison contenant une partie « problème » et une partie numérique à résoudre en Python ;
trois explorations numériques, à réaliser en Python, afin de mettre en œuvre numériquement les
notions vues en cours sur des exemples simples.
Ces travaux sont effectués par groupes de trois, obtenus par tirage au sort et visibles sur
Moodle. Une première composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1 ; une nouvelle
composition sera tirée au sort pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. Le calendrier des mises en ligne et des rendus est dans la rubrique
Devoirs.
L'usage de l'IA pour les DM et les EN n'est pas autorisé.
Validation du cours
La note littérale est calculée de la façon suivante :
Les résultats importants (par exemple le théorème de Gosset, les définitions de l'EMV, de l'EMM,
de la vraisemblance, le théorème de Cramér-Rao, la définition du score et de l'information de
Fisher, etc.) sont à connaître.
Les définitions techniques (par exemple la définition du modèle régulier) seront en général rappelées.
L'esprit du cours
Tel qu'il est présenté en amphi, en quatre points :
une introduction avancée à la statistique ;
pour ceux qui poursuivront en mathématiques appliquées, et pour les autres ;
notre approche : ne pas reculer devant un peu de formalisme pour gagner un peu de généralité ;
aller en profondeur pour prouver de très beaux résultats.
Comment travailler ce cours
Quelques conseils, les mêmes que ceux donnés en amphi.
Construisez sur vos forces : vous êtes plus solides en mathématiques que vous ne le pensez, et
c'est cela qu'il faut cultiver.
Rien n'est difficile, mais il y a du formalisme et du vocabulaire : accrochez-vous les premières
semaines.
Ne prenez pas de retard ; le tutorat est là pour cela.
Ce cours est connu pour demander du travail ; il vous donnera d'excellentes bases.
Crédits
Ce cours est issu d'un travail d'équipe auquel ont notamment contribué Éric Moulines, Gersende Fort,
Sébastien Gadat, Matthieu Lerasle et Aymeric Dieuleveut, ainsi que d'autres collègues intervenus plus
ponctuellement. Ces contributions ont permis, au fil des années, la création et l'amélioration des
feuilles de PC et du polycopié. Ce site a été réalisé par Aymeric Dieuleveut avec
l'aide d'outils d'intelligence artificielle, à partir de ces sources et sous une spécification précise
des modifications à apporter.
Nous décrirons le choix d'un modèle statistique, l'estimation des paramètres et l'inférence et le
choix de modèles. Nous apprendrons à construire des estimateurs, des tests, des règles de
classification, à évaluer les performances de ces règles. Nous introduirons un certain nombre
d'outils théoriques – théorie de la décision, processus empiriques. Les trois derniers cours seront
consacrés à une introduction à l'apprentissage statistique.
Estimation ponctuelle : méthode des moments, maximum de vraisemblance
3
Estimation optimale
4
Tests
5
Tests optimaux
6 – 7
Statistiques asymptotiques — cours en amphi assurés par Gersende Fort
8 – 10
Introduction à l'apprentissage statistique
Rendus notés
Deux devoirs maison (partie « problème » et partie numérique en Python) et trois explorations
numériques en Python, réalisés par groupes de trois tirés au sort (groupes visibles sur Moodle).
Une première composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1, puis une nouvelle
composition pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. Le
calendrier des mises en ligne et des rendus est dans la rubrique Devoirs.
Note d’Aymeric. Afin de rendre ce contenu aussi interactif que possible, j’ai ajouté des animations. Leur création prend un peu de temps ; vos retours m’intéressent donc. Vous pouvez indiquer après l’animation si vous l’avez trouvée utile et laisser un feedback.
L'objectif de ce chapitre est d'introduire la notion de modèle statistique.
Concepts principaux : observations, modèle statistique, identifiabilité, statistique,
modèle induit, modèle dominé, $n$-échantillon — et de premiers estimateurs élémentaires.
Cet onglet reflète ce qui est couvert en amphi ; les prérequis sont dans
l'onglet Bases de maths, le reste dans Compléments.
Qu'est-ce qu'un modèle ?
Moralement, un modèle statistique est une description mathématique
simplifiée d'un phénomène aléatoire réel. Il sert de pont entre le monde des données,
que l'on observe, et celui des lois de probabilité, qui représentent nos hypothèses sur la
manière dont ces données sont produites. En choisissant un modèle, on fixe un cadre théorique
dans lequel on pourra raisonner, estimer des grandeurs inconnues, prédire de nouvelles
observations ou tester des hypothèses. Comme toute simplification, un modèle ne capture pas
toute la réalité, mais en retient les aspects jugés essentiels pour répondre à une question précise.
Un modèle statistique est donc une hypothèse mathématiquement formalisée sur le
mécanisme aléatoire ayant généré les données : un espace d'observations et une famille de
lois de probabilité candidates, servant de cadre à l'inférence statistique.
1.Introduction : la démarche statistique
La statistique est l'étude de la collecte, de la modélisation et du
traitement des données. Ses applications couvrent la médecine (épidémiologie,
génomique), l'environnement (climat), l'assurance et la finance, l'apprentissage statistique
(vision, traduction), le marketing (recommandation)… Dans tous ces exemples avancés, les données
sont complexes. Pour dégager les idées fondamentales, commençons par des questions simples :
Quelle est la probabilité qu'une pièce retombe sur « pile » ? Les pièces de 1 centime sont-elles biaisées ?
Quelle est la taille moyenne d'une personne dans une salle de cours ?
Quelle proportion des élèves a déjà utilisé un modèle d'IA pour faire un devoir ?
Y répondre demande de reformuler ces questions dans un langage mathématique, puis de
collecter, modéliser et analyser des données. Le point de départ est un jeu de
données $(x_1,\dots,x_n)$ : numériques — scalaires, vectorielles ($x_i \in \rset^d$),
matricielles — ou symboliques ($x_i \in \{0,1\}$), voire plus structurées (graphes, séries
temporelles, textes, images…).
2.Modélisation statistique
La démarche repose sur deux étapes :
modéliser les observations comme des réalisations de variables aléatoires :
\[ \text{Données} = \text{réalisation de } Z=(X_1,\ldots,X_n), \qquad Z(\omega)=(x_1,\dots,x_n), \]
où les $X_i$ sont des variables aléatoires sur un espace probabilisé $(\Omega,\mathcal{A},\PP)$
(toujours omis), à valeurs dans un espace mesurable $(\Zset,\Zsigma)$, l'espace des observations ;
modéliser la loi de ces variables : la loi de $Z$ est partiellement connue,
élément d'une famille $\mathcal{C}$ de lois de probabilité.
Définition — Modèle statistique
Un modèle statistique est la donnée de :
un espace mesurable $(\Zset,\Zsigma)$, dit l'espace des observations ;
une famille de probabilités $\mathcal{C}$ sur $(\Zset,\Zsigma)$.
On note $\modelecanon$ le modèle statistique. Le modèle est dit paramétrique lorsque
$\mathcal{C} = \{\loi_\param : \param \in \Param\}$ où $\Param \subseteq \rset^d$, $d \geq 1$.
Le paramètre $\param$ est alors de dimension finie, pour une paramétrisation naturelle du modèle. Il est dit non paramétrique lorsqu'il ne se décrit pas par un nombre fini de paramètres réels (par exemple, l'ensemble de toutes les lois à densité continue sur $\rset$).
Remarque. Lorsque l'espace des observations $(\Zset,\Zsigma)$ est clair d'après le
contexte, on pourra, par abus de langage, appeler « modèle statistique » la seule famille de lois
$\mathcal{C}$ ; on parlera ainsi du modèle $\{\loi_\param : \param\in\Param\}$ sans rappeler
l'espace mesurable sur lequel ces lois sont définies.
Exemple — Pile ou face
On observe le nombre de « piles » issus de $n$ lancers. L'observation est une réalisation
d'une variable aléatoire à valeurs dans $\{0,\dots,n\}$, muni de la tribu des parties. En
supposant les lancers indépendants de loi $\ber(\param)$, $\param \in [0,1]$, l'observation
suit $\bin(n,\param)$ :
\[ \big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big). \]
Exemple — Tailles
On observe la taille de $n$ personnes : observation dans $\rset^n$, tribu borélienne
$\borel(\rset^n)$. On modélise par des gaussiennes indépendantes :
\[ \big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) : \mu\in\rset,\ \sigma^2>0\}\big). \]
Exemple — Temps d'attente
On mesure $n$ temps d'attente, en minutes : l'observation est un vecteur de $\rset_+^n$, muni de sa tribu borélienne.
Deux situations conduisent à deux modèles différents.
Des bus à horaire régulier. Les bus partent toutes les $\param$ minutes et l'on arrive à l'arrêt à un
instant sans lien avec l'horaire : on modélise le temps d'attente par une loi uniforme sur $[0,\param]$, et les $n$
attentes, observées des jours différents, par des variables aléatoires indépendantes. Le modèle est
\[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\unif([0,\param])^{\otimes n} : \param > 0\}\Big). \]
Des clients qui arrivent dans un café. Les arrivées sont dispersées et sans mémoire : le temps qui sépare
deux arrivées successives ne dépend pas du temps déjà écoulé depuis la dernière. Cette propriété caractérise la loi
exponentielle (lois usuelles) ; on modélise les $n$ temps entre arrivées
successives par des variables aléatoires indépendantes de loi $\expo(\lambda)$, où $\lambda > 0$ est le nombre moyen
d'arrivées par minute. Le modèle est
\[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\expo(\lambda)^{\otimes n} : \lambda > 0\}\Big). \]
Dans les deux cas, l'espace des observations et la tribu sont les mêmes ; seule la famille de lois change, et avec
elle l'hypothèse faite sur le mécanisme des arrivées. Le second modèle est le point de départ de
l'exercice 1 (PC1).
Exemple — Modèle de sondage (tirage avec remise)
Élection entre $A$ et $B$ ; on interroge $n$ votants, $x_i = 1$ si le $i$-ème vote $A$.
Pour un tirage uniforme avec replacement, le modèle est
\[ \big(\{0,1\}^n,\ \mathcal{P}(\{0,1\}^n),\ \{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in\Param\}\big),
\qquad \ber^{\otimes n}_\param(\{x_1,\dots,x_n\}) = \param^{\sum_i x_i}(1-\param)^{n-\sum_i x_i}. \]
Ce choix exprime des tirages indépendants, chacun de Bernoulli $\param$. Le tirage
sans remise (loi hypergéométrique) est traité dans l'onglet Compléments.
Intuition
Construire un modèle, c'est répondre à trois questions : qu'est-ce que j'observe ?
(l'espace $(\Zset,\Zsigma)$), quels mécanismes aléatoires ai-je envisagés ? (la famille
$\mathcal{C}$), et que veux-je apprendre ? (la problématique). Plus $\mathcal{C}$
est grande, moins le modèle fait d'hypothèses — mais plus il sera difficile d'en extraire
une réponse précise.
▶
Simulateur de modèles interactif
Cette petite animation vous permet de visualiser le type de données que l'on peut observer, en fonction des paramètres du modèle.
La plupart des modèles du cours s'écrivent sous la forme « $p_\param \cdot \mu$ »
(une densité par rapport à une mesure de référence) :
Définition — Modèle dominé
Soient $(\Zset,\Zsigma)$ un espace mesurable et $\mu$ une mesure $\sigma$-finie. Une famille
de lois $\mathcal{C}$ est dominée par $\mu$ si toute loi $\loi \in \mathcal{C}$ admet
une densité par rapport à $\mu$, i.e. $\loi = \loidens\cdot\mu$. Le modèle $\modelecanon$ est
dit dominé lorsque la famille $\mathcal{C}$ est dominée.
Exemple — Modèles dominés : quelques densités
Une loi et sa densité sont deux objets différents : la densité est une fonction, la loi est la mesure obtenue en
l'intégrant contre la mesure de référence, $\loi(A) = \int_A \loidens\,\rmd\mu$. Il faut d'ailleurs toujours préciser par
rapport à quelle mesure une loi admet une densité : une densité est définie pour une loi par rapport à une mesure
($\sigma$-finie) qui la domine.
Le modèle gaussien à $n$ observations (mesure de Lebesgue)
Le modèle gaussien à $n$ observations est dominé par la mesure de Lebesgue $\lleb^{\otimes n}$, avec la densité
\[ \begin{aligned} \loidens_{\mu,\sigma^2}(x_1,\dots,x_n) &= (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n (x_i-\mu)^2\Big) \\
&= \prod_{i=1}^n (2\pi\sigma^2)^{-1/2}\exp\Big(-\frac{(x_i-\mu)^2}{2\sigma^2}\Big), \end{aligned} \]
et $\gauss(\mu,\sigma^2)^{\otimes n}(A) = \int_A \loidens_{\mu,\sigma^2}\,\rmd\lleb^{\otimes n}$ pour $A\in\borel(\rset^n)$ ;
ici $\loidens_{\mu,\sigma^2}(x)$ n'est pas une probabilité (la loi d'un singleton est nulle). Les densités des autres
lois usuelles du cours (exponentielle, Gamma, uniforme) sont rappelées dans les
Bases de maths.
Une observation de Poisson (mesure de comptage sur $\nset$)
On observe un comptage $X$ à valeurs dans $\nset$ (nombre de clients arrivés en une heure, par exemple), modélisé par
$\big(\nset,\mathcal{P}(\nset),\{\mathrm{Poisson}(\lambda) : \lambda > 0\}\big)$ (voir
l'exercice 1 (PC1)). Le modèle est dominé par la mesure de comptage $\mu$
sur $\nset$, avec la densité
\[ \loidens_\lambda(k) = \rme^{-\lambda}\frac{\lambda^k}{k!}, \qquad\text{de sorte que}\qquad
\mathrm{Poisson}(\lambda)(A) = \sum_{k\in A}\loidens_\lambda(k)\quad\text{pour } A\subset\nset. \]
Ici $\loidens_\lambda(k)$ coïncide avec la probabilité du singleton $\{k\}$ : c'est propre à la mesure de comptage, et
cela ne dispense pas de distinguer la fonction $\loidens_\lambda$ de la loi $\mathrm{Poisson}(\lambda)$.
Le modèle de Bernoulli à $n$ observations (mesure de comptage sur $\{0,1\}^n$)
Le modèle de Bernoulli à $n$ observations est dominé par la mesure de comptage sur $\{0,1\}^n$, avec la densité
\[ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = \param^{\sum_i x_i}(1-\param)^{n-\sum_i x_i}, \qquad
\ber(\param)^{\otimes n}(A) = \sum_{x\in A}\loidens_\param(x)\quad\text{pour } A\subset\{0,1\}^n. \]
La mesure de domination n'est jamais unique : si $\mu$ domine le modèle, toute mesure $\sigma$-finie $\mu'$ telle que $\mu\ll\mu'$ le domine aussi. Ce choix est sans conséquence pour la statistique, car deux densités relatives à deux mesures dominantes diffèrent d'un facteur multiplicatif qui ne dépend pas de $\param$ ; ce point, ainsi que des exemples de modèles non dominés, sont dans les Compléments. La modélisation d'arrivées successives (temps exponentiels, comptages
poissoniens) est l'objet de l'Exercice 1 (PC1).
3.Objectifs de la statistique
À partir des observations, on cherche à affiner notre connaissance de la loi de
l'observation. On distingue plusieurs tâches :
estimation ponctuelle : donner une valeur plausible du paramètre $\param$ ;
estimation par région : déterminer $\Param_0(Z)\subset\Param$ contenant plausiblement $\param$ ;
test : décider si $\param \in \Param_0$, et évaluer la plausibilité de la décision ;
prédiction : donner une valeur plausible d'une quantité non observée
(cf. Exercice 4 (PC1), régression linéaire gaussienne).
Nous étudierons ces différentes tâches au fur et à mesure du cours : l'estimation aux cours 2 et 3, les régions
de confiance au cours 3, les tests aux cours 4 et 5, et les problèmes de régression, que l'on rencontrera aussi bien
en statistique qu'en apprentissage.
Statistique et probabilités. En probabilités, la loi $\PP$ est connue et
l'on évalue $\PP(f(Z)\geq c)$, $\PE[f(Z)]$, etc. En statistique, on résout un
problème inverse : d'une réalisation $z = (x_1,\dots,x_n)$ de $Z$, on cherche à
inférer des caractéristiques de la loi de $Z$.
Le modèle comme point de départ. Dans ce cours de statistique mathématique,
« on considère le modèle $\modelecanon$ » signifie : « on suppose observer une réalisation
d'une variable aléatoire $Z$ à valeurs dans $\Zset$ dont la loi est un élément de $\mathcal{C}$ ».
On souligne l'hypothèse et la dépendance en $\param$ par les notations $\PE_\param[\cdot]$,
$\PP_\param(\cdot)$. Par exemple, considérer $(\rset_+,\borel(\rset_+),\{q_\lambda\cdot\lleb,\ \lambda>0\})$
avec $q_\lambda(x) = \lambda\rme^{-\lambda x}\indi{\rset_+}(x)$, c'est supposer $X \sim \expo(\lambda)$
pour un certain $\lambda>0$.
Un modèle est une hypothèse. C'est même précisément notre hypothèse de départ pour
toute la partie mathématique de la statistique. « Tous les modèles sont faux, mais certains
sont utiles ! » (George Box). La pertinence d'une modélisation dépend du contexte : Bernoulli
pour un pile ou face, gaussienne pour des tailles, Bernoulli i.i.d. pour un sondage téléphonique,
exponentielle pour un temps d'attente — simplifications utiles mais discutables.
Intuition
Deux niveaux à distinguer : à l'intérieur du modèle, tous les énoncés sont rigoureux ;
le choix du modèle, lui, est une hypothèse de modélisation, qui peut être inexacte.
La conclusion statistique sur le monde réel se prend avec la même précaution que celle de tout
modèle physique.
4.Identifiabilité
Définition — Identifiabilité
Soit un modèle paramétrique $(\Zset,\Zsigma,\{\loi_\param:\param\in\Param\})$. Le modèle est
identifiable si $\param \mapsto \loi_\param$ est injective, i.e. si
$\loi_\param = \loi_{\param'}$ implique $\param = \param'$.
L'identifiabilité signifie que la connaissance complète de $\loi_\param$ détermine $\param$
de façon unique : propriété minimale pour espérer retrouver $\param$ à partir des
observations.
Exemple — Les modèles rencontrés jusqu'ici sont identifiables
Les modèles paramétriques rencontrés jusqu'ici sont tous identifiables, à savoir :
le modèle du pile ou face $\big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big)$,
le nombre de lancers $n\geq 1$ étant fixé ;
le modèle des tailles $\big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) : (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+\}\big)$,
où l'on autorise $\sigma^2 = 0$ avec la convention $\gauss(\mu\bigone_n,0) = \delta_{\mu\bigone_n}$, masse de Dirac
au point $\mu\bigone_n$ (toutes les tailles sont alors égales à $\mu$) ;
le modèle de sondage avec remise $\big(\{0,1\}^n,\ \mathcal{P}(\{0,1\}^n),\ \{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\}\big)$ ;
le modèle exponentiel du temps d'attente $\big(\rset_+,\ \borel(\rset_+),\ \{\altloidens_\lambda\cdot\lleb : \lambda>0\}\big)$,
où $\altloidens_\lambda(x) = \lambda\rme^{-\lambda x}\indi{\rset_+}(x)$.
Dans chaque cas, il s'agit de vérifier que la connaissance de la loi $\loi_\param$ détermine la valeur du
paramètre, autrement dit que deux valeurs distinctes du paramètre donnent deux lois distinctes.
Démonstration
On montre dans chaque cas que le paramètre s'exprime en fonction de la loi $\loi_\param$, ce qui entraîne
l'injectivité de $\param\mapsto\loi_\param$.
Pile ou face. Pour $\param\in[0,1]$, la formule $\bin(n,\param)(\{k\}) = \binom{n}{k}\param^k(1-\param)^{n-k}$
donne, pour $k = n$, la probabilité d'obtenir $n$ piles : $\bin(n,\param)(\{n\}) = \param^n$. Si
$\bin(n,\param) = \bin(n,\param')$, alors $\param^n = \param'^n$, donc $\param = \param'$, l'application
$t\mapsto t^n$ étant strictement croissante, donc injective, sur $[0,1]$.
Tailles. Une loi de probabilité sur $\rset^n$ admettant un moment d'ordre deux détermine son vecteur
espérance et sa matrice de covariance. Pour $(\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+$, la loi
$\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$ a pour vecteur espérance $\mu\bigone_n$ et pour matrice de covariance
$\sigma^2\Id_n$ : ce sont les paramètres qui la définissent, et c'est encore vrai pour $\sigma^2 = 0$, la masse
de Dirac $\delta_{\mu\bigone_n}$ ayant pour espérance $\mu\bigone_n$ et pour matrice de covariance la matrice
nulle. Si $\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n) = \gauss(\mu'\bigone_n,{\sigma'}^2\Id_n)$, alors
$\mu\bigone_n = \mu'\bigone_n$ et $\sigma^2\Id_n = {\sigma'}^2\Id_n$, d'où $\mu = \mu'$ et
$\sigma^2 = {\sigma'}^2$. L'application $(\mu,\sigma^2)\mapsto\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$ est donc
injective sur $\rset\times\rset_+$, et a fortiori sur $\rset\times\rset_+^*$.
Sondage avec remise. D'après l'expression de $\ber^{\otimes n}_\param$, la probabilité que les $n$
personnes interrogées votent toutes pour $A$ vaut $\ber^{\otimes n}_\param(\{(1,\dots,1)\}) = \param^n$. Si
$\ber^{\otimes n}_\param = \ber^{\otimes n}_{\param'}$, alors $\param^n = \param'^n$, et l'on conclut comme au
premier point.
Temps d'attente. Pour $\lambda>0$, la loi $\loi_\lambda = \altloidens_\lambda\cdot\lleb$ vérifie
$\loi_\lambda([1,+\infty[) = \int_1^{+\infty}\lambda\rme^{-\lambda x}\,\rmd x = \rme^{-\lambda}$. Si
$\loi_\lambda = \loi_{\lambda'}$, alors $\rme^{-\lambda} = \rme^{-\lambda'}$, donc $\lambda = \lambda'$ par
injectivité de l'exponentielle.
Exemple — Mélange gaussien
Les modèles de l'exemple précédent sont identifiables ; voici un exemple qui ne
l'est pas. Soit $\sigma^2>0$ connu. Le modèle de mélange sur $\rset$, de densités
\[ p_{\pi,\mu_1,\mu_2} = \pi\, p_{\gauss(\mu_1,\sigma^2)} + (1-\pi)\, p_{\gauss(\mu_2,\sigma^2)},
\qquad (\pi,\mu_1,\mu_2)\in[0,1]\times\rset^2, \]
n'est pas identifiable : en échangeant les composantes,
$p_{\pi,\mu_1,\mu_2} = p_{1-\pi,\mu_2,\mu_1}$. On le rend identifiable en restreignant l'espace
des paramètres, par exemple en imposant $\mu_1 < \mu_2$. L'identifiabilité des mélanges
gaussiens et poissoniens, une fois cette restriction faite, est démontrée dans
l'Exercice 7 (PC1).
▶
Mélange gaussien & identifiabilité interactif
Sliders $(\pi,\mu_1,\mu_2)$ : constater que $(\pi,\mu_1,\mu_2)$ et
$(1-\pi,\mu_2,\mu_1)$ produisent exactement la même densité.
Étant données des observations, il est possible d'en effectuer des transformations : calculer leur moyenne, ne retenir
que la plus grande, les compter, etc. Une statistique est une telle transformation, c'est-à-dire une
fonction des observations seules, dans laquelle n'interviennent ni le paramètre ni la loi inconnue.
Définition — Statistique
Soient $\modelecanon$ un modèle statistique et $(\Tset,\Tsigma)$ un espace mesurable. On
appelle statistique sur $\modelecanon$ une application mesurable $T$ de
$(\Zset,\Zsigma)$ dans $(\Tset,\Tsigma)$.
Remarquons, et cela est très important, que $T$ ne dépend pas de la loi
$\loi\in\mathcal{C}$ — donc pas du paramètre si le modèle est paramétrique.
Exemples
Si $\modelecanon = (\rset^n,\borel(\rset^n),\{\loi_\param\})$, en notant $Z=(X_1,\dots,X_n)$ :
la $i$-ème observation $X_i(z) = x_i$ ;
$S_1(Z) = \frac{X_1+\cdots+X_n}{n}$, la moyenne empirique $\bar X_n$ ;
$S_2(Z) = \min\{X_i\}$, et plus généralement les statistiques d'ordre $(X_{(i)})$ ;
$S_3(Z) = \med(X_1,\ldots,X_n)$, la médiane empirique.
Remarque. Une statistique est, d'après la définition ci-dessus,
une application mesurable $S : (\Zset,\Zsigma)\to(\Tset,\Tsigma)$ : c'est une fonction définie sur l'espace des
observations, dans laquelle n'intervient aucun aléa. En la composant avec l'observation canonique
$Z : (\Omega,\mathcal{A},\PP)\to(\Zset,\Zsigma)$, on obtient la variable aléatoire $S\circ Z$, que l'on note
$S(Z)$, à valeurs dans $(\Tset,\Tsigma)$ ; sa loi est la loi image de celle de $Z$ par $S$ (voir la
section 6). Les deux points de vue, fonction mesurable sur l'espace des
observations d'une part, variable aléatoire dérivée de $(X_1,\dots,X_n)$ d'autre part, décrivent le même
objet, et l'on emploiera le terme de statistique pour l'un comme pour l'autre. La notation, elle, les
distingue : $S_1$ désigne l'application $z = (x_1,\dots,x_n)\mapsto\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n x_i$, tandis que
$\bar X_n = S_1(Z) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i$ désigne la variable aléatoire, et non l'application.
Il reste à vérifier que les exemples ci-dessus sont bien des statistiques, c'est-à-dire des applications
mesurables de $(\rset^n,\borel(\rset^n))$ dans $(\rset,\borel(\rset))$. Toute application continue de $\rset^n$
dans $\rset$ étant borélienne, il suffit de montrer qu'elles sont continues.
La $i$-ème observation $z\mapsto x_i$ et la moyenne empirique $z\mapsto\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n x_i$ sont des
applications linéaires sur $\rset^n$, donc continues.
Pour $k\in\{1,\dots,n\}$, notons $x_{(1)}\leq\dots\leq x_{(n)}$ le réarrangement croissant de
$(x_1,\dots,x_n)$ ; la $k$-ième statistique d'ordre est l'application $z\mapsto x_{(k)}$. Elle est
$1$-lipschitzienne pour la norme $\|z\|_\infty = \max_{1\leq i\leq n}|x_i|$. En effet, soient $z,z'\in\rset^n$
et $\varepsilon = \|z-z'\|_\infty$. Par définition du réarrangement croissant, au moins $k$ coordonnées de $z$
sont inférieures ou égales à $x_{(k)}$ ; comme $x'_i\leq x_i+\varepsilon$ pour tout $i$, au moins $k$ coordonnées
de $z'$ sont inférieures ou égales à $x_{(k)}+\varepsilon$, ce qui donne $x'_{(k)}\leq x_{(k)}+\varepsilon$. En
échangeant les rôles de $z$ et $z'$, on obtient $|x'_{(k)}-x_{(k)}|\leq\|z-z'\|_\infty$. Les statistiques
d'ordre sont donc continues, en particulier le minimum $x_{(1)}$ et le maximum $x_{(n)}$.
La médiane empirique est une fonction continue des statistiques d'ordre : avec la convention usuelle, elle
vaut $x_{(m+1)}$ si $n = 2m+1$ est impair et $\frac{1}{2}\big(x_{(m)}+x_{(m+1)}\big)$ si $n = 2m$ est pair.
Elle est donc continue.
Toutes ces applications sont continues, donc boréliennes : ce sont bien des statistiques.
Définition — Statistiques indépendantes
Les statistiques $X$ et $Y$ sur $\modelecanon$ sont indépendantes si pour toute loi
$\loi\in\mathcal{C}$, les éléments aléatoires $X$ et $Y$ sont indépendants sous $\loi$ :
$\loi(X\in A,\ Y\in B) = \loi(X\in A)\,\loi(Y\in B)$.
Plus généralement, des statistiques $X_1,\dots,X_n$ sont indépendantes si, pour toute loi $\loi\in\mathcal{C}$ et
tous $A_1,\dots,A_n$ mesurables, $\loi(X_1\in A_1,\dots,X_n\in A_n) = \prod_{i=1}^n \loi(X_i\in A_i)$. Reprenons les modèles de
Bernoulli et gaussien à $n$ observations rencontrés plus haut (exemples du sondage et des tailles).
Exemple — Modèle de Bernoulli à $n$ observations
Dans le modèle $\big(\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber(\param)^{\otimes n} : \param\in[0,1]\}\big)$, les
coordonnées $X_1,\dots,X_n$ sont des statistiques indépendantes, chacune de loi $\ber(\param)$ sous $\loi_\param$ :
c'est la définition même de la loi produit $\ber(\param)^{\otimes n}$. On dira communément que les observations sont
indépendantes et identiquement distribuées (i.i.d.) de loi $\ber(\param)$.
Exemple — Modèle gaussien à $n$ observations
Dans le modèle $\modelecanon = (\rset^n,\borel(\rset^n),\{\loi_\param : \param = (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+^*\})$,
avec $\loi_\param = \loidens_\param\cdot\lleb^{\otimes n}$ et
\[ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n (x_i-\mu)^2\Big), \]
les coordonnées $X_1,\dots,X_n$ sont des statistiques indépendantes, chacune de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$ sous
$\loi_\param$. On dira communément que les observations $(X_1,\dots,X_n)$ sont i.i.d. de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$.
Démonstration
La densité se factorise, $\loidens_\param(x_1,\dots,x_n) = \prod_{i=1}^n \loidens^{X_i}_\param(x_i)$ avec
$\loidens^{X_i}_\param(x) = (2\pi\sigma^2)^{-1/2}\exp(-(x-\mu)^2/2\sigma^2)$, densité de $\gauss(\mu,\sigma^2)$.
Par le théorème de Fubini, pour $A_1,\dots,A_n\in\borel(\rset)$,
\[ \begin{aligned} \loi_\param(X_1\in A_1,\dots,X_n\in A_n) &= \int_{A_1\times\cdots\times A_n}\prod_{i=1}^n \loidens^{X_i}_\param(x_i)\,\rmd x_1\cdots\rmd x_n \\
&= \prod_{i=1}^n \int_{A_i}\loidens^{X_i}_\param(x)\,\rmd x = \prod_{i=1}^n \loi_\param(X_i\in A_i), \end{aligned} \]
c'est-à-dire $\loi_\param = \gauss(\mu,\sigma^2)^{\otimes n}$.
Exemple — Moyenne et variance empiriques du modèle gaussien : théorème de Gosset
Dans le modèle gaussien à $n$ observations, avec $n\geq 2$, la moyenne empirique et la variance empirique
\[ \bar X_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i, \qquad S_n^2 = \frac{1}{n-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\bar X_n)^2 \]
sont des statistiques indépendantes ; de plus, sous $\loi_{(\mu,\sigma^2)}$, $\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ et
$(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$. C'est le
théorème de Gosset. On dira communément que, dans un
échantillon gaussien, la moyenne et la variance empiriques sont indépendantes.
Démonstration
Le théorème de Gosset est démontré dans les bases de maths à partir
du théorème de Cochran, appliqué à la décomposition $\rset^n = \rset\bigone_n\oplus(\rset\bigone_n)^\perp$ : la
projection de $(X_1,\dots,X_n)$ sur $\rset\bigone_n$ est $\bar X_n\bigone_n$ et le carré de la norme de la projection
sur l'orthogonal est $(n-1)S_n^2$. L'exercice 3 (PC1)
reprend ce calcul avec la somme des observations et la somme de leurs carrés. Cette indépendance est propre au modèle
gaussien : pour $n$ observations i.i.d. d'une loi à variance finie, l'indépendance de $\bar X_n$ et de $S_n^2$ caractérise
la loi gaussienne (théorème de Lukacs, 1942).
Les statistiques canoniques d'un modèle ne sont pas toujours indépendantes. Dans le même modèle gaussien, la
somme des observations $\sum_i X_i = n\bar X_n$ et la somme de leurs carrés $\sum_i X_i^2 = (n-1)S_n^2 + n\bar X_n^2$
ne sont pas indépendantes, alors que $\bar X_n$ et $S_n^2$ le sont : c'est l'objet de
l'exercice 3 (PC1). Dans le modèle de régression de
l'exercice 4 (PC1), les observations sont indépendantes mais pas
identiquement distribuées.
6.Loi image et modèle induit
À partir d'un modèle de référence et d'une statistique, c'est-à-dire d'une transformation des observations, on
obtient un nouveau modèle statistique, celui de l'observation transformée : c'est le modèle induit.
Intuition
Un modèle induit est le modèle obtenu en transformant nos observations : si j'observe
$(X_1,\dots,X_n)$, je peux ne regarder que $\sum_i X_i$, ou $X_1$ seule, ou le maximum. Chaque
transformation produit un nouveau modèle, en général plus « pauvre » — on a le droit de jeter
de l'information, pas d'en créer.
Transformer les observations par une statistique $T$ transporte chaque loi du modèle sur l'espace d'arrivée
de $T$ ; les lois ainsi obtenues forment un nouveau modèle statistique.
Définition — Modèle induit
Soient $\modelecanon$ un modèle statistique et $T$ une statistique sur ce modèle, à valeurs dans l'espace
mesurable $(\Tset,\Tsigma)$. Pour toute loi $\loi\in\mathcal{C}$, on appelle loi image de $\loi$ par
$T$, et l'on note $\loi^T$, la loi de probabilité sur $(\Tset,\Tsigma)$ définie par
\[ \loi^T(A) \eqdef \loi(T\in A) = \loi\big(\{z\in\Zset : T(z)\in A\}\big), \qquad A\in\Tsigma. \]
On pose $\mathcal{C}^T \eqdef \{\loi^T : \loi\in\mathcal{C}\}$. Le modèle statistique $(\Tset,\Tsigma,\mathcal{C}^T)$
est appelé modèle induit par la statistique $T$.
Sous $\loi$, l'application $T$ est un élément aléatoire défini sur $(\Zset,\Zsigma,\loi)$, dont $\loi^T$ est la
loi. Le calcul pratique de la loi image repose sur la méthode de la fonction muette et le changement de variables
(Bases de maths §4) ; c'est l'objet de
l'Exercice 2 (PC1).
Exemple — Modèle induit : Bernoulli
Pour $\big(\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\}\big)$ et
$S_n = \sum_{i=1}^n X_i$, le modèle induit est
\[ \big(\{0,\dots,n\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n\}),\ \{\bin(n,\param) : \param\in[0,1]\}\big). \]
Exemple — Modèle induit : loi uniforme
Pour $\big(\rset^n,\borel(\rset^n),\{\unif([0,\param])^{\otimes n} : \param>0\}\big)$ et la
statistique $X_{(n)} = \max_i X_i$, le modèle induit est
\[ \big(\rset,\ \borel(\rset),\ \{q_{n,\param}\cdot\lleb : \param>0\}\big), \qquad
q_{n,\param}(t) = \frac{n\,t^{n-1}}{\param^n}\,\indi{[0,\param]}(t). \]
Ce calcul sera repris en PC 4.
Exemple — Modèle induit : moyenne et variance empiriques du modèle gaussien
Reprenons l'exemple (moyenne et variance empiriques du modèle
gaussien) : dans le modèle gaussien à $n$ observations, $n\geq 2$, la statistique $T = (\bar X_n, S_n^2)$ est à
valeurs dans $\rset\times\rset_+$. D'après le théorème de Gosset, sous
$\loi_{(\mu,\sigma^2)}$, $\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ et $(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$, ces deux
variables étant indépendantes. Le modèle induit par $T$ est donc
\[ \Big(\rset\times\rset_+,\ \borel(\rset\times\rset_+),\ \big\{\gauss(\mu,\sigma^2/n)\otimes\tfrac{\sigma^2}{n-1}\,\chi^2(n-1) : (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+^*\big\}\Big), \]
où, par un léger abus de notation, $\frac{\sigma^2}{n-1}\,\chi^2(n-1)$ désigne la loi de $\frac{\sigma^2}{n-1}\,Y$ avec
$Y\sim\chi^2(n-1)$, c'est-à-dire la loi image de $\chi^2(n-1)$ par $y\mapsto\sigma^2 y/(n-1)$.
Exemple — Modèle de sondage (suite) : indépendance des observations
Pour $\modelecanon = (\{0,1\}^n,\mathcal{P}(\{0,1\}^n),\{\ber^{\otimes n}_\param : \param\in[0,1]\})$,
notons $X_i(\mathbf{x}) = x_i$. La loi image $\loi^{X_i}_\param$ est $\ber(\param)$, et
\[ \loi_\param(X_1=x_1,\dots,X_n=x_n) = \prod_{i=1}^n \param^{x_i}(1-\param)^{1-x_i}
= \prod_{i=1}^n \loi_\param(X_i = x_i) : \]
les statistiques $(X_1,\dots,X_n)$ sont indépendantes et identiquement distribuées (i.i.d.),
chacune de Bernoulli $\param$.
7.Modèle statistique du n-échantillon
L'exemple précédent est générique : étudier des observations indépendantes et de même
loi correspond à la notion de $n$-échantillon.
Définition — n-échantillon
Soient $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ un modèle statistique et $n\in\nset^*$. On appelle
$n$-échantillon de $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ le modèle statistique
\[ (\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^n \eqdef \big(\Xset^n,\ \Xsigma^{\otimes n},\ \{\altloi^{\otimes n} : \altloi\in\mathcal{C}\}\big). \]
On appelle $i$-ème observation (canonique) la statistique $X_i(z) = x_i$.
Intuition
$\altloi^{\otimes n}$ est la mesure produit de $\altloi$, $n$ fois : la formalisation de
« répéter $n$ fois la même expérience, de façon indépendante ». Propriété clé :
$(X_1,\dots,X_n)\sim\altloi^{\otimes n}$ si et seulement si les $X_i$ sont i.i.d. de loi $\altloi$.
Lemme
Soit $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^n$ un $n$-échantillon du modèle $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$.
Les observations $Z=(X_1,\dots,X_n)$ sont indépendantes.
Pour tout $i$, le modèle induit par $X_i$ est $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$.
Terminologie : « $(X_1,\dots,X_n)$ est un $n$-échantillon du modèle
$(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ ». Si la famille $\{\altloi_\param\}$ est dominée par $\mu$
avec $\altloi_\param = \altloidens_\param\cdot\mu$, alors $\altloi^{\otimes n}_\param$ est dominée
par $\mu^{\otimes n}$ et admet pour densité
\[ (x_1,\dots,x_n)\ \mapsto\ \loidens_\param(x_1,\dots,x_n) \eqdef \prod_{i=1}^n \altloidens_\param(x_i). \]
Les modèles de translation et d'échelle, archétypes de $n$-échantillons dominés, sont étudiés
dans l'Exercice 3 (PC1).
8.Exemples et premiers estimateurs
L'exploration systématique des méthodes d'estimation (moments, maximum de vraisemblance) est
l'objet du chapitre suivant. On peut néanmoins dès maintenant « proposer » des estimateurs : un
estimateur est une statistique destinée à approcher le paramètre inconnu.
Estimation du paramètre d'une Bernoulli
Pour un $n$-échantillon du modèle $\big(\{0,1\},\mathcal{P}(\{0,1\}),\{\ber(\param):\param\in[0,1]\}\big)$
(la pièce est-elle biaisée ?), on a $\PE_\param[X_1] = \param$ ; on considère donc
\[ \hat\param_n \eqdef \bar X_n = \frac1n\sum_{i=1}^n X_i, \]
et $\PE_\param[\hat\param_n] = \param$ : l'estimateur est sans biais. La qualité de
l'approximation (concentration, intervalles de confiance) sera quantifiée plus tard.
Question sensible et réponses randomisées
Quelle proportion d'élèves a utilisé un modèle d'IA alors que c'était interdit ?
Posée directement, la question produit des réponses biaisées : on ne peut pas espérer observer
$(X_1,\dots,X_n)$. Le protocole des réponses randomisées contourne la difficulté :
on pose la question sensible ;
chaque participant tire secrètement $U_i\sim\ber(q)$, avec $q$ connu (par ex. $q = 0{,}75$),
indépendant de $X_i$ ;
si $U_i=1$, il dit la vérité ; si $U_i=0$, il répond l'opposé.
On observe $\mathrm{RR}_i = U_iX_i + (1-U_i)(1-X_i)$. Le modèle induit par
$(\mathrm{RR}_1,\dots,\mathrm{RR}_n)$ est un $n$-échantillon de
$\{\ber(\param q + (1-\param)(1-q)) : \param\in[0,1]\}$.
Intuition
Chaque répondant est protégé : un « oui » ne révèle pas sa vraie réponse, puisqu'il peut provenir
du retournement aléatoire. Mais en moyenne le signal survit : la proportion de « oui »
reste une fonction connue et inversible de $\param$ (dès que $q\neq 1/2$).
Sous le modèle induit, $\PE_\param[\mathrm{RR}_i] = \param(2q-1)+1-q$, d'où l'estimateur
(méthode des moments)
\[ \hat\param_n \eqdef \frac{\overline{\mathrm{RR}}_n - (1-q)}{2q-1}, \]
que l'on peut contraindre à $[0,1]$. Pour $q=0{,}75$ : $\hat\param_n = 2(\overline{\mathrm{RR}}_n - 0{,}25)$.
On vérifie $\PE_\param[\hat\param_n] = \param$ et
\[ \Var_\param(\hat\param_n) = \frac{\Var_\param(\mathrm{RR}_1)}{n(2q-1)^2} \geq \frac{q(1-q)}{n(2q-1)^2} : \]
la confidentialité augmente la variance. En notant $r = \param q + (1-\param)(1-q)$, on a
$\Var_\param(\hat\param_n) = r(1-r)/(n(2q-1)^2)$, et le rapport avec
$\Var_\param(\bar X_n) = \param(1-\param)/n$, la variance que l'on aurait en observant directement
les $X_i$, vaut au moins $(2q-1)^{-2}$, avec égalité pour $\param = 1/2$ : pour $q = 0{,}75$, un
facteur $4$ au moins. Le facteur $(2q-1)^{-2}$ explose quand $q\to 1/2$.
Calculez l'estimateur sur vos propres comptages. Indiquez le nombre de réponses « 1 »
et de réponses « 0 » obtenues, ainsi que la probabilité $q$ du protocole ; la taille $n$ de l'échantillon
est la somme des deux comptages.
▶
Réponses randomisées interactif
Simulateur du protocole : sliders $q$ et $n$ — biais nul, variance qui
explose quand $q \to 1/2$.
L'exercice 4 sera poursuivi en PC 2. Les exercices bonus sont dans l'onglet
Exercices, avec un guide de lecture.
Notions de probabilités à revoir cette semaine : variable aléatoire, mesure produit,
indépendance, densité, transfert et fonction muette (onglet Bases de maths).
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent à l'onglet Cours, ouverture du chapitre comprise : mêmes énoncés, mêmes démonstrations et même numérotation des définitions et des exemples que sur cette page.
Vous retrouverez ci-dessous les éléments techniques, mathématiques ou probabilistes qui sont nécessaires pour comprendre cette partie du cours.
1.Tribu produit, mesure produit
Soient $(\Xset,\Xsigma)$ et $(\Xset',\Xsigma')$ deux espaces mesurables. La tribu
produit $\Xsigma\otimes\Xsigma'$ sur $\Xset\times\Xset'$ est la plus petite tribu contenant
les pavés mesurables $A\times A'$. Pour deux probabilités $\altloi,\altloi'$, la mesure
produit $\altloi\otimes\altloi'$ est définie par
$\altloi\otimes\altloi'(A\times A') \eqdef \altloi(A)\,\altloi'(A')$. On note
$\altloi^{\otimes n}$ le produit de $n$ copies de $\altloi$.
2.Produit de deux modèles statistiques
Définition — Produit de modèles statistiques
Soient $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ et $(\Xset',\Xsigma',\mathcal{C}')$ deux modèles. On
appelle produit de ces deux modèles le modèle
\[ (\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})\otimes(\Xset',\Xsigma',\mathcal{C}')
\eqdef \big(\Xset\times\Xset',\ \Xsigma\otimes\Xsigma',\ \mathcal{C}\otimes\mathcal{C}'\big),
\quad \mathcal{C}\otimes\mathcal{C}' \eqdef \{\altloi\otimes\altloi' : \altloi\in\mathcal{C},\ \altloi'\in\mathcal{C}'\}. \]
Les statistiques coordonnées $X(x,x') = x$ et $X'(x,x') = x'$ sont indépendantes, de modèles
induits $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})$ et $(\Xset',\Xsigma',\mathcal{C}')$ : considérer des
produits de modèles correspond à étudier des observations indépendantes. Attention :
le $n$-échantillon $(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^n$ n'est en général pas égal au produit
de $n$ copies. Pour $n=2$ :
\[ (\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})\otimes(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})
= \big(\Xset^2,\Xsigma^{\otimes 2},\{\altloi\otimes\altloi'\}\big)
\quad\text{alors que}\quad
(\Xset,\Xsigma,\mathcal{C})^2 = \big(\Xset^2,\Xsigma^{\otimes 2},\{\altloi^{\otimes 2}\}\big). \]
Intuition
Dans le produit général, les deux coordonnées peuvent suivre des lois différentes de la
famille ; dans le $n$-échantillon, c'est la même loi qui est répétée. Le $n$-échantillon
est une « diagonale » du modèle produit.
3.Transfert, fonction muette, changement de variables
Pour identifier la loi image $\loi^T$, on utilise la méthode de la fonction muette :
pour toute $h$ mesurable positive sur $\Tset$,
\[ \int_{\Tset} h(t)\,\loi^T(\rmd t) = \int_{\Zset} h\circ T(z)\,\PP(\rmd z) = \PE[h(T)]. \]
Si $\PE[h(T)] = \int h\,q\,\rmd\nu$ pour toute fonction muette $h$, alors $\loi^T = q\cdot\nu$. Quand la
statistique est une transformation régulière d'une variable à densité, cette méthode conduit à la formule du
changement de variables, que l'on énonce d'abord en dimension $1$.
Changement de variable en dimension 1
Proposition — Changement de variable, dimension 1
Soient $I$ un intervalle ouvert de $\rset$ et $X$ une variable aléatoire réelle de loi $p\cdot\lleb$ avec
$\int_I p\,\rmd\lleb = 1$. Soit $\phi : I \to \rset$ de classe $C^1$ telle que $\phi'(x)\neq 0$ pour tout
$x\in I$. Alors $\phi$ est strictement monotone, $J \eqdef \phi(I)$ est un intervalle ouvert, $\phi^{-1} : J\to I$
est de classe $C^1$, et la loi de $Y \eqdef \phi(X)$ est $q\cdot\lleb$ avec
\[ q(y) = \indi{J}(y)\ p\big(\phi^{-1}(y)\big)\,\big|(\phi^{-1})'(y)\big|
= \indi{J}(y)\ \frac{p\big(\phi^{-1}(y)\big)}{\big|\phi'\big(\phi^{-1}(y)\big)\big|}. \]
Démonstration
Soit $h$ mesurable positive sur $\rset$. Par le théorème de transfert,
$\PE[h(\phi(X))] = \int_I h(\phi(x))\,p(x)\,\rmd x$. La fonction $\phi$ étant un $C^1$-difféomorphisme de
$I$ sur $J$, la formule de changement de variable dans l'intégrale de Lebesgue ($x = \phi^{-1}(y)$,
$\rmd x = |(\phi^{-1})'(y)|\,\rmd y$) donne
$\PE[h(Y)] = \int_J h(y)\,p(\phi^{-1}(y))\,|(\phi^{-1})'(y)|\,\rmd y$ pour toute fonction muette $h$,
ce qui identifie la densité de $Y$. L'égalité $(\phi^{-1})'(y) = 1/\phi'(\phi^{-1}(y))$ vient de la dérivation
de $\phi\circ\phi^{-1} = \mathrm{id}_J$.
Exemple — Translation et échelle
Si $X$ a pour densité $p$ sur $\rset$ et si $\phi(x) = a + b\,x$ avec $b\neq 0$, alors
$\phi^{-1}(y) = (y-a)/b$ et $Y = a + bX$ a pour densité
\[ q(y) = \frac{1}{|b|}\,p\Big(\frac{y-a}{b}\Big). \]
C'est le calcul de l'exercice 2 (PC1), coordonnée par
coordonnée : pour $X\sim\gauss(0,1)$ on retrouve la densité de $\gauss(a,b^2)$.
Exemple — Une transformation non injective
Si $\phi$ n'est pas injective, on découpe $I$ en morceaux sur lesquels elle l'est et l'on somme les
contributions. Pour $X\sim\gauss(0,1)$ et $\phi(x) = x^2$, les deux branches $x = \pm\sqrt{y}$ donnent, pour
$y > 0$,
\[ q(y) = 2\times\frac{1}{2\sqrt{y}}\,\frac{1}{\sqrt{2\pi}}\,\rme^{-y/2} = \frac{1}{\sqrt{2\pi y}}\,\rme^{-y/2}, \]
qui est la densité de la loi $\chi^2(1) = \Gamma(1/2,1/2)$
(lois du $\chi^2$).
Proposition — Changement de variables, dimension $k$
Soient un ouvert $\mathcal{O}$ de $\rset^k$ et $p\cdot\lleb^{\otimes k}$ une loi sur $\rset^k$ telle que
$\int_{\mathcal{O}} p\,\rmd\lleb^{\otimes k} = 1$. Soit $\phi : \mathcal{O}\to\rset^k$ une application
continûment différentiable, injective sur $\mathcal{O}$ et dont le jacobien ne s'annule pas sur $\mathcal{O}$
(de façon équivalente, $\phi$ est un $C^1$-difféomorphisme de $\mathcal{O}$ sur $\phi(\mathcal{O})$, c'est-à-dire
une bijection de $\mathcal{O}$ sur $\phi(\mathcal{O})$ telle que $\phi$ et $\phi^{-1}$ sont de classe $C^1$).
Si $X\sim p\cdot\lleb^{\otimes k}$, alors la loi de $\phi(X)$ est $q\cdot\lleb^{\otimes k}$, où la densité
$u\mapsto q(u)$ est donnée par
\[ q(u) = \indi{\phi(\mathcal{O})}(u)\ p\big(\phi^{-1}(u)\big)\,\big|\operatorname{Det}\big(J_{\phi^{-1}}(u)\big)\big|, \]
$J_\psi$ désignant, pour toute application différentiable $\psi$, sa matrice jacobienne (matrice des dérivées
partielles). Lorsque $\phi$ est un $C^1$-difféomorphisme, la relation $J_\phi(\phi^{-1}(u))\,J_{\phi^{-1}}(u) = \Id$
entraîne
\[ \operatorname{Det}\big(J_{\phi^{-1}}(u)\big) = \frac{1}{\operatorname{Det}\big(J_\phi(\phi^{-1}(u))\big)}. \]
La dimension $1$ est le cas $k = 1$, où $J_\phi = \phi'$. La preuve est la même : théorème de transfert, puis
formule du changement de variables dans les intégrales multiples,
$\int_{\mathcal{O}} h(\phi(x))\,p(x)\,\rmd x = \int_{\phi(\mathcal{O})} h(u)\,p(\phi^{-1}(u))\,|\operatorname{Det} J_{\phi^{-1}}(u)|\,\rmd u$,
pour toute fonction muette $h$.
Exemple — Transformation affine de $\rset^k$
Soit $\phi(x) = Ax + b$ avec $A$ une matrice $k\times k$ inversible et $b\in\rset^k$. Alors
$\phi^{-1}(u) = A^{-1}(u-b)$, $J_{\phi^{-1}} = A^{-1}$ et
\[ q(u) = \frac{1}{|\operatorname{Det} A|}\,p\big(A^{-1}(u-b)\big). \]
Pour $A$ diagonale, $A = \operatorname{diag}(b_1,\dots,b_k)$, on retrouve le produit des formules de translation
et d'échelle de l'exercice 2 (PC1) ; pour
$X\sim\gauss(0,\Id_k)$, c'est ce calcul qui donne la densité de $\gauss(b, AA^\top)$
(vecteurs gaussiens).
4.Lois usuelles utilisées cette semaine
Bernoulli $\ber(\param)$ sur $\{0,1\}$, $\loi(\{1\}) = \param$ ;
Binomiale $\bin(n,\param)$ sur $\{0,\dots,n\}$,
$\loi(\{k\}) = \binom{n}{k}\param^k(1-\param)^{n-k}$.
Exponentielle de paramètre $\lambda>0$, densité
$\lambda\rme^{-\lambda x}\indi{\rset_+}(x)$, moyenne $\lambda^{-1}$.
Absence de mémoire : $\PP_\lambda(X\geq a+b \mid X\geq a) = \PP_\lambda(X\geq b)$.
Gamma. Pour $p>0$, $\Gamma(p)$ a pour densité
$f_p(x) = \frac{1}{\Gamma(p)}\rme^{-x}x^{p-1}$, $x>0$ ; $\Gamma(p,\lambda)$ est la loi de
$Z/\lambda$, $Z\sim\Gamma(p)$, de densité
$f_{p,\lambda}(x) = \frac{\lambda^p}{\Gamma(p)}\rme^{-\lambda x}x^{p-1}$. L'exponentielle
$\expo(\lambda)$ est $\Gamma(1,\lambda)$. Additivité : des $\Gamma(p_i,\lambda)$
indépendantes se somment en $\Gamma(\sum_i p_i,\lambda)$.
Poisson de paramètre $\lambda>0$, densité
$p_\lambda(k) = \rme^{-\lambda}\lambda^k/k!$ par rapport à la mesure de comptage sur $\nset$.
Moyenne et variance $\lambda$ ; somme de deux Poisson indépendantes : Poisson de paramètre
$\lambda_1+\lambda_2$ (cf. Exercice 5, PC1).
5.Vecteurs gaussiens
Le modèle gaussien $\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$ des exemples des tailles et de
l'échantillon gaussien, comme le modèle de régression linéaire gaussienne de
l'Exercice 4 (PC1), reposent sur la notion de
vecteur gaussien. Nous en rappelons la définition et les propriétés utilisées dans ce chapitre, en
commençant par le cas réel.
Lois gaussiennes sur $\rset$.
Définition — Loi gaussienne réduite
Une variable aléatoire réelle $X$ est dite gaussienne centrée réduite, ce que l'on note
$X\sim\gauss(0,1)$, si sa loi admet pour densité par rapport à la mesure de Lebesgue sur $\rset$
\[ g(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}}\exp\Big(-\frac{x^2}{2}\Big), \qquad x\in\rset. \]
Sa fonction caractéristique vaut
\[ \varphi(t) = \PE\big[\rme^{\mathrm{i}tX}\big] = \exp\Big(-\frac{t^2}{2}\Big), \qquad t\in\rset. \]
On l'obtient par exemple en remarquant que $\varphi$ est dérivable (dérivation sous le signe
intégral), puis, par une intégration par parties utilisant $xg(x) = -g'(x)$, que
$\varphi'(t) = -t\,\varphi(t)$ avec $\varphi(0) = 1$. Comme $X$ admet des moments de tous ordres et
que $\varphi^{(k)}(0) = \mathrm{i}^k\,\PE[X^k]$, le développement en série entière
$\varphi(t) = \sum_{k\geq 0}(-1)^k t^{2k}/(2^k\,k!)$ fournit les moments de la loi gaussienne
réduite : les moments d'ordre impair sont nuls et, pour tout $k\in\nset$,
\[ \PE\big[X^{2k}\big] = \frac{(2k)!}{2^k\,k!} = 1\times 3\times 5\times\cdots\times(2k-1). \]
En particulier $\PE[X] = 0$, $\PE[X^2] = 1$ et $\PE[X^4] = 3$.
Définition — Loi gaussienne $\gauss(\mu,\sigma^2)$
Soient $\mu\in\rset$ et $\sigma^2\geq 0$. Une variable aléatoire réelle $X$ suit la loi
gaussienne (ou normale) $\gauss(\mu,\sigma^2)$ si elle a même loi que
$\sigma X_r+\mu$, où $X_r\sim\gauss(0,1)$ et $\sigma = \sqrt{\sigma^2}\geq 0$. On a alors
$\PE[X] = \mu$ et $\Var(X) = \sigma^2$.
La convention adoptée dans ce cours est d'autoriser $\sigma^2 = 0$ : la loi $\gauss(\mu,0)$ est
la masse de Dirac $\delta_\mu$, et l'on parle de loi gaussienne dégénérée. La densité,
elle, n'existe que pour $\sigma^2 > 0$ : dans ce cas, la formule de changement de variables du
§4, appliquée à $x\mapsto\sigma x+\mu$, montre
que $\gauss(\mu,\sigma^2)$ admet pour densité par rapport à $\lleb$
\[ g_{\mu,\sigma^2}(x) = \frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}}\exp\Big(-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}\Big),
\qquad x\in\rset, \]
alors que pour $\sigma^2 = 0$, la loi $\delta_\mu$ n'est pas absolument continue par rapport à
$\lleb$ (§6). Dans tous les cas ($\sigma^2\geq 0$),
la fonction caractéristique de $\gauss(\mu,\sigma^2)$ vaut
\[ \varphi_{\mu,\sigma^2}(t) = \PE\big[\rme^{\mathrm{i}t(\sigma X_r+\mu)}\big]
= \rme^{\mathrm{i}\mu t}\,\varphi(\sigma t)
= \exp\Big(\mathrm{i}\mu t-\frac{\sigma^2t^2}{2}\Big), \qquad t\in\rset. \]
Comme la fonction caractéristique caractérise la loi, on en déduit la stabilité de la famille
gaussienne par transformation affine et par somme de variables indépendantes.
Lemme — Stabilité de la famille gaussienne
Si $X\sim\gauss(\mu,\sigma^2)$ et $a,b\in\rset$, alors $aX+b\sim\gauss(a\mu+b,\ a^2\sigma^2)$.
Si $X_1,\dots,X_n$ sont indépendantes, de lois respectives
$\gauss(\mu_1,\sigma_1^2),\dots,\gauss(\mu_n,\sigma_n^2)$, alors
$X_1+\cdots+X_n\sim\gauss(\mu_1+\cdots+\mu_n,\ \sigma_1^2+\cdots+\sigma_n^2)$.
Démonstration
Pour (i), $\PE[\rme^{\mathrm{i}t(aX+b)}] = \rme^{\mathrm{i}tb}\,\varphi_{\mu,\sigma^2}(at)
= \exp\big(\mathrm{i}(a\mu+b)t-a^2\sigma^2t^2/2\big)$, qui est la fonction caractéristique de
$\gauss(a\mu+b,a^2\sigma^2)$. Pour (ii), par indépendance,
$\PE[\rme^{\mathrm{i}t(X_1+\cdots+X_n)}] = \prod_{j=1}^n\varphi_{\mu_j,\sigma_j^2}(t)
= \exp\big(\mathrm{i}t\sum_{j=1}^n\mu_j-t^2\sum_{j=1}^n\sigma_j^2/2\big)$. Dans les deux cas, on
conclut par le fait que la fonction caractéristique caractérise la loi. $\square$
Vecteurs gaussiens.
Définition — Vecteur gaussien
Un vecteur aléatoire $X = (X_1,\dots,X_n)^\top$ à valeurs dans $\rset^n$ est dit
gaussien si, pour tout $t = (t_1,\dots,t_n)^\top\in\rset^n$, la variable aléatoire réelle
$t^\top X = \sum_{j=1}^n t_jX_j$ est gaussienne, éventuellement dégénérée.
Soit $X$ un vecteur gaussien. Chaque coordonnée $X_i = e_i^\top X$ est gaussienne, donc de carré
intégrable ; on peut ainsi définir l'espérance
$\mu\eqdef\PE[X] = (\PE[X_1],\dots,\PE[X_n])^\top\in\rset^n$ et la matrice de covariance
$\Sigma\eqdef\big(\operatorname{Cov}(X_i,X_j)\big)_{1\leq i,j\leq n} = \PE\big[(X-\mu)(X-\mu)^\top\big]$
de $X$. Pour tout $t\in\rset^n$, par linéarité de l'espérance,
\[ \PE\big[t^\top X\big] = t^\top\mu, \qquad
\Var\big(t^\top X\big) = \sum_{i,j=1}^n t_it_j\operatorname{Cov}(X_i,X_j) = t^\top\Sigma\,t, \]
de sorte que $t^\top X\sim\gauss(t^\top\mu,\ t^\top\Sigma\,t)$. La matrice $\Sigma$ est symétrique
et semi-définie positive, puisque $t^\top\Sigma t = \Var(t^\top X)\geq 0$ ; elle n'est
pas nécessairement inversible. On écrit $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ pour dire que $X$ est un vecteur
gaussien d'espérance $\mu$ et de matrice de covariance $\Sigma$ ; la
proposition ci-dessous montre que ces deux
paramètres déterminent la loi de $X$.
D'après le lemme de stabilité (ii), un
vecteur dont les coordonnées sont des variables gaussiennes indépendantes est un vecteur
gaussien ; en particulier, si $Z_1,\dots,Z_n$ sont indépendantes de loi $\gauss(0,1)$, alors
$Z = (Z_1,\dots,Z_n)^\top\sim\gauss(0,\Id_n)$. Sans l'hypothèse d'indépendance, un vecteur dont
chaque coordonnée est gaussienne n'est pas nécessairement gaussien (voir la remarque qui suit la
proposition « Indépendance et décorrélation »).
Proposition — Fonction caractéristique d'un vecteur gaussien
Soient $\mu\in\rset^n$ et $\Sigma$ une matrice symétrique semi-définie positive de taille
$n\times n$. Un vecteur aléatoire $X$ à valeurs dans $\rset^n$ suit la loi $\gauss(\mu,\Sigma)$ si
et seulement si, pour tout $t\in\rset^n$,
\[ \PE\big[\rme^{\mathrm{i}\,t^\top X}\big]
= \exp\Big(\mathrm{i}\,t^\top\mu-\frac12\,t^\top\Sigma\,t\Big). \]
En particulier, la loi d'un vecteur gaussien est entièrement déterminée par son espérance et sa
matrice de covariance.
Démonstration
Si $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$, alors $t^\top X\sim\gauss(t^\top\mu,\ t^\top\Sigma t)$, et il
suffit d'évaluer en $1$ la fonction caractéristique de cette loi réelle :
$\PE[\rme^{\mathrm{i}\,t^\top X}] = \varphi_{t^\top\mu,\,t^\top\Sigma t}(1)$. Réciproquement,
supposons la formule vérifiée. Pour $t\in\rset^n$ et $u\in\rset$, en l'appliquant au vecteur $ut$,
\[ \PE\big[\rme^{\mathrm{i}u\,(t^\top X)}\big]
= \exp\Big(\mathrm{i}u\,t^\top\mu-\frac{u^2}{2}\,t^\top\Sigma t\Big), \]
qui est la fonction caractéristique de $\gauss(t^\top\mu,\ t^\top\Sigma t)$ : ainsi
$t^\top X\sim\gauss(t^\top\mu,\ t^\top\Sigma t)$ pour tout $t$, et $X$ est un vecteur gaussien. En
prenant $t = e_i$, on obtient $\PE[X_i] = \mu_i$ ; en notant $\Sigma'$ la matrice de covariance de
$X$, on a $t^\top\Sigma't = \Var(t^\top X) = t^\top\Sigma t$ pour tout $t$, d'où $\Sigma' = \Sigma$
(appliquer l'égalité à $t = e_i$ puis à $t = e_i+e_j$, les deux matrices étant symétriques). Enfin,
la fonction caractéristique caractérisant la loi, deux vecteurs gaussiens de mêmes espérance et
matrice de covariance ont même loi. $\square$
Proposition — Transformation affine d'un vecteur gaussien
Soient $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ un vecteur gaussien de $\rset^n$, $A$ une matrice réelle de
taille $m\times n$ et $b\in\rset^m$. Alors
\[ AX+b\sim\gauss\big(A\mu+b,\ A\Sigma A^\top\big). \]
Démonstration
Posons $Y = AX+b$. Pour tout $s\in\rset^m$, $s^\top Y = (A^\top s)^\top X+s^\top b$ est une
transformation affine de la variable gaussienne $(A^\top s)^\top X$, donc est gaussienne d'après le
lemme de stabilité (i) : $Y$ est un vecteur
gaussien. Par linéarité de l'espérance, $\PE[Y] = A\mu+b$, et
\[ \PE\big[(Y-\PE[Y])(Y-\PE[Y])^\top\big] = \PE\big[A(X-\mu)(X-\mu)^\top A^\top\big]
= A\,\Sigma\,A^\top. \qquad\square \]
On prendra garde à l'ordre des facteurs : la matrice de covariance de $AX+b$ est
$A\Sigma A^\top$, de taille $m\times m$, et non $A^\top\Sigma A$.
Proposition — Représentation d'un vecteur gaussien
Soient $\mu\in\rset^n$ et $\Sigma$ une matrice symétrique semi-définie positive de taille
$n\times n$, de rang $k\geq 1$. Il existe une matrice $A$ de taille $n\times k$ telle que
$AA^\top = \Sigma$, et pour toute telle matrice :
si $Z\sim\gauss(0,\Id_k)$, alors $AZ+\mu\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ ;
si $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$, il existe un vecteur aléatoire $Z\sim\gauss(0,\Id_k)$ tel que
$X = AZ+\mu$ presque sûrement.
En particulier, la loi $\gauss(\mu,\Sigma)$ existe pour tout couple $(\mu,\Sigma)$ (le cas
$\Sigma = 0$ correspondant à la masse de Dirac en $\mu$).
Démonstration
Existence de $A$. La matrice $\Sigma$ étant symétrique semi-définie positive, le
théorème spectral fournit une base orthonormée $(u_1,\dots,u_n)$ de vecteurs propres, de valeurs
propres $\lambda_1\geq\cdots\geq\lambda_k > 0 = \lambda_{k+1} = \cdots = \lambda_n$ ; la matrice
$A = [\sqrt{\lambda_1}\,u_1,\dots,\sqrt{\lambda_k}\,u_k]$ vérifie
$AA^\top = \sum_{j=1}^k\lambda_ju_ju_j^\top = \Sigma$.
(ii) Soit $A$ de taille $n\times k$ telle que $AA^\top = \Sigma$. Pour $y\in\rset^n$,
$AA^\top y = 0$ implique $\|A^\top y\|^2 = y^\top AA^\top y = 0$ : les matrices $\Sigma$ et
$A^\top$ ont même noyau, donc même rang $k$, et $A$ est de rang $k$, c'est-à-dire injective. De
même, $A^\top Ax = 0$ implique $\|Ax\|^2 = 0$ puis $x = 0$ : la matrice $A^\top A$, de taille
$k\times k$, est inversible. Posons $A^{\#}\eqdef(A^\top A)^{-1}A^\top$, de sorte que
$A^{\#}A = \Id_k$, et $Z\eqdef A^{\#}(X-\mu)$. D'après la
proposition de transformation affine,
\[ Z\sim\gauss\big(0,\ A^{\#}\Sigma (A^{\#})^\top\big)
= \gauss\big(0,\ (A^{\#}A)(A^{\#}A)^\top\big) = \gauss(0,\Id_k). \]
Il reste à voir que $AZ+\mu = X$ presque sûrement. La matrice
$P\eqdef AA^{\#} = A(A^\top A)^{-1}A^\top$ est symétrique et vérifie $P^2 = P$ : c'est la matrice
de la projection orthogonale sur l'image de $A$, et $AZ+\mu = P(X-\mu)+\mu$. Or $X-\mu$ appartient
presque sûrement à l'image de $A$. En effet, l'image de $\Sigma = AA^\top$ est contenue dans celle
de $A$ et ces deux sous-espaces sont de dimension $k$, donc
$\operatorname{Im}(A) = \operatorname{Im}(\Sigma) = (\operatorname{Ker}\Sigma)^\perp$, la
matrice $\Sigma$ étant symétrique. Si $v\in\operatorname{Ker}\Sigma$, la variable gaussienne
$v^\top(X-\mu)$ est centrée, de variance $v^\top\Sigma v = 0$ : elle est nulle presque sûrement.
En appliquant ceci aux vecteurs d'une base (finie) de $\operatorname{Ker}\Sigma$, on obtient que
$X-\mu\in(\operatorname{Ker}\Sigma)^\perp = \operatorname{Im}(A)$ presque sûrement, d'où
$P(X-\mu) = X-\mu$ et $X = AZ+\mu$ presque sûrement. $\square$
Proposition — Indépendance et décorrélation
Soient $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ un vecteur gaussien de $\rset^n$ et $n = n_1+\cdots+n_m$ une
décomposition de $n$ en entiers strictement positifs. On découpe
$X = (X_{(1)}^\top,\dots,X_{(m)}^\top)^\top$ en sous-vecteurs de tailles $n_1,\dots,n_m$, de même
$\mu = (\mu_{(1)}^\top,\dots,\mu_{(m)}^\top)^\top$, et $\Sigma = (\Sigma_{ij})_{1\leq i,j\leq m}$
par blocs, où $\Sigma_{ij} = \PE\big[(X_{(i)}-\mu_{(i)})(X_{(j)}-\mu_{(j)})^\top\big]$ est de
taille $n_i\times n_j$. Alors les sous-vecteurs $X_{(1)},\dots,X_{(m)}$ sont (mutuellement)
indépendants si et seulement si $\Sigma_{ij} = 0$ pour tous $i\neq j$.
Démonstration
Si les sous-vecteurs sont indépendants, alors pour $i\neq j$,
$\Sigma_{ij} = \PE\big[X_{(i)}-\mu_{(i)}\big]\,\PE\big[X_{(j)}-\mu_{(j)}\big]^\top = 0$.
Réciproquement, supposons $\Sigma_{ij} = 0$ pour tous $i\neq j$. Pour
$t = (t_{(1)}^\top,\dots,t_{(m)}^\top)^\top\in\rset^n$ découpé de la même façon,
$t^\top\mu = \sum_{i=1}^m t_{(i)}^\top\mu_{(i)}$ et
$t^\top\Sigma t = \sum_{i=1}^m t_{(i)}^\top\Sigma_{ii}t_{(i)}$, de sorte que, d'après la
proposition sur la fonction caractéristique,
\[ \PE\big[\rme^{\mathrm{i}\,t^\top X}\big]
= \prod_{i=1}^m\exp\Big(\mathrm{i}\,t_{(i)}^\top\mu_{(i)}-\frac12\,t_{(i)}^\top\Sigma_{ii}t_{(i)}\Big)
= \prod_{i=1}^m\PE\big[\rme^{\mathrm{i}\,t_{(i)}^\top X_{(i)}}\big], \]
la dernière égalité venant de ce que $X_{(i)}\sim\gauss(\mu_{(i)},\Sigma_{ii})$
(transformation affine, appliquée à la matrice
qui extrait les coordonnées du bloc $i$). La fonction caractéristique de $X$ est donc celle de la
loi produit $\loi_1\otimes\cdots\otimes\loi_m$, où $\loi_i$ désigne la loi de $X_{(i)}$ ; comme la
fonction caractéristique caractérise la loi sur $\rset^n$, la loi de $X$ est cette loi produit, ce
qui est l'indépendance des $X_{(i)}$. $\square$
Remarque. Dans un vecteur gaussien, la décorrélation de
deux sous-vecteurs équivaut donc à leur indépendance. Cette équivalence est propre aux vecteurs
gaussiens et ne s'étend pas à des variables gaussiennes qui ne formeraient pas un vecteur gaussien.
Soient par exemple $X\sim\gauss(0,1)$ et $\varepsilon$ une variable aléatoire indépendante de $X$
telle que $\PP(\varepsilon = 1) = \PP(\varepsilon = -1) = 1/2$, et posons $Y = \varepsilon X$.
Alors $Y\sim\gauss(0,1)$, car la loi de $X$ est symétrique, et
$\operatorname{Cov}(X,Y) = \PE[\varepsilon]\,\PE[X^2] = 0$, mais $X$ et $Y$ ne sont pas
indépendantes puisque $|Y| = |X|$. Le vecteur $(X,Y)$ n'est pas gaussien :
$X+Y = (1+\varepsilon)X$ est nulle avec probabilité $1/2$ sans être presque sûrement constante,
donc n'est ni dégénérée ni à densité.
Soient $\sigma > 0$, $Z\sim\gauss(0,\sigma^2\Id_n)$, et $A_1$, $A_2$ deux matrices réelles de
tailles respectives $m_1\times n$ et $m_2\times n$ telles que $A_1A_2^\top = 0$. Alors le vecteur
$(A_1Z,A_2Z)$ de $\rset^{m_1+m_2}$ est gaussien et les vecteurs aléatoires $A_1Z$ et $A_2Z$ sont
indépendants. En particulier, si $P_1$ et $P_2$ sont deux matrices symétriques, par exemple deux
projecteurs orthogonaux, telles que $P_1P_2 = 0$, alors $P_1Z$ et $P_2Z$ sont indépendants.
Démonstration
Le vecteur $(A_1Z,A_2Z)$ s'écrit $AZ$ avec $A = \begin{pmatrix}A_1\\ A_2\end{pmatrix}$ de
taille $(m_1+m_2)\times n$ : il est gaussien d'après la
proposition de transformation affine, de
matrice de covariance
\[ \sigma^2AA^\top = \sigma^2\begin{pmatrix}A_1A_1^\top & A_1A_2^\top\\ A_2A_1^\top & A_2A_2^\top\end{pmatrix}
= \begin{pmatrix}\sigma^2A_1A_1^\top & 0\\ 0 & \sigma^2A_2A_2^\top\end{pmatrix}. \]
Les blocs croisés sont nuls, et la
proposition « Indépendance et
décorrélation » conclut. Pour des matrices symétriques, $P_1P_2^\top = P_1P_2$. $\square$
On rencontre aussi ce corollaire sous la forme suivante, qui lui est équivalente : si $B_1$ et
$B_2$ sont deux matrices ayant $n$ lignes et telles que $B_1^\top B_2 = 0$, alors $B_1^\top Z$ et
$B_2^\top Z$ sont indépendants (prendre $A_i = B_i^\top$).
Proposition — Densité d'un vecteur gaussien
Soient $\mu\in\rset^n$ et $\Sigma$ une matrice symétrique définie positive de taille
$n\times n$. La loi $\gauss(\mu,\Sigma)$ admet pour densité par rapport à la mesure de Lebesgue
$\lleb^{\otimes n}$ sur $\rset^n$
\[ g_{\mu,\Sigma}(x) = \frac{1}{(2\pi)^{n/2}\sqrt{\det\Sigma}}
\exp\Big(-\frac12(x-\mu)^\top\Sigma^{-1}(x-\mu)\Big), \qquad x\in\rset^n. \]
Démonstration
Traitons d'abord le cas $\mu = 0$, $\Sigma = \Id_n$. Si $Z\sim\gauss(0,\Id_n)$, la
proposition « Indépendance et
décorrélation », appliquée avec des blocs de taille $1$, montre que les coordonnées
$Z_1,\dots,Z_n$ sont indépendantes, chacune de loi $\gauss(0,1)$ : la loi de $Z$ est la loi
produit $\gauss(0,1)^{\otimes n}$, de densité
$\prod_{i=1}^n g(z_i) = (2\pi)^{-n/2}\exp(-\|z\|^2/2)$ par rapport à $\lleb^{\otimes n}$ (densité
produit, comme dans l'exemple de l'échantillon
gaussien, Cours §5).
Dans le cas général, $\Sigma$ est de rang $n$ : la
proposition de représentation fournit
une matrice $A$ de taille $n\times n$, inversible, telle que $AA^\top = \Sigma$, et
$X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ a même loi que $AZ+\mu$ avec $Z\sim\gauss(0,\Id_n)$. L'application
$\phi : z\mapsto Az+\mu$ est un $C^1$-difféomorphisme de $\rset^n$ sur lui-même, d'inverse
$\phi^{-1}(x) = A^{-1}(x-\mu)$, dont la matrice jacobienne est constante, égale à $A^{-1}$. La
formule de changement de variables du §4 donne
pour densité de $X$
\[ q(x) = \frac{1}{|\det A|}\,(2\pi)^{-n/2}\exp\Big(-\frac12\big\|A^{-1}(x-\mu)\big\|^2\Big), \]
et l'on conclut avec
$\|A^{-1}(x-\mu)\|^2 = (x-\mu)^\top(A^{-1})^\top A^{-1}(x-\mu) = (x-\mu)^\top(AA^\top)^{-1}(x-\mu)
= (x-\mu)^\top\Sigma^{-1}(x-\mu)$ et $(\det A)^2 = \det(AA^\top) = \det\Sigma$. $\square$
Lorsque $\Sigma$ est de rang $k \lt n$, la démonstration de la
proposition de représentation montre
que $X-\mu$ prend presque sûrement ses valeurs dans le sous-espace $\operatorname{Im}(\Sigma)$, de
dimension $k$, qui est de mesure de Lebesgue nulle dans $\rset^n$ : la loi $\gauss(\mu,\Sigma)$
n'est alors pas absolument continue par rapport à $\lleb^{\otimes n}$ et n'admet pas de densité
(loi dégénérée). C'est le cas des lois $\gauss(P_F\mu,\sigma^2P_F)$ du théorème de Cochran
(§9). Pour $\Sigma = \sigma^2\Id_n$, on
retrouve la densité produit de l'exemple de
l'échantillon gaussien (Cours §5).
▶
Densité d'un vecteur gaussien de ℝ² interactif
Vous choisissez la matrice de covariance $\Sigma$ (variances et corrélation) et vous voyez la densité de $\gauss(0,\Sigma)$, ses ellipses de niveau portées par les vecteurs propres de $\Sigma$, et un nuage de points simulé par $X = AZ$ avec $AA^\top = \Sigma$.
6.Fonction Gamma, lois Gamma, du $\chi^2$ et de Student
La fonction Gamma. Pour $\alpha > 0$, l'intégrale
\[ \Gamma(\alpha)\eqdef\int_0^{+\infty}y^{\alpha-1}\rme^{-y}\,\rmd y \]
converge et définit un réel strictement positif : au voisinage de $0$, l'intégrande est équivalent
à $y^{\alpha-1}$, intégrable car $\alpha > 0$, et à l'infini la décroissance exponentielle
l'emporte. On a $\Gamma(1) = \int_0^{+\infty}\rme^{-y}\,\rmd y = 1$ et, pour $\alpha > 1$, une
intégration par parties donne
\[ \Gamma(\alpha) = \Big[-y^{\alpha-1}\rme^{-y}\Big]_0^{+\infty}
+ (\alpha-1)\int_0^{+\infty}y^{\alpha-2}\rme^{-y}\,\rmd y = (\alpha-1)\,\Gamma(\alpha-1). \]
Par récurrence, pour tout entier $n\geq 1$,
$\Gamma(n) = (n-1)(n-2)\cdots 1\cdot\Gamma(1) = (n-1)!$ : la fonction Gamma prolonge la
factorielle. On a aussi $\Gamma(1/2) = \sqrt{\pi}$ : le changement de variable $y = x^2/2$ donne
$\Gamma(1/2) = \sqrt2\int_0^{+\infty}\rme^{-x^2/2}\,\rmd x = \sqrt2\cdot\sqrt{2\pi}/2 = \sqrt\pi$,
la dernière intégrale se calculant à partir de la densité gaussienne réduite. Par construction,
$\Gamma(p)$ est la constante de normalisation de la densité $f_p$ de la loi Gamma réduite
$\operatorname{Gamma}(p)$ définie au §5.
Moments et fonction caractéristique des lois Gamma. Soit
$Z\sim\operatorname{Gamma}(p)$, avec $p > 0$. Pour tout réel $r > -p$,
\[ \PE\big[Z^r\big] = \frac{1}{\Gamma(p)}\int_0^{+\infty}x^{r+p-1}\rme^{-x}\,\rmd x
= \frac{\Gamma(p+r)}{\Gamma(p)}, \]
et $\PE[Z^r] = +\infty$ si $r\leq -p$. En particulier $\PE[Z] = p$, $\PE[Z^2] = p(p+1)$ et
$\Var(Z) = p$. Pour $X = Z/\lambda\sim\operatorname{Gamma}(p,\lambda)$, on en déduit
$\PE[X^r] = \lambda^{-r}\,\Gamma(p+r)/\Gamma(p)$, en particulier $\PE[X] = p/\lambda$,
$\Var(X) = p/\lambda^2$ et, pour $p > 1$, $\PE[1/X] = \lambda/(p-1)$. Ce sont ces formules, avec
des exposants $r$ négatifs, qui donnent l'espérance et l'erreur quadratique de l'estimateur
$\hat\param_{n,1} = 1/\bar X_n$ du modèle exponentiel
(Compléments §5) : sous $\loi_\param$,
$\sum_{i=1}^n X_i\sim\operatorname{Gamma}(n,\param)$ et
$\PE_\param[\hat\param_{n,1}] = n\param\,\Gamma(n-1)/\Gamma(n) = \frac{n}{n-1}\param$.
La fonction caractéristique de la loi $\operatorname{Gamma}(p,\lambda)$ vaut
\[ \phi_{p,\lambda}(t) = \PE\big[\rme^{\mathrm{i}tX}\big]
= \Big(1-\frac{\mathrm{i}t}{\lambda}\Big)^{-p}, \qquad t\in\rset, \]
où la puissance est définie par la détermination principale du logarithme, le nombre complexe
$1-\mathrm{i}t/\lambda$ étant de partie réelle strictement positive. On l'obtient en calculant
d'abord, pour $s \lt \lambda$ réel,
$\PE[\rme^{sX}] = \frac{\lambda^p}{\Gamma(p)}\int_0^{+\infty}x^{p-1}\rme^{-(\lambda-s)x}\,\rmd x
= (1-s/\lambda)^{-p}$ (changement de variable $u = (\lambda-s)x$), puis en observant que les deux
membres sont des fonctions holomorphes de $s$ sur le demi-plan $\{\operatorname{Re}(s) \lt \lambda\}$
qui coïncident sur un segment réel : elles coïncident sur tout le demi-plan, en particulier en
$s = \mathrm{i}t$. Cette expression démontre la propriété d'additivité énoncée au
§5 : si $X_1,\dots,X_n$ sont indépendantes de lois
$\operatorname{Gamma}(p_i,\lambda)$, la fonction caractéristique de leur somme est
$\prod_{i=1}^n(1-\mathrm{i}t/\lambda)^{-p_i} = (1-\mathrm{i}t/\lambda)^{-\sum_ip_i}$, qui est celle
de $\operatorname{Gamma}(\sum_ip_i,\lambda)$.
Loi du $\chi^2$.
Définition — Loi du $\chi^2$ à $\nu$ degrés de liberté
Soient $\nu\in\nset^*$ et $X_1,\dots,X_\nu$ des variables aléatoires indépendantes de loi
$\gauss(0,1)$. La loi de la variable aléatoire
\[ U = \sum_{i=1}^\nu X_i^2 \]
est appelée loi du $\chi^2$ (khi-deux) centrée à $\nu$ degrés de liberté, et notée
$\chi^2(\nu)$.
Proposition — La loi du $\chi^2$ est une loi Gamma
Si $X\sim\gauss(0,1)$, alors $X^2\sim\operatorname{Gamma}(1/2,1/2)$.
Pour tout $\nu\in\nset^*$, $\chi^2(\nu) = \operatorname{Gamma}(\nu/2,1/2)$ : la loi
$\chi^2(\nu)$ admet pour densité par rapport à $\lleb$
\[ f_\nu(x) = \frac{1}{2^{\nu/2}\,\Gamma(\nu/2)}\,x^{\nu/2-1}\rme^{-x/2}\,\indi{\rset_+^*}(x), \]
et si $U\sim\chi^2(\nu)$, alors $\PE[U] = \nu$ et $\Var(U) = 2\nu$.
Démonstration
(i) Utilisons la méthode de la fonction muette
(§4). Pour $h$ mesurable positive sur $\rset$,
par parité de la densité gaussienne puis par le changement de variable $u = x^2$ sur $\rset_+^*$
($x = \sqrt u$, $\rmd x = \rmd u/(2\sqrt u)$),
\[ \PE\big[h(X^2)\big] = 2\int_0^{+\infty}h(x^2)\,\frac{\rme^{-x^2/2}}{\sqrt{2\pi}}\,\rmd x
= \int_0^{+\infty}h(u)\,\frac{1}{\sqrt{2\pi}}\,u^{-1/2}\rme^{-u/2}\,\rmd u. \]
Comme $\Gamma(1/2) = \sqrt\pi$, on a $1/\sqrt{2\pi} = (1/2)^{1/2}/\Gamma(1/2)$, et la fonction
$u\mapsto\frac{(1/2)^{1/2}}{\Gamma(1/2)}\,u^{1/2-1}\rme^{-u/2}$ est la densité $f_{1/2,1/2}$ de la
loi $\operatorname{Gamma}(1/2,1/2)$.
(ii) Les variables $X_1^2,\dots,X_\nu^2$ sont indépendantes, de loi
$\operatorname{Gamma}(1/2,1/2)$ ; par additivité des lois Gamma de même paramètre $\lambda = 1/2$,
leur somme suit la loi $\operatorname{Gamma}(\nu/2,1/2)$, dont la densité $f_{\nu/2,1/2}$ est celle
annoncée. Enfin $\PE[U] = \sum_{i=1}^\nu\PE[X_i^2] = \nu$ et, par indépendance,
$\Var(U) = \nu\Var(X_1^2) = \nu\big(\PE[X_1^4]-\PE[X_1^2]^2\big) = 2\nu$, d'après les moments de
la loi gaussienne réduite. $\square$
Proposition — Formes quadratiques de vecteurs gaussiens
Soit $X\sim\gauss(\mu,\Sigma)$ un vecteur gaussien de $\rset^n$ dont la matrice de covariance
$\Sigma$ est définie positive. Alors $(X-\mu)^\top\Sigma^{-1}(X-\mu)\sim\chi^2(n)$.
Soient $\sigma > 0$, $Z\sim\gauss(0,\sigma^2\Id_n)$ et $\Pi$ la matrice d'une projection
orthogonale de $\rset^n$ de rang $k\geq 1$. Alors $\|\Pi Z\|^2/\sigma^2\sim\chi^2(k)$.
Démonstration
(i) D'après la proposition de
représentation, $X$ a même loi que $AZ+\mu$ où $A$ est inversible, $AA^\top = \Sigma$ et
$Z\sim\gauss(0,\Id_n)$, dont les coordonnées sont indépendantes de loi $\gauss(0,1)$
(indépendance et décorrélation). Alors
$(X-\mu)^\top\Sigma^{-1}(X-\mu)$ a même loi que
$Z^\top A^\top(AA^\top)^{-1}AZ = Z^\top Z = \sum_{i=1}^nZ_i^2\sim\chi^2(n)$.
(ii) Soit $H = [h_1,\dots,h_k]$ la matrice de taille $n\times k$ dont les colonnes
forment une base orthonormée de l'image de $\Pi$ : on a $H^\top H = \Id_k$ et $\Pi = HH^\top$, les
deux membres étant symétriques, égaux à l'identité sur $\operatorname{Im}(\Pi)$ et nuls sur son
orthogonal. Comme $\Pi$ est symétrique et idempotente,
$\|\Pi Z\|^2 = Z^\top\Pi^\top\Pi Z = Z^\top\Pi Z = Z^\top HH^\top Z = \|H^\top Z\|^2$. La
proposition de transformation affine donne
$H^\top Z\sim\gauss(0,\sigma^2H^\top H) = \gauss(0,\sigma^2\Id_k)$ : le vecteur $H^\top Z/\sigma$
a des coordonnées indépendantes de loi $\gauss(0,1)$, et
$\|\Pi Z\|^2/\sigma^2 = \|H^\top Z/\sigma\|^2\sim\chi^2(k)$. $\square$
Remarque. Si dans (ii) le vecteur $Z$ suit la loi
$\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$ avec $\mu\neq 0$, le même calcul donne $\|\Pi Z\|^2/\sigma^2 = \|E\|^2$
avec $E\sim\gauss(H^\top\mu/\sigma,\Id_k)$. La loi de $\|E\|^2$ ne dépend de $m = H^\top\mu/\sigma$
que par $\|m\|^2 = \|\Pi\mu\|^2/\sigma^2$, car la loi $\gauss(0,\Id_k)$ est invariante par les
transformations orthogonales (transformation
affine) : on l'appelle loi du $\chi^2$ à $k$ degrés de liberté non centrée, de
paramètre de non-centralité $\|\Pi\mu\|^2/\sigma^2$. Elle n'est pas utilisée dans ce
chapitre.
Loi de Student.
Définition — Loi de Student à $r$ degrés de liberté
Soient $r\in\nset^*$, $X\sim\gauss(0,1)$ et $Y\sim\chi^2(r)$ deux variables aléatoires
indépendantes. La loi de la variable aléatoire
\[ T = \frac{X}{\sqrt{Y/r}} \]
est appelée loi de Student à $r$ degrés de liberté, et notée $\operatorname{t}(r)$.
La variable $Y$ est strictement positive presque sûrement, de sorte que $T$ est bien définie. On
montre, par la formule de changement de variables appliquée au couple $(X,Y)$, que la loi
$\operatorname{t}(r)$ admet pour densité
\[ f_r(t) = \frac{\Gamma\big(\frac{r+1}{2}\big)}{\Gamma\big(\frac r2\big)\sqrt{r\pi}}
\Big(1+\frac{t^2}{r}\Big)^{-\frac{r+1}{2}}, \qquad t\in\rset. \]
Cette densité est symétrique et décroît polynomialement : la loi de Student a des queues plus
lourdes que la loi gaussienne. Pour $r = 1$, on retrouve la loi de Cauchy, de densité
$1/(\pi(1+t^2))$, qui n'a pas d'espérance ; lorsque $r\to+\infty$, la loi $\operatorname{t}(r)$
converge vers $\gauss(0,1)$, car $Y/r$ converge vers $1$ en probabilité d'après la loi des grands
nombres. Ces compléments sont démontrés dans l'annexe du polycopié.
7.Théorèmes de Cochran et de Gosset
Les deux théorèmes de cette partie décrivent la loi des projections orthogonales d'un vecteur
gaussien de loi $\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$. Ils sont l'outil des questions gaussiennes de
l'Exercice 3 (PC1) (loi du couple
$(S_n,K_n)$, par le théorème de Gosset) et de
l'Exercice 4 (PC1) (régression linéaire
gaussienne, par le théorème de Cochran), et ils seront réutilisés tout au long du cours pour le
modèle linéaire gaussien.
Théorème — Théorème de Cochran
Soient $X$ un vecteur aléatoire gaussien de $\rset^n$ de loi $\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$, où
$\mu\in\rset^n$, $\sigma > 0$ et $\Id_n$ est la matrice identité de taille $n$, ainsi que
$F_1,\dots,F_m$ des sous-espaces vectoriels de $\rset^n$, orthogonaux deux à deux et de somme
$\rset^n$, de sorte que $\rset^n = F_1\oplus\cdots\oplus F_m$, la somme étant orthogonale. Pour
$1\leq i\leq m$, on note $P_{F_i}$ la matrice de la projection orthogonale sur $F_i$ et $d_i$ la
dimension de $F_i$, avec $d_1+\cdots+d_m = n$. Alors :
les vecteurs aléatoires $P_{F_1}X,\dots,P_{F_m}X$ sont indépendants et de lois respectives
$\gauss(P_{F_1}\mu,\sigma^2P_{F_1}),\dots,\gauss(P_{F_m}\mu,\sigma^2P_{F_m})$ ;
les variables aléatoires réelles
$\|P_{F_1}(X-\mu)\|^2/\sigma^2,\dots,\|P_{F_m}(X-\mu)\|^2/\sigma^2$ sont indépendantes et de lois
respectives $\chi^2(d_1),\dots,\chi^2(d_m)$.
Si l'un des $F_i$ est réduit à $\{0\}$, on convient que $\chi^2(0)$ désigne la masse de Dirac
en $0$.
Théorème — Théorème de Cochran (version simplifiée)
Soient $X\sim\gauss(0_{\rset^n},\Id_n)$, $F$ un sous-espace vectoriel de $\rset^n$ de dimension
$d$, $F^\perp$ son orthogonal, et $P_F$, $P_{F^\perp}$ les matrices des projections orthogonales
sur $F$ et sur $F^\perp$. Alors $P_FX$ et $P_{F^\perp}X$ sont indépendants, de lois respectives
$\gauss(0,P_F)$ et $\gauss(0,P_{F^\perp})$, et $\|P_FX\|^2$ et $\|P_{F^\perp}X\|^2$ sont
indépendantes, de lois respectives $\chi^2(d)$ et $\chi^2(n-d)$.
Cette version est le cas particulier $m = 2$, $\mu = 0$, $\sigma = 1$ du théorème précédent.
Elle lui est en fait équivalente : on passe d'un vecteur $X\sim\gauss(\mu,\sigma^2\Id_n)$ au
vecteur $(X-\mu)/\sigma\sim\gauss(0,\Id_n)$ par la
proposition de transformation affine, et l'on
traite $m$ sous-espaces en appliquant la version simplifiée à $F_1$ et
$F_1^\perp = F_2\oplus\cdots\oplus F_m$, puis en raisonnant par récurrence dans $F_1^\perp$.
Remarque.
L'indépendance affirmée par le théorème est l'indépendance mutuelle de la famille
$(P_{F_1}X,\dots,P_{F_m}X)$, et de même pour les normes, et pas seulement l'indépendance deux à
deux : la loi du $m$-uplet est la loi produit.
Dès que $d_i \lt n$, la matrice $\sigma^2P_{F_i}$ est de rang $d_i \lt n$ : la loi
$\gauss(P_{F_i}\mu,\sigma^2P_{F_i})$ est dégénérée, portée par le sous-espace affine
$P_{F_i}\mu+F_i = F_i$, et n'a pas de densité sur $\rset^n$. C'est ici que la définition générale
des vecteurs gaussiens (§7), qui
n'exige pas l'existence d'une densité, montre son utilité.
Si $P_{F_i}\mu = 0$, c'est-à-dire si $\mu\in F_i^\perp$, alors
$\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2 = \|P_{F_i}X\|^2$ : c'est sous cette forme que le point (ii) est utilisé
dans la démonstration du théorème de Gosset.
Intuition
Si $F_1$ est engendré par les $d_1$ premiers vecteurs de la base canonique, $F_2$ par les $d_2$
suivants, et ainsi de suite, alors $P_{F_1}Z = (Z_1,\dots,Z_{d_1},0,\dots,0)$,
$P_{F_2}Z = (0,\dots,0,Z_{d_1+1},\dots,Z_{d_1+d_2},0,\dots,0)$, etc., et le théorème dit seulement
que des paquets disjoints de coordonnées indépendantes sont indépendants. Le cas général s'y ramène
parce que la loi $\gauss(0,\Id_n)$ ne change pas quand on tourne les axes : dans une base
orthonormée adaptée à la décomposition, les nouvelles coordonnées de $Z$ sont encore indépendantes
de loi $\gauss(0,1)$.
Démonstration du théorème de Cochran
Nous démontrons la version générale du théorème de Cochran.
Base orthonormée adaptée. Les sous-espaces $F_1,\dots,F_m$ étant deux à deux
orthogonaux et de somme $\rset^n$, la réunion de bases orthonormées de $F_1,\dots,F_m$ forme une
base orthonormée $(u_1,\dots,u_n)$ de $\rset^n$, avec $n = d_1+\cdots+d_m$. Notons
$I_i\subset\{1,\dots,n\}$ l'ensemble des indices des vecteurs de cette base qui appartiennent à
$F_i$, de cardinal $d_i$, et $U = [u_1,\dots,u_n]$ la matrice orthogonale ayant ces vecteurs pour
colonnes : $U^\top U = UU^\top = \Id_n$. La projection orthogonale sur $F_i$ s'écrit
$P_{F_i} = \sum_{j\in I_i}u_ju_j^\top$, c'est-à-dire $P_{F_i}x = \sum_{j\in I_i}(u_j^\top x)\,u_j$
pour tout $x\in\rset^n$.
Réduction au cas $\gauss(0,\Id_n)$. Posons $Z\eqdef(X-\mu)/\sigma$ : d'après la
proposition de transformation affine,
$Z\sim\gauss(0,\Id_n)$. Posons ensuite $Y\eqdef U^\top Z$, de coordonnées $Y_j = u_j^\top Z$.
Toujours d'après cette proposition, $Y\sim\gauss(0,U^\top U) = \gauss(0,\Id_n)$ : par la
proposition « Indépendance et
décorrélation », les variables $Y_1,\dots,Y_n$ sont indépendantes, de loi $\gauss(0,1)$.
Indépendance. Pour tout $i$, $P_{F_i}Z = \sum_{j\in I_i}Y_j\,u_j$ est une fonction du
bloc $(Y_j)_{j\in I_i}$. Les ensembles d'indices $I_1,\dots,I_m$ étant disjoints, les blocs
$(Y_j)_{j\in I_1},\dots,(Y_j)_{j\in I_m}$ sont mutuellement indépendants (regroupement par paquets
de variables indépendantes), et il en est donc de même des vecteurs $P_{F_1}Z,\dots,P_{F_m}Z$, puis
des vecteurs $P_{F_i}X = P_{F_i}\mu+\sigma P_{F_i}Z$, $1\leq i\leq m$, qui en sont des fonctions
mesurables. Ceci prouve l'indépendance dans (i), et celle de (ii) puisque
$\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2/\sigma^2 = \|P_{F_i}Z\|^2$ est une fonction de $P_{F_i}Z$.
Lois. Le vecteur $P_{F_i}X$ est l'image de $X$ par l'application linéaire $P_{F_i}$ :
d'après la proposition de transformation
affine,
$P_{F_i}X\sim\gauss(P_{F_i}\mu,\ \sigma^2P_{F_i}\Id_nP_{F_i}^\top) = \gauss(P_{F_i}\mu,\ \sigma^2P_{F_i})$,
car $P_{F_i}$ est symétrique et idempotente. Enfin, la famille $(u_j)_{j\in I_i}$ étant
orthonormée, le théorème de Pythagore donne
\[ \frac{\|P_{F_i}(X-\mu)\|^2}{\sigma^2} = \|P_{F_i}Z\|^2
= \Big\|\sum_{j\in I_i}Y_j\,u_j\Big\|^2 = \sum_{j\in I_i}Y_j^2, \]
somme des carrés de $d_i$ variables indépendantes de loi $\gauss(0,1)$ : sa loi est $\chi^2(d_i)$
par définition, et la masse de Dirac en $0$ si $d_i = 0$. $\square$
Théorème — Théorème de Gosset
Soient $n\geq 2$, $\mu\in\rset$, $\sigma^2 > 0$, et $X_1,\dots,X_n$ des variables aléatoires
indépendantes et identiquement distribuées de loi $\gauss(\mu,\sigma^2)$. On note
\[ \bar X_n\eqdef\frac1n\sum_{i=1}^nX_i, \qquad
S_n^2\eqdef\frac{1}{n-1}\sum_{i=1}^n\big(X_i-\bar X_n\big)^2, \]
la moyenne empirique et la variance empirique corrigée de l'échantillon, et $S_n = \sqrt{S_n^2}$.
Alors :
$\bar X_n\sim\gauss(\mu,\sigma^2/n)$ ;
$(n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$ ;
les variables aléatoires $\bar X_n$ et $S_n^2$ sont indépendantes ;
la variable aléatoire $T_n\eqdef\sqrt n\,\dfrac{\bar X_n-\mu}{S_n}$ suit la loi de Student
$\operatorname{t}(n-1)$.
Démonstration du théorème de Gosset
Posons $X = (X_1,\dots,X_n)^\top$. D'après le
lemme de stabilité (ii), un vecteur à
coordonnées gaussiennes indépendantes est gaussien : $X\sim\gauss(\mu\bigone_n,\sigma^2\Id_n)$, où
$\bigone_n = (1,\dots,1)^\top$. Appliquons le
théorème de Cochran à la décomposition orthogonale
$\rset^n = F\oplus F^\perp$ avec $F\eqdef\rset\bigone_n$, de dimension $1$, et
$F^\perp = \{x\in\rset^n : x_1+\cdots+x_n = 0\}$, de dimension $n-1$. La projection orthogonale sur
$F$ est $P_F = \frac1n\bigone_n\bigone_n^\top$, puisque $\bigone_n/\sqrt n$ est un vecteur unitaire
de $F$, de sorte que
\[ \begin{aligned} &P_FX = \bar X_n\,\bigone_n, \qquad P_{F^\perp}X = X-\bar X_n\bigone_n = \big(X_1-\bar X_n,\dots,X_n-\bar X_n\big)^\top, \\
&\|P_{F^\perp}X\|^2 = (n-1)S_n^2. \end{aligned} \]
Comme $\mu\bigone_n\in F$, on a $P_{F^\perp}(\mu\bigone_n) = 0$, donc
$P_{F^\perp}(X-\mu\bigone_n) = P_{F^\perp}X$.
(iii) Le théorème de Cochran affirme que $P_FX$ et $P_{F^\perp}X$ sont indépendants ;
or $\bar X_n = \frac1n\bigone_n^\top P_FX$ est une fonction de $P_FX$ et
$S_n^2 = \|P_{F^\perp}X\|^2/(n-1)$ une fonction de $P_{F^\perp}X$ : elles sont indépendantes.
(ii) Toujours par le théorème de Cochran,
$\|P_{F^\perp}(X-\mu\bigone_n)\|^2/\sigma^2 = (n-1)S_n^2/\sigma^2\sim\chi^2(n-1)$.
(i) $\bar X_n = \frac1n\bigone_n^\top X$ est l'image de $X$ par une application
linéaire : d'après la proposition de transformation
affine,
$\bar X_n\sim\gauss\big(\frac1n\bigone_n^\top\mu\bigone_n,\ \frac{\sigma^2}{n^2}\bigone_n^\top\Id_n\bigone_n\big)
= \gauss(\mu,\sigma^2/n)$.
(iv) Posons $G\eqdef\sqrt n(\bar X_n-\mu)/\sigma$ et $Y\eqdef(n-1)S_n^2/\sigma^2$.
D'après (i), $G\sim\gauss(0,1)$ ; d'après (ii), $Y\sim\chi^2(n-1)$ ; d'après (iii), $G$ et $Y$
sont indépendantes, comme fonctions de $\bar X_n$ et de $S_n^2$. Or
\[ T_n = \sqrt n\,\frac{\bar X_n-\mu}{S_n}
= \frac{\sqrt n(\bar X_n-\mu)/\sigma}{\sqrt{S_n^2/\sigma^2}} = \frac{G}{\sqrt{Y/(n-1)}}, \]
qui suit la loi $\operatorname{t}(n-1)$ par
définition de la loi de Student. $\square$
Dans l'Exercice 3 (PC1), les
statistiques $S_n = \sum_{i=1}^nX_i$ et $K_n = \sum_{i=1}^n(X_i-n^{-1}S_n)^2$ s'écrivent
$S_n = n\bar X_n$ et $K_n = (n-1)S_n^2$ avec les notations du théorème de Gosset (attention, dans
l'exercice, la lettre $S_n$ désigne la somme des observations et non l'écart-type empirique) : le
théorème donne directement la loi du couple $(S_n,K_n)$, donc le modèle induit. Dans
l'Exercice 4 (PC1), le théorème de Cochran
s'applique à la décomposition de $\rset^n$ en l'image de la matrice des variables explicatives et
son orthogonal.
▶
Projeter une gaussienne sur deux directions orthogonales interactif
Un nuage gaussien, de covariance $\Id_2$, diagonale ou non, est projeté sur une base orthonormée $(u_\theta, u_\theta^\perp)$ que vous faites tourner à la souris ; à côté, le couple des coordonnées avec les densités de ses marginales et sa matrice de covariance $R_\theta^\top\Sigma R_\theta$. Pour $\Sigma = \Id_2$ les coordonnées restent indépendantes quelle que soit l'orientation (théorème de Cochran) ; sinon, elles ne le sont que si la base est formée de vecteurs propres de $\Sigma$.
Sur trois mille échantillons de taille $n$, vous voyez que $\bar X_n$ et $S_n^2$ sont indépendants pour des observations gaussiennes, et que $\sqrt{n}(\bar X_n-\mu)/S_n$ suit la loi de Student à $n-1$ degrés de liberté, aux queues plus lourdes que la loi normale ; avec d'autres lois, l'indépendance et la loi de Student sont perdues.
Le théorème de Radon-Nikodym montre que le modèle $\modelecanon$ est dominé par $\mu$ si et
seulement si toute loi $\loi\in\mathcal{C}$ est absolument continue par rapport à $\mu$. Mesures
de référence usuelles : la mesure de Lebesgue $\lleb$ (lois « à densité » classiques) et les
mesures de comptage (lois discrètes). La mesure de domination n'est pas unique, mais ce choix n'affecte pas les quantités utilisées en statistique (rapports de densités, vraisemblance) : deux densités relatives à deux mesures dominantes diffèrent d'un facteur multiplicatif qui ne dépend pas de $\param$ ; voir dans les Compléments, où l'on trouve aussi des exemples de modèles non dominés.
9.Compléments de théorie de la mesure
Les notions rappelées ici interviennent dès la définition d'un modèle statistique : la tribu
borélienne $\borel(\rset^n)$ des exemples des tailles et de l'échantillon gaussien, et les mesures
à densité $\loidens\cdot\mu$ de la définition d'un modèle
dominé. Elles sont développées dans l'annexe de théorie de la mesure du polycopié ; nous nous
contentons ici d'en rappeler les énoncés.
Tribu engendrée, tribu borélienne. Soit $\mathsf{E}$ un ensemble. L'ensemble
$\mathcal{P}(\mathsf{E})$ de toutes les parties de $\mathsf{E}$ est une tribu, et l'intersection
d'une famille quelconque de tribus sur $\mathsf{E}$ est encore une tribu. Étant donnée une classe
$\mathcal{C}$ de parties de $\mathsf{E}$, on peut donc parler de la plus petite tribu contenant
$\mathcal{C}$.
Définition — Tribu engendrée, tribu borélienne
Soit $\mathcal{C}\subset\mathcal{P}(\mathsf{E})$. La tribu engendrée par $\mathcal{C}$
est l'intersection de toutes les tribus sur $\mathsf{E}$ contenant $\mathcal{C}$ ; on la note
$\sigma(\mathcal{C})$.
Soient $\mathsf{E}$ un espace topologique et $\mathcal{O}$ la classe de ses ouverts. La tribu
$\sigma(\mathcal{O})$ s'appelle la tribu borélienne de $\mathsf{E}$ et se note
$\borel(\mathsf{E})$.
La tribu borélienne est aussi engendrée par les fermés. Dans ce cours, l'espace topologique est
presque toujours $\rset^d$ muni de sa topologie usuelle (celle de la distance euclidienne) ; la
tribu $\borel(\rset^d)$ est alors aussi engendrée par les boules, par les pavés, et même par les
pavés à coordonnées rationnelles (cette dernière famille ayant l'avantage d'être dénombrable). Elle
coïncide avec la tribu produit $\borel(\rset)^{\otimes d}$ du
§1, ce qui justifie que le $n$-échantillon d'un
modèle sur $(\rset,\borel(\rset))$ ait pour espace des observations $(\rset^n,\borel(\rset^n))$.
Enfin, toute application continue de $\rset^d$ dans $\rset^k$ est mesurable pour les tribus
boréliennes : les statistiques usuelles (moyenne empirique, maximum, médiane empirique) sont donc
bien des applications mesurables.
Mesures à densité, absolue continuité.
Définition — Mesure à densité, absolue continuité, domination
Soient $(\mathsf{E},\mathcal{E})$ un espace mesurable et $\mu$ une mesure sur $\mathcal{E}$.
Pour toute fonction mesurable positive $f$, l'application $\nu : B\mapsto\int_B f\,\rmd\mu$ est
une mesure sur $\mathcal{E}$, appelée mesure de densité $f$ par rapport à $\mu$ et notée
$\nu = f\cdot\mu$. Pour toute fonction mesurable positive $h$, on a alors
$\int h\,\rmd\nu = \int hf\,\rmd\mu$.
Une mesure $\nu$ sur $\mathcal{E}$ est dite absolument continue par rapport à $\mu$,
ce que l'on note $\nu\ll\mu$, si pour tout $B\in\mathcal{E}$, $\mu(B) = 0$ implique $\nu(B) = 0$.
On dit aussi que $\mu$ domine $\nu$.
Une mesure à densité $f\cdot\mu$ est absolument continue par rapport à $\mu$ : l'intégrale de
$f$ sur un ensemble $\mu$-négligeable est nulle. Le théorème de Radon-Nikodym affirme la
réciproque, sous l'hypothèse que $\mu$ est $\sigma$-finie, c'est-à-dire que $\mathsf{E}$ est
réunion dénombrable d'ensembles de $\mu$-mesure finie : c'est le cas de la mesure de Lebesgue sur
$\rset^d$, des mesures de comptage sur les ensembles dénombrables et de toutes les mesures
finies.
Théorème — Radon-Nikodym
Soient $\mu$ une mesure $\sigma$-finie sur un espace mesurable $(\mathsf{E},\mathcal{E})$ et
$\nu$ une mesure absolument continue par rapport à $\mu$. Il existe une fonction mesurable
positive $f$, unique à un ensemble $\mu$-négligeable près, telle que $\nu = f\cdot\mu$. Cette
fonction est appelée densité (ou dérivée de Radon-Nikodym) de $\nu$ par rapport
à $\mu$ et se note $f = \frac{\rmd\nu}{\rmd\mu}$. De plus,
$f$ est $\mu$-presque partout finie si et seulement si $\nu$ est $\sigma$-finie ;
$f$ est $\mu$-intégrable si et seulement si $\nu$ est une mesure finie.
Ce théorème est admis dans ce cours ; il est énoncé et commenté dans l'annexe du polycopié.
Appliqué à une loi de probabilité $\loi$, qui est une mesure finie, il dit que $\loi$ admet une
densité par rapport à $\mu$ si et seulement si $\loi\ll\mu$, la densité étant alors
$\mu$-intégrable et d'intégrale $1$. C'est ce qui justifie l'équivalence rappelée au
§3 : le modèle $\modelecanon$ est dominé par la
mesure $\sigma$-finie $\mu$ si et seulement si toute loi $\loi\in\mathcal{C}$ est absolument
continue par rapport à $\mu$. Ainsi, la loi $\gauss(m,\sigma^2)$ avec $\sigma^2 > 0$ et la mesure
de Lebesgue $\lleb$ sont absolument continues l'une par rapport à l'autre, car la densité
gaussienne est strictement positive ; en revanche, la masse de Dirac $\delta_a$ n'est pas
absolument continue par rapport à $\lleb$, puisque $\lleb(\{a\}) = 0$ alors que
$\delta_a(\{a\}) = 1$ : elle n'admet pas de densité par rapport à $\lleb$. Nous retrouverons cette
situation avec les lois gaussiennes dégénérées du §7.
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent aux outils mathématiques du chapitre, avec les démonstrations que la page replie.
Les contenus de cette partie ne sont pas exigibles à l'examen. Ils correspondent à des exemples plus avancés. Je recommande à ceux qui veulent approfondir leur culture statistique de les parcourir, un peu comme les exercices non traités en cours.
1.Exemples introductifs supplémentaires
Avant de procéder à la construction mathématique d'un modèle statistique, il est utile d'avoir en
tête quelques exemples de problèmes concrets de statistique. Ceux qui suivent complètent les exemples de
la partie principale (pile ou face, tailles, modèle de
sondage).
Sondage
Une élection entre deux candidats $A$ et $B$ a lieu : on effectue un sondage à la sortie des urnes.
On interroge $n$ votants, le nombre $n$ étant considéré comme petit devant le nombre total de votants,
et on obtient ainsi les nombres $n_A$ et $n_B$ de voix pour les candidats $A$ et $B$ respectivement
($n_A + n_B = n$, en ne tenant pas compte des votes blancs ou nuls pour simplifier). Les questions
naturelles auxquelles nous tâcherons de répondre sont typiquement les suivantes.
Quelle est la proportion d'électeurs ayant voté pour le candidat $A$ ?
Peut-on affirmer que $A$ ou $B$ a gagné au vu de $n_A$ et $n_B$ seulement ?
Si l'on décide d'annoncer $A$ (ou $B$) vainqueur, comment quantifier l'erreur de décision ?
Le modèle statistique associé à ce sondage, dans le cas d'un tirage avec remise, est construit dans
l'exemple « Modèle de sondage » de la partie
principale ; le cas d'un tirage sans remise est traité ci-dessous.
Reconstruction d'un signal (et d'une image)
On souhaite apprendre une fonction $t\mapsto f(t)$ à partir de relevés bruités $y_k$,
$k = 1,\dots,n$, des valeurs $f(kT_e)$ aux instants multiples de $T_e$ sur $[0,T]$
($n = \lfloor T/T_e\rfloor$). « Estimer » $f$ signifie construire
$t\mapsto \widehat f(t; \{y_k\})$ ne dépendant que de l'échantillon, proche de $f$ en un sens
à préciser. La difficulté dépend de la période d'échantillonnage, du rapport signal/bruit et de
la « complexité » de $f$ : une fonction constante ou affine sera plus facile à reconstruire
qu'une fonction très irrégulière.
Accélération de la tête en fonction du temps suite à un impact.
Même problème en dimension 2 : $f$ définie sur $[0,1]^2$ représente une image, discrétisée en
$n = N^2$ pixels ; les $y_{k,\ell}$ sont des mesures bruitées de $f(k/N,\ell/N)$. On cherche à
reconstruire l'image ou à décider si une caractéristique y est présente.
Modèle gaussien associé. En modélisant $f(t) = \sum_{k=1}^p \beta_k\phi_k(t)$
(combinaison de fonctions de base connues) et les erreurs comme des gaussiennes centrées de même
variance $\sigma^2$, on obtient le modèle dominé
\[ \Big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{p_\param\cdot\lleb^{\otimes n} : \param\in\rset^p\times\rset_+^*\}\Big), \]
\[ p_\param(x) = (2\pi\sigma^2)^{-n/2}\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n\big(x_i - \textstyle\sum_k \beta_k\phi_k(iT_e)\big)^2\Big). \]
Influence d'une variable sur une autre (greffon de rein)
On s'intéresse à étudier le lien entre la qualité d'un greffon de rein (caractérisée par une note
agrégeant un certain nombre de caractéristiques) et l'âge du donneur. On considère une population de
$n$ donneurs potentiels. Pour chaque donneur $i\in\{1,\dots,n\}$, on note $x_i$ son âge et $y_i$ la
qualité du greffon.
Qualité d'un greffon de rein en fonction de l'âge du donneur (données du laboratoire de
néphrologie du Dr B. Myers, Université de Stanford).
Il est bien entendu irréaliste de postuler l'existence d'une fonction $f:\rset\to\rset$ telle que
$y = f(x)$. Toutefois, il est raisonnable d'introduire un modèle statistique exprimant que $y_i$ est
en partie expliquée par $x_i$ ; ce qui peut être fait en exprimant que chaque mesure $y_i$ est une
observation dans un bruit de mesure de $f(x_i)$, où $f$ est une fonction inconnue. Le problème du
statisticien sera ici de reconstruire la fonction de régression $f$ et de caractériser
l'erreur de modélisation.
Le problème est proche de celui de la reconstruction d'un signal (voir ci-dessus), à ceci près que
les points $kT_e$ sont remplacés par les âges $x_i$. Les variables explicatives $x_i$ ne sont pas
nécessairement scalaires : on peut ainsi remplacer $x_i$ par un vecteur $\mathbf{x}_i\in\rset^k$ qui
collecte un ensemble de variables explicatives possibles. Dans ce cas, $f$ est une fonction
$\rset^k\to\rset$.
On peut, si cette information est disponible, incorporer une information a priori sur la fonction
$f$ : par exemple, postuler que la fonction $f$ est de la forme
$f(\mathbf{x}) = t(\langle\boldsymbol\param,\mathbf{x}\rangle)$, où $t:\rset\to\rset$ est une fonction
connue et $\boldsymbol\param = (\param_1,\dots,\param_k)^\top\in\rset^k$ sont des paramètres inconnus.
Dans les cas les plus élémentaires, $t(z) = z$, et on parle de régression linéaire. Il est bien
entendu possible de considérer des modèles de régression plus généraux incorporant explicitement des
non-linéarités et des interactions entre les différentes variables explicatives. La nature des
informations exploitables pour construire un tel modèle dépend naturellement fortement des
applications considérées. Nous reviendrons dans la suite sur l'importance centrale des modèles en
statistique et des méthodes pour construire de tels modèles.
Il existe aussi des situations où $y_i$ est une variable qualitative, c'est-à-dire ne
prenant qu'un nombre fini de valeurs (instances). On peut penser que le risque d'être victime d'un
infarctus est influencé par un ensemble de facteurs : consommation de tabac, d'alcool, taux de
cholestérol, indice de masse corporelle, âge, terrain familial, pression artérielle, ces différents
facteurs étant eux-mêmes souvent liés.
2.Sondage sans remise et loi hypergéométrique
Développer
Reprenons l'exemple du sondage et le
modèle de sondage de la partie principale, et
supposons maintenant que les tirages sont sans replacement. On dispose d'une population de $N$
individus ($N$ est typiquement très grand). On veut introduire un modèle qui exprime que dans la
population, $N\param$ individus votent pour le candidat $A$, où
$\param\in\Param\eqdef\{k/N : k\in\{0,\dots,N\}\}$. L'espace des observations est
$\Zset\eqdef\{0,\dots,n\}$ et $\Zsigma\eqdef\mathcal{P}(\Zset)$. La loi des observations est cette
fois donnée par
\[ \loi_\param(\{k\}) = \begin{cases}
\dfrac{\binom{N\param}{k}\binom{N-N\param}{n-k}}{\binom{N}{n}}, &
\text{si } k\in\{\max(n-N(1-\param),0),\dots,\min(N\param,n)\}, \\[1ex]
0, & \text{si } k\notin\{\max(n-N(1-\param),0),\dots,\min(N\param,n)\}.
\end{cases} \]
C'est le nombre de façons de choisir $k$ individus dans une population de taille $N\param$, puis
indépendamment $(n-k)$ individus dans une population de taille $N(1-\param)$, divisé par le nombre
total de façons de choisir $n$ individus parmi $N$. La loi $\loi_\param$ définie ci-dessus est
appelée hypergéométrique, notée $\hyper(N\param,N,n)$.
3.Données censurées
Exemple — Contrôle de qualité, données censurées
On cherche, en laboratoire, à tester la fiabilité d'un dispositif. On fait fonctionner en parallèle
$n$ appareils jusqu'à ce qu'ils tombent tous en panne. On note $x_1,\dots,x_n$ les instants de panne
observés. On cherche alors à obtenir des informations sur la fiabilité du dispositif, par exemple
garantir qu'avec une probabilité donnée, le système fonctionnera plus qu'un temps $T$ donné ;
donner une valeur « représentative » de la durée de vie du dispositif.
Répondre à ces deux questions nécessite bien entendu de formaliser ce qu'on entend ici par
probabilité ou « valeur représentative ». Nous nous y attacherons dans la suite de l'exposé.
Si les appareils sont fiables et que le nombre $n$ d'appareils testés est grand, attendre que tous
les dispositifs soient tombés en panne peut s'avérer impossible. Une idée fréquemment utilisée en
fiabilité est de fixer a priori un temps terminal $\tau$ et d'observer les temps de défaillance des
systèmes apparaissant avant l'horizon $\tau$, ce qui revient à observer
$x^\star_i = \min\{x_i,\tau\}$, pour $i\in\{1,\dots,n\}$. Une question importante consiste à
quantifier la perte d'information associée à l'horizon $\tau$ dans cette seconde expérience plus
réaliste.
Exemple — Modèle exponentiel censuré (domination par $\lleb+\delta_\tau$)
Pour l'exemple du contrôle de qualité, un modèle classique de durée de vie est fourni par la famille
de lois exponentielles de paramètre $\param\in\rset_+^*$, de densité par rapport à la mesure de
Lebesgue $\lleb$ donnée par
\[ \altloidens_\param(x) \eqdef \param\rme^{-\param x}\indi{\rset_+}(x). \]
Le $n$-échantillon du modèle statistique
$\big(\rset_+,\ \borel(\rset_+),\ \{\altloidens_\param\cdot\lleb : \param\in\Param\eqdef\rset_+^*\}\big)$
est
\[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\altloidens_\param^{\otimes n}\cdot\lleb^{\otimes n} : \param\in\Param\}\Big), \]
où $\lleb^{\otimes n}$ est la mesure de Lebesgue sur $\rset^n$ et
\[ \altloidens_\param^{\otimes n}(x_1,\dots,x_n) = \prod_{i=1}^n \altloidens_\param(x_i). \]
Pour tout $\param\in\Param$, sous $\loi_\param$, les observations $(X_1,\dots,X_n)$, définies par
$X_i(x_1,\dots,x_n) = x_i$ pour tout $i\in\{1,\dots,n\}$ et $(x_1,\dots,x_n)\in\rset_+^n$, sont
indépendantes. Pour tout $i$, le modèle statistique induit par $X_i$ est
\[ \big(\rset_+,\ \borel(\rset_+),\ \{\altloidens_\param\cdot\lleb : \param\in\Param\eqdef\rset_+^*\}\big). \]
Supposons que les observations $(X_1,\dots,X_n)$ soient censurées à un instant terminal $\tau$
connu. Pour $i\in\{1,\dots,n\}$, nous considérons les statistiques
\[ X_i^* \eqdef \min(X_i,\tau), \qquad i\in\{1,\dots,n\}. \]
Pour $\param\in\Param$, notons $\altloi_\param^*$ la loi image $\altloi_\param^{X_i^*}$. Le modèle
statistique induit par la variable $X_i^*$ est donc
\[ \big([0,\tau],\ \borel([0,\tau]),\ \{\altloi_\param^* : \param\in\Param\}\big). \]
Notons que la loi $\altloi_\param^*$ n'est pas absolument continue par rapport à la mesure de
Lebesgue. En revanche, la famille $\{\altloi_\param^* : \param\in\Param\}$ est dominée par
$\mu = \lleb + \delta_\tau$, où $\delta_\tau$ désigne la mesure de Dirac en $\tau$. Pour tout
$\param\in\Param$, la densité de $\altloi_\param^*$ par rapport à $\mu$ est donnée par
\[ \altloidens_\param^*(x) \eqdef \param\rme^{-\param x}\indi{\{x \lt \tau\}} + c(\param)\indi{\{x = \tau\}},
\qquad \text{avec } c(\param) \eqdef \int_\tau^{+\infty}\param\rme^{-\param t}\rmd t = \rme^{-\param\tau}. \]
Le modèle statistique induit par $(X_1^*,\dots,X_n^*)$ est donc donné par
\[ \Big([0,\tau]^n,\ \borel([0,\tau]^n),\ \{(\altloidens_\param^*)^{\otimes n}\cdot\mu^{\otimes n} : \param\in\Param\}\Big). \]
C'est un $n$-échantillon du modèle statistique
$\big([0,\tau],\ \borel([0,\tau]),\ \{\altloidens_\param^*\cdot\mu : \param\in\Param\}\big)$.
▶
Visualiser la censure interactif
Histogramme des $\min(X_i,\tau)$ : l'atome en $\tau$ grossit quand $\tau$ diminue.
Une nouvelle molécule anti-cancéreuse est en cours de développement. Pour déterminer la dose à
administrer aux futurs patients, un « bio-essai » est mené. Celui-ci consiste à injecter des doses
croissantes $x_1 \lt \dots \lt x_q$ de cette molécule à des populations de $n_1,n_2,\dots,n_q$ souris
et à mesurer dans chaque population le nombre de souris $y_i$ qui décèdent. On dispose donc de $q$
couples de données $\{(x_i,y_i)\}_{i=1}^q$. Rappelons tout d'abord que la loi binomiale $\bin(n,\pi)$,
$\pi\in\,]0,1[$, est la loi sur $\{0,\dots,n\}$ de densité par rapport à la mesure de comptage donnée
par
\[ k \mapsto \binom{n}{k}\pi^k(1-\pi)^{n-k}, \qquad k\in\{0,\dots,n\}. \]
L'application
\[ \pi \mapsto \logit(\pi) = \log\Big(\frac{\pi}{1-\pi}\Big) \]
est appelée « application logit ». C'est une fonction croissante,
$\lim_{\pi\downarrow 0^+}\logit(\pi) = -\infty$ et $\lim_{\pi\uparrow 1^-}\logit(\pi) = +\infty$.
Les chercheurs postulent un lien linéaire entre la dose $x$ et le taux de mortalité. Pour chaque
population individuelle $i\in\{1,\dots,q\}$, nous postulons donc le modèle statistique binomial
\[ \mathcal{E}_i \eqdef \Big(\{0,\dots,n_i\},\ \mathcal{P}(\{0,\dots,n_i\}),\
\{\bin(n_i,\pi(\param,x_i)) : \param = (\param_0,\param_1)\in\Param = \rset^2\}\Big) \]
où
\[ \pi(\param,x) \eqdef \frac{\exp(\param_0+\param_1 x)}{1+\exp(\param_0+\param_1 x)}. \]
On vérifie aisément que
\[ \logit(\pi(\param,x)) = \param_0 + \param_1 x. \]
Considérons le modèle statistique
\[ \Big(\prod_{i=1}^q\{0,\dots,n_i\},\ \mathcal{P}\Big(\prod_{i=1}^q\{0,\dots,n_i\}\Big),\
\Big\{\bigotimes_{i=1}^q \bin(n_i,\pi(\param,x_i)) : \param\in\Param\Big\}\Big). \]
Pour $i\in\{1,\dots,q\}$, on note $Y_i$ la $i$-ème observation, qui est la statistique définie, pour
tout $z = (y_1,\dots,y_q)\in\Zset$, par $Y_i(z) = y_i$. Pour tout $\param\in\Param$, sous
$\loi_\param$, les observations $(Y_1,\dots,Y_q)$ sont indépendantes et le modèle induit par chaque
observation $Y_i$ est le modèle binomial $\mathcal{E}_i$. Par abus de langage, nous dirons que « les
observations $(Y_1,\dots,Y_q)$ sont indépendantes et pour $i\in\{1,\dots,q\}$, $Y_i$ est distribuée
suivant le modèle binomial de paramètre $\pi(\param,x_i)$ ».
5.Exemples détaillés développés en cours (annexe des slides)
Les slides du cours 1 se terminent par trois exemples développés en annexe : un modèle de survie,
un modèle de régression pour des données de température et une formalisation statistique des systèmes
de recommandation. Vous les retrouverez ci-dessous avec le même niveau de détail que dans les slides,
quelques coquilles de ces dernières étant corrigées au passage. Ces exemples mettent en œuvre les
notions du chapitre (modèle dominé, $n$-échantillon, modèle induit, identifiabilité) et anticipent
sur les méthodes d'estimation du cours 2.
Modèles de survie
Exemple — Modèle de survie
Un modèle classique de durée de vie est fourni par la famille des lois exponentielles de paramètre
$\param\in\rset_+^*$, de densité par rapport à la mesure de Lebesgue $\lleb$ donnée par
\[ \altloidens_\param(x) \eqdef \param\rme^{-\param x}\indi{\rset_+}(x). \]
Le $n$-échantillon du modèle statistique
$\big(\rset_+,\borel(\rset_+),\{\altloidens_\param\cdot\lleb : \param\in\Param\eqdef\rset_+^*\}\big)$ est
\[ \Big(\rset_+^n,\ \borel(\rset_+^n),\ \{\loi_\param \eqdef \altloidens_\param^{\otimes n}\cdot\lleb^{\otimes n}
: \param\in\Param\}\Big), \]
où $\lleb^{\otimes n}$ est la mesure de Lebesgue sur $\rset^n$ et
\[ \altloidens_\param^{\otimes n}(x_1,\dots,x_n) \eqdef \prod_{i=1}^n \altloidens_\param(x_i)
= \param^n\exp\Big(-\param\sum_{i=1}^n x_i\Big)\,\indi{\rset_+^n}(x_1,\dots,x_n). \]
L'observation $(X_1,\dots,X_n)$ est définie par $X_i(x_1,\dots,x_n)\eqdef x_i$ pour tout
$i\in\{1,\dots,n\}$ et $(x_1,\dots,x_n)\in\rset_+^n$. D'après le
lemme du $n$-échantillon, pour tout
$\param\in\Param$, les statistiques $X_i$ et $X_j$ sont indépendantes sous $\loi_\param$ pour
$i\neq j$, et le modèle statistique induit par $X_i$ est
\[ \big(\rset_+,\ \borel(\rset_+),\ \{\altloidens_\param\cdot\lleb : \param\in\Param\}\big). \]
Absence de mémoire. Pour tous $a,b>0$ et $\param\in\Param$, comme
$\loi_\param(X_1\geq a) = \int_a^{+\infty}\param\rme^{-\param x}\rmd x = \rme^{-a\param}$,
\[ \loi_\param(X_1\geq a+b \mid X_1\geq a) = \frac{\loi_\param(X_1\geq a+b)}{\loi_\param(X_1\geq a)}
= \frac{\rme^{-(a+b)\param}}{\rme^{-a\param}} = \rme^{-b\param} = \loi_\param(X_1\geq b). \]
Un dispositif qui a déjà fonctionné pendant une durée $a$ a donc la même loi de durée de vie
résiduelle qu'un dispositif neuf : le modèle exponentiel ne rend pas compte de l'usure.
Lemme — Moments de la loi exponentielle
Pour tout $\param\in\rset_+^*$ et tout $k\in\nset^*$, $\PE_\param[X_1^k] = k!/\param^k$.
Démonstration
La fonction génératrice des moments de $X_1$ est finie pour $|s|\lt\param$ et vaut
\[ \begin{aligned}
\PE_\param[\rme^{sX_1}] &= \int_0^{+\infty}\rme^{sx}\,\param\rme^{-\param x}\rmd x
= \param\int_0^{+\infty}\rme^{-(\param-s)x}\rmd x \\
&= \frac{\param}{\param-s} = \frac{1}{1-s/\param} = \sum_{k=0}^{+\infty}\frac{s^k}{\param^k}.
\end{aligned} \]
D'autre part, en développant l'exponentielle en série entière, $\rme^{sX_1} = \sum_{k\geq 0}s^kX_1^k/k!$,
et l'interversion de la somme et de l'espérance est licite puisque
$\sum_{k\geq 0}|s|^kX_1^k/k! = \rme^{|s|X_1}$ est $\loi_\param$-intégrable pour $|s|\lt\param$. Ainsi
\[ \PE_\param[\rme^{sX_1}] = \sum_{k=0}^{+\infty}\frac{s^k}{k!}\,\PE_\param[X_1^k]. \]
En identifiant les coefficients des deux développements en série entière, valables sur
$]-\param,\param[$, on obtient directement $\PE_\param[X_1^k] = k!/\param^k$ pour tout
$k\in\nset^*$. $\square$
Construction d'estimateurs par la méthode des moments. Considérons les fonctions
$T(x) = x$ et $\tilde T(x) = x^2$. D'après le lemme précédent,
\[ \begin{aligned}
e(\param) &\eqdef \int T(x)\,\altloi_\param(\rmd x) = \int_0^{+\infty}x\,\param\exp(-\param x)\rmd x = \frac{1}{\param}, \\
\tilde e(\param) &\eqdef \int \tilde T(x)\,\altloi_\param(\rmd x) = \int_0^{+\infty}x^2\,\param\exp(-\param x)\rmd x = \frac{2}{\param^2}.
\end{aligned} \]
Les estimateurs des moments associés sont les solutions en $\param$ des équations obtenues en
remplaçant les moments théoriques $e(\param)$ et $\tilde e(\param)$ par leurs contreparties empiriques :
\[ e(\param) = \frac{1}{\param} = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i \quad\text{et}\quad
\tilde e(\param) = \frac{2}{\param^2} = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i^2. \]
Bien entendu, chacun des moments utilisés donne dans ce contexte un estimateur différent. Ces
équations ont des solutions uniques dans $\rset_+^*$ (dès que les observations ne sont pas toutes
nulles, ce qui est le cas $\loi_\param$-presque sûrement) :
\[ \hat\param_{n,1} \eqdef \frac{1}{\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i} \quad\text{et}\quad
\hat\param_{n,2} \eqdef \left(\frac{2}{\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i^2}\right)^{1/2}. \]
Comparaison des estimateurs $\hat\param_{n,1} = 1/(n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i)$ et
$\hat\param_{n,2} = \big(2/(n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i^2)\big)^{1/2}$ : boîtes à moustaches des valeurs
prises par chacun des deux estimateurs sur un grand nombre d'échantillons simulés de taille $n$ sous
$\loi_\param$, pour $\param = 1$. Les deux estimateurs se concentrent autour de la vraie valeur du
paramètre, mais $\hat\param_{n,2}$ est nettement plus dispersé que $\hat\param_{n,1}$.
▶
Deux estimateurs des moments (loi exponentielle) interactif
Boxplots interactifs de $\hat\param_{n,1}$ et $\hat\param_{n,2}$, slider $n$.
Pour étudier ces estimateurs, nous utilisons les lois Gamma (voir aussi
Bases de maths §5).
Définition — Lois Gamma
Pour tout réel $p>0$, on appelle loi Gamma réduite de paramètre de forme $p$ (et l'on
note $\operatorname{Gamma}(p)$) la loi sur $\rset_+$ de densité
\[ f_p(x) \eqdef \frac{1}{\Gamma(p)}\exp(-x)\,x^{p-1}, \quad x>0, \]
où $\Gamma(p) \eqdef \int_0^{+\infty}\rme^{-x}x^{p-1}\rmd x$ est la fonction Gamma d'Euler.
Pour $\lambda>0$, on appelle $\operatorname{Gamma}(p,\lambda)$ la loi de $X = Z/\lambda$ où
$Z\sim\operatorname{Gamma}(p)$ ; $\lambda$ est le paramètre d'intensité (l'échelle est
$1/\lambda$) et $p$ le paramètre de forme. La densité de la loi $\operatorname{Gamma}(p,\lambda)$
est donnée par
\[ f_{p,\lambda}(x) = \frac{\lambda^p}{\Gamma(p)}\exp(-\lambda x)\,x^{p-1}, \quad x>0. \]
La loi exponentielle d'intensité $\lambda>0$ est la loi $\operatorname{Gamma}(1,\lambda)$. Si
$Z\sim\operatorname{Gamma}(p)$, alors pour tout $r>-p$,
\[ \PE[Z^r] = \frac{1}{\Gamma(p)}\int_0^{+\infty}\rme^{-x}x^{p+r-1}\rmd x = \frac{\Gamma(p+r)}{\Gamma(p)}, \]
l'intégrale étant divergente pour $r\leq -p$. Par changement d'échelle, si
$X\sim\operatorname{Gamma}(p,\lambda)$, alors $\PE[X^r] = \lambda^{-r}\,\Gamma(p+r)/\Gamma(p)$ pour
$r>-p$.
Lemme — Convolution des lois Gamma
Soient $X_1,\dots,X_n$ des variables aléatoires indépendantes distribuées suivant des lois
$\operatorname{Gamma}(p_i,\lambda)$, avec $\lambda>0$ et $p_i>0$ pour $i\in\{1,\dots,n\}$. Alors
$\sum_{i=1}^n X_i$ est distribuée suivant la loi $\operatorname{Gamma}(\sum_{i=1}^n p_i,\lambda)$.
Ce lemme se démontre par récurrence sur $n$, par exemple avec la méthode de la fonction muette
(Bases de maths §4). En particulier, la somme
$X_1+X_2$ de deux variables aléatoires exponentielles indépendantes et de même paramètre
$\param$ suit une loi $\operatorname{Gamma}(2,\param)$ : en notant $\star$ le produit de
convolution, $\expo(\param)\star\expo(\param) = \operatorname{Gamma}(2,\param)$.
Proposition — Biais et erreur quadratique du premier estimateur des moments
Pour tout $\param\in\Param$, sous $\loi_\param$, $\sum_{i=1}^n X_i\sim\operatorname{Gamma}(n,\param)$.
Par conséquent, pour $n\geq 2$,
\[ \PE_\param[\hat\param_{n,1}] = \frac{n}{n-1}\,\param, \]
et, pour $n\geq 3$,
\[ \PE_\param[(\hat\param_{n,1}-\param)^2] = \frac{n+2}{(n-1)(n-2)}\,\param^2. \]
Démonstration
Sous $\loi_\param$, les $X_i$ sont indépendantes de loi $\operatorname{Gamma}(1,\param)$ ; le lemme
de convolution montre que $Y\eqdef\sum_{i=1}^n X_i$ suit la loi $\operatorname{Gamma}(n,\param)$, de
densité $y\mapsto\frac{\param^n}{(n-1)!}\rme^{-\param y}y^{n-1}$ sur $\rset_+^*$ (rappelons que
$\Gamma(n) = (n-1)!$). Comme $\hat\param_{n,1} = n/Y$, la formule de transfert donne, pour $n\geq 2$,
\[ \PE_\param[\hat\param_{n,1}] = \PE_\param\Big[\frac{n}{Y}\Big]
= \int_0^{+\infty}\frac{\param^n}{(n-1)!}\,\rme^{-\param y}\,y^{n-1}\,\frac{n}{y}\rmd y
= \frac{n\,\param^n}{(n-1)!}\,\frac{(n-2)!}{\param^{n-1}} = \frac{n}{n-1}\,\param, \]
où l'on a utilisé $\int_0^{+\infty}\rme^{-\param y}y^{n-2}\rmd y = \Gamma(n-1)/\param^{n-1}$ ; cette
intégrale diverge pour $n = 1$, auquel cas $\PE_\param[\hat\param_{1,1}] = \PE_\param[1/X_1] = +\infty$.
De même, pour $n\geq 3$,
\[ \PE_\param[\hat\param_{n,1}^2]
= \int_0^{+\infty}\frac{\param^n}{(n-1)!}\,\rme^{-\param y}\,y^{n-1}\,\frac{n^2}{y^2}\rmd y
= \frac{n^2\,\param^n}{(n-1)!}\,\frac{(n-3)!}{\param^{n-2}} = \frac{n^2}{(n-1)(n-2)}\,\param^2. \]
Il est important de remarquer que ces calculs reviennent à utiliser des renormalisations de lois
Gamma : d'après la formule des moments ci-dessus, pour $Y\sim\operatorname{Gamma}(n,\param)$ et
$k\in\nset$, $\PE_\param[Y^{-k}] = \param^k\,\Gamma(n-k)/\Gamma(n)$ est fini si et seulement si $n>k$.
En développant le carré,
\[ \begin{aligned}
\PE_\param[(\hat\param_{n,1}-\param)^2] &= \PE_\param[\hat\param_{n,1}^2] - 2\param\,\PE_\param[\hat\param_{n,1}] + \param^2 \\
&= \param^2\frac{n^2}{(n-1)(n-2)} - 2\param^2\frac{n}{n-1} + \param^2 \\
&= \param^2\,\frac{n^2-2n(n-2)+(n-1)(n-2)}{(n-1)(n-2)} = \frac{n+2}{(n-1)(n-2)}\,\param^2. \qquad\square
\end{aligned} \]
Remarque. L'estimateur $\hat\param_{n,1}$ est donc
biaisé : son biais $\PE_\param[\hat\param_{n,1}] - \param = \param/(n-1)$ est strictement
positif, mais tend vers $0$ quand $n\to+\infty$ ; l'estimateur $(n-1)/\sum_{i=1}^n X_i$ est, lui,
sans biais. Le carré de l'erreur en moyenne, $\frac{n+2}{(n-1)(n-2)}\param^2$, est d'autant plus
grand que $\param$ est grand ; l'erreur relative $\PE_\param[(\hat\param_{n,1}/\param-1)^2]
= \frac{n+2}{(n-1)(n-2)}$ ne dépend pas, elle, de $\param$. On pourrait mener les mêmes calculs pour
le second estimateur des moments $\hat\param_{n,2}$ ; la figure ci-dessus suggère qu'il est moins
précis.
Modèle de régression
Le Goddard Institute for Space Studies (GISS) de la NASA publie chaque année l'anomalie de
température moyenne à l'échelle du globe, c'est-à-dire l'écart entre la température moyenne de
l'année et celle de la période de référence 1951–1980. La série de 1880 à 2022 est représentée
ci-dessous.
Anomalie de température moyenne à l'échelle du globe (en degrés Celsius), année par année
de 1880 à 2022, par rapport à la période 1951–1980. Source : NASA, Goddard Institute for Space
Studies (GISTEMP).
Exemple — Construction du modèle
Observations : les déviations des températures annuelles par rapport à la moyenne
1951–1980, $(x_1,\dots,x_n)\in\rset^n$, où $x_i$ est l'anomalie de l'année d'indice $i$ ; on note
$t(i)$ l'année correspondante (l'index de temps).
Modèle statistique paramétrique, dominé par la mesure de Lebesgue $\lleb^{\otimes n}$,
de densité
\[ p_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}(x_1,\dots,x_n) \eqdef \prod_{i=1}^n\frac{1}{\sqrt{2\pi\sigma^2}}
\exp\Big(-\frac{1}{2\sigma^2}\{x_i - m(\boldsymbol\beta,i)\}^2\Big), \]
où $\boldsymbol\beta\in\rset^p$ est un paramètre et, pour tout $\boldsymbol\beta\in\rset^p$,
$i\mapsto m(\boldsymbol\beta,i)$ est une fonction donnée (la tendance).
Le modèle statistique est donc
\[ \big(\rset^n,\ \borel(\rset^n),\ \{p_\param\cdot\lleb^{\otimes n} : \param\in\Param\}\big). \]
Hypothèses du modèle. Ici $\Zset = \rset^n$ et $Z = (X_1,\dots,X_n)$ avec
$X_i(x_1,\dots,x_n) = x_i$ pour $i\in\{1,\dots,n\}$. La forme produit de la densité traduit trois
hypothèses :
pour tout $\param\in\Param$, les statistiques $X_i$ et $X_j$, $i\neq j$, sont indépendantes sous
$\loi_\param$ ;
sous $\loi_\param$, pour tout $i\in\{1,\dots,n\}$, la loi de $X_i$ est gaussienne de variance
$\sigma^2$ ;
sous $\loi_\param$, pour tout $i\in\{1,\dots,n\}$, la moyenne de $X_i$ est $m(\boldsymbol\beta,i)$.
Autrement dit, $X_i = m(\boldsymbol\beta,i)+\varepsilon_i$ où les erreurs
$\varepsilon_1,\dots,\varepsilon_n$ sont $\iid$ de loi $\gauss(0,\sigma^2)$. Ce sont des hypothèses
de modélisation, qui peuvent (et doivent) être discutées :
est-il raisonnable de supposer que la variance est constante au cours du temps (modèle
homoscédastique) ?
a-t-on une bonne raison de penser que la distribution des erreurs est gaussienne ?
les observations sont-elles indépendantes ? Pour une série chronologique, deux années
consécutives peuvent être liées par des phénomènes climatiques persistants.
Exemple — Tendance linéaire
Hypothèse 1 : tendance linéaire sur l'ensemble de la période,
\[ m(\boldsymbol\beta,i) \eqdef \beta_0 + \beta_1 t(i), \qquad \boldsymbol\beta = (\beta_0,\beta_1)\in\rset^2, \]
où $t(i)$ est l'index de temps (ici $p = 2$). On construit un estimateur de $\boldsymbol\beta$ en
minimisant l'erreur quadratique (moindres carrés), puis on estime la variance à partir des
résidus :
\[ \begin{aligned}
\widehat{\boldsymbol\beta} &\eqdef \underset{\boldsymbol\beta\in\rset^2}{\operatorname{argmin}}\sum_{i=1}^n (X_i-\beta_0-\beta_1 t(i))^2, \\
\hat\sigma^2 &\eqdef (n-2)^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\hat\beta_0-\hat\beta_1 t(i))^2.
\end{aligned} \]
Dans le modèle gaussien, minimiser l'erreur quadratique en $\boldsymbol\beta$ revient à
maximiser la vraisemblance des observations. En effet,
\[ \log p_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}(X_1,\dots,X_n) = -\frac{n}{2}\log(2\pi\sigma^2)
- \frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n (X_i-\beta_0-\beta_1 t(i))^2, \]
de sorte que, quelle que soit la valeur de $\sigma^2$, le maximum en $\boldsymbol\beta$ est atteint en
$\widehat{\boldsymbol\beta}$ ; en maximisant ensuite en $\sigma^2$, on trouve
\[ (\widehat{\boldsymbol\beta},\hat\sigma^2_{\mathrm{MV}})
= \underset{(\boldsymbol\beta,\sigma^2)\in\rset^2\times\rset_+^*}{\operatorname{argmax}} p_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}(X_1,\dots,X_n),
\qquad \text{avec } \hat\sigma^2_{\mathrm{MV}} \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-\hat\beta_0-\hat\beta_1 t(i))^2. \]
L'estimateur du maximum de vraisemblance de $\sigma^2$ est donc
$\hat\sigma^2_{\mathrm{MV}} = \frac{n-2}{n}\hat\sigma^2$ ; la normalisation par $n-2$ (nombre
d'observations moins nombre de coefficients estimés) fait de $\hat\sigma^2$ un estimateur sans biais
de $\sigma^2$, comme on le verra ci-dessous.
Proposition — Solution explicite des moindres carrés
Notons $\bar t\eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n t(i)$ et $\bar X_n\eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n X_i$. Si les
dates $t(1),\dots,t(n)$ ne sont pas toutes égales (au moins deux dates distinctes), la solution des
moindres carrés est unique et explicite :
\[ \hat\beta_1 = \frac{\sum_{i=1}^n (t(i)-\bar t)(X_i-\bar X_n)}{\sum_{i=1}^n (t(i)-\bar t)^2},
\qquad \hat\beta_0 = \bar X_n - \hat\beta_1\,\bar t, \]
ou, de façon plus compacte,
\[ \widehat{\boldsymbol\beta} = (\Phi^\top\Phi)^{-1}\Phi^\top\mathbf{X}
\quad\text{avec}\quad
\Phi \eqdef \left[\begin{array}{cc} 1 & t(1) \\ \vdots & \vdots \\ 1 & t(n) \end{array}\right]
\quad\text{et}\quad
\mathbf{X} \eqdef \left[\begin{array}{c} X_1 \\ \vdots \\ X_n \end{array}\right]. \]
La condition sur les dates équivaut à ce que $\Phi$ soit de rang $2$, c'est-à-dire à l'inversibilité
de $\Phi^\top\Phi$. L'estimateur de la variance s'écrit
\[ \hat\sigma^2 = (n-2)^{-1}\sum_{i=1}^n\{X_i-\hat\beta_0-\hat\beta_1 t(i)\}^2
= (n-2)^{-1}\,\|\mathbf{X}-\Phi\widehat{\boldsymbol\beta}\|^2. \]
Démonstration
La fonction $\boldsymbol\beta\mapsto\|\mathbf{X}-\Phi\boldsymbol\beta\|^2$ est une forme quadratique
convexe, de gradient $-2\Phi^\top(\mathbf{X}-\Phi\boldsymbol\beta)$ ; elle est strictement convexe dès
que $\Phi^\top\Phi$ est inversible, et son unique minimum est alors caractérisé par les
équations normales $\Phi^\top\Phi\,\boldsymbol\beta = \Phi^\top\mathbf{X}$. Explicitement, ces
équations s'écrivent $n\beta_0+\beta_1\sum_i t(i) = \sum_i X_i$ et
$\beta_0\sum_i t(i)+\beta_1\sum_i t(i)^2 = \sum_i t(i)X_i$ ; la première donne
$\beta_0 = \bar X_n-\beta_1\bar t$ et, en reportant dans la seconde,
$\beta_1\sum_i (t(i)-\bar t)^2 = \sum_i (t(i)-\bar t)(X_i-\bar X_n)$. $\square$
Proposition — Lois des estimateurs
Pour tout $(\boldsymbol\beta,\sigma^2)\in\rset^2\times\rset_+^*$, sous $\loi_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}$,
\[ \widehat{\boldsymbol\beta}\sim\gauss\big(\boldsymbol\beta,\ \sigma^2(\Phi^\top\Phi)^{-1}\big),
\qquad \frac{(n-2)\,\hat\sigma^2}{\sigma^2}\sim\chi^2(n-2), \]
et les statistiques $\widehat{\boldsymbol\beta}$ et $\hat\sigma^2$ sont indépendantes. En particulier,
$\PE_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}[\widehat{\boldsymbol\beta}] = \boldsymbol\beta$ et
$\PE_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}[\hat\sigma^2] = \sigma^2$.
Ces résultats découlent du théorème de Cochran, énoncé dans l'onglet
Bases de maths et que nous ne redémontrons pas ici :
sous $\loi_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}$, $\mathbf{X}\sim\gauss(\Phi\boldsymbol\beta,\sigma^2\Id_n)$,
$\Phi\widehat{\boldsymbol\beta}$ est la projection orthogonale de $\mathbf{X}$ sur l'image de $\Phi$,
sous-espace de dimension $2$, et $\mathbf{X}-\Phi\widehat{\boldsymbol\beta}$ est sa projection sur
l'orthogonal de ce sous-espace, de dimension $n-2$. Le modèle de régression linéaire gaussienne est
l'objet de l'Exercice 4 (PC1), poursuivi en PC 2.
Anomalie de température moyenne à l'échelle du globe par rapport à la période 1951–1980
(NASA, GISS), en bleu, et droite $t\mapsto\hat\beta_0+\hat\beta_1 t$ ajustée par moindres carrés, en
rouge. La pente estimée est $\hat\beta_1 = 0{,}0072\,^{\circ}\mathrm{C}$ par an, avec un écart-type
estimé $\mathrm{se}_{\beta_1} = 0{,}0008\,^{\circ}\mathrm{C}$ par an ; l'écriture
$\hat\beta_1\pm\mathrm{se}_{\beta_1}$ est une estimation accompagnée de son écart-type estimé et non
un intervalle de confiance (un intervalle de confiance à $95\,\%$ serait
$\hat\beta_1\pm 1{,}96\,\mathrm{se}_{\beta_1}$, soit environ de $0{,}0056$ à
$0{,}0088\,^{\circ}\mathrm{C}$ par an).Résidus de l'ajustement linéaire, $\hat R_i\eqdef X_i-\hat\beta_0-\hat\beta_1 t(i)$, en
fonction de l'année. Si le modèle à tendance linéaire était adéquat, les résidus devraient se
comporter comme un bruit sans structure ; on observe au contraire des résidus négatifs sur de longues
périodes (1905–1930, 1950–1980) et positifs aux deux extrémités de la série et autour de 1940, ce
qui suggère que la tendance n'est pas linéaire sur l'ensemble de la période.
Exemple — Modèle avec rupture de pente
Hypothèse 2 : rupture de pente à une date inconnue. On pose
\[ m(\boldsymbol\beta,i) \eqdef \beta_0 + \beta_1 t(i) + \beta_2\,\big(t(i)-t(\beta_3)\big)\,\mathbf{1}_{\{i>\beta_3\}},
\qquad \boldsymbol\beta = (\beta_0,\beta_1,\beta_2,\beta_3)\in\rset^3\times\{1,\dots,n\}. \]
La tendance est ainsi affine par morceaux et continue : de pente $\beta_1$ jusqu'à la date $t(\beta_3)$,
puis de pente $\beta_1+\beta_2$ ensuite ; le paramètre $\beta_3$ est l'indice de la date de rupture.
On construit les estimateurs en minimisant l'erreur quadratique,
\[ \begin{aligned}
\widehat{\boldsymbol\beta} &\eqdef \underset{\boldsymbol\beta\in\rset^3\times\{1,\dots,n\}}{\operatorname{argmin}}\sum_{i=1}^n (X_i-m(\boldsymbol\beta,i))^2, \\
\hat\sigma^2 &\eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n (X_i-m(\widehat{\boldsymbol\beta},i))^2,
\end{aligned} \]
ce qui fournit, par le même argument que pour la tendance linéaire, l'estimateur du maximum de
vraisemblance
\[ (\widehat{\boldsymbol\beta},\hat\sigma^2) = \underset{\boldsymbol\beta,\sigma^2}{\operatorname{argmax}} p_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}(X_1,\dots,X_n). \]
Le paramètre $\beta_3$ étant discret, la minimisation se fait en deux temps.
Pour $\beta_3$ — la position de la rupture de pente — fixé, le critère
$(\beta_0,\beta_1,\beta_2)\mapsto\sum_{i=1}^n (X_i-m(\boldsymbol\beta,i))^2$ est à nouveau un critère
de moindres carrés linéaire, et les paramètres $(\beta_0,\beta_1,\beta_2)$ peuvent être calculés de
façon explicite :
\[ \widehat{\boldsymbol\beta}(\beta_3) \eqdef
\left[\begin{array}{c} \hat\beta_0(\beta_3) \\ \hat\beta_1(\beta_3) \\ \hat\beta_2(\beta_3) \end{array}\right]
= \big(\Phi(\beta_3)^\top\Phi(\beta_3)\big)^{-1}\Phi(\beta_3)^\top\mathbf{X}, \]
où
\[ \Phi(\beta_3) \eqdef \left[\begin{array}{ccc}
1 & t(1) & 0 \\ \vdots & \vdots & \vdots \\ 1 & t(\beta_3) & 0 \\
1 & t(\beta_3+1) & t(\beta_3+1)-t(\beta_3) \\ \vdots & \vdots & \vdots \\ 1 & t(n) & t(n)-t(\beta_3)
\end{array}\right], \]
pourvu que $\Phi(\beta_3)$ soit de rang $3$, ce qui impose au moins deux dates distinctes de part et
d'autre de la rupture ; en pratique, on restreint donc $\beta_3$ à un ensemble de valeurs
admissibles.
On estime ensuite $\beta_3$ en maximisant la vraisemblance profilée
$\beta_3\mapsto\max_{(\beta_0,\beta_1,\beta_2,\sigma^2)} p_{\boldsymbol\beta,\sigma^2}(X_1,\dots,X_n)$.
À $\beta_3$ fixé, ce maximum vaut $\big(2\pi\rme\,\mathrm{RSS}(\beta_3)/n\big)^{-n/2}$ avec
$\mathrm{RSS}(\beta_3)\eqdef\|\mathbf{X}-\Phi(\beta_3)\,\widehat{\boldsymbol\beta}(\beta_3)\|^2$ ;
c'est une fonction décroissante de la somme des carrés des résidus, de sorte que maximiser la
vraisemblance profilée revient à minimiser cette somme :
\[ \hat\beta_3 \eqdef \underset{\beta_3\in\{1,\dots,n\}}{\operatorname{argmin}}
\|\mathbf{X}-\Phi(\beta_3)\,\widehat{\boldsymbol\beta}(\beta_3)\|^2, \]
puis $\widehat{\boldsymbol\beta} = \big(\widehat{\boldsymbol\beta}(\hat\beta_3),\hat\beta_3\big)$. Cette
dernière minimisation se fait par simple énumération des valeurs admissibles de $\beta_3$.
▶
Rupture de pente (température NASA) interactif
Slider sur la position de rupture, vraisemblance profilée et ajustement.
À gauche : somme des carrés des résidus
$\mathrm{RSS}(\beta_3) = \|\mathbf{X}-\Phi(\beta_3)\widehat{\boldsymbol\beta}(\beta_3)\|^2$ en fonction
de l'année de rupture $t(\beta_3)$, pour les années de rupture admissibles de 1900 à 2003 ; la vraisemblance profilée en est une fonction décroissante, et son
maximum, atteint vers 1975, correspond au minimum de la courbe. À droite : résidus
$X_i-m(\widehat{\boldsymbol\beta},i)$ du modèle avec rupture de pente, qui ne présentent plus la
structure observée pour la tendance linéaire.Anomalie de température moyenne à l'échelle du globe par rapport à la période 1951–1980
(NASA, GISS), en bleu, et tendance ajustée $i\mapsto m(\widehat{\boldsymbol\beta},i)$ du modèle avec
rupture de pente, en rouge : une pente faible jusqu'au milieu des années 1970, puis nettement plus
forte.
Systèmes de recommandation
Les plateformes de diffusion de films ou de musique et les sites de vente en ligne cherchent à
prédire l'intérêt d'un utilisateur pour un produit qu'il n'a pas encore noté, à partir des notes déjà
attribuées par l'ensemble des utilisateurs.
Extrait d'une matrice de notes : chaque ligne correspond à un utilisateur et chaque colonne
à un film. Les notes observées vont de $1$ à $5$ ; les points d'interrogation signalent les notes
manquantes, que l'on souhaite prédire pour recommander à chaque utilisateur les films susceptibles de
lui plaire.
Exemple — Une formalisation statistique possible
$m_1$ : le nombre de sujets (utilisateurs) ;
$m_2$ : le nombre d'objets (films, produits, etc.) ;
$Y$ : la matrice $m_1\times m_2$ dont l'entrée $Y_{i,j}$ est la note du sujet $i$ au produit $j$ ;
données : les notes $Y_{i,j}$ pour $(i,j)\in I$, où
$I\subset\{1,\dots,m_1\}\times\{1,\dots,m_2\}$ est l'ensemble des couples pour lesquels une note est
observée, et
\[ n = \text{ nombre d'observations } = \operatorname{card}(I) \ll m_1 m_2. \]
Les notes prennent leurs valeurs dans $\{1,\dots,K\}$ ($K = 5$ dans l'illustration). On suppose que
les notes $Y_{i,j}$, $(i,j)\in I$, sont indépendantes et que $Y_{i,j}$ suit une loi catégorielle (loi
multinomiale d'ordre $1$) sur $\{1,\dots,K\}$, de probabilités
\[ \loi_\param(Y_{i,j} = \ell) = \frac{\exp(\theta_{i,j,\ell})}{\sum_{k=1}^K\exp(\theta_{i,j,k})},
\qquad \ell\in\{1,\dots,K\}. \]
Par convention, on fixe $\theta_{i,j,K} = 0$ : autrement le modèle n'est pas identifiable,
puisque remplacer $(\theta_{i,j,1},\dots,\theta_{i,j,K})$ par
$(\theta_{i,j,1}+c,\dots,\theta_{i,j,K}+c)$ ne change pas ces probabilités. Le paramètre est
$\param = (\theta_{i,j,\ell})$ pour $(i,j)\in\{1,\dots,m_1\}\times\{1,\dots,m_2\}$ et
$\ell\in\{1,\dots,K-1\}$. L'espace des observations est $\Zset\eqdef\{1,\dots,K\}^I$, muni de la tribu
de ses parties, et la densité de l'observation par rapport à la mesure de comptage $\mu$ sur $\Zset$ est
\[ \loidens_\param\big(\{y_{i,j}\}_{(i,j)\in I}\big) = \prod_{(i,j)\in I}\ \prod_{\ell=1}^K
\left(\frac{\exp(\theta_{i,j,\ell})}{\sum_{k=1}^K\exp(\theta_{i,j,k})}\right)^{\mathbf{1}_{\{y_{i,j}=\ell\}}}. \]
Le modèle statistique est $\big(\Zset,\mathcal{P}(\Zset),\{\loidens_\param\cdot\mu : \param\in\Param\}\big)$
avec $\Param = \rset^{m_1\times m_2\times(K-1)}$.
Une hypothèse sur la structure de $\param$. Tel quel, le modèle comporte
$(K-1)\,m_1m_2$ paramètres réels pour seulement $n\ll m_1m_2$ observations, et les paramètres
$\theta_{i,j,\cdot}$ des couples $(i,j)\notin I$ n'apparaissent même pas dans la densité : sans
hypothèse supplémentaire, les données n'apportent aucune information sur les notes manquantes. Il est
donc nécessaire de faire une hypothèse sur la structure de $\param$, qui soit raisonnable pour
l'application considérée, et plusieurs possibilités existent. Considérons pour simplifier des notes
binaires, $K = 2$ (par exemple « j'aime » ou « je n'aime pas ») : avec la convention
$\theta_{i,j,2} = 0$, il reste un seul paramètre $\theta_{i,j}\eqdef\theta_{i,j,1}$ par couple $(i,j)$,
\[ \loi_\param(Y_{i,j} = 1) = \frac{\exp(\theta_{i,j})}{1+\exp(\theta_{i,j})}, \]
et $\param = (\theta_{i,j})$ est une matrice $m_1\times m_2$. L'hypothèse de rang faible
exprime que les préférences des utilisateurs sont des mélanges d'un petit nombre $q$ de comportements
« prototypes », c'est-à-dire que la matrice $\param$ est de rang au plus $q$ :
\[ \param = UV^\top, \qquad U\in\rset^{m_1\times q}, \quad V\in\rset^{m_2\times q}, \]
soit $\theta_{i,j} = \langle u_i,v_j\rangle$, où $u_i\in\rset^q$ (la $i$-ème ligne de $U$) décrit
l'utilisateur $i$ et $v_j\in\rset^q$ (la $j$-ème ligne de $V$) décrit le produit $j$ dans un même
espace de « facteurs latents ». Le nombre de paramètres est alors $q(m_1+m_2)$, à $q^2$ près : la
factorisation n'est pas unique, puisque $UV^\top = (UA)\big(V(A^{-1})^\top\big)^\top$ pour toute
matrice inversible $A$ de taille $q\times q$, et l'ensemble des matrices de rang $q$ est de dimension
$q(m_1+m_2)-q^2$. Le rang $q$ est souvent choisi de telle sorte que
\[ q(m_1+m_2) \ll n \ll m_1m_2. \]
Seule la matrice $\param$, et non le couple $(U,V)$, est identifiable ; c'est bien elle,
c'est-à-dire l'ensemble des probabilités $\loi_\param(Y_{i,j} = 1)$ pour tous les couples $(i,j)$, qui
importe pour la recommandation.
Recommandation.
Estimer les matrices $U$ et $V$, ou plutôt leur produit $\param = UV^\top$, à partir des notes
observées. Dans ce cas, comme dans la plupart des applications « réelles », il n'y a pas de méthode
d'estimation « élémentaire » : les méthodes générales (maximum de vraisemblance, méthode des
moments) sont l'objet du cours 2.
Imputer les données manquantes : pour $(i,j)\notin I$, la note $Y_{i,j}$ n'a pas été observée,
mais l'estimation $\hat\theta_{i,j} = \langle\hat u_i,\hat v_j\rangle$ fournit une prédiction de la
probabilité que le sujet $i$ apprécie le produit $j$ ; on lui recommande alors les produits pour
lesquels cette probabilité est la plus élevée.
C'est la base des systèmes de recommandation ou de filtrage collaboratif : les notes des
autres utilisateurs, à travers les facteurs latents partagés, renseignent sur les goûts de chacun.
Dans un système opérationnel, il y a bien entendu un certain nombre de raffinements à apporter, mais
le principe est celui-là.
6.Pour aller plus loin : mesures de domination et modèles non dominés
Développer
Multiplicité des mesures dominantes. La mesure de domination peut être choisie de
multiples façons. Soient $\mu$ et $\nu$ deux mesures $\sigma$-finies distinctes sur $(\Zset,\Zsigma)$.
Supposons que le modèle statistique paramétrique
$\modelecanon = (\Zset,\Zsigma,\{\loi_\param : \param\in\Param\})$ est dominé par rapport à $\mu$ et
à $\nu$. Cette hypothèse implique que, pour tout $\param\in\Param$, nous pouvons associer deux
fonctions mesurables positives $p_\param$ et $q_\param$ telles que
\[ \loi_\param = p_\param\cdot\mu = q_\param\cdot\nu. \]
La fonction $p_\param$ est la densité de $\loi_\param$ par rapport à $\mu$ et $q_\param$ est la
densité de $\loi_\param$ par rapport à $\nu$. Il est facile de montrer que ces deux densités diffèrent
d'un facteur multiplicatif. Le raisonnement élémentaire est le suivant. Notons tout d'abord que les
mesures $\sigma$-finies $\mu$ et $\nu$ sont absolument continues par rapport à
$\lambda\eqdef\mu+\nu$. En effet, pour tout $B\in\Zsigma$, $\lambda(B) = \mu(B)+\nu(B) = 0$ implique
que $\mu(B) = 0$ et $\nu(B) = 0$. En appliquant le
théorème de Radon-Nikodym, il existe donc des
fonctions mesurables positives $m$ et $n$, uniques à une $\lambda$-équivalence près, telles que
$\mu = m\cdot\lambda$ et $\nu = n\cdot\lambda$. Nous avons donc, pour tout $\param\in\Param$,
\[ \loi_\param = p_\param\cdot\mu = p_\param m\cdot\lambda = q_\param\cdot\nu = q_\param n\cdot\lambda, \]
et donc, pour tout $\param\in\Param$, $p_\param m = q_\param n$ $\lambda$-p.p. Posons
$\Zset_0 = \{z\in\Zset : m(z) \gt 0\}$. Notons que
\[ \mu(\Zset_0^c) = \int_{\Zset_0^c} m(z)\,\lambda(\rmd z) = 0, \]
et donc, pour tout $\param\in\Param$, $\loi_\param(\Zset_0^c) = 0$. Pour tout $z\in\Zset_0$ et
$\param\in\Param$, nous avons
\[ p_\param(z) = q_\param(z)\,\frac{n(z)}{m(z)}, \qquad \lambda\text{-p.p.} \]
Les deux exemples qui suivent sont plus avancés et peuvent être omis en première lecture.
Exemple 1 (expérience parfaite). La famille $\{\delta_\param : \param\in\rset\}$
n'est pas dominée : une mesure dominante $\mu$ devrait vérifier $\mu(\{\param\})>0$ pour tout
$\param\in\rset$, or une mesure $\sigma$-finie a au plus un nombre dénombrable d'atomes
(démonstration complète dans le PDF du poly).
Exemple 2 (peigne). $P_\param = \sum_{k\geq 1}\rme^{-k}\delta_{\param k}$,
$\param>0$ : loi non dégénérée, mais toute mesure dominante aurait une infinité non dénombrable
d'atomes — modèle non dominé.
Ces pages sont celles du polycopié qui correspondent aux compléments. Elles ne sont pas exigibles à l'examen.
Vous trouverez ici la feuille d'exercices de la première petite classe, ainsi que quelques questions courtes qui permettent de vérifier la compréhension du chapitre au préalable. Dans toute la feuille, $\lleb$ = mesure de Lebesgue ; « i.i.d. » = indépendantes et identiquement distribuées ; $\expo(\lambda)$ : densité $p_\lambda(u) = \lambda\rme^{-\lambda u}$, moyenne $\lambda^{-1}$, cas particulier de $\Gamma(n,\lambda)$ (additivité : $\Gamma(n,\lambda) * \Gamma(n',\lambda) = \Gamma(n+n',\lambda)$).
Une cafétéria souhaite remplacer son service par des distributeurs automatiques. Pour calibrer
le nombre de distributeurs, elle mène une enquête sur les besoins de ses utilisateurs.
Elle observe les temps successifs d'arrivée de clients, soit un vecteur
$T = (T_1,\ldots,T_n)$. En considérant les intervalles $\Delta_i = T_i - T_{i-1}$ (avec $T_0=0$),
et en admettant un flux identique toute la journée, proposer un modèle statistique. Discuter ses
limitations.
Proposer un estimateur $\widehat\Delta_n$ du temps moyen d'arrivée, et une approximation du
nombre de clients arrivant sur un intervalle de longueur $h>0$.
Pour $h$ fixé, elle compte les arrivées sur chaque intervalle de taille $h$ entre $0$ et
$Kh$ : vecteur $N = (N_1,\ldots,N_K)$. Proposer un second modèle statistique.
Proposer un estimateur $\widehat N_{K,h}$ du nombre de clients par intervalle $h$, et une
approximation du temps moyen d'arrivée.
Rappeler le lien entre le premier modèle (temps d'arrivées exponentiels) et le second
(arrivées poissoniennes dans une file d'attente).
EXO 2Rappel : transformation de v.a.★Objectif : manipuler un changement de variable standard
Soit un $n$-échantillon $(X_1,\cdots,X_n)$ du modèle
$\big(\rset,\borel(\rset),\{p_\param\cdot\lleb : \param\in\Param\}\big)$, avec
$\param = ((a_1,b_1),\cdots,(a_n,b_n))$ et $\Param = (\rset\times\rset^*)^n$.
Quel est le modèle statistique induit par $(a_1+b_1X_1,\cdots,a_n+b_nX_n)$ ?
Les $a_i$ sont les paramètres de translation, les $b_i$ d'échelle.
Le rappel sur le changement de variables ($C^1$-difféomorphisme, jacobien) est dans l'onglet
Bases de maths §4.
EXO 3Modèle de translation et d'échelle★★Objectif : modèle translation/échelle, cas gaussien (questions 3–4)
Soit $g$ une densité par rapport à $\lleb$. On considère le modèle
$\big(\rset^n,\borel(\rset^n),\{p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n} : \param\in\rset\times\rset_+^*\}\big)$ où
\[ p_{n,\param}(x_1,\cdots,x_n) \eqdef \sigma^{-n}\prod_{i=1}^n g\Big(\frac{x_i-\mu}{\sigma}\Big),
\qquad \param \eqdef (\mu,\sigma). \]
Montrer que sous $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$, les statistiques $(X_1,\dots,X_n)$ sont
i.i.d. et identifier leur loi.
Montrer que les variables $(X_i-\mu)/\sigma$, $i = 1,\dots,n$, sont i.i.d. de densité $g$.
Supposons $g$ gaussienne centrée réduite. On définit
$S_n \eqdef \sum_{i=1}^n X_i$ et $K_n \eqdef \sum_{i=1}^n (X_i - n^{-1}S_n)^2$.
Proposer un estimateur de $\mu$ puis de $\sigma^2$ utilisant ces deux statistiques.
Commentaire : il n'y a pas unicité — la figure compare moyenne empirique et médiane
empirique (5000 réalisations, $n=50$ et $n=500$). Qu'en concluez-vous ? Pour une densité de
Laplace, pensez-vous que la conclusion serait la même ?Comparaison des estimateurs moyenne et médiane empiriques (gaussienne de moyenne 2,
variance 1) : boxplots de 5000 réalisations, $n=50$ (gauche) et $n=500$ (droite).
Déterminer le modèle statistique induit par $(S_n,K_n)$. La démonstration du théorème de
Gosset est donnée dans l'onglet Bases de maths, §9.
▶
Moyenne vs médiane interactif
Version interactive de la figure : slider $n$, choix gaussien / Laplace.
On modélise la dépendance d'une réponse $y_i\in\rset$ à $k$ variables explicatives
$\mathbf{x}_i\in\rset^k$, sur $n$ individus. Modèle :
$\big(\rset^n,\borel(\rset^n),\{p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n} : \param = (\beta,\sigma)\in\rset^k\times\rset_+^*\}\big)$,
\[ p_{n,\param}(y_1,\cdots,y_n) \eqdef \sigma^{-n}\prod_{i=1}^n g\Big(\frac{y_i - f(\mathbf{x}_i'\beta)}{\sigma}\Big), \]
$g$ densité, $f:\rset\to\rset$.
Montrer que les $(Y_1,\dots,Y_n)$ sont indépendantes et préciser leurs lois.
Montrer que les $\sigma^{-1}\{Y_i - f(\beta'\mathbf{x}_i)\}$ sont i.i.d. de loi $g\cdot\lleb$.
(Régression linéaire gaussienne.) $k=2$, $g$ gaussienne centrée réduite, $f(\eta) = \eta$,
$\mathbf{x}_i = (1, x_i)^\top$, donc $f(\beta'\mathbf{x}_i) = \beta_1+\beta_2x_i$. Proposer un
estimateur de $\beta_1$ et $\beta_2$.
Sur les données d'ozone ci-dessous : le modèle de régression linéaire vous semble-t-il
approprié ? Quelles améliorations sembleraient souhaitables ?
150 mesures de concentration d'ozone (Roosevelt Island) en fonction de la radiation
solaire : nuage et droite des moindres carrés (gauche) ; résidus $(\widehat y_i, e_i)$ (droite).
Groupe 2 — Exercices bonus
Guide de lecture. Trois exercices ★★★, non traités en PC, conseillés dans cet ordre
selon vos objectifs :
Score de football pour consolider la construction de modèles
(Poisson, mélange, sur-dispersion ; prérequis : fonction génératrice) ;
Prix d'un actif financier pour la démarche de critique de modèle
(asymétrie, kurtosis) sur données réelles ;
Identifiabilité des mélanges, le plus exigeant, qui complète
rigoureusement l'exemple du cours (prérequis : fonctions caractéristiques).
EXO 5Score de football★★★Objectif : modèle de Poisson, modèle de mélange poissonien
Loi de Poisson de paramètre $\lambda>0$ : $p_\lambda(k) = \rme^{-\lambda}\lambda^k/k!$, densité
par rapport à la mesure de comptage sur $\nset$.
Calculer la fonction génératrice des moments de la loi de Poisson.
En déduire moyenne et variance.
Montrer que la somme de deux Poisson indépendantes de paramètres $\lambda_1,\lambda_2$ suit
une Poisson de paramètre $\lambda_1+\lambda_2$.
Pour un $n$-échantillon de $(\nset,\mathcal{P}(\nset),\{p_\lambda\cdot\mu\})$, définir le
modèle induit par $\sum_{i=1}^n X_i$.
Proposer une méthode d'estimation de $\lambda$.
On modélise les buts de l'équipe locale et de l'équipe visiteuse par deux Poisson
indépendantes de paramètres différents, matchs indépendants. Construire le modèle statistique
associé à $n$ matchs.
Sur $n = 1900$ matchs de Premier League (2004–2009) : moyenne des buts $2{,}523$
(variance $2{,}640$) ; équipe locale $1{,}468$ ($1{,}617$) ; visiteuse $1{,}055$ ($1{,}158$).
Proposer un estimateur des intensités $\lambda_1,\lambda_2$. Pourquoi l'hypothèse poissonienne
est-elle discutable ?
Buts (locale)
Observés
Poisson ($\lambda = 1{,}468$)
Buts (visiteuse)
Observés
Poisson ($\lambda = 1{,}055$)
0
469
437.7
0
692
661.6
1
621
642.6
1
680
697.9
2
456
471.7
2
335
368.2
3
217
230.8
3
131
129.5
4
100
84.7
4
51
34.1
≥ 5
37
32.5
≥ 5
11
8.7
La modélisation poissonienne sous-estime les scores nuls. On considère le mélange d'une
Poisson et d'une masse de Dirac en 0 :
\[ p_{\pi,\lambda}(k) = (1-\pi)\indi{\{0\}}(k) + \pi\,\rme^{-\lambda}\frac{\lambda^k}{k!},
\qquad \pi\in\,]0,1[. \]
Comment simuler cette loi à partir d'une uniforme sur $[0,1]$ et d'un générateur de Poisson ?
Calculer la moyenne et le moment d'ordre 2.
Proposer une méthode d'estimation de $\pi$ et $\lambda$.
EXO 6Prix d'un actif financier★★★Objectif : modèle financier de Black-Scholes-Merton
On observe les prix journaliers $p_1,\cdots,p_n$ d'un actif, modélisés par $(P_1,\cdots,P_n)$,
et les log-rendements $X_k \eqdef \log(P_k/P_{k-1})$. Le modèle de Black-Scholes-Merton suppose
les $X_k$ i.i.d. gaussiens de moyenne $\mu$ et variance $\sigma^2$ inconnues.
Proposer un modèle statistique des log-rendements.
Proposer un estimateur de $\mu$ et de $\sigma^2$.
On superpose l'histogramme des observations et la densité gaussienne estimée (figures dans
le PDF de la PC). Peut-on être satisfait du modèle ?
Pour $X$ gaussienne : (a) montrer que $\gamma_1 = 0$ ; (b) calculer $\PE[\rme^{tX}]$ et, en
identifiant le développement de $\log\PE[\rme^{tX}]$, montrer que $\gamma_2 = 0$.
Proposer des estimateurs empiriques de $\gamma_1$ et $\gamma_2$.
Sur la série des log-rendements : $\hat\gamma_1 = -0{,}0707$, $\hat\gamma_2 = 1{,}274$.
Le modèle vous semble-t-il acceptable ?
R. Engle a proposé le modèle ARCH(1) :
$X_k = \sqrt{\alpha_0+\alpha_1X_{k-1}^2}\,Z_k$, $X_0 = 0$, $\{Z_k\}$ i.i.d. $\gauss(0,1)$,
$\alpha_0>0$, $\alpha_1\geq 0$. Définir le modèle statistique associé.
EXO 7Sur l'identifiabilité des lois de mélange Gaussien et Poisson★★★Objectif : modèle de mélange et transformée de Fourier
Montrer que pour tout $\mu\in\mathsf{M}$, la famille
$\big(t\mapsto\rme^{\mathrm{i}t\mu_j}\big)_{1\leq j\leq K}$ est libre.
Pour $\alpha\in\mathsf{S}$, $\mu\in\mathsf{M}$, soit
$f_{\alpha,\mu}(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}}\sum_{k=1}^K\alpha_k\rme^{-(x-\mu_k)^2/2}$.
Montrer que le modèle de mélange gaussien
$(\rset,\borel(\rset),\{f_{\alpha,\mu}\cdot\lleb\})$ est identifiable.
(Rappel : $\PE[\rme^{\mathrm{i}tX}] = \rme^{-t^2/2}$ pour $X\sim\gauss(0,1)$.)
La Poisson de paramètre $\mu$ a pour fonction caractéristique
$\Phi_{p_\mu}(t) = \exp[\mu(\rme^{\mathrm{i}t}-1)]$. Montrer que le modèle de mélange poissonien
$q_{\alpha,\mu}(n) = \sum_k\alpha_k p_{\mu_k}(n)$ est identifiable.
Les corrigés de la première petite classe sont disponibles ci-dessous. Avant de déplier une solution, cherchez la question par vous-même et rédigez votre réponse ; comparez ensuite votre rédaction à celle qui est proposée ici. Les notations sont celles de la feuille d'exercices : $\lleb$ désigne la mesure de Lebesgue, les vecteurs sont des vecteurs colonne et $a'$ est la transposée de $a$.
EXO 1Un café pour commencer★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Question 1
Plutôt que de considérer les temps successifs d'arrivée des clients $T_1,\ldots,T_n$ (suite croissante positive), il est plus aisé de manipuler les inter-temps $\Delta_i = T_i - T_{i-1}$, qui sont seulement contraints à être positifs par définition. Le modèle statistique est alors défini par :
l'espace des observations $(\rset_+^n, \borel(\rset_+^n))$ : un vecteur de $n$ coordonnées réelles positives, muni de la tribu des boréliens de $\rset_+^n$ ;
une famille de lois de probabilité sur $(\rset_+^n, \borel(\rset_+^n))$. On peut considérer un exemple particulier, noté $\mathcal{C}$, de type paramétrique et de forme produit :
\[ \mathcal{C} = \{\PP_\theta : \theta > 0\}, \]
où pour tout $(\delta_1,\ldots,\delta_n)\in\rset_+^n$,
\[ p_\theta(\delta_1,\ldots,\delta_n) = \prod_{i=1}^n \theta\,\rme^{-\theta\delta_i}. \]
Ce modèle traduit une forme paramétrique exponentielle de chaque inter-temps d'arrivée, associée à l'hypothèse forte d'indépendance entre les arrivées successives des clients. Si l'hypothèse de forme exponentielle est raisonnable, l'indépendance entre les arrivées successives ainsi que le caractère homogène en temps des lois des inter-temps d'arrivée pourraient être remis en question.
Question 2
On peut simplement proposer l'estimateur fondé sur la moyenne empirique des inter-temps,
\[ \widehat{\Delta}_n \eqdef \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n \Delta_i = \frac{T_n}{n}. \]
Si $\widehat{\Delta}_n$ estime le temps moyen d'arrivée d'un nouveau client, on peut imaginer que le nombre de clients arrivant sur un intervalle de temps de longueur $h$ est simplement $h\,\widehat{\Delta}_n^{-1}$.
Question 3
Dans cette seconde modélisation, l'objet modélisé est le vecteur de comptage $N=(N_1,\ldots,N_K)$, qui est par définition un vecteur de $K$ entiers. Le modèle statistique est alors défini par :
l'espace des observations $(\nset^K, \mathcal{P}(\nset^K))$ : un vecteur de $K$ entiers positifs, muni de la tribu des parties de $\nset^K$ ;
une famille de lois de probabilité sur $(\nset^K, \mathcal{P}(\nset^K))$. On peut considérer un exemple particulier, noté $\mathcal{D}$, de type paramétrique et de forme produit :
\[ \mathcal{D} = \{\mathbb{Q}_\lambda : \lambda > 0\}, \]
où pour tout $(n_1,\ldots,n_K)\in\nset^K$,
\[ q_\lambda(n_1,\ldots,n_K) = \prod_{j=1}^K \frac{\rme^{-\lambda h}(\lambda h)^{n_j}}{n_j!}. \]
Ce modèle traduit une forme paramétrique poissonienne du processus de comptage $N$. Là encore, l'hypothèse de forme poissonienne peut être raisonnable, l'indépendance est discutable, et surtout le caractère homogène en temps, c'est-à-dire la stationnarité de la loi des arrivées au cours du temps, est très discutable pour une cafétéria où l'affluence dépend clairement du moment de la journée.
Il existe de nombreuses façons de relâcher l'hypothèse restrictive de processus de comptage homogène. La plus simple consiste à proposer un second modèle statistique, dit non paramétrique, où la quantité $\lambda$ précédente est remplacée par une « intensité » instantanée $t\mapsto\lambda(t)$ et où la famille $\mathcal{D}$ est généralisée en $\mathcal{D}' = \{\mathbb{Q}'_\lambda : \lambda\in\mathcal{C}(\rset_+,\rset_+)\}$, avec, pour tout $(n_1,\ldots,n_K)\in\nset^K$,
\[ q_\lambda(n_1,\ldots,n_K) = \prod_{j=1}^K \frac{1}{n_j!}\exp\Big(-\int_{(j-1)h}^{jh}\lambda(s)\rmd s\Big)\Big(\int_{(j-1)h}^{jh}\lambda(s)\rmd s\Big)^{n_j}. \]
Ce modèle, beaucoup plus flexible, permet d'appréhender des différences de fréquence d'arrivée des clients selon le moment de la journée. Il est bien entendu plus sophistiqué, et son étude nécessite des outils statistiques plus élaborés que ceux du simple processus de comptage poissonien homogène.
Question 4
Dans le cas simple du processus poissonien homogène, on peut proposer comme estimateur du nombre de clients arrivant sur un intervalle de temps de longueur $h$
\[ \widehat{N}_{K,h} = \frac{1}{K}\sum_{j=1}^K N_j. \]
Une approximation raisonnable du temps moyen d'arrivée d'un nouveau client est alors donnée par $h\,\widehat{N}_{K,h}^{-1}$.
Question 5
On peut démontrer que si $(\Delta_1,\ldots,\Delta_n,\ldots)$ est une infinité d'inter-temps d'arrivée exponentiels, c'est-à-dire si les $(\Delta_i)_{i\geq 1}$ sont i.i.d. de loi $\expo(\lambda)$, alors le processus $N=(N_h, N_{2h},\ldots,N_{Kh})$ défini par
\[ N_{jh} \eqdef \sup\{k\geq 0 : T_k \lt jh\} \]
a des accroissements $N_{jh}-N_{(j-1)h}$, qui sont les comptages $N_j$ de la question 3, i.i.d. de loi de Poisson de paramètre $\lambda h$. Le caractère « sans mémoire » des lois exponentielles donne l'indépendance des comptages, tandis que l'identification de la loi de Poisson se fait par un calcul exact.
EXO 2Rappel : transformation de v.a.★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Question 1
Posons $p_{n,\theta}(x_1,\cdots,x_n) \eqdef \prod_{i=1}^n p_\theta(x_i)$. Sous le modèle $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$, les variables $X_i$, $i\leq n$, sont indépendantes ; les statistiques $a_i + b_iX_i$, $i\leq n$, le sont donc aussi, et la loi du vecteur $(a_1+b_1X_1,\cdots,a_n+b_nX_n)$ est le produit des lois de chaque statistique $a_i+b_iX_i$.
Déterminons la loi de $a_i + b_iX_i$ sous $p_\theta$. On fait le changement de variable $y = a_i + b_ix$, pour un réel $b_i\neq 0$, ce qui donne, pour toute fonction mesurable positive $h$,
\[ \int h(a_i+b_ix)\,p_\theta(x)\rmd x = \int h(y)\,p_\theta\Big(\frac{y-a_i}{b_i}\Big)\frac{\rmd y}{|b_i|}. \]
On en déduit que la densité de $a_i+b_iX_i$ est
\[ y\mapsto \frac{1}{|b_i|}\,p_\param\Big(\frac{y-a_i}{b_i}\Big). \]
Par suite, sous $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$, la loi du $n$-uplet $(a_1+b_1X_1,\cdots,a_n+b_nX_n)$ a pour densité par rapport à $\lleb^{\otimes n}$
\[ (y_1,\cdots,y_n)\mapsto \prod_{i=1}^n |b_i|^{-1}\,p_\param\Big(\frac{y_i-a_i}{b_i}\Big). \]
Le modèle induit par $(a_1+b_1X_1,\cdots,a_n+b_nX_n)$ est donc $\big(\rset^n,\borel(\rset^n),\{q_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n} : \param\in\Param\}\big)$, où $q_{n,\param}$ désigne la densité ci-dessus.
EXO 3Modèle de translation et d'échelle★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Question 1
Sous le modèle $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, le vecteur $(X_1,\cdots,X_n)$ a une densité de forme produit : ses composantes sont donc indépendantes. De plus, il s'agit d'un produit de la même fonction $u\mapsto g((u-\mu)/\sigma)$ (à une constante multiplicative près), donc ces composantes ont même loi. La constante $C_\param$ est telle que
\[ C_\param\int g\Big(\frac{u-\mu}{\sigma}\Big)\rmd u = 1, \]
soit $C_\param = 1/\sigma$ (changement de variable $v = (u-\mu)/\sigma$, qui donne $\int g((u-\mu)/\sigma)\rmd u = \sigma\int g(v)\rmd v = \sigma$). Par suite, cette loi est donnée par la densité
\[ u\mapsto q_\theta(u) \eqdef \frac{1}{\sigma}\,g\Big(\frac{u-\mu}{\sigma}\Big). \]
Question 2
Sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, les variables $X_i$, $1\leq i\leq n$, sont i.i.d. de loi $q_\theta\cdot\lleb$. En appliquant le résultat de l'exercice 2, où la densité $p_\param$ est remplacée par $q_\theta$, avec $a_k \leftarrow -\mu/\sigma$ et $b_k\leftarrow 1/\sigma$, on voit que $(X_i-\mu)/\sigma$ a pour densité
\[ y\mapsto \sigma\,q_\theta(\sigma y + \mu) = g(y). \]
Ces variables étant de plus indépendantes, les $(X_i-\mu)/\sigma$, $i\in\{1,\dots,n\}$, sont i.i.d. de densité $g$ par rapport à $\lleb$.
Question 3
Sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, les statistiques $(X_i-\mu)/\sigma$, $i\leq n$, sont i.i.d. de loi gaussienne centrée réduite : $\mu$ est donc l'espérance de $X_i$ et $\sigma^2$ sa variance. Par un argument de loi (faible) des grands nombres, on sait que
\[ \Big(\frac{1}{n}S_n, \frac{1}{n}K_n\Big) \xrightarrow[n\to\infty]{\ \PP_{n,\param}\ } (\mu,\sigma^2). \]
Par suite, on peut proposer comme estimateur
\[ \begin{aligned} (\hat{\mu}_n, \widehat{\sigma}_n^2) &\eqdef \Big(\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i,\ \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i^2 - (\hat{\mu}_n)^2\Big) \\
&= \Big(\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i,\ \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n (X_i-\hat{\mu}_n)^2\Big) = \Big(\frac{1}{n}S_n, \frac{1}{n}K_n\Big). \end{aligned} \]
On aurait aussi pu proposer l'estimateur de la médiane empirique pour $\mu$. La figure ci-dessous compare l'estimateur de $\mu$ par la moyenne empirique et par la médiane empirique. On répète $5000$ fois l'algorithme suivant : (i) tirer $n$ réalisations indépendantes de gaussiennes d'espérance $\mu = 2$ et de variance $1$ ; (ii) calculer chacun des deux estimateurs à partir de ces $n$ réalisations. On trace ensuite le boxplot des $5000$ réalisations de chacun des estimateurs, dans le cas où $n=50$ (gauche) et $n=500$ (droite).
Comparaison des estimateurs moyenne empirique et médiane empirique pour la loi gaussienne d'espérance $2$ et de variance $1$ : boxplot de $5000$ réalisations indépendantes de chaque estimateur, dans le cas où $n=50$ (gauche) et $n=500$ (droite). On peut observer (a) le rôle de $n$ dans la dispersion des estimateurs, et (b) que la distribution de l'estimateur moyenne est plus concentrée que celle de l'estimateur médiane.
Complément : estimateur par maximum de vraisemblance (MV) et estimateur par la méthode des moments dans le cas où $g$ est la densité d'une loi gaussienne centrée réduite.
Les calculs ci-dessous montrent que pour ce modèle gaussien, les deux approches coïncident, et que l'estimateur MV (et donc celui des moments) est unique.
Maximum de vraisemblance. Sous $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$, la vraisemblance des observations $(X_1,\cdots,X_n)$ s'écrit
\[ L_n(\theta) \eqdef \frac{1}{(2\pi)^{n/2}\,\sigma^n}\exp\Big(-\frac{1}{2}\sum_{k=1}^n \frac{(X_k-\mu)^2}{\sigma^2}\Big), \]
dont on déduit la log-vraisemblance (à une constante $C$ près)
\[ \ell_n(\theta) \eqdef C - \frac{n}{2}\ln\sigma^2 - \frac{1}{2}\sum_{k=1}^n \frac{(X_k-\mu)^2}{\sigma^2}. \]
On peut vérifier aisément que cette quantité possède un unique maximum, donné par la solution des équations de vraisemblance $\nabla\ell_n(\theta) = 0$ et noté $\hat{\theta}_n$. On obtient
\[ \hat{\theta}_n = \begin{bmatrix}\hat{\mu}_n \\ \widehat{\sigma}^2_n\end{bmatrix} \eqdef \begin{bmatrix}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k \\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n \big(X_k - \frac{1}{n}\sum_{j=1}^n X_j\big)^2\end{bmatrix} = \begin{bmatrix}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k \\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k^2 - \hat{\mu}_n^2\end{bmatrix}, \]
qui sont respectivement la moyenne empirique et la variance empirique.
Estimateur des moments. On a deux paramètres inconnus ; on sait que
\[ \PE_\theta[X_1] = \mu, \qquad \Var_\theta(X_1) = \sigma^2, \]
dont on déduit les estimateurs
\[ \hat{\theta}_n = \begin{bmatrix}\hat{\mu}_n \\ \widehat{\sigma}^2_n\end{bmatrix} \eqdef \begin{bmatrix}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k \\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n \big(X_k - \frac{1}{n}\sum_{j=1}^n X_j\big)^2\end{bmatrix}. \]
Complément : estimateur MV et estimateur par la méthode des moments dans le cas où $g$ est la densité d'une loi de Laplace.
On discute les deux mêmes stratégies que précédemment. Cette fois, les deux approches ne conduisent pas au même estimateur ; de plus, l'estimateur des moments n'est pas unique.
Estimateur des moments. La méthode reste la même que dans le cas précédent, puisque les relations $\PE_\theta[X_1] = \mu$ et $\Var_\theta(X_1) = \sigma^2$ restent vraies quelle que soit la loi $g$. On a donc
\[ \hat{\theta}_n = \begin{bmatrix}\hat{\mu}_n \\ \widehat{\sigma}^2_n\end{bmatrix} \eqdef \begin{bmatrix}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k \\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n \big(X_k - \frac{1}{n}\sum_{j=1}^n X_j\big)^2\end{bmatrix} = \begin{bmatrix}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k \\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k^2 - \hat{\mu}_n^2\end{bmatrix}. \]
Estimateur MV. Ici, la log-vraisemblance des observations est donnée par
\[ \ell_n(\theta) \eqdef C - n\ln\sigma - \frac{1}{\sigma}\sum_{k=1}^n |X_k-\mu|. \]
Maximiser cette quantité en $\sigma$ donne
\[ \hat{\sigma}_n \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n |X_k-\mu|. \]
Maximiser cette quantité en $\mu$ équivaut à minimiser $\mu\mapsto\sum_{k=1}^n |X_k-\mu|$. Le résultat donne (voir ci-dessous une explication)
\[ \hat{\mu}_n = \begin{cases} X_{(n+1)/2:n} & \text{lorsque } n \text{ est impair,} \\ \text{tout point de } ]X_{n/2:n}, X_{n/2+1:n}[ & \text{lorsque } n \text{ est pair,}\end{cases} \]
où l'on a noté $X_{1:n},\cdots,X_{n:n}$ les statistiques d'ordre. On reconnaît la définition de la médiane.
Détaillons la minimisation de la fonction $h : \mu\mapsto\sum_{k=1}^n |X_k-\mu|$. Cette fonction est linéaire par morceaux, continue, dérivable partout sauf en $\mu\in\{X_1,\cdots,X_n\}$ :
sur $]-\infty, X_{1:n}[$, $h(\mu) = \sum_{k=1}^n X_k - n\mu$, de dérivée $-n$ ;
sur $]X_{n:n}, +\infty[$, $h(\mu) = n\mu - \sum_{k=1}^n X_k$, de dérivée $n$ ;
sur $]X_{q:n}, X_{q+1:n}[$, $h(\mu) = \sum_{k=1}^q (\mu - X_k) + \sum_{k=q+1}^n (X_k-\mu)$, de dérivée $2q-n$.
On voit donc que $\mu\mapsto h(\mu)$ est d'abord décroissante, puis croissante. Elle atteint son minimum au point $\mu = X_{q_\star+1:n}$ lorsque $n = 2q_\star+1$, et son minimum sur l'intervalle $]X_{q_\star:n}, X_{q_\star+1:n}[$ lorsque $n = 2q_\star$.
Comparaison des estimateurs moyenne empirique et médiane empirique pour la loi de Laplace d'espérance $2$ et de variance $1$ : boxplot de $5000$ réalisations indépendantes de chacun des deux estimateurs, dans le cas où $n=50$ (gauche) et $n=500$ (droite). On peut observer (a) le rôle de $n$ dans la dispersion des estimateurs, et (b) que la distribution de l'estimateur de la médiane est plus concentrée que celle de l'estimateur de la moyenne.
Question 4
Sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$ :
la loi de $X_i$ est une gaussienne d'espérance $\mu$ et de variance $\sigma^2$ ;
les variables $X_1,\cdots,X_n$ sont indépendantes ;
la loi de $S_n \eqdef \sum_{i=1}^n X_i$ est une gaussienne d'espérance $n\mu$ et de variance $n\sigma^2$ ;
la loi de
\[ K_n \eqdef \sum_{i=1}^n (X_i - n^{-1}S_n)^2 = \sum_{i=1}^n X_i^2 - n^{-1}S_n^2 \]
est une loi Gamma de paramètres $((n-1)/2, 1/(2\sigma^2))$. Par convention, une loi Gamma de paramètres $(a,b)$ est une loi sur $\rset_+$ dont la densité est proportionnelle à $u\mapsto u^{a-1}\exp(-bu)$ ;
les variables $S_n$ et $K_n$ sont indépendantes.
La démonstration de ce résultat se trouve dans le polycopié de cours (théorème de Gosset, Théorème théorème de Gosset). Par suite, le modèle statistique induit est
\[ \Big(\rset\times\rset_+, \borel(\rset\times\rset_+), \{\rho_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes 2} : \theta \eqdef (\mu,\sigma^2)\in\rset\times\rset_+^*\}\Big), \]
où
\[ \rho_{n,\param}(z,y) \eqdef C_n\,\exp\Big(-\frac{(z-n\mu)^2}{2n\sigma^2}\Big)\exp\Big(-\frac{y}{2\sigma^2}\Big)\,y^{(n-3)/2}\,\indi{\rset}(z)\,\indi{\rset_+}(y), \]
en ayant posé
\[ C_n \eqdef \frac{1}{\sqrt{2\pi n\sigma^2}}\Big(\frac{1}{2\sigma^2}\Big)^{(n-1)/2}\frac{1}{\Gamma((n-1)/2)}. \]
Complément : pour aller plus loin sur les modèles induits, quel est le modèle induit par $(S_n, \sum_{i=1}^n X_i^2)$ ?
Remarquons tout d'abord que
\[ \sum_{i=1}^n X_i^2 = K_n + \frac{S_n^2}{n}. \]
Pour identifier le modèle induit, il est nécessaire d'identifier la loi de $(S_n, \sum_{i=1}^n X_i^2)$ sous $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$. Soit $h$ une fonction continue bornée. On a
\[ \begin{aligned}
\PE_{n,\theta}\big[h(S_n, K_n + n^{-1}S_n^2)\big]
&= C_n\int_{\rset\times\rset_+} h(z, y + n^{-1}z^2)\,\exp\Big(-\frac{(z-n\mu)^2}{2n\sigma^2}\Big) \\
&\qquad\qquad\times \exp\Big(-\frac{y}{2\sigma^2}\Big)\,y^{(n-3)/2}\,\rmd z\,\rmd y \\
&= C_n\int_{\rset}\int_{u^2/n}^{+\infty} h(u,v)\,\exp\Big(-\frac{(u-n\mu)^2}{2n\sigma^2}\Big) \\
&\qquad\qquad\times \exp\Big(-\frac{v-u^2/n}{2\sigma^2}\Big) \\
&\qquad\qquad\times \Big(v-\frac{u^2}{n}\Big)^{(n-3)/2}\rmd u\,\rmd v \\
&= C_n\exp\Big(-\frac{n\mu^2}{2\sigma^2}\Big) \\
&\qquad\qquad\times \int_{\rset}\int_{u^2/n}^{+\infty} h(u,v)\,\exp\Big(\frac{u\mu}{\sigma^2} - \frac{v}{2\sigma^2}\Big) \\
&\qquad\qquad\times \Big(v-\frac{u^2}{n}\Big)^{(n-3)/2}\rmd u\,\rmd v,
\end{aligned} \]
en ayant fait le changement de variable
\[ z = u, \qquad y = v - u^2/n. \]
On en déduit la densité de la statistique $(\sum_{i=1}^n X_i, \sum_{i=1}^n X_i^2)$ sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, puis la définition du modèle statistique induit :
\[ \Big(\rset\times\rset_+, \borel(\rset\times\rset_+), \{\tilde{\rho}_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes 2} : \param\in\Param\}\Big), \]
où
\[ \tilde{\rho}_{n,\param}(u,v) \propto \exp\Big(\frac{u\mu}{\sigma^2} - \frac{v}{2\sigma^2}\Big)\Big(v - \frac{u^2}{n}\Big)^{(n-3)/2}\,\indi{\rset}(u)\,\indi{[u^2/n, +\infty[}(v). \]
On observera que, bien que sous $p_{n,\param}\cdot\lleb^{\otimes n}$ les statistiques $(S_n, K_n)$ soient indépendantes, il n'en est pas de même pour $(S_n, \sum_{i=1}^n X_i^2)$.
EXO 4Modèle de régression linéaire gaussienne★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Question 1
Soit $\theta \eqdef (\beta,\sigma)$. Sous la loi $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, le vecteur aléatoire $(Y_1,\cdots,Y_n)$ a la densité
\[ (u_1,\cdots,u_n)\mapsto \sigma^{-n}\prod_{i=1}^n g\Big(\frac{u_i - f(\beta'\mathbf{x}_i)}{\sigma}\Big), \]
qui est de forme produit : les composantes sont donc indépendantes. De plus, la loi de $Y_i$ a pour densité
\[ u_i\mapsto g\Big(\frac{u_i - f(\beta'\mathbf{x}_i)}{\sigma}\Big) \]
à une constante multiplicative près. Un calcul de constante de normalisation montre que cette constante multiplicative vaut $1/\sigma$.
Question 2
En utilisant encore le résultat de l'exercice 2 (translation $-f(\beta'\mathbf{x}_i)/\sigma$ et échelle $1/\sigma$ appliquées à la densité de $Y_i$ obtenue à la question 1), on montre que sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$, la loi de $(Y_i - f(\beta'\mathbf{x}_i))/\sigma$ est $g\cdot\lleb$. Ces variables sont indépendantes (question 1) et de même loi : elles sont i.i.d. de loi $g\cdot\lleb$.
Question 3
On sait que sous $p_{n,\theta}\cdot\lleb^{\otimes n}$,
\[ Y_i \stackrel{\mathrm{ind}}{\sim} \gauss(\beta_1 + \beta_2 x_i, \sigma^2), \]
ce qui entraîne que pour tout $i$, $Y_i$ a même loi que $\beta_1 + \beta_2 x_i + W_i$ où $W_i\sim\gauss(0,\sigma^2)$. On peut donc comprendre la donnée mesurée $y_i$ comme la mesure de $\beta_1+\beta_2x_i$ entachée d'une perturbation, modélisée comme la réalisation d'une loi gaussienne centrée de variance $\sigma^2$.
On peut chercher le paramètre qui maximise la vraisemblance des observations : la log-vraisemblance est donnée par
\[ \theta\mapsto\ell_n(\theta) \eqdef C - \frac{n}{2}\ln\sigma^2 - \frac{1}{2\sigma^2}\sum_{i=1}^n \big(Y_i - \beta_1 - \beta_2 x_i\big)^2, \]
où $C$ collecte tous les termes qui ne dépendent pas de $\theta$. En introduisant les notations
\[ \mathbf{X} \eqdef \begin{bmatrix} 1 & x_1 \\ \vdots & \vdots \\ 1 & x_n\end{bmatrix}\in\rset^{n\times 2}, \qquad \beta \eqdef \begin{bmatrix}\beta_1 \\ \beta_2\end{bmatrix}\in\rset^2, \qquad \mathbf{Y} \eqdef \begin{bmatrix} Y_1 \\ \vdots \\ Y_n\end{bmatrix}\in\rset^n, \]
on a
\[ \ell_n(\theta) = C - \frac{n}{2}\ln\sigma^2 - \frac{1}{2\sigma^2}\|\mathbf{Y} - \mathbf{X}\beta\|^2. \]
Cette fonction possède un unique maximum, obtenu en résolvant les équations de vraisemblance $\nabla\ell_n = 0$. Pour $\beta$, on doit minimiser la forme quadratique
\[ \beta\mapsto \beta'\mathbf{X}'\mathbf{X}\beta - 2\beta'\mathbf{X}'\mathbf{Y} + \mathbf{Y}'\mathbf{Y}, \]
et le minimum est atteint en $\hat{\beta}_n$ solution de $\mathbf{X}'\mathbf{X}\beta = \mathbf{X}'\mathbf{Y}$, soit (en supposant la matrice $\mathbf{X}'\mathbf{X}$ inversible)
\[ \hat{\beta}_n \eqdef \big(\mathbf{X}'\mathbf{X}\big)^{-1}\mathbf{X}'\mathbf{Y}. \]
Noter que $\mathbf{X}\hat{\beta}_n$ est la projection de $\mathbf{Y}$ sur l'espace engendré par les colonnes de $\mathbf{X}$ : en posant $H \eqdef \mathbf{X}(\mathbf{X}'\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}'$, on a $H^2 = H$, et $H$ est le projecteur sur l'espace vectoriel engendré par les colonnes de $\mathbf{X}$ ; donc $H\mathbf{Y}$ est le projeté de $\mathbf{Y}$ sur cet espace. Dans le modèle réduit à la constante, $f(\beta'\mathbf{x}_i) = \beta_1$, la matrice $\mathbf{X}$ se réduit au vecteur constant $\bigone_n \eqdef (1,\cdots,1)'$ : l'estimateur est alors le projeté de $\mathbf{Y}$ sur $\bigone_n$, et il vaut $n^{-1}\sum_{i=1}^n Y_i$.
Complément : estimation de $\sigma^2$.
Pour l'estimateur de $\sigma^2$ par la méthode du MV, on obtient
\[ \hat{\sigma}^2_n \eqdef \frac{1}{n}\|\mathbf{Y} - \mathbf{X}\hat{\beta}_n\|^2 = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n \big(Y_i - \hat{\beta}_{n,1} - \hat{\beta}_{n,2}x_i\big)^2 ; \]
cet estimateur est la variance des résidus, c'est-à-dire la variance de la composante de $\mathbf{Y}$ orthogonale à l'espace vectoriel engendré par les colonnes de $\mathbf{X}$ (en quelque sorte, la « part » de $\mathbf{Y} - \PE[\mathbf{Y}]$ non expliquée par les variables explicatives $x_1,\cdots,x_n$).
On peut aussi chercher à minimiser la dispersion du nuage de points $\{(\mathbf{x}_i, y_i), 1\leq i\leq n\}$ autour de la droite de régression (s'appuyer sur les graphes) ; cela conduit à définir
\[ \hat{\beta}_n \eqdef \mathop{\mathrm{arg\,min}}_{\beta}\sum_{i=1}^n \big(Y_i - \beta'\mathbf{x}_i\big)^2 = \mathop{\mathrm{arg\,min}}_{\beta}\|\mathbf{Y} - \mathbf{X}\beta\|^2. \]
On aboutit au même résultat : $\hat{\beta}_n$ est tel que $\mathbf{X}\hat{\beta}_n$ est le projeté de $\mathbf{Y}$ sur l'espace engendré par les colonnes de $\mathbf{X}$.
Question 4
(gauche) Le nuage de $150$ points $(x_i,y_i)$ où, pour la $i$-ème mesure, $x_i$ est la radiation solaire et $y_i$ la concentration d'ozone ; en rouge, la droite de régression $x\mapsto\tilde b_1 + \tilde b_2 x$, et la droite horizontale d'équation $y = n^{-1}\sum_{i=1}^n y_i$. (droite) Nuage des $150$ points $(\widehat{y}_i, e_i)$ où $\widehat{y}_i = \tilde b_1 + \tilde b_2 x_i$ et $e_i = y_i - \widehat{y}_i$.
La figure de gauche représente :
un nuage de points de coordonnées $(x_i, y_i)$ ;
une droite horizontale : c'est la droite d'équation $y = b_1^{(1)}$, où $b_1^{(1)}$ est l'évaluation de l'estimateur $\hat{\beta}_1^{(1)} \eqdef n^{-1}\sum_{i=1}^n Y_i$ en les points mesurés $(y_1,\cdots,y_n)$. On obtient cet estimateur en considérant un modèle de régression avec $f(\beta'\mathbf{x}_i) = \beta_1$ ;
une droite de pente non nulle, d'équation $y = \tilde b_1 + \tilde b_2 x$, où $(\tilde b_1, \tilde b_2)$ est l'évaluation de l'estimateur $\hat{\beta}_n = (\mathbf{X}'\mathbf{X})^{-1}\mathbf{X}'\mathbf{Y}$ de la question 3 en les points mesurés $(y_1,\cdots,y_n)$. On obtient cet estimateur en considérant un modèle de régression avec $f(\beta'\mathbf{x}_i) = \beta_1 + \beta_2 x_i$.
Une fois cette droite de régression estimée (c'est-à-dire une fois calculés les coefficients $(\tilde b_1, \tilde b_2)$), on peut évaluer les résidus $e_i \eqdef y_i - \widehat{y}_i$, c'est-à-dire la différence entre la valeur mesurée $y_i$ et la valeur ajustée $\widehat{y}_i \eqdef \tilde b_1 + \tilde b_2 x_i$. La figure de droite représente le nuage des $n$ points de coordonnées $(\widehat{y}_i, e_i)$.
Groupe 2 — Exercices bonus
EXO 5Score de football★★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Complément : densité par rapport à la mesure de comptage sur $\nset$
La mesure de comptage $\mu$ sur $\nset$ est la mesure qui à toute partie $A$ de $\nset$ associe son cardinal : $\mu(A) = \mathrm{Card}(A)$.
On dit qu'une loi $\xi$ sur un espace mesurable $(T,\mathcal{T})$ possède une densité $f$ par rapport à la mesure $\check{\nu}$ si pour tout $A\in\mathcal{T}$, $\xi(A) = \int_A f\,\rmd\check{\nu}$.
Dans le cas où $\check{\nu}$ est la mesure de comptage, cette formule devient
\[ \xi(A) = \sum_{a\in A} f(a). \]
Par suite, si $X$ est une variable aléatoire à valeurs dans $\nset$ dont la loi est donnée par la suite de réels positifs $p(n) \eqdef \PP(X = n)$, $n\in\nset$, on dit que « $X$ possède la densité $(p(n))_n$ par rapport à la mesure de comptage $\mu$ ».
Question 1
Notons $s\mapsto G_X(s)$ la fonction génératrice des moments d'une variable aléatoire $X$. Lorsque $X\sim\mathcal{P}(\lambda)$, on a pour tout $s\in\rset$
\[ G_X(s) \eqdef \PE\big[s^X\big] = \exp(-\lambda)\sum_{k\geq 0} s^k\frac{\lambda^k}{k!} = \exp(-\lambda(1-s)). \]
Question 2
La loi de Poisson possède des moments de tout ordre ; $G_X$ est donc en particulier deux fois dérivable. On a
\[ G_X'(1) = \PE[X], \qquad G_X''(1) = \PE[X(X-1)], \]
dont on déduit que $\PE[X] = \lambda$ et $\PE[X(X-1)] = \lambda^2$. Par suite,
\[ \Var(X) = \PE[X(X-1)] + \PE[X] - \big(\PE[X]\big)^2 = \lambda. \]
Question 3
Par indépendance des variables $X_1$ et $X_2$, on a $G_{X_1+X_2} = G_{X_1}G_{X_2}$. On en déduit que
\[ G_{X_1+X_2}(s) = \exp(-(\lambda_1+\lambda_2)(1-s)). \]
La fonction génératrice des moments caractérisant la loi, cette expression prouve que $X_1 + X_2 \sim \mathcal{P}(\lambda_1+\lambda_2)$.
Question 4
Posons $T_n \eqdef \sum_{i=1}^n X_i$. Alors $T_n$ est une variable aléatoire à valeurs dans $\nset$. D'après la question 3, sous le modèle $p_\lambda\cdot\mu$, $T_n$ suit une loi de Poisson de paramètre $n\lambda$. On en déduit que le modèle statistique induit par $T_n$ est le triplet
\[ \Big(\nset, \mathcal{P}(\nset), \{p_{n\lambda}\cdot\mu : \lambda\in\rset_+^*\}\Big). \]
Question 5
Sous $p_\lambda\cdot\mu$, $T_n$ suit une loi de Poisson de paramètre $n\lambda$. On peut opter pour une approche par maximum de vraisemblance : la log-vraisemblance est donnée par ($C$ désigne une quantité indépendante de $\lambda$)
\[ \lambda\mapsto\ell_n(\lambda) \eqdef C - n\lambda + T_n\ln\lambda, \]
qui atteint son maximum sur $\rset_+^*$ en un unique point, donné par
\[ \hat{\lambda}_n \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k. \]
En exploitant le fait que $(X_1,\cdots,X_n)$ est un $n$-échantillon d'un modèle statistique de Poisson, on peut proposer un estimateur par la méthode des moments fondé sur le moment d'ordre $1$ des variables $X_i$. La relation $\PE_\lambda[X_1] = \lambda$ définit l'estimateur $\tilde{\lambda}_n$ comme la solution de l'équation
\[ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k = \lambda, \]
ce qui donne le même estimateur que celui identifié par maximum de vraisemblance.
En exploitant encore le fait que $(X_1,\cdots,X_n)$ est un $n$-échantillon d'un modèle de Poisson, on peut proposer un estimateur par la méthode des moments fondé sur le moment d'ordre $2$ des variables $X_i$. La relation $\PE_\lambda[X_1^2] = \lambda(1+\lambda)$ définit l'estimateur $\check{\lambda}_n$ comme la solution de
\[ \lambda > 0 \ \text{ telle que }\ \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k^2 = \lambda(1+\lambda), \]
c'est-à-dire l'unique racine strictement positive de
\[ \lambda^2 + \lambda - \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k^2 = 0. \]
Question 6
On collecte les données $\ell_1, v_1, \cdots, \ell_n, v_n$, où $\ell_i$ (resp. $v_i$) est le nombre de buts marqués par l'équipe locale (resp. visiteuse) lors du $i$-ème match. Ces données sont une réalisation du vecteur aléatoire $(L_1, V_1, \cdots, L_n, V_n)$ à valeurs dans $\nset^{2n}$ ; cet espace est muni de la tribu de ses parties ; on veut munir l'espace mesurable d'une loi telle que, sous cette loi, les variables canoniques soient indépendantes et de lois de Poisson de paramètres adéquats, à savoir
\[ \begin{aligned} (\ell_1, v_1, \cdots, \ell_n, v_n)\mapsto \tilde{p}_\param(\ell_1, v_1, \cdots, \ell_n, v_n) &\eqdef \prod_{k=1}^n \Big(\frac{\lambda_1^{\ell_k}}{\ell_k!}\,\frac{\lambda_2^{v_k}}{v_k!}\,\exp(-\lambda_1-\lambda_2)\Big), \\
\param &\eqdef (\lambda_1,\lambda_2). \end{aligned} \]
Par suite, le modèle statistique est
\[ \Big(\nset^{2n}, \mathcal{P}(\nset^{2n}), \{\tilde{p}_\param\cdot\mu^{\otimes 2n} : \param\in\rset_+^*\times\rset_+^*\}\Big). \]
Question 7
Par un estimateur des moments (qui coïncide avec l'estimateur MV), on peut prendre comme estimateur
\[ \hat{\lambda}_{1,n} \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n L_k, \qquad \hat{\lambda}_{2,n} \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n V_k. \]
On peut donc estimer $\lambda_1$ et $\lambda_2$ respectivement par $1{,}468$ et $1{,}055$. On peut discuter le modèle poissonien en observant que la variance des données est supérieure à la moyenne des données, dans les trois cas (les locaux, les visiteurs, le nombre total de buts par match), alors que, d'après la question 2, une loi de Poisson a une variance égale à sa moyenne.
Remarque : modèle identifiable.
Noter que si l'on avait uniquement collecté l'information $(\ell_1 + v_1, \cdots, \ell_n + v_n)$, c'est-à-dire le nombre total de buts marqués par match, on n'aurait pas pu estimer chacun des deux paramètres $\lambda_1, \lambda_2$. En effet, le modèle statistique associé à ces observations aurait été :
espace des observations : $\nset^n$ muni de la tribu de ses parties ;
paramètre $\tilde{\theta} \eqdef (\lambda_1,\lambda_2)$ à valeurs dans $\tilde{\Theta} \eqdef \rset_+^*\times\rset_+^*$ ;
la famille de lois $\{\check{p}_{\tilde{\theta}}\cdot\mu^{\otimes n} : \tilde{\theta}\in\rset_+^*\times\rset_+^*\}$ de densité
\[ (s_1,\cdots,s_n)\mapsto \exp(-(\lambda_1+\lambda_2)n)\prod_{k=1}^n \frac{(\lambda_1+\lambda_2)^{s_k}}{s_k!}. \]
La loi ne dépend des paramètres inconnus $\lambda_1,\lambda_2$ qu'à travers la somme $\lambda_1+\lambda_2$. Ce modèle est dit non identifiable puisqu'on peut trouver plusieurs paires $(\lambda_1,\lambda_2)$ de réels strictement positifs dont la somme vaut une valeur donnée : il existe $\tilde{\theta}\neq\check{\theta}$ tels que $\check{p}_{\tilde{\theta}} = \check{p}_{\check{\theta}}$. On pourra donc estimer la somme $\lambda_1+\lambda_2$, mais on sera incapable d'estimer chacune des quantités $\lambda_1$, $\lambda_2$.
Question 8
Complément : loi mélange.
Soient $f_0\cdot\nu_0$ et $f_1\cdot\nu_1$ des lois de probabilité définies sur un espace mesurable $(T,\mathcal{T})$ avec $T\subseteq\rset^d$ ; ce contexte inclut par exemple le cas de deux densités par rapport à la mesure de Lebesgue sur $\rset^d$, de deux lois discrètes sur $\nset$, ou d'une loi discrète et d'une loi à densité par rapport à la mesure de Lebesgue.
Soit $\pi\in]0,1[$. Une variable aléatoire $X$ de loi mélange donnée par
\[ (1-\pi)\,f_0\cdot\nu_0 + \pi\,f_1\cdot\nu_1 \]
a même loi que $(1-U)\,V + U\,W$, où $U, V, W$ sont des variables aléatoires indépendantes, $V\sim f_0\cdot\nu_0$, $W\sim f_1\cdot\nu_1$ et $U$ est une variable de Bernoulli de paramètre $\pi$. En effet, pour toute fonction $h$ mesurable bornée, on a
\[ \begin{aligned}
\PE\big[h((1-U)V + UW)\big] &= \PE\big[h((1-U)V + UW)\,\indi{\{U=0\}}\big] \\ &\quad + \PE\big[h((1-U)V + UW)\,\indi{\{U=1\}}\big] \\
&= \PE\big[h(V)\,\indi{\{U=0\}}\big] + \PE\big[h(W)\,\indi{\{U=1\}}\big] \\
&= \PP(U=0)\int h(v)\,f_0(v)\,\rmd\nu_0(v) \\ &\quad + \PP(U=1)\int h(w)\,f_1(w)\,\rmd\nu_1(w) \\
&= (1-\pi)\int h(x)\,f_0(x)\,\rmd\nu_0(x) \\ &\quad + \pi\int h(x)\,f_1(x)\,\rmd\nu_1(x).
\end{aligned} \]
Cela équivaut à dire que « avec probabilité $1-\pi$, $X = V$ ; et avec probabilité $\pi$, $X = W$ ».
Pour obtenir une réalisation d'une variable aléatoire ayant cette loi, il suffit de tirer une variable de Bernoulli de paramètre $\pi$. Si l'on obtient $0$, on retourne la réalisation d'une variable de loi $f_0\cdot\nu_0$ ; si l'on obtient $1$, on retourne une réalisation d'une variable de loi $f_1\cdot\nu_1$.
On peut généraliser le modèle de mélange à plus de deux composantes :
\[ \sum_{i=1}^I \alpha_i\,f_i\cdot\nu_i, \]
où les poids $\alpha_i$ sont positifs et tels que $\sum_{i=1}^I \alpha_i = 1$.
Ici, $f_0\cdot\nu_0$ est la loi de Dirac en zéro : $V = 0$ avec probabilité $1$ ; et $W$ suit une loi de Poisson de paramètre $\lambda$. Par suite, simuler sous cette loi mélange revient à (a) tirer une variable de Bernoulli de paramètre $\pi$, ce que l'on obtient à partir d'une variable $U'$ uniforme sur $[0,1]$ en posant $U = \indi{\{U'\leq\pi\}}$ ; (b) si l'on obtient $0$, retourner $0$, et si l'on obtient $1$, retourner le résultat d'un tirage d'une variable de Poisson de paramètre $\lambda$.
Question 9
Notons $X$ une variable aléatoire ayant cette loi mélange. Puisque $X$ a même loi que $(1-U)V + UW$ avec $U, V, W$ indépendantes, on a
\[ \PE[X] = \PE[(1-U)V] + \PE[UW] = \PE[1-U]\,\PE[V] + \PE[U]\,\PE[W] = 0 + \pi\lambda. \]
De même, on établit
\[ \PE[X^2] = \PE[U^2W^2] = \PE[U^2]\,\PE[W^2] = \pi\lambda(1+\lambda). \]
Question 10
On peut déduire de ces relations un estimateur par la méthode des moments pour les paramètres $\pi, \lambda$. Posons
\[ S_{1,n} \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k, \qquad S_{2,n} \eqdef \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n X_k^2. \]
On prend alors pour estimateur de $(\pi,\lambda)$ la solution des conditions
\[ S_{1,n} = \pi\lambda, \qquad S_{2,n} = \pi\lambda(1+\lambda), \qquad \pi\in]0,1[, \qquad \lambda > 0, \]
si elle existe. La résolution des deux premières conditions donne
\[ \check{\lambda}_n \eqdef \frac{S_{2,n}}{S_{1,n}} - 1 = \frac{S_{2,n} - S_{1,n}}{S_{1,n}}, \qquad \hat{\pi}_n \eqdef \frac{S_{1,n}^2}{S_{2,n} - S_{1,n}}, \]
mais il faut vérifier que ces quantités sont bien à valeurs respectivement dans $\rset_+^*$ et dans $]0,1[$.
Puisque les variables $X_k$ sont à valeurs entières, on a toujours $S_{2,n}\geq S_{1,n}$ ; de plus,
\[ \PP_{n,(\pi,\lambda)}\big(S_{2,n} = S_{1,n}\big) = \PP_{n,(\pi,\lambda)}\big(X_i\leq 1, \ \forall\, i\leq n\big) = \big((1-\pi) + \pi\exp(-\lambda)(1+\lambda)\big)^n, \]
ce qui entraîne que $\sum_n \PP_{n,(\pi,\lambda)}(S_{2,n} = S_{1,n}) \lt \infty$, et donc, sous $p_{\pi,\lambda}\cdot\mu$, $S_{2,n} - S_{1,n} > 0$ presque sûrement pour tout $n$ assez grand.
Par suite, sous ce modèle, et pour tout $n$ assez grand, $\check{\lambda}_n > 0$ et $0 \lt \hat{\pi}_n \lt \infty$. En revanche, la condition $\hat{\pi}_n \lt 1$ est vraie si et seulement si $S_{2,n} - S_{1,n}^2 > S_{1,n}$, c'est-à-dire si et seulement si la variance empirique est supérieure à la moyenne empirique. Ce n'est pas toujours le cas, mais ça l'est ici sur les données collectées (c'est justement la raison pour laquelle on a envisagé ce modèle).
L'application numérique donne, pour les buts de l'équipe locale,
\[ s_{1,n} = 1{,}468, \qquad s_{2,n} = 1{,}617 + 1{,}468^2, \qquad \check{\lambda}_n = 1{,}5695, \qquad \hat{\pi}_n = 0{,}9353. \]
Pour $k = 0, 1, \cdots, 4$, on compare la distribution empirique du nombre de buts marqués par l'équipe locale (barres de gauche, en bleu), la loi de Poisson de paramètre $1{,}468$ (barres du centre, en vert) et la loi mélange ajustée (barres de droite, en rouge).
Sur cette figure, pour $k = 0,\cdots,4$, on trace (i) la distribution empirique du nombre de buts marqués par l'équipe locale, (ii) la probabilité théorique donnée par une loi de Poisson de paramètre $\lambda = 1{,}468$, et (iii) la probabilité théorique donnée par la loi mélange $(1-\hat{\pi}_n)\,\delta_0 + \hat{\pi}_n\,\mathcal{P}(\check{\lambda}_n)$.
EXO 6Prix d'un actif financier★★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Complément : cumulants, kurtosis, moments
Lorsque le coefficient d'asymétrie est positif, les queues de distribution sont plus étalées à droite.
Les cumulants $(\kappa_k)_k$ sont les coefficients du développement du logarithme de la transformée de Laplace (appelé fonction génératrice des cumulants) :
\[ \ln\PE\big[\exp(tX)\big] = \sum_{k\geq 0}\frac{\kappa_k}{k!}t^k = \sum_{k\geq 1}\frac{\kappa_k}{k!}t^k. \]
Par dérivation de cette fonction puis évaluation en $t = 0$, on obtient des relations entre cumulants et moments centrés ; par exemple
\[ \mu_1\,(=\mu) = \kappa_1 ; \quad \mu_2\,(=\sigma^2) = \kappa_2 ; \quad \mu_3 = \kappa_3 ; \quad \mu_4 = \kappa_4 + 3\kappa_2^2 = \kappa_4 + 3\mu_2^2. \]
On a donc une autre expression de l'excès de kurtosis :
\[ \gamma_2 = \frac{\mu_4}{\mu_2^2} - 3 = \frac{\kappa_4}{\kappa_2^2}. \]
Noter que par l'inégalité de Cauchy-Schwarz, $\mu_4\geq\mu_2^2$, donc $\gamma_2\geq -2$. Lorsque $\gamma_2 = 0$ (c'est le cas de la loi gaussienne, voir la question 4), la loi de la variable $X$ est dite « à queues plates ». Lorsque $\gamma_2 > 0$, on parle de distribution leptokurtique, ou loi à queues épaisses. Lorsque $\gamma_2 \lt 0$, on parle de distribution platikurtique, ou loi à queues légères.
Question 1
Les données collectées $(x_1,\cdots,x_n)$ sont une réalisation du vecteur aléatoire $Z \eqdef (X_1,\cdots,X_n)$, à valeurs dans $\rset^n$. On munit cet espace des observations de la tribu borélienne $\borel(\rset^n)$ et d'une famille de probabilités $\{p_\theta\cdot\lleb^{\otimes n} : \theta\in\Theta\}$ avec $\theta \eqdef (\mu,\sigma^2)\in\Theta \eqdef \rset\times\rset_+^*$ et
\[ (x_1,\cdots,x_n)\mapsto p_\theta(x_1,\cdots,x_n) \eqdef \prod_{k=1}^n \frac{1}{\sqrt{2\pi}\,\sigma}\exp\Big(-\frac{(x_k-\mu)^2}{2\sigma^2}\Big). \]
Question 2
Dans ce modèle statistique, sous $p_\theta\cdot\lleb^{\otimes n}$, les variables canoniques $X_1,\cdots,X_n$ sont i.i.d. de loi gaussienne de paramètres $(\mu,\sigma^2)$. Comme dans l'exercice 3, on peut choisir un estimateur des moments fondé sur les premier et second moments, ou un estimateur par maximum de vraisemblance. Les deux approches conduisent au même estimateur
\[ \hat{\theta}_n = \begin{bmatrix}\hat{\mu}_n \\ \hat{\sigma}^2_n\end{bmatrix} \eqdef \begin{bmatrix} n^{-1}\sum_{k=1}^n X_k \\ n^{-1}\sum_{k=1}^n (X_k - \hat{\mu}_n)^2\end{bmatrix}. \]
Question 3
La figure de gauche rassemble les mesures relevées sur l'action Apple en 2015, dont le prix à la clôture ; celle de droite montre les log-rendements journaliers $X_k = \log(P_k/P_{k-1})$ calculés sur ce prix.On superpose l'histogramme des log-rendements et la densité de la loi gaussienne dont les paramètres sont égaux à ceux estimés (courbe rouge).
Ce modèle gaussien est discutable : on observe en effet un histogramme avec des queues plus lourdes que la loi gaussienne. La symétrie de l'histogramme n'est pas non plus convaincante.
Question 4
(a) Si $X\sim\gauss(\mu,\sigma^2)$, alors $(X-\mu)/\sigma\sim\gauss(0,1)$. Par symétrie de la loi gaussienne centrée (qui admet des moments de tout ordre), on a
\[ \gamma_1 \propto \int_\rset x^3\exp(-x^2/2)\,\rmd x = 0. \]
(b) La transformée de Laplace de la loi gaussienne $\gauss(\mu,\sigma^2)$ est donnée par
\[ t\mapsto\PE\big[\exp(tX)\big] = \exp\Big(t\mu + \frac{t^2\sigma^2}{2}\Big) \]
(en écrivant $X = \mu + \sigma Y$ avec $Y\sim\gauss(0,1)$, on a $\PE[\exp(tX)] = \rme^{t\mu}\,\PE[\exp(t\sigma Y)]$, et $\PE[\exp(sY)] = \rme^{s^2/2}$ s'obtient en complétant le carré dans $\int \rme^{sy - y^2/2}\,\rmd y$). Ceci donne $\ln\PE[\exp(tX)] = t\mu + t^2\sigma^2/2$, dont on déduit les cumulants
\[ \kappa_1 = \mu, \qquad \kappa_2 = \sigma^2, \qquad \kappa_q = 0 \ \text{ pour } q\geq 3. \]
Il vient que l'excès de kurtosis $\gamma_2 = \kappa_4/\kappa_2^2$ est nul.
Question 5
On remplace les moments exacts par les moments empiriques ; on obtient pour estimateur du coefficient d'asymétrie
\[ \hat{\gamma}_{1,n} \eqdef \Big(\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n (X_k - \hat{\mu}_n)^2\Big)^{-3/2}\Big(\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n (X_k - \hat{\mu}_n)^3\Big), \qquad \text{avec } \hat{\mu}_n \eqdef n^{-1}\sum_{k=1}^n X_k, \]
et pour estimateur de l'excès de kurtosis
\[ \hat{\gamma}_{2,n} \eqdef \Big(\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n (X_k - \hat{\mu}_n)^2\Big)^{-2}\Big(\frac{1}{n}\sum_{k=1}^n (X_k - \hat{\mu}_n)^4\Big) - 3. \]
Question 6
L'excès de kurtosis semble significativement différent de $0$, et il est positif ; cela confirme l'observation que la distribution empirique a des queues plus lourdes que la loi gaussienne. Il est donc conseillé d'envisager un autre modèle.
Question 7
Les données collectées $(x_1,\cdots,x_n)$ sont une réalisation du vecteur aléatoire $Z = (X_1,\cdots,X_n)$ à valeurs dans $\rset^n$. On munit cet espace de sa tribu borélienne, et d'une famille de probabilités $\{\tilde{p}_\theta\cdot\lleb^{\otimes n} : \theta\in\Theta\}$ avec $\theta \eqdef (\alpha_0,\alpha_1)$, $\Theta \eqdef \rset_+^*\times\rset_+$ et, avec la convention $x_0 = 0$,
\[ (x_1,\cdots,x_n)\mapsto\tilde{p}_\theta(x_1,\cdots,x_n) \eqdef \prod_{k=1}^n \Big(\frac{1}{\sqrt{2\pi}\sqrt{\alpha_0 + \alpha_1 x_{k-1}^2}}\exp\Big(-\frac{1}{2}\,\frac{x_k^2}{\alpha_0 + \alpha_1 x_{k-1}^2}\Big)\Big). \]
Pour l'expression de la densité, on a utilisé les faits suivants :
les variables $(X_k)_k$ ne sont pas indépendantes ; par définition de la loi conditionnelle, « la loi de $(X_1,\cdots,X_n)$ est le produit de la loi de $(X_1,\cdots,X_{n-1})$ et de la loi conditionnelle de $X_n$ sachant $(X_1,\cdots,X_{n-1})$ », ce qui par récurrence donne (écriture sans rigueur)
\[ \prod_{k=1}^n \text{« loi conditionnelle de } X_k \text{ sachant } (X_1,\cdots,X_{k-1}) \text{ »} ; \]
les variables $(Z_k)_k$ sont indépendantes et, par récurrence, on voit que $X_{k-1}$ est une fonction de $Z_1,\cdots,Z_{k-1}$. Donc $Z_k$ est indépendante de $X_{k-1}$ ;
vu la relation liant $X_k$, $Z_k$ et $X_{k-1}$, et puisque $Z_k$ et $X_{k-1}$ sont indépendantes, on voit que la loi conditionnelle de $X_k$ sachant $(X_1,\cdots,X_{k-1})$ est la loi conditionnelle de $X_k$ sachant $X_{k-1}$, et cette loi est une loi gaussienne centrée de variance $\alpha_0 + \alpha_1 X_{k-1}^2$.
EXO 7Sur l'identifiabilité des lois de mélange Gaussien et Poisson★★★L'énoncé de cet exercice se trouve dans la feuille d'exercices.
Question 1
On considère une famille de scalaires $\beta = (\beta_1,\ldots,\beta_K)$ telle que
\[ \forall t\in\rset, \qquad \sum_{k=1}^K \beta_k\,\rme^{\mathrm{i}\mu_k t} = 0. \]
On définit la fonction $f : t\mapsto\sum_{k=1}^K \beta_k\,\rme^{\mathrm{i}\mu_k t}$. On calcule les dérivées successives de $f$ en remarquant que
\[ \forall j\in\nset, \qquad f^{(j)}(t) = \sum_{k=1}^K \beta_k\,(\mathrm{i}\mu_k)^j\,\rme^{\mathrm{i}\mu_k t} = \mathrm{i}^j\sum_{k=1}^K \beta_k\,\mu_k^j\,\rme^{\mathrm{i}\mu_k t}. \]
Puisque $f$ est la fonction nulle, ses dérivées successives sont nulles, ce qui entraîne en particulier (en évaluant en $t = 0$) que
\[ \forall j\in\{0,\ldots,K-1\}, \qquad \sum_{k=1}^K \beta_k\,\mu_k^j = 0. \]
On reconnaît ainsi un système linéaire de Vandermonde $V\beta = 0$ en les $\beta_k$, $1\leq k\leq K$, avec
\[ V \eqdef \begin{pmatrix} 1 & \ldots & 1 \\ \mu_1 & \ldots & \mu_K \\ \vdots & & \vdots \\ \mu_1^{K-1} & \ldots & \mu_K^{K-1}\end{pmatrix}. \]
La matrice $V$ est inversible dès que les coefficients $\mu_k$, $1\leq k\leq K$, sont deux à deux distincts ; puisque $\mu\in\mathsf{M}$, $V$ est inversible et $\beta$ est le vecteur nul. La condition de départ implique donc que la famille de fonctions est libre.
Question 2
Notons $Y_k$ une variable aléatoire de loi $\gauss(\mu_k, 1)$. Si $X$ suit la loi de mélange gaussien de densité $f_{\alpha,\mu}$, alors
\[ \PE_{\alpha,\mu}\big[\exp(\mathrm{i}tX)\big] = \sum_{k=1}^K \alpha_k\,\PE\big[\exp(\mathrm{i}tY_k)\big] = \sum_{k=1}^K \alpha_k\exp\Big(\mathrm{i}t\mu_k - \frac{t^2}{2}\Big). \]
Si deux lois sont identiques, alors elles ont même fonction caractéristique. Considérons deux mélanges gaussiens, de paramètres respectifs $(\alpha,\mu)$ et $(\tilde{\alpha},\tilde{\mu})$, et supposons que $f_{\alpha,\mu} = f_{\tilde{\alpha},\tilde{\mu}}$. On obtient donc, en passant aux fonctions caractéristiques,
\[ \sum_{k=1}^K \alpha_k\exp\Big(\mathrm{i}t\mu_k - \frac{t^2}{2}\Big) = \sum_{k=1}^K \tilde{\alpha}_k\exp\Big(\mathrm{i}t\tilde{\mu}_k - \frac{t^2}{2}\Big). \]
En simplifiant par $\rme^{-t^2/2}$, on obtient que
\[ \sum_{k=1}^K \alpha_k\exp(\mathrm{i}t\mu_k) - \sum_{k=1}^K \tilde{\alpha}_k\exp(\mathrm{i}t\tilde{\mu}_k) = 0. \]
En utilisant la question précédente (appliquée à la famille des fonctions $t\mapsto\rme^{\mathrm{i}t m}$, $m$ parcourant les valeurs distinctes de $\{\mu_1,\ldots,\mu_K\}\cup\{\tilde{\mu}_1,\ldots,\tilde{\mu}_K\}$), on voit que :
s'il existe $1\leq i,j\leq K$ tels que $\mu_i = \tilde{\mu}_j$, alors $\alpha_i = \tilde{\alpha}_j$ ;
pour tout $i$ tel que $\mu_i\neq\tilde{\mu}_j$ pour tout $j$, on a $\alpha_i = 0$, ce qui contredit la condition « les composantes du vecteur $\alpha$ sont strictement positives ».
On en déduit que seul le premier cas se produit, ce qui entraîne, les composantes de $\mu$ et de $\tilde{\mu}$ étant rangées par ordre croissant, $\alpha = \tilde{\alpha}$ et $\mu = \tilde{\mu}$.
Question 3
On vérifie la formule de la fonction caractéristique d'une loi de Poisson de paramètre $\mu$ par un calcul direct : si $X$ suit une loi de Poisson $\mathcal{P}(\mu)$, alors
\[ \PE\big[\rme^{\mathrm{i}tX}\big] = \sum_{k=0}^{+\infty} \rme^{-\mu}\frac{\mu^k}{k!}\,\rme^{\mathrm{i}tk} = \rme^{-\mu}\sum_{k=0}^{+\infty}\frac{(\mu\,\rme^{\mathrm{i}t})^k}{k!} = \rme^{\mu[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]}. \]
On considère ensuite deux mélanges de Poisson correspondant à la même loi,
\[ q_{\alpha,\mu} = q_{\tilde{\alpha},\tilde{\mu}}, \]
pour deux familles de paramètres $(\alpha,\mu)$ et $(\tilde{\alpha},\tilde{\mu})$ (avec le même nombre de composantes $K$, et des composantes des vecteurs $\alpha$, $\tilde{\alpha}$ non nulles). Si les deux lois sont identiques, elles ont alors mêmes fonctions caractéristiques, et on obtient donc
\[ \forall t\in\rset, \qquad \sum_{k=1}^K \alpha_k\,\rme^{\mu_k[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]} = \sum_{k=1}^K \tilde{\alpha}_k\,\rme^{\tilde{\mu}_k[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]}. \]
On montre alors, comme précédemment, que la famille de fonctions $\big(t\mapsto\rme^{\mu[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]}\big)_{\mu\in\rset}$ est une famille libre. Pour ce faire, on considère un nombre fini de paramètres $\mu_1 \lt \ldots \lt \mu_s$ ainsi que des scalaires $\beta = (\beta_1,\ldots,\beta_s)$ tels que la fonction $f$ définie par
\[ f : t\mapsto\sum_{k=1}^s \beta_k\,\rme^{\mu_k[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]} \]
est nulle pour tout $t$. On remarque que $f(0) = \sum_{k=1}^s \beta_k$, de sorte que $\sum_{k=1}^s \beta_k = 0$.
De même,
\[ f'(t) = \mathrm{i}\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k\,\rme^{\mathrm{i}t}\,\rme^{\mu_k[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]} \qquad\text{et}\qquad f'(0) = \mathrm{i}\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k, \]
et donc $\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k = 0$. Puis
\[ f^{(2)}(t) = \mathrm{i}\,f'(t) + \mathrm{i}^2\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^2\,\rme^{2\mathrm{i}t}\,\rme^{\mu_k[\rme^{\mathrm{i}t} - 1]}, \]
de sorte que $f^{(2)}(0) = \mathrm{i}\,f'(0) - \sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^2 = -\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^2$, et donc $\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^2 = 0$.
On démontre ainsi par récurrence sur $j$ que, pour tout $j\geq 1$,
\[ f^{(j)}(0) = \mathrm{i}^j\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^j + \text{(combinaison linéaire des sommes } \textstyle\sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^m, \ m \lt j\text{)}, \]
ces dernières sommes étant nulles par hypothèse de récurrence ; d'où
\[ \forall j\geq 0, \qquad \sum_{k=1}^s \beta_k\,\mu_k^j = 0. \]
Encore une fois, on obtient un système linéaire en les coefficients $\beta$ dont la matrice est une matrice de Vandermonde, inversible puisque les $\mu_k$ sont deux à deux distincts. On en déduit que nécessairement tous les coefficients $(\beta_1,\ldots,\beta_s)$ sont nuls.
En appliquant ce résultat à la différence des deux membres de l'égalité des fonctions caractéristiques ci-dessus, on conclut comme à la question 2 : cela implique l'identifiabilité du modèle statistique.
Devoirs maison (DM) et explorations numériques (EN) : modalités, calendrier des mises en
ligne et des rendus, et tutorat. Les énoncés sont déposés sur Moodle, les rendus s'y font aussi.
Modalités
Deux types d'activités maison sont proposés :
deux devoirs maison contenant une partie « problème » et une partie numérique à résoudre en Python ;
trois explorations numériques, à réaliser en Python, afin de mettre en œuvre numériquement les
notions vues en cours sur des exemples simples.
Ces travaux sont réalisés par groupes de trois constitués par tirage au sort. Une première
composition des groupes sera utilisée pour le DM 1 et l'EN 1 ; une nouvelle composition sera tirée
au sort pour le DM 2, l'EN 2 et l'EN 3. La composition des premiers groupes et le premier EN seront
mis en ligne lundi 31 août. Le contrôle continu (DM, explorations numériques)
compte pour 1/4 de la note du cours. L'usage de l'IA pour les DM et les EN n'est pas autorisé
(voir pourquoi).
Calendrier des mises en ligne et des rendus
Les mises en ligne se font le lundi, les rendus le mercredi (le dimanche pour le dernier), sur Moodle.
Semaine
Mise en ligne
À rendre
1
—
—
2
EN 1 et DM 1 (lundi 31 août)
—
3
—
EN 1 (mercredi 9 septembre)
4
—
—
5
—
DM 1 (mercredi 23 septembre)
6
EN 2 (lundi 28 septembre)
—
7
—
—
8
—
EN 2 (mercredi 14 octobre)
9
EN 3 et DM 2 (lundi 19 octobre)
—
10
—
EN 3 et DM 2 (dimanche 8 novembre)
Devoirs maison
DM 1Premier devoir maisonPartie « problème » et partie numérique (Python)
Mis en ligne le lundi 31 août ; à rendre le mercredi 23 septembre.
DM 2Second devoir maisonPartie « problème » et partie numérique (Python)
Mis en ligne le lundi 19 octobre ; à rendre le dimanche 8 novembre.
Explorations numériques
EN 1Première exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 31 août ; à rendre le mercredi 9 septembre.
EN 2Deuxième exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 28 septembre ; à rendre le mercredi 14 octobre.
EN 3Troisième exploration numériqueMise en œuvre en Python des notions du cours
Mise en ligne le lundi 19 octobre ; à rendre le dimanche 8 novembre.
Pourquoi des groupes tirés au sort ?
J'ai plusieurs raisons de préférer cette solution. D'abord, elle est par nature plus juste et plus
inclusive : les équipes formées par affinité peuvent laisser des élèves de côté. Par ailleurs, apprendre
à travailler en groupe, avec des personnes que vous n'avez pas toujours choisies, est une compétence
importante, qu'il faut acquérir tout au long de votre parcours.
Travailler en groupe peut se faire de plusieurs façons ; l'essentiel est que chacun maîtrise la
totalité de ce qui est rendu. Une partie du DM portera d'ailleurs sur une auto-évaluation de votre
travail de groupe.
L'usage de l'IA dans ce cours
Apprendre à maîtriser les outils d'IA est évidemment quelque chose à quoi nous accordons de
l'importance dans votre parcours. Mais plusieurs études récentes soulignent qu'un usage trop rapide
de l'IA ne permet ni l'assimilation en profondeur des connaissances, ni la construction d'une véritable
compréhension et d'une abstraction sur les objets. Cette construction est indispensable : il ne s'agit
pas de retenir, mais d'ancrer vos connaissances. L'IA peut vous aider ; il faut aussi apprendre à
apprendre « malgré l'IA ».
En mathématiques, les notions de friction et de construction de l'abstraction sont bien connues ;
je vous recommande l'excellent livre de David Bessis sur l'apprentissage des mathématiques,
Mathematica. Une aventure au cœur de nous-mêmes (Seuil, 2022).
Pour moi, l'un des objectifs de votre parcours, en tant qu'élèves polytechniciens, est d'acquérir un
haut niveau de compétences techniques et scientifiques, qui vous permette de maîtriser des objets
complexes, pour pouvoir éventuellement travailler de façon hybride avec l'IA : spécifier des demandes,
itérer avec des retours techniques et précis, communiquer sur les sorties des modèles. Ces étapes, par
nature hybrides (spécification, itération, communication), ne peuvent se faire que si vous maîtrisez
totalement un large spectre de notions techniques fondamentales.
Ce n'est donc pas parce que l'IA peut vous donner une réponse que vous n'avez pas à maîtriser un
outil, tout comme ce n'est pas parce que Wikipédia contient une définition de « fonction » que vous
n'avez pas besoin de comprendre parfaitement, conceptuellement et mathématiquement, ce qu'est une
fonction. En bref, pour toutes ces raisons, je vous recommande et vous demande de ne pas utiliser l'IA
pour les devoirs maison.
Des études : H. Bastani, O. Bastani, A. Sungu,
H. Ge, Ö. Kabakcı et R. Mariman, « Generative AI without guardrails can harm learning », PNAS
122 (26), 2025 ; N. Kosmyna et al., « Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using
an AI Assistant for Essay Writing Task », prépublication, 2025 ; H.-P. Lee et al., « The Impact of
Generative AI on Critical Thinking », CHI 2025.
Tutorat
Les séances de tutorat sont faites pour répondre à vos questions sur le cours, les PC, les EN, les DM.
Il y aura en général une séance de tutorat d'une heure par semaine (et peut-être quelques séances
supplémentaires avant l'examen) ; le créneau horaire et la salle seront indiqués sur Moodle. Vous pouvez
assister à une séance entière, ou simplement rester le temps d'obtenir une réponse à vos propres
questions.
La personne assurant le tutorat, Lucas Versini (X21,
lucas.versini@polytechnique.edu), est en charge de la
conception et de la correction de plusieurs DM et EN : il est donc en mesure de répondre à vos questions
sur le sujet.
Le tutorat est vivement recommandé pour toutes celles et ceux qui trouvent le cours ardu. Ne pas
décrocher est la clé pour suivre le cours jusqu'au bout.
Choix du créneau. Si vous êtes susceptible d'assister au tutorat,
indiquez tous les créneaux qui pourraient vous convenir dans le
sondage sur Moodle. Votre réponse
ne vous engage à rien : vous pourrez ne venir qu'à certaines séances, ou à aucune, et vous ne serez pas
obligés de rester toute la séance.
L'équipe pédagogique est composée de sept chercheurs et enseignants-chercheurs,
et de doctorants en charge des explorations numériques, du tutorat et de la correction des copies de DM.
À qui s'adresser ?
Une question sur les DM, les EN ou le tutorat : contactez Lucas.
Une question sur l'organisation du cours : contactez-moi (Aymeric).
Une question sur les PC : votre chargé de PC est là pour ça !
Responsable du cours
Aymeric Dieuleveut
Professeur à l'École polytechnique
Spécialiste d'apprentissage statistique et optimisation stochastique
Explorations numériques, tutorat et correction des DM
Des doctorants et doctorantes complètent l'équipe : ils encadrent les explorations numériques,
assurent le tutorat et la correction des copies de devoirs maison.
Lucas Versini
Doctorant, École polytechnique
Explorations numériques, tutorat, correction des DM